Catégories
Livres

Trois ouvrages sur la Commune à découvrir

On n’en a jamais fini avec les livres sur la Commune et, le colloque à peine clos, voilà que nous allons parler de livres que nous n’avions pas eu le temps de lire et qui nous paraissent valoir la peine d’en faire la recension. Parmi les nombreux livres publiés sur la Commune, trois livres ont retenu notre attention. Pour la force de leur témoignage, la diversité de leur point de vue, et pour la mise en perspective politique de cet événement qui, comme la braise, continue de couver sous la cendre.

Avant de présenter comment le cinéma s’y est pris, après la littérature, pour s’emparer et parler de la Commune (sujet d’une prochaine lettre d’information), voici les recensions réalisées par Patrick Rödel.

 

Edouard MANET

 

Le premier livre est la Correspondance du siège de Paris et de la Commune qu’Edouard Manet a échangée avec sa femme Suzanne qu’il avait jugé plus prudent d’envoyer à Oloron-Sainte-Marie et avec quelques-uns de ses amis. Correspondance publiée par L’Echoppe en 2014 par Samuel Rodary qui signe une préface extrêmement documentée. Manet est un témoin privilégié de la situation parisienne. Il est appelé, comme tous les citoyens âgés de 30 à 40 ans à rejoindre la Garde nationale. Il ne fait pas partie des combattants, il participe à des tours de garde sur les remparts. Il rejoindra plus tard l’artillerie qu’il quittera assez vite pour obtenir une fonction moins fatigante à l’état-major. Son souci principal est de voir les opérations. Il est républicain, il déteste Thiers, »ce vieillard en démence » il est proche de Gambetta en qui il voit « le seul homme capable » d’éviter l’humiliation d’une capitulation à laquelle l’impéritie et les manoeuvres de Trochu et des Jules conduisent inévitablement. Son témoignage sur les conditions de vie

Edouard Manet 1874 photographié par Nadar

durant le siège est extrêmement précieux, il souffre de la raréfaction des denrées alimentaires ou de leur enchérissement spéculatif, il souffre du froid particulièrement vif cet hiver-là et de l’absence de combustibles, il permet de comprendre la dignité du peuple parisien qui endure toutes ces souffrances et qui se bat malgré tout. Il sent monter une sourde révolte et ne sera pas surpris par les événements du mois de mars.

Mais il a quitté Paris en février pour rejoindre sa famille et se refaire une santé sérieusement ébranlée par les privations endurées. Les témoignages sur la Commune proprement dite sont contenus dans les lettres de son frère Gustave qui y sera engagé jusqu’à la fin. « Les beaux jours du siège sont revenus, écrit-il le 12 avril 1871, et jamais Prussiens n’ont bombardé Paris avec plus d’acharnement. Il y a encore des gens qui appellent Thiers un grand patriote. Paris n’est pas à feu et à sang, ni terrorisé. La plus grande partie de la population est ralliée au mouvement communal, et ne songe qu’à la conciliation. Mais Thiers est trop vieux et trop encroûté dans ses vieux préjugés centralisateurs pour faire un pas. Il préfère prolonger la lutte et tuer des femmes et des enfants. »

Correspondance du siège de Paris et de la Commune – Ed. L’échoppe – 153 pages  24 €

 

Jules ANDRIEU

Le deuxième livre dépasse le simple témoignage pour analyser les causes de l’échec de la Commune. Il s’agit des Notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris de Jules Andrieu que publient les éditions Libertalia.
On s’étonne que ce texte soit resté si longtemps connu d’un petit nombre de gens, tant il représente une approche quasi unique des événements de 1871. Andrieu ne se fait aucune illusion sur la responsabilité même des communeux dans l’échec de leur mouvement, il pointe avec une lucidité assez étonnante les faiblesses, les contradictions des membres de la Commune. Il est un observateur d’autant mieux placé qu’il est lui-même un des membres de cette Commune, c’est lui qui a en charge l’administration de Paris, il est délégué aux Services publics de la Commune. Et il est un administrateur-né, convaincu que la victoire ne sera possible que si les différents services sont organisés de main de maître.
Mais l’administration des cimetières, la surveillance des égouts ne sont pas des préoccupations subalternes Or, il se désole que les communeux au lieu d’agir et de prendre les décisions qui s’imposent se perdent dans des discussions infinies qui ne débouchent sur rien, que les rivalités personnelles l’emportent sur le sens de l’intérêt commun, que les références au passé révolutionnaire bloquent toute créativité et toute réactivité devant les dangers qui s’amoncellent; que la gauche républicaine ne parvienne pas à s’unir [déjà!!! note de P. Rödel].
« Les comités électoraux avaient inventé autant de nuances du rouge que cette robuste couleur peut en supporter. »
Il dessine une galerie sans complaisance des différents protagonistes –  l’extrémiste Felix Pyat, les généraux incompétents de la Commune, la pusillanimité de Jourde qui se refuse à s’emparer de la Banque de France…
« Si le mouvement a été si mal conduit du 18 mars au 28 mai, c’est qu’il a eu pour chefs des hommes qui, sauf de rares exceptions, n’ont jamais rêvé semblable situation ; ils en ont été pour la plupart ahuris ou affolés (…) La Commune avait besoin d’administrateurs ; elle regorgeait de gouvernants (…)La Commune a été violente et faible. Elle devait être radicale et forte. »

Sur le problème des incendies, Andrieu détruit la légende des « pétroleuses » et montre que cette réaction aux bombardements des Versaillais n’a guère été réfléchie, il aurait mieux valu miner les voies d’accès à Paris et établir des  barricades qui ne soient pas faites de bric et de broc.
« La faute des incendies retombe donc, pour toutes les parts moins une, sur la cruauté implacable des vainqueurs, et pour cette dernière part sur l’impéritie des chefs du mouvement, qui, du 18 mars au 28 mai, n’ont rien préparé pour faire face aux éventualités de la fin. »
Une autre erreur fatale à la Commune : »avoir copié toutes les autres assemblées et d’être descendue par la pente fatale des choses au rôle stérile d’un parlement. Là où il y a des bureaux constitués en vue de l’exécution d’une besogne taillée à l’avance, les beaux discours ou les grands parleurs ne trouvent plus l’emploi de leurs facultés ; il y a seulement place pour les capacités, pour le dévouement et pour l’assiduité au travail « .
Il est clair que Jules Andrieu plaide pour sa paroisse mais l’issue tragique de la Commune lui donne raison.

Notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris – Ed. Libertalia – 387 pages – 18 €

Andrieu parvient à s’échapper et à rejoindre Londres. L’exil sera dur pour lui comme pour tant d’autres. Il en passera une partie à réfléchir sur les causes de l’échec de la Commune. Et il s’adresse aux puissants en des termes que Guillemin aurait aimés : »Depuis le temps que vous enseignez l’histoire au peuple, pour le berner avec des chroniques de batailles, avec des généalogies de rois, en frappant de temps en temps son imagination par des fables grossières comme de l’image d’Epinal, il doit arriver infailliblement un instant où le peuple voudra, à son tour, vous enseigner l’histoire, mais à sa façon, non avec des mots mais avec des actes, sous des dates simples et parfaitement mnémotechniques, selon toutes les lois de l’art scénique,sans d’autre faute que de se souvenir trop de ce que vous lui avez mal enseigné. Cette histoire en action, cette leçon des peuples aux rois, vous le savez bien, c’est la Révolution. »
Ou encore ce jugement dont la cruauté n’a d’égale que la lucidité : » l’histoire véritable ne se trouve jamais dans les manuels à l’usage de ce dauphin ridicule qu’on appelle le Vulgaire, et qu’on divinise sous le nom de peuple, quitte à le salir et à l’égorger ensuite sous le nom de populace, quand le tour est joué. »

Belle figure que celle de ce fonctionnaire, collègue de Verlaine, qui a su comprendre que la culture est nécessaire aux ouvriers comme la rigueur l’est pour donner à la Révolution toutes les chances de réussir.

Seul bémol. Concernant le travail d’éditeur, il manque cruellement les notes nécessaires pour éclairer certaines allusions ou certaines expressions. Je doute que le lecteur sache que Tragaldabas est le héros d’une pièce d’Auguste Vacquerie , et sache qui était Auguste Vacquerie lui-même ! Ou qu’il connaisse le sens de « puffistes » qui désigne les journalistes qui font de la publicité mensongère !

 

Eric FOURNIER

Dernier titre, « La Commune n’est pas morte ». Les usages politiques du passé, de 1871 à nos jours, d’Eric Fournier, publié aux éditions Libertalia.
La question est classique : la Commune est-elle la dernière des révolutions du XIXème siècle ou la première du XXème ? On comprend que la réponse à cette question est un enjeu politique de première importance. La littérature versaillaise, tout de suite après les événements, a répondu à une double  nécessité : »Assurer la promotion des écrivains, et, surtout, légitimer et encourager la répression versaillaise en transformant l’utopie communarde en un exemplaire conflit de classes, plus encore en une récapitulation de toutes les barbaries, une apocalypse rouge, un mal métaphysique inouï. » Dans cette veine, la palme revient à Maxime Ducamp, qui fut l’ami de Flaubert, avec ses quatre volumes sur les Convulsions de Paris.

 « Au silence exigé par les autorités répond souvent un sourd refus, un murmure, un bruissement… », écrit Fournier en une jolie formule.  » Une mémoire clandestine se forme et s’exprime, jouant avec la censure, notamment dans des banquets républicains. »
Eric Fournier souligne le rôle que les  chansons ont pu jouer dans cette perpétuation de la mémoire de la Commune, de même que les graffitis. Très vite, les  exilés cherchent à donner leur témoignage sur les événements – Benoît Malon, Lissagaray, bien sûr, et beaucoup d’autres dont Jules Andrieu -. « L’écriture de l’histoire des communards par eux-mêmes – et donc l’élaboration de la mémoire des vaincus – s’inscrit dans le présent d’un combat politique. »

La Commune n’est pas morte – Les usages politiques du passé, de 1871 à nos jours – Ed. Libertalia – 187 pages- 13 €

« Ces histoires alternatives, imperceptiblement, minorent le côté  communal de « Paris, ville libre » et la transforment en un mouvement plus ample ayant le pays comme horizon. Elles négligent tout autant le bricolage politique, le caractère impromptu de cette révolution, et donnent une image simplifiée de la Commune, qui devient une insurrection sûre d’elle-même, immédiatement consciente de ses objectifs, mais trop généreuse avec l’ennemi, ce qui, il est vrai, ne peut que favoriser la postérité du soulèvement. »

A partir de la loi d’amnistie de 1879, c’est autour du Mur des Fédérés  que se regroupent les anciens de la Commune « mais la mémoire de la Commune se divise, devient l’objet de violentes querelles d’héritiers, dont les chemins ont fortement divergé depuis 1871 ».
Vers le début du xxème siècle, la commémoration de la Commune devient l’affaire des partis politiques dominants – la SFIO, d’abord, qui « se contente le plus souvent de conserver pieusement le souvenir héroïque de l’insurrection, de son martyre en premier lieu, sans insister sur un programme politique, dans lequel elle ne se reconnaît pas, peu, ou plus », et, plus tard, le PCF qui utilise la mémoire de la Commune afin de se « rattacher à la fois au passé révolutionnaire et au présent de la révolution russe ». Avec des moments forts et des baisses d’enthousiasme, l’enjeu de la mémoire de la Commune retrace les péripéties de la vie politique française.

Sommes-nous parvenus à une vision moins passionnelle de cette histoire ? Rien n’est moins sûr ; les débats sur le nombre des victimes de la répression versaillaise restent un enjeu important, de même que la question de la légitimité de l’action violente.

Je ne suis pas sûr que l’on puisse conclure, comme le fait Fournier, que « la prise d’armes [soit, à notre époque] illégitime » alors que « les communards se définissaient comme des citoyens travailleurs en armes prompts à exercer leur droit à l’insurrection. »
Si l’oligarchie au pouvoir n’hésite pas à se servir de la force pour mâter les contestations, je ne vois pas pourquoi ne serait pas légitime la résistance du peuple et le recours à la violence.

Recensions effectuées par Patrick RÖDEL

Jacques Tardi – Le cri du peuple – BD en 4  volumes – éd. Casterman
Catégories
Livres

La Traversée – retour du bagne de Nouvelle-Calédonie d’un Communard 1879

le_var_a_toulon

Navire le Var à Toulon (Département Marine du Service Historique de la Défense)

A travers cet ouvrage, Gérard Hamon fait le pari de reconstituer le journal de bord d’un inconnu, qu’il nomme XXX, l’un de ces 410 Communards ramenés en métropole par le navire le Var à l’été 1879. Si XXX est un personnage réel (1) qui fut fait prisonnier à la fin de la Commune de Paris en 1871 et condamné, comme plusieurs milliers de ses camarades de combat, à la déportation simple en Nouvelle-Calédonie, son journal de bord est entièrement imaginaire. Une fiction, mais une fiction enchâssée dans la réalité historique décrite et reproduite grâce à un important travail d’archives effectué par l’auteur. Les anecdotes, dialogues, faits divers, témoignages, descriptions, proviennent d’un étroit maillage de sources que Gérard Hamon a patiemment recherchées et étudiées (2).

Gérard Hamon – La Traversée – éditions Pontcerq – 296 pages – 12 €

jaquette-la-traversee-ed-pontcerq

Gérard Hamon a été professeur de mathématiques en France et en Afrique. Il a publié des ouvrages sur des sujets aussi divers que les mathématiques de la Renaissance italienne, l’histoire de l’algèbre arabe et celle des nombres complexes. C’est à l’occasion de recherches en archives qu’il a rencontré la figure de XXX, communard originaire d’une commune d’Ille-et-Vilaine et déporté en Nouvelle-Calédonie. Il s’est alors lancé dans un travail minutieux de recherches qui l’a conduit à écrire La Traversée et à rendre ainsi hommage à tous ceux qui se sont battus pour la Commune.

XXX n’est pas une grande figure de la Commune, ce n’est ni un théoricien ni un stratège, ni davantage un chef de guerre ou un leader politique. C’est un Communeux intègre, un combattant, un homme ; un homme du peuple, un des héros de la Commune. Après plus de six ans passés sur l’Île des Pins (petite île située au sud-est de Grande Terre en Nouvelle-Calédonie), il bénéficia de l’amnistie générale et regagna la France sur le même navire qu’à l’aller, le Var. C’est ce voyage de retour de onze semaines, onze semaines d’ennui, d’espoir ou tout au moins d’interrogations, mais aussi de rencontres et de souvenirs, qu’il raconte dans ce journal de bord imaginaire.

Autour de XXX gravitent des Communards qui ont réellement existé : Augustin Nicolle, Prosper Quiniou, Marc Gonthier, Paul Chibout, sur lesquels l’auteur a accumulé une importante documentation, passionnante et impressionnante de précision et de détails.
Grâce à cette documentation, on découvre l’organisation et le règlement maritimes à bord du Var, les conditions de vie des pas encore libres mais plus tout à fait prisonniers. On peut s’émouvoir à la lecture d’extraits de lettres ou de journaux de bord de Communards que Gérard Hamon a trouvés et qu’il nous restitue tels quels, en appui au journal imaginaire, lui, de XXX.


C’est alors, sur le plan littéraire, une soudaine vibration différente qui surgit du fil narratif général : des extraits d’époque, authentiques, écrits non seulement dans le style fin XIXe, mais aussi dans la prose populaire des Communards. Car tous les convoyés à bord du navire sont des ouvriers, des prolétaires, des gens d’en bas. Et dans cette classe-là, ce qui vient en premier, c’est la survie. Alors on parle net, on va droit au but, on ne s’émeut pratiquement pas mais on accuse le coup des vacheries de la vie.
Très nombreux passages sur le quotidien et les conditions de vie de gens du peuple dont on retiendra les pages 60, 71, 72, 86-87, 118, 119, 135, 196… A noter plus particulièrement le récit de la traque d’un Communard accompagné de son épouse enceinte (elle accouchera entre deux planques), par la police, obligé de se cacher ici et là (le détail des adresses est donné) pour fuir l’emprisonnement (pages 122, 123 et surtout 124) ; également l’acte d’accusation de XXX (page 152), ou la description détaillée des traitements abominables subis par les prisonniers (pages 140 à 143), ou encore l’étude de la presse, notamment le journal Le Gaulois (page 213).

penitencier

Le journal imaginaire de XXX est bâti comme tout journal, avec des dates chronologiques où XXX narre le déroulement de chaque journée. Si les journées sont racontées de façon particulière, au gré des événements qui les composent, la narration n’est pourtant pas structurée verticalement, prisonnière d’une grille calendaire stricte, ce qui aurait procuré à la lecture un rythme mécanique et scandé. Au contraire, le journal imaginaire ressemble davantage à un monologue intérieur qui s’étire immuablement au long des jours de cette traversée, sans souci de respect des dates pourtant scrupuleusement indiquées, ce qui place d’avantage le récit sur un plan d’horizontalité. Au long cours en quelque sorte.

Sans aller jusqu’à employer la technique littéraire particulière du récit en flux de conscience (le style de Gérard Hamon est de facture classique), le monologue intérieur de XXX n’en aborde pas moins toute une série très variée de sujets, de pensées et de réflexions, qui permet d’approcher au plus près ce qui pouvait très vraisemblablement torturer les méninges de ces captifs.
XXX repense à sa vie passée, ses origines sociales, son enfance, ses parents, surtout son père (l’a-t-il déçu de ne pas avoir été médecin comme lui ?, Comment a-t-il considéré son engagement dans la Commune ?). Il se rappelle ses combats pendant la Commune et les affres de la question éthique quand, une fois prisonnier, il fut sommé de témoigner, de dénoncer, d’abjurer. Il se souvient des massacres abominables perpétrés par les troupes versaillaises, les incompréhensions et quiproquos entre Communards de Basse-Bretagne et soldats versaillais du Finistère qui s’interpellent en plein combat de rue pour cesser le feu et sauver les blessés au milieu des tirs, mais, hélas ne se comprennent pas car les dialectes sont trop différents (pages 38 et 39).
Il parle de l’amitié et des amis disparus.

bagne
L’accapare aussi, le retour en métropole : qui et que va-t-il découvrir à son arrivée ? Comment vivra-t-il son retour, avec quels projets, quel avenir ? Comme il y a un curé à bord, cela donne l’occasion de présenter, à chaque dimanche, l’anticléricalisme des Communards ou de façon générale leur ignorance sur le sens de la religion (pages 174, 175).

A un moment de son journal, XXX, en se remémorant les livres qu’il a lus et aimés, nous entraîne dans un voyage dans la littérature de l’époque, certes court mais couronné d’une bonne surprise. Sont cités tous les grands : Victor Hugo, Alexandre Dumas, Jules Verne, Eugène Sue, Théophile Gauthier, Gustave Flaubert, Prosper Mérimée, Emile Zola. Et la surprise arrive à la fin de cette illustre liste. J’avoue avoir ressenti le plaisir de lire ceci : « …il y a aussi Jules Vallès, notre compagnon élu du XVème, réfugié à Londres, dont nous savons qu’il a écrit un drame, La Commune de Paris« . Comment ne pas repenser à notre colloque du 19 novembre dernier et à l’intervention de Céline Léger sur ce sujet peu connu ?

Dates après dates, les pensées intimes de XXX courent et tourbillonnent. Mais le cours de ses pensées est régulièrement entrecoupé par les extraits historiques que l’auteur insère habilement dans le récit. Ainsi, une discussion avec ses amis, et c’est un extrait de lettre d’époque qui structure le dialogue. L’évocation d’un ami, et c’est le déroulé d’une biographie bien réelle que nous lisons. Le souvenir des combats et des malheurs, et les archives s’imposent avec tous les détails qui sonnent vrai.
Si bien que le journal de XXX alterne très subtilement les moments de réflexion fictionnelle, intimes, calmes, denses, (le calme-plat de l’introspection) et les passages historiques, plus vifs, imparables, factuels (la houle du bouillonnement de l’Histoire) dans un récit qui évolue jour après jour vers sa destination finale, sous la tension dramatique grandissante du trajet vers la liberté.

La Traversée a donc cette particularité d’offrir un double voyage, intérieur et extérieur, et on pourrait imaginer lui donner un second sous-titre : « Voyage intérieur par delà les mers ».

Un sujet historique qui reste à creuser

nouvelle-caledonie-algeriens

Prisonniers algériens en Nouvelle-Calédonie 1864-1920

Au milieu de La Traversée, (pages 165, 169 et 170 et plus loin, pages 226, 227 et 228) l’auteur évoque une amorce de réflexion politique sur la problématique du colonialisme. XXX s’interroge sur l’exploitation et les sévices subis par les Algériens, les Kanaks, les Indochinois et avoue, alors même que leur situation de classe dominée pouvait se comparer à la leur en métropole, que la conscience politique des Communards sur ce sujet n’était pas très développée.

L’auteur aborde la question de l’impérialisme et du colonialisme dans le journal imaginaire mais, toujours selon le schéma général du livre, en s’appuyant sur des archives. Cela donne l’extrait suivant, tiré du journal Le Gaulois du 18 novembre 1878 qui donnait la parole au ministre de la Marine de l’époque : « Le Canaque, je l’ai dit, n’est pas un occidental, c’est un assassin : il n’est pas armé pour la lutte, il ne l’est que pour le meurtre, et le meurtre isolé (…/…). Il est probable que beaucoup des griefs des Canaques étaient plus ou moins chimériques… ». A la suite de ce passage, XXX, sensibilisé à ce problème par la proximité avec les autochtones, analyse la révolte des Kanaks comme une réaction à la brutale dépossession de leur terre et à la politique coloniale. Plus loin, le journal mentionne les cas de Cochinchine et d’Algérie.
Si l’on souhaite approfondir cette question, ci-dessous un extrait pris sur le site de l’association des amies et des amis de la Commune.

En 1871, dès que Paris proclame la Commune, les délégués de l’Algérie, Alexandre Lambert, député des départements d’Algérie, Lucien Rabuel, Louis Calvinhac, déclarent, « au nom de tous leurs commettants, adhérer de la façon la plus absolue à la Commune de Paris. L’Algérie tout entière revendique les libertés communales. Opprimés pendant quarante années par la double centralisation de l’armée et de l’administration, la colonie a compris depuis longtemps que l’affranchissement complet de la Commune est le seul moyen pour elle d’arriver à la liberté et à la prospérité ». Paris, le 28 mars 1871 (Journal Officiel de la Commune de Paris). Pour en lire davantage, cliquez ici.

Pour finir, un extrait : la fin de La Traversée, l’arrivée en métropole

« Le 1er septembre 1879 arrive à Port-Vendres, Pyrénées-Orientales, un ancien navire militaire de transports de chevaux, reconverti et employé depuis une dizaine d’années à la déportation de condamnés : le Var. C’est un trois-mâts de 1900 m2 de voilure, doublés d’un puissant moteur actionnant une hélice à deux ailes doubles de quatre mètres.
À son bord, 410 communards, qui après un exil en Nouvelle-Calédonie de six ou sept ans pour la plupart ont obtenu du gouvernement de la République l’amnistie ; ce 1er septembre ils touchent le sol français après un voyage en mer de dix semaines depuis Nouméa. « Lorsque les premiers déportés sont descendus, ils ont crié : “Vive la France !” Et la foule a répondu par les cris de : “Vive la France ! Vive la République !” Ces cris se sont reproduits à différentes reprises. Dans la journée, un seul cri de “Vive la Commune !” a été poussé par un marin de Port-Vendres qui est connu et aura probablement à en répondre. » (Le Journal des Débats, 3 septembre 1879) ».

Recension réalisée par Edouard Mangin

Notes

(1) XXX est inspiré d’un Communard réel – Amédée Guélet, natif de Saint-Aubin-d’Aubigné en Ille-et-Vilaine – embarqué sur le Var en septembre 1872, et rentré en métropole sur le même navire. L’auteur dédie son livre à sa mémoire.

(2) Parmi les archives étudiées par l’auteur, citons :
– Les archives d’Outre-Mer à Aix-en-Provence
– Les bulletins officiels du ministère de l’Intérieur
– La presse (Le Gaulois, Le Petit Parisien, Le Temps)
-Ouvrages historiques : Alphonse Messager Deux cent trente-neuf lettres d’un Communard déporté – éd. Le Sycomore 1979 ; Roger Perennès Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa – éd. Nantes, Ouest-Editions 1991 ; Charles Malato De la Commune à l’anarchie – éd. Stock 1894 ; journal de la société des océanistes – année 1971.

Pour compléter

 Dernière minute /1

La Commune est toujours vivante en 2016. A peine notre colloque du 19 novembre s’était terminé que quelques jours plus tard, cette information extraordinaire paraîssait dans le journal Le Monde daté du 30/11/2016 : 

L’Assemblée réhabilite les communards victimes de la répression
Durant cette insurrection populaire, en 1871, entre 10 000 et 20 000 personnes ont été exécutées par les forces loyales au gouvernement d’Adolphe Thiers.
A l’initiative des socialistes et au grand dam de la droite, l’Assemblée nationale a voté dans la soirée de mardi 29 novembre un texte proclamant la réhabilitation de toutes les victimes de la répression de la Commune de Paris.
Dernière révolution du XIXe siècle et première tentative d’un exécutif de la classe ouvrière, ce mouvement populaire fut la réaction à la défaite française lors de la guerre franco-allemande de 1870. L’insurrection des Parisiens contre le gouvernement provisoire dirigé par Adolphe Thiers, installé après la déchéance de Napoléon III, a duré soixante-douze jours, du 18 mars au 27 mai 1871.

Lors de la Commune, notamment durant la Semaine sanglante, entre 10 000 et 20 000 personnes ont été exécutées. Des milliers de condamnations à mort, à la déportation, aux travaux forcés ou à de la prison ont en outre été prononcées postérieurement. En mars 1879, une amnistie partielle des communards avait été votée par l’Assemblée, puis, en juillet 1880, une loi d’amnistie générale concernant les condamnations prononcées après la défaite de cette insurrection populaire.

communard-paris-1871

Communards en 1871

Combat « pour la liberté »

Evoquant un « acte solennel » par « devoir d’histoire » autant que « de justice », le président socialiste de la commission des affaires culturelles et élu parisien, Patrick Bloche, a plaidé que « le temps est désormais venu » pour le pays de rendre ainsi justice à tous les communards, « victimes d’une répression impitoyable ».

Secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement et ancien député de Paris, Jean-Marie Le Guen a appuyé un texte qui « favorise la transmission de la mémoire » de « patriotes » et « insurgés » aux valeurs ayant « inspiré la République ».

La proposition de résolution, signée notamment par le chef de file des députés socialistes et écologistes réformistes Bruno Le Roux et plusieurs élus parisiens, souhaite notamment que soient rendus « honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques ».

Dernière minute /2

Marc Sangnier, Henri Guillemin sur France Culture les 3 et 10 décembre prochains.

Dans le cadre des Nuits de France Culture est programmée la rediffusion, en deux volets d’une heure chacun, de l’émission Profil perdu qui avait été consacrée à Marc Sangnier les 21 et 28 septembre 1995.

Ces deux formidables émissions proposées par Marlène Belilos permettent notamment d’entendre de nombreux témoignages et certaines voix aujourd’hui disparues comme : Maurice Schumann, Georges Montaron, Jeanne Caron, Madeleine Barthélémy-Madaule, Jean Sangnier (fils de Marc Sangnier), Jean-Marie Mayeur, Henri Guillemin et Marc Sangnier, lui-même.

retour-des-parisiens-apres-lecrasement-de-la-commune-juin-1871

Retour des Parisiens après l’écrasement de la Commune juin 1871 tableau anonyme – Saint-Denis, musée d’art et d’histoire.
(Cliché I. Andréani)

 

Catégories
Livres

Extraits choisis : « la capitulation »

 

louis-napoleons-surrender-at-sedan-franco-prussian-war-1901-vintage-color-print-199a0d41b3a4ffdb9a983d031752b6f7

EXTRAITS CHOISIS ET COMMENTÉS DE  » LA CAPITULATION » (1871)

« La capitulation » est le dernier tome de la trilogie que Henri Guillemin consacre aux origines de la Commune.

C’est sans doute, des trois, le plus décapant, celui qui met à nu, sous couvert d’un Gouvernement prétendument de Défense nationale, le cynisme d’une classe de possédants soucieux avant tout d’en finir avec la menace intérieure que fait peser sur leurs intérêts le peuple en armes de Paris.

Que ce soit en abandonnant à l’Allemagne l’Alsace et la Lorraine leur importe peu. Au prix de quelques manipulations de vocabulaire – on parle d’armistice alors qu’il s’agit bel et bien d’une capitulation – et avec l’aide d’un état-major qui, dans sa plus grande partie, se veut plus garante de l’ordre social dominant que de l’intégrité du territoire national.

Les tractations secrètes vont bon train avec l’envahisseur, tout surpris et heureux de trouver en face de lui des gens de si bonne compagnie qui lui offrent ce qu’il n’osait espérer en échange de l’appui qu’il pourrait leur apporter pour mater ces horribles ouvriers qui se mêlent de résister.

L’ennui est que la victoire des Prussiens n’a rien de définitif : l’armée, malgré la reddition de Bazaine est encore en mesure d’infliger des revers à l’envahisseur et on peut, par une levée en masse, renverser la situation – Gambetta en est convaincu, qui a quitté Paris le 7 octobre 1870 et s’active, en province, à organiser la riposte.

iWalker

Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est guère aidé par le Gouvernement des Jules et par Trochu. On promet une sortie et rien ne vient que mal organisé ou stoppé alors qu’une issue favorable est tout à fait possible. La jonction avec l’armée de Tours, qui aurait permis de rompre l’encerclement de Paris et de repousser les troupes allemandes, n’aura jamais lieu.

L’obstination à ne rien faire de la part de l’Etat-major est manifeste et ne s’explique que par la volonté de traiter avec l’Allemagne pour régler les problèmes de politique intérieure française. Blanqui en est parfaitement conscient qui, du fond de sa prison, parle de « l’ignoble comédie de vaillance » jouée depuis septembre. 

Gambetta proclamant la République à l’Hôtel de ville de Paris le 4 septembre 1870
(tableau de Howard Pyle 1853 – 1911) (domaine public)

Paris assiégé est menacé d’une famine soigneusement entretenue – ce qui fait le bonheur des spéculateurs et n’empêche pas les riches de s’empifrer dans les restaurants des Grands Boulevards.

boucherie-canine

Une boucherie canine et féline au marché Saint-Germain pendant le siège de Paris, hiver 1870 (domaine public)

Deux remarques essentielles de Guillemin :

– sur l’équipe au pouvoir :

« Ces hommes « de gauche », depuis qu’ils sont au pouvoir, passent leur temps à donner des gages à la droite. On les voit affamés d’obtenir la considération des milieux où ils se sentaient, jusqu’ici, méprisés. A se renier comme ils le font pour séduire la société élégante, ils ne gagnent rien, du reste. On les emploie, mais avec un sourire où la condescendance se mêle au dégoût. »(p.90).

Curieux comme ces phrases, si l’on y change quelques mots, résonnent étrangement dans la situation qui est la nôtre !

– sur le peuple de Paris :

« Inouï, c’est vrai, à quel point ce peuple de Paris aura pu, durant tout le siège, se montrer docile et maniable tant il a la foi, tant il imagine peu – en dehors d’une poignée de « rouges » – son Gouvernement de la Défense Nationale autrement que sous les traits qu’il s’est faussement donnés, à savoir, un Pouvoir d’urgence et de salut public, uniquement soucieux de protéger la capitale contre l’envahisseur et de coordonner son action avec celle du pays pour rejeter l’ennemi hors de notre sol. »(p.131/132)

Pour conjurer le risque toujours redouté d’un succès de Gambetta et d’un soulèvement parisien, il faut manoeuvrer avec subtilité et l’aide de Bismarck – les Jules y parviendront, mais ils auront eu chaud.

prussiens

L’armée prussienne encercle Paris (1870)

Du côté des Allemands, on redoute une guerre de partisans. Il faut à tout prix les rassurer. « Que les Allemands cessent de craindre » – écrit Guillemin qui se coule dans les pensées les plus secrètes, les moins avouables des dirigeants français, en une page tragique de lucidité. – « Si Trochu refuse de leur livrer Paris et si Gambetta leur fait peur, ils ont de sûrs auxiliaires qui vont arranger tout cela. Ils ont les généraux de Paris, et M. Favre, M. Picard, M. Ferry, M. Simon, grâce à qui Paris, attendant la fin de ses vivres, demeure «mort et muet devant nous», – comme le notera Schneider, [l’historiographe allemand] le 14  [décembre]. Ils ont Bourbaki, qui a peur de vaincre et honte de se laisser vaincre, mais qui appartient à son clan avant d’appartenir à la France. Ils ont M. Thiers, qui, tremblant à l’idée de ce que Gambetta pourrait bien réussir avec son plan de rupture des communications allemandes, suivie d’une triple offensive par Troyes, par Chartres et par Saint-Quentin pour délivrer la capitale – puissante manoeuvre que les Allemands prient le ciel de leur épargner – explique à qui veut l’entendre que ce dessein de Gambetta est, militairement parlant, une aberration (…). Et ils ont encore et surtout la connivence des possédants, notables et leurs paysans, banquiers et leur clientèle, archevêques et leurs ouailles, toute la légion des amis de l’ordre, des Talhouêt aux Cumont, des Falloux aux Broglie, des Daru aux d’Haussonville, et de Mme Sand à Mgr de Bonnechose, de Renan à Louis Veuillot, tout ce « pays réel » qui exècre les résistants, dénonce les francs-tireurs, et travaille à noyer «sous une mer de cendres» (dixit Goltz) cette flamme qu’attise désespérément Gambetta. »(p.206)

Gambetta va céder, malheureusement devant la coalition de ceux qui ne veulent en aucun son succès, au grand soulagement de ceux qui n’ont cessé de le traiter de fou furieux. Des élections vont avoir lieu où la Province va pouvoir imposer sa loi à Paris – les grands propriétaires, le clergé y veilleront, les paysans voteront comme il faut.

armistice_1871

Dépêche annonçant l’armistice à Bordeaux le 29 janvier 1871

Le tour est joué, en janvier 1871. L’armistice est signé. C’est la capitulation. Les « honnêtes gens » peuvent respirer.

Puis ce sera le refus de cette trahison des élites et l’instauration de la Commune.

Note réalisée par Patrick Rödel.

Les citations sont reproduites avec l’aimable autorisation des éditions Utovie, éditeur exclusif des oeuvres d’Henri Guillemin. 

Photo introductive : Reddition de l’empereur Napoléon III au roi Wilhelm de Prusse à Sedan le 2 septembre 1870. Tableau de Anton von Werner (1843 – 1915) (domaine public) A gauche de l’image, on distingue le drapeau blanc de la petite délégation française, accompagnée d’un officier prussien. Au centre, le général Reille salue le roi Guillaume, qui porte le casque à pointe. En retrait, à droite, se tiennent le Kronprinz, le chancelier Bismarck, le général Moltke et de hauts dignitaires. La chaise paillée, à droite, est destinée au roi pour qu’il puisse lire plus commodément la lettre de l’empereur déchu. Voici ce qu’il est écrit :
« Monsieur, mon frère,
N’ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste
qu’à remettre mon épée
entre les mains de Votre Majesté.
Je suis de votre Majesté le bon frère,
Napoléon, Sedan le 1 (sic) sept. 1870″

anton-von-werner-sedan-am-2-september-1870-1872

Sedan, le 2 septembre 1870 – Tableau de Anton von Werner (1843 – 1915) (domaine public)

QuatriÈME CONFÉRENCE FILMÉE D’HENRI GUILLEMIN, D’UNE SÉRIE DE 13 CONSACRÉE À LA COMMUNE :

 

POUR VOIR TOUTES LES CONFÉRENCES FILMÉES D’HENRI GUILLEMIN SUR LA COMMUNE, CLIQUEZ ICI

POUR IMPRIMER L’ARTICLE DE PATRICK RÖDEL, CLIQUEZ ICI 

Colloque « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? » le samedi 19 novembre 2016. Pré-programme et inscription : sur notre site en page d’accueil, ici (faire glisser le curseur)

 

Catégories
Livres

Chemins de traverse n°6 – Des livres pour l’été

CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v62), quality = 95

Chemin de traverse n°6

Un chemin de traverse en période estivale présentant une sélection de livres que l’on recommande pour s’enrichir et passer du bon temps. Le chemin débute par Guillemin lui-même. Bien sûr, dans la perspective de notre colloque sur la Commune le 19 novembre prochain, rien n’empêche de plonger dans les ouvrages qu’il a consacré à cette importante page de notre histoire ; on recommande la trilogie : Cette drôle de guerre de 1870, suivi de L’héroïque défense de Paris (1870-1871) puis de La capitulation, ainsi que deux livres en complément L’avènement de M. Thiers (suivi de Réflexions sur la Commune) et Vallès, du courtisan à l’insurgé, dont nous avons publié sur ce site des extraits choisis et commentés. (Tous les livres qui viennent d’être cités sont publiés aux éditions Utovie)

Pour relire la recension de Patrick Rödel sur le premier volet de la trilogie, cliquez ici et sur le deuxième volet c’est . Sur L’avènement de M. Thiers, c’est par là

1ère bifurcation

Le chemin pourrait continuer à serpenter parmi les quelques soixante-dix livres de la bibliographie de Guillemin, on n’y perdrait rien, mais une traverse tout aussi intéressante nous fait bifurquer pour nous mener aux livres et travaux réalisés par nos associés.

Couverture livre Guillemin RödelAinsi, le livre que Patrick Rödel a écrit sur son oncle Les petits papiers d’Henri Guillemin (éditions Utovie), est sans doute une façon à la fois personnelle et objective, d’approcher l’homme, sa complexité et ses zones de mystère. C’est un portrait intime, parfois touchant, d’un admirateur de Guillemin qui n’hésite pourtant pas à relever ses contradictions et ses manquements. C’est aussi le récit d’un regard sur une époque, une famille, un milieu. Un livre sensible que l’on pourrait qualifier d’impressionniste pour les différents angles de lecture qu’il nous offre.couverture livre Serres Rödel

Dans un tout autre registre, j’en profite pour indiquer que Patrick Rödel vient de publier un portrait philosophique de Michel Serres : Michel Serres, la sage-femme du monde. Une ronde jubilatoire dans le monde des lettres, des mots, de la langue, rythmée en deux parties : Michel Serres écrivain et Michel Serres philosophe. Un « gloserre » de 350 mots permet de cheminer à travers la pensée et les concepts du philosophe.

Patrick Berthier a lui aussi cotoyé de près Henri Guillemin dans les années 70/80. Il lui a consacré deux livres :

Le cas Guillemin, (éditions Gallimard 1979). Un livre d’entretiens. 
Guillemin, légende et vérité (éditions Utovie). Un essai en forme d’enquête qui vise à déméler le vrai du faux dans l’écheveau des commentaires contradictoires générés par la démarche et les engagements de l’écrivain.

Couverture Livre 2 Patrick Berthiercouverture livre Patrick Berthier

Deux livres recommandés pour qui souhaite aller plus loin pour comprendre l’écrivain et l’historien, l’intellectuel engagé et le militant de la vérité historique, le passionné des trajectoires terriblement humaines et l’intranquille face à la question métaphysique.

Patrick Berthier a par ailleurs entrepris un travail des plus intéressants. Un chantier colossal. Retranscrire les 98 chroniques littéraires qu’Henri Guillemin écrivit chaque samedi entre 1937 et 1939, pour le journal La Bourse égyptienne, alors qu’il était professeur à l’Université du Caire. Ces chroniques portent sur les livres publiés à l’époque par Simenon, Sartre, Malraux, Mauriac, Céline, etc. Trois d’entre elles ont été publiées sur ce site : Quand Guillemin lisait Simenon (cliquez ici), Quand Guillemin lisait Malraux (cliquez ici), Quand Guillemin lisait Sartre (cliquez ici).

D’autres chroniques sont prévues et suivront prochainement. Je ne peux que recommander de lire les notes critiques réalisées par Patrick Berthier, mais également les chroniques de Guillemin (sur Simenon et sur Sartre, publiées avec l’aimable autorisation des éditions Utovie), pour savourer le style Guillemin.
L’ensemble des chroniques du Caire, en cours de préparation, sera édité chez Utovie.

2ème bifurcation

Notre chemin prend une nouvelle direction et nous conduit maintenant vers d’autres livres, que Guillemin aurait lus avec jubilation, des livres qui révèlent la face cachée de l’Histoire, qui tordent le cou aux mythes si largement répandus. Des ouvrages qui, en mettant au grand jour la vérité historique, démontrent le mensonge officiel.


couverture livre Annie Lacroix-Riz
Le dernier livre d’Annie Lacroix-Riz Les élites françaises entre 1940 et 1944 – de la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine en est un exemple parfait. C’est une démonstration implacable basée sur des faits et des archives qu’Annie Lacroix-Riz fouille et analyse scrupuleusement. Celle du fonctionnement des classes dirigeantes qui, par pur opportunisme et désir de sauvegarder leurs privilèges de classes, en arrivent, régulièrement à travers l’Histoire, à collaborer avec l’ennemi. C’est une histoire de la synarchie à l’œuvre en France avant et pendant l’Occupation. Ce livre montre de façon magistrale, comment les élites françaises, certaines que le Reich serait vainqueur, ont fait le choix stratégique de la défaite, celui de composer avec lui pour conforter leur position sociale dominante. Et dès fin 1941/début 1942, voyant le vent tourner, ont retourné leur veste pour se placer sous la tutelle américaine plus solide. Si l’on veut connaître la réalité de cette période de notre histoire nationale et si l’on veut comprendre notre système politique actuel, les manigances de nos élites d’aujourd’hui, la situation de l’Europe, alors ce livre est un outil précieux. L’ouvrage de A. Lacroix-Riz est sorti fin avril 2016. A ce jour, aucun écho, nulle recension dans les medias. Quand un livre aussi sérieux suscite une telle omerta, cela en dit long sur la situation actuelle.

Ernst von Salomon

Pour celles et ceux que la question allemande intéresse, il faut plonger dans le chef d’œuvre de Ernst Von Salomon Le questionnaire, que les éditions Gallimard ont eu la très bonne idée de republier.
Le questionnaire, paru en 1951, alors que l’Allemagne de l’Ouest vivait encore sous le régime du Statut d’Occupation est apparu, à sa sortie comme un livre politiquement incorrect. En effet, il nous apprend que dès 1945, les treize millions d’habitants de la zone sous contrôle américain sont soumis à un long questionnaire de 131 questions aussi incongrues que futiles, censées mesurer leur degré de compromission avec le nazisme. Dans ce long roman, l’auteur décortique ce fameux questionnaire élaboré par les bureaucrates américains pour en dévoiler la supercherie, raconte sa propre vie, dépeint la réalité de la société allemande après-guerre et dénonce l’imbécillité des vainqueurs. Il montre en effet qu’ils ne valaient pas mieux que les vaincus et dénonce les injustices et les mauvais traitements infligés aux Allemands. On pense immédiatement à Automne allemand de Stig Dagerman.

Et pourquoi pas continuer sur le même sujet par un autre livre qui tord sèchement le cou à deux mythes historiques fabriqués par les dominants pour servir leurs intérêts.

Couverture livre Wolfram Wette
Wolfram Wette est professeur d’Histoire contemporaine à la Faculté de Fribourg et professeur honoraire de l’Université russe de Lipezk. En 2002, après quelques difficultés, il publie Les crimes de la Wehrmacht. Deux mythes sont ici abattus. Le premier est relatif à l’idée communément admise selon laquelle l’armée allemande (la Wehrmacht) a combattu durant la Seconde Guerre mondiale sans être impliquée dans les atrocités commises par les SS. Il y aurait eu d’un côté les sales nazis et de l’autre la belle armée régulière. C’est faux. C’est ce que prouve Wolfram Wette, expliquant que la propagande nazie a embrigadé des millions de soldats pour des actes d’une sauvagerie et d’une brutalité rares. Cette légende d’une Wehrmacht « propre » s’explique par le contexte de la Guerre froide et surtout par la nécessité de réhabiliter à tout crin l’Allemagne vaincue au nom des intérêts géopolitiques américains. Le second mythe qui s’écroule touche au fait, également largement répandu, que sur le front de l’Est, la barbarie était le fait des soldats russes, les allemands restant dans le militairement correct. W. Wette apporte la preuve qu’au moment de l’invasion de l’Union soviétique, les responsables de la Wehrmacht avaient bien conscience de participer à une guerre d’extermination et que les militaires ont contribué à la Shoah.

Ultime bifurcation

Notre chemin arrive à son terme et débouche sur la mer, symbole du recommencement, où tout peut être imaginé. Alors, période estivale oblige, en guise de conclusion, et à titre tout à fait exceptionnel, je m’autorise à citer deux derniers livres qui n’ont pas de rapport avec Guillemin. Simplement, leurs auteurs sont issus des pays où j’ai choisi de séjouner cet été.

Per PettresonLe premier : Pas facile de voler des chevaux du norvégien Per Petterson. Un roman d’apprentissage travaillé par le drame et par une très grande émotion, à l’image de la nature norvégienne, tantôt implacable tantôt généreuse.

Hakan NesserLe second : Un été avec Kim Nowak du suédois Hakan Nesser. Si c’est un polar, il est rudement décalé. Et l’histoire d’amour singulière sous-jacente ajoute un autre suspens.

J’espère que ces quelques titres vous procureront tout le plaisir souhaité pendant ces vacances. Ce sont des livres généreux. Ce sont des amis, des livres-amis.

Au nom de toute l’équipe des Ami(e)s d’Henri Guillemin, je vous souhaite un bel été. Nos billets d’actualité reprendront à la rentrée. Vous pourrez continuer à lire les extraits choisis et commentés du dernier volet de la trilogie Guillemin sur la Commune, apprécier de nouvelles chronique du Caire, sur Céline, Mauriac, etc…, découvrir les interviews des intervenants au colloque, parcourir de nouveaux chemins de traverse et découvrir d’autres auteurs contemporains dans l’esprit de Guillemin… et plein d’autres informations inédites sur Henri Guillemin.

Une annonce en forme de clin d’œil : dans quatre mois, se tiendra le colloque « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? »

Qu’on le dise Urbi et Orbi !

Devoirs de vacances rédigés par Edouard Mangin

IMG_2763

Quelque part dans l’archipel de Stockholm (photo K. Mangin – archives LAHG)