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Les orphelins

…. utilisé la très brève histoire intime de Billy the Kid, pour éclairer « littérairement » la réalité sociale et politique des Etats – Unis ; de mettre en pleine lumière comment ce pays s’est construit : par la violence, la domination patricienne, la farce d’une démocratie qui, dès l’origine fut en fait confisquée.

En explorant comment et pourquoi l’histoire de ce jeune vagabond, l’un parmi des centaines d’autres, s’est transformée en mythe, E. Vuillard brosse surtout le portrait cru et sans appel d’une société violente, prédatrice et colonialiste d’une brutalité inouïe.

« J’ai fouillé la vie du Kid, son taudis à New York lorsqu’il était enfant, la mort de sa mère, ses premiers larcins, et en partant de son histoire intime, de la vie d’un pauvre petit truand, je suis retombé sur la grand-route de l’Histoire humaine » (E. Vuillard).

Un livre qui fait immédiatement penser au chef-d’oeuvre de l’historien Etat-Unien Howard Zinn.

A la fin du XIXe siècle, dans cet Ouest, ce grand mythe planétaire où se déroula le génocide des Indiens, les grands propriétaires terriens des États-Unis firent appel à des hordes de brigands pour chasser les Indiens de leur territoire, rançonner les fermiers, chasser les petits exploitants. Des nuées de desperados furent les auxiliaires indispensables d’une accumulation de richesses sans précédent.
Puis, très vite, le pouvoir se structure avec les premières élections « démocratiques ». Les commanditaires criminels deviennent shériffs, sénateurs, gouverneurs. Il faut maintenant être propre, il faut éliminer ces bandes de hors-la-loi devenues inutiles.

« A la niche ! Silence aux pauvres ! » aurait dit Henri Guillemin.

Edition : Actes Sud ; 176 pages ; parution 28/01/2026

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Une vie de paria

Dans la région de Pondichéry, on les appelle paraiyar, un nom que les voyageurs européens ont transformé en paria.

On entre avec Viramma dans la boue des rizières, mais aussi dans le monde des esprits et des dieux, des jeteurs de sort, des rêves de délivrance.

Viramma raconte sa vie de paria. Ouvrière agricole asservie à une famille possédante du village de Karani, près de Pondichéry, elle est aussi sage-femme dans son quartier paria, et chanteuse.

Dans ce que dit cette voix de l’ombre, résonne aussi le rire des asservis, parfois tragique, parfois de dérision, parfois amer, souvent franc, un rire que forgent la force de vivre et la grandeur des dominés, un rire qui transfigure le destin, sur la difficile voie de l’émancipation.

Confié et recueilli dans un total esprit de confiance, ce témoignage nous vaut ce texte rare, éclairant à la fois les profondeurs d’une Inde qui bouge et l’indestructible dignité qui anime les plus méprisés des exclus, à l’heure même où nombre d’entre eux aspirent en masse à une nouvelle reconnaissance sociale et à un nouveau pouvoir. Ce livre d’écoute est un hommage à ceux qui furent si longtemps privés de parole.

Josiane Racine, Tamoule de Pondichéry, poursuit auprès de l’École pratique des hautes études, à Paris, ses recherches sur la culture populaire en Inde du Sud.

Jean-Luc Racine, son mari, directeur de recherche au CNRS, conduit au Centre d’étude de l’Inde de l’École des hautes études en sciences sociales, comme dans la revue Hérodote, des travaux portant sur les dynamiques sociales, économiques et géopolitiques de l’Inde contemporaine.

Editeur : Plon/Terre Humaine ; 625 pages ; paru en 1994.

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Supervivant

C’est sans doute dans Supervivant, (Manalive en anglais), roman parmi les plus jubilatoires que Chesterton (1874-1936) a le plus complètement rendu compte de ses visions si singulières. Supervivant est l’apologie extraordinaire de l’existence comme une fin en soi.
Roman policier, roman fantastique, roman espiègle, parabole métaphysique, ce livre est tout cela à la fois.
« Chesterton est l’un des premiers écrivains de notre temps et ceci non seulement pour son heureux génie de l’invention, pour son imagination visuelle et pour la félicité enfantine ou divine que laisse entrevoir chaque page de son oeuvre, mais aussi pour ses vertus rhétoriques, pour sa pure virtuosité technique. » (Jorge Luis Borges).

Quatre accusations pèsent sur Innocent Fève, sans doute le héros le plus paradoxal imaginé par l’auteur : meurtre, cambriolage, abandon, polygamie. Mais au fond quel est le crime d’Innocent Fèvre ?

Après une première partie éblouissante, la seconde partie développe le procès privé de l’accusé. La façon dont les quatre crimes sont démontés est un chef d’oeuvre de paradoxe et d’hymne à la vie.
« En somme, ce qu’on reproche à Innocent Fèvre, c’est le fait qu’il est différent des autres, qu’il se moque des convenances et des règles de bonne conduite imposées par la société, qu’il ne se plie pas aux usages, ce masque officiel de l’hypocrisie établie, érigée en système ».

Edition : L’Age d’Homme ; 190 pages ; parution 1981

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Editeur d’Henri Guillemin par passion et fidélité

par Jean-Marc Carité

Tombé dans « la marmite » adolescent, grâce à mon père, Maurice Carité, critique littéraire proche de Marc Sangnier et ami d’Henri Guillemin, je me suis passionné pour ses études iconoclastes, jusqu’à en être devenu, après sa mort, et avec la fidèle amitié de Philippe son fils aîné, l’éditeur exclusif pour l’ensemble de son œuvre. Trente après, la (re)mise à disposition du public de l’ensemble de celle-ci, je mesure le travail accompli par passion commune de la vérité historique le respect dû à une œuvre à nulle autre pareille.

Alors, oui : fierté d’éditeur d’avoir mené à bien ce travail imposant. Fierté aussi aussi de rester fidèles à nos convictions.