
« Gens de biens/Gens de rien » –
Silence aux pauvres
Réalités contemporaines du capitalisme ultra libéral
8 novembre 2025
ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE – salle Dussane
45, rue d’Ulm 75005 Paris
Programme
9h15 : Présentation et introduction.
Le bien–fondé du thème du colloque en 2025.
Edouard Mangin Président de LAHG
9h30 : Les gens de biens, les gens de rien pour Henri Guillemin.
Présentation visant à respecter la mémoire d’Henri Guillemin. Positionnement de ses travaux dans la perspective historique qui a été la sienne, relatifs à son intangible dénonciation des rapports entre dominants et dominés et surtout, de leur injustice sociale subséquente.
Présentation en deux volets :
1/ Un montage vidéo réalisé par nos soins, à partir des meilleurs extraits des conférences d’Henri Guillemin au cours desquelles il présente, développe, explique, avec son immense talent, on ne peut plus clairement, le rapport dominants/dominés, la forfaiture historique des classes dominantes, prêtes à tout, jusqu’à la trahison du peuple. L’injustice sociale, pour Guillemin, a toujours été au coeur de ses pensées.
2/ Henri Guillemin, un humaniste de gauche, fidèle à ses convictions.
Exposé de Jean Marc CARITÉ, directeur des éditions Utovie.
C’est en 1922, Il a à peine vingt ans, qu’Henri Guillemin rejoint Marc Sangnier et son mouvement Jeune République : des catholiques de gauche qui se joindront d’abord au Cartel des Gauches, en 1924, puis au Front Populaire, en 1936. Jusqu’à sa mort, en 1992, il restera fidèle à ce choix, et solidaire, toujours, des « petites gens », des « gens de rien ».
10h00 : L’inspiration ultra-libérale des politiques économiques : origines, applications, implications.
Michel CABANNES, Maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux.
L’approche doctrinale ultra-libérale, née dans les années 1930 et longtemps minoritaire, a inspiré les politiques économiques depuis près d’un demi-siècle en réaction à la crise des années 1970. Le primat de la logique du capital sur les compromis sociaux, aux effets destructeurs pour la société, rencontre des résistances que veulent vaincre les libertariens.
10h45 : La précarité durable. S’adapter à un fait social n’est pas « choisir »
Nicolas ROUX, Sociologue, Maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, Responsable du département « Carrières sociales » de l’IUT de Reims-Châlons-Charleville, chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Emplois et les Professionnalisations (Cérep) et au Centre d’études de l’emploi et du travail.(CEET).
Nombre de travailleurs et travailleuses connaissent une précarité durable, alternant emploi et chômage sur le long terme. Dans quelle mesure cette discontinuité de l’emploi peut-elle, à l’échelle individuelle, devenir supportable et acceptable avec les inégalités, contraintes et souffrances que cela suppose ? Poser cette question, c’est s’écarter des raisonnements binaires « choisi »/« subi » pour voir comment les personnes concernées s’adaptent à ce fait social majeur de notre temps, qui veut que tout un pan de la population active soit éloigné des droits et sécurités rattachés à l’emploi stable et à temps plein. On se rend alors compte de rapports parfois ambivalents à la précarité, entre coercition et adaptations secondaires. Des dominé·es en viennent ainsi à accepter voire à se satisfaire de leur condition. De là à en déduire un « choix » de la précarité, il n’y a qu’un pas, que franchissent allègrement les discours médiatiques, patronaux et politiques constituant l’idéologie dominante.
11h30 : Contrôler les chômeurs pour atteindre le plein-emploi ? Genèse, usages et effets d’un mot d’ordre coercitif .
Luc SIGALO SANTOS, Maître de conférences en science politique, Aix-Marseille Université, LEST (Laboratoire d’Economie et de Sociologie du travail), associé au laboratoire Triangle.
Dans le débat public, les chômeur·ses sont régulièrement accusé·es de ne pas chercher d’emploi avec suffisamment d’ardeur.
Le contrôle de leur recherche d’emploi est présenté comme une solution à la fois juste, pour prévenir et corriger les « abus » face à un système de protection sociale réputé autant « généreux » qu’en « péril », mais aussi comme un moyen efficace d’atteindre le « plein emploi » et de lutter contre les pénuries de main d’œuvre. D’où vient ce contrôle ? Comment s’organise-t-il, et qui le met en oeuvre ? Pour quels effets ? C’est à ces questions que nous répondrons, sur la base d’une enquête de terrain conduite depuis 2020 sur France Travail, en remontant la chaîne hiérarchique des professionnels du contrôle jusqu’aux cabinets ministériels.
12h15: Modernisation managériale et atomisation des salariés.
Danièle LINHART, Sociologue du travail, directrice émérite de recherche au CNRS, membre du laboratoire GTM-CRESPPA (Genre, Travail, Mobilités / Centre de Recherches sociologiques et politiques de Paris)
La modernisation managériale repose sur la promotion de l’individu, de la personne au détriment de la professionnalité et du collectif. Elle crée une mise en concurrence des salariés entre eux (objectifs et primes individualisés) et une mise en concurrence de chacun avec lui-même car chacun est mis en demeure de se dépasser en permanence pour être en phase avec l’ADN de son entreprise.
13h00 – 14h30 : Pause déjeuner
14h30 : American psycho now
Dany-Robert DUFOUR, philosophe, professeur honoraire des universités, auteur d’une vingtaine d’essais, dont Les Mystères de la trinité (Gallimard), Le Divin Marché (Denoël), Baise ton prochain, une histoire souterraine du capitalisme (Actes Sud). Son nouvel ouvrage Sadique époque (Le Cherche Midi) va paraître en octobre 2025.
Étant donné la tradition littéraire de l’ENS, j’ai choisi d’intervenir sur un roman. En l’occurrence celui de Bret Easton Ellis, « American psycho » (1991) qui présente un golden boy, trader à Wall Street et néanmoins tueur en série à ses moments perdus. Pour lui et ses amis (qui admirent déjà celui qui est alors en train de construire la Trump Tower), il y a ceux qui ont des biens (décrits à longueur de pages) qui certifient leur supériorité sociale et ceux qui n’ont rien. Le golden boy en déduit que ceux qui n’ont rien ne sont rien. Ce sont des déchets. Qu’il faut traiter comme il se doit : en les éliminant. Nous verrons en quoi ce roman a anticipé l’énorme crise financière de 2008 et les temps actuels, ceux de l’apothéose trumpienne.
15h15 : Le séparatisme des riches et la violence de classe.
Monique PINÇON-CHARLOT, Sociologue, ancienne Directrice de recherche au CNRS
Aujourd’hui, plus que jamais la déclaration de Warren Buffet, milliardaire américain, sur CNN en 2005, est d’une actualité malheureusement brûlante: « C’est une guerre de classe, mais c’est nous les riches qui la menons et qui sommes en train de la gagner. »
Les riches habitent dans les beaux quartiers dont ils ont le contrôle exclusif, ils mettent à l’abri leurs oeuvres d’art ou des biens précieux dans des ports francs en Suisse ou au Luxembourg, ils possèdent des îles, des Yachts et volent au-dessus de la terre dans des jets privés où tout n’est que luxe calme et volupté.
16h00 : La domesticité au fondement de la reproduction des ultra-riches.
Alizée DELPIERRE, Sociologue, chargée de recherche au CNRS rattachée au laboratoire Printemps à l’UVSQ (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
1/ ce que à quoi « sert » la domesticité : la distinction sociale mais aussi la reproduction des classes dominantes ; 2/ comment cette reproduction est dans les faits mise en oeuvre : par un mécanisme d’ « exploitation dorée » fondé sur la mise au travail illimitée mais au prix fort des domestiques. Je tiens juste à préciser que mes travaux ne tombent pas dans la caricature d’une exploitation totale des domestiques qui seraient nécessairement « écrasés » par les ultra-riches. Au contraire, je m’attache à montrer toute l’ambivalence des rapports de domination, dont tirent aussi profit les domestiques – c’est une réalité empirique, aucun relativisme dans cette analyse : je montre que les ultra-riches demeurent les gagnants, sur tous les plans, du rapport de domesticité.
16h45 : Face à l’oppression que constitue la fabrication de l’apolitisme, un réveil est-il possible ?
Caëla GILLESPIE, Professeure agrégée de philosophie, docteure en philosophie
Le nouveau régime fabrique une classe mondiale de super-riches. Il utilise la fabrication de l’apolitisme comme moyen de passivation. Son produit final est l’homme déclassé. Devant l’urgence de la situation politique mondiale, pourrons-nous sortir de l’inertie ? Un retour au politique est-il possible ?
17h30 : Echange avec le public
18h30 : Fin du colloque

Intervention d’Edouard Mangin ; Vidéo « Henri Guillemin nous parle des gens de biens, des gens de rien » ; intervention de Jean Marc Carité – Colloque Henri Guillemin 2025.

Intervention de Michel Cabannes : L’inspiration ultra-libérale des politiques économiques : origines, applications, implications.

Intervention de Caëla Gillespie : Face à l’oppression que constitue la fabrication de l’apolitisme, un réveil est-il possible ?
