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La Traversée – retour du bagne de Nouvelle-Calédonie d’un Communard 1879

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Navire le Var à Toulon (Département Marine du Service Historique de la Défense)

A travers cet ouvrage, Gérard Hamon fait le pari de reconstituer le journal de bord d’un inconnu, qu’il nomme XXX, l’un de ces 410 Communards ramenés en métropole par le navire le Var à l’été 1879. Si XXX est un personnage réel (1) qui fut fait prisonnier à la fin de la Commune de Paris en 1871 et condamné, comme plusieurs milliers de ses camarades de combat, à la déportation simple en Nouvelle-Calédonie, son journal de bord est entièrement imaginaire. Une fiction, mais une fiction enchâssée dans la réalité historique décrite et reproduite grâce à un important travail d’archives effectué par l’auteur. Les anecdotes, dialogues, faits divers, témoignages, descriptions, proviennent d’un étroit maillage de sources que Gérard Hamon a patiemment recherchées et étudiées (2).

Gérard Hamon – La Traversée – éditions Pontcerq – 296 pages – 12 €

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Gérard Hamon a été professeur de mathématiques en France et en Afrique. Il a publié des ouvrages sur des sujets aussi divers que les mathématiques de la Renaissance italienne, l’histoire de l’algèbre arabe et celle des nombres complexes. C’est à l’occasion de recherches en archives qu’il a rencontré la figure de XXX, communard originaire d’une commune d’Ille-et-Vilaine et déporté en Nouvelle-Calédonie. Il s’est alors lancé dans un travail minutieux de recherches qui l’a conduit à écrire La Traversée et à rendre ainsi hommage à tous ceux qui se sont battus pour la Commune.

XXX n’est pas une grande figure de la Commune, ce n’est ni un théoricien ni un stratège, ni davantage un chef de guerre ou un leader politique. C’est un Communeux intègre, un combattant, un homme ; un homme du peuple, un des héros de la Commune. Après plus de six ans passés sur l’Île des Pins (petite île située au sud-est de Grande Terre en Nouvelle-Calédonie), il bénéficia de l’amnistie générale et regagna la France sur le même navire qu’à l’aller, le Var. C’est ce voyage de retour de onze semaines, onze semaines d’ennui, d’espoir ou tout au moins d’interrogations, mais aussi de rencontres et de souvenirs, qu’il raconte dans ce journal de bord imaginaire.

Autour de XXX gravitent des Communards qui ont réellement existé : Augustin Nicolle, Prosper Quiniou, Marc Gonthier, Paul Chibout, sur lesquels l’auteur a accumulé une importante documentation, passionnante et impressionnante de précision et de détails.
Grâce à cette documentation, on découvre l’organisation et le règlement maritimes à bord du Var, les conditions de vie des pas encore libres mais plus tout à fait prisonniers. On peut s’émouvoir à la lecture d’extraits de lettres ou de journaux de bord de Communards que Gérard Hamon a trouvés et qu’il nous restitue tels quels, en appui au journal imaginaire, lui, de XXX.


C’est alors, sur le plan littéraire, une soudaine vibration différente qui surgit du fil narratif général : des extraits d’époque, authentiques, écrits non seulement dans le style fin XIXe, mais aussi dans la prose populaire des Communards. Car tous les convoyés à bord du navire sont des ouvriers, des prolétaires, des gens d’en bas. Et dans cette classe-là, ce qui vient en premier, c’est la survie. Alors on parle net, on va droit au but, on ne s’émeut pratiquement pas mais on accuse le coup des vacheries de la vie.
Très nombreux passages sur le quotidien et les conditions de vie de gens du peuple dont on retiendra les pages 60, 71, 72, 86-87, 118, 119, 135, 196… A noter plus particulièrement le récit de la traque d’un Communard accompagné de son épouse enceinte (elle accouchera entre deux planques), par la police, obligé de se cacher ici et là (le détail des adresses est donné) pour fuir l’emprisonnement (pages 122, 123 et surtout 124) ; également l’acte d’accusation de XXX (page 152), ou la description détaillée des traitements abominables subis par les prisonniers (pages 140 à 143), ou encore l’étude de la presse, notamment le journal Le Gaulois (page 213).

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Le journal imaginaire de XXX est bâti comme tout journal, avec des dates chronologiques où XXX narre le déroulement de chaque journée. Si les journées sont racontées de façon particulière, au gré des événements qui les composent, la narration n’est pourtant pas structurée verticalement, prisonnière d’une grille calendaire stricte, ce qui aurait procuré à la lecture un rythme mécanique et scandé. Au contraire, le journal imaginaire ressemble davantage à un monologue intérieur qui s’étire immuablement au long des jours de cette traversée, sans souci de respect des dates pourtant scrupuleusement indiquées, ce qui place d’avantage le récit sur un plan d’horizontalité. Au long cours en quelque sorte.

Sans aller jusqu’à employer la technique littéraire particulière du récit en flux de conscience (le style de Gérard Hamon est de facture classique), le monologue intérieur de XXX n’en aborde pas moins toute une série très variée de sujets, de pensées et de réflexions, qui permet d’approcher au plus près ce qui pouvait très vraisemblablement torturer les méninges de ces captifs.
XXX repense à sa vie passée, ses origines sociales, son enfance, ses parents, surtout son père (l’a-t-il déçu de ne pas avoir été médecin comme lui ?, Comment a-t-il considéré son engagement dans la Commune ?). Il se rappelle ses combats pendant la Commune et les affres de la question éthique quand, une fois prisonnier, il fut sommé de témoigner, de dénoncer, d’abjurer. Il se souvient des massacres abominables perpétrés par les troupes versaillaises, les incompréhensions et quiproquos entre Communards de Basse-Bretagne et soldats versaillais du Finistère qui s’interpellent en plein combat de rue pour cesser le feu et sauver les blessés au milieu des tirs, mais, hélas ne se comprennent pas car les dialectes sont trop différents (pages 38 et 39).
Il parle de l’amitié et des amis disparus.

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L’accapare aussi, le retour en métropole : qui et que va-t-il découvrir à son arrivée ? Comment vivra-t-il son retour, avec quels projets, quel avenir ? Comme il y a un curé à bord, cela donne l’occasion de présenter, à chaque dimanche, l’anticléricalisme des Communards ou de façon générale leur ignorance sur le sens de la religion (pages 174, 175).

A un moment de son journal, XXX, en se remémorant les livres qu’il a lus et aimés, nous entraîne dans un voyage dans la littérature de l’époque, certes court mais couronné d’une bonne surprise. Sont cités tous les grands : Victor Hugo, Alexandre Dumas, Jules Verne, Eugène Sue, Théophile Gauthier, Gustave Flaubert, Prosper Mérimée, Emile Zola. Et la surprise arrive à la fin de cette illustre liste. J’avoue avoir ressenti le plaisir de lire ceci : « …il y a aussi Jules Vallès, notre compagnon élu du XVème, réfugié à Londres, dont nous savons qu’il a écrit un drame, La Commune de Paris« . Comment ne pas repenser à notre colloque du 19 novembre dernier et à l’intervention de Céline Léger sur ce sujet peu connu ?

Dates après dates, les pensées intimes de XXX courent et tourbillonnent. Mais le cours de ses pensées est régulièrement entrecoupé par les extraits historiques que l’auteur insère habilement dans le récit. Ainsi, une discussion avec ses amis, et c’est un extrait de lettre d’époque qui structure le dialogue. L’évocation d’un ami, et c’est le déroulé d’une biographie bien réelle que nous lisons. Le souvenir des combats et des malheurs, et les archives s’imposent avec tous les détails qui sonnent vrai.
Si bien que le journal de XXX alterne très subtilement les moments de réflexion fictionnelle, intimes, calmes, denses, (le calme-plat de l’introspection) et les passages historiques, plus vifs, imparables, factuels (la houle du bouillonnement de l’Histoire) dans un récit qui évolue jour après jour vers sa destination finale, sous la tension dramatique grandissante du trajet vers la liberté.

La Traversée a donc cette particularité d’offrir un double voyage, intérieur et extérieur, et on pourrait imaginer lui donner un second sous-titre : « Voyage intérieur par delà les mers ».

Un sujet historique qui reste à creuser

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Prisonniers algériens en Nouvelle-Calédonie 1864-1920

Au milieu de La Traversée, (pages 165, 169 et 170 et plus loin, pages 226, 227 et 228) l’auteur évoque une amorce de réflexion politique sur la problématique du colonialisme. XXX s’interroge sur l’exploitation et les sévices subis par les Algériens, les Kanaks, les Indochinois et avoue, alors même que leur situation de classe dominée pouvait se comparer à la leur en métropole, que la conscience politique des Communards sur ce sujet n’était pas très développée.

L’auteur aborde la question de l’impérialisme et du colonialisme dans le journal imaginaire mais, toujours selon le schéma général du livre, en s’appuyant sur des archives. Cela donne l’extrait suivant, tiré du journal Le Gaulois du 18 novembre 1878 qui donnait la parole au ministre de la Marine de l’époque : « Le Canaque, je l’ai dit, n’est pas un occidental, c’est un assassin : il n’est pas armé pour la lutte, il ne l’est que pour le meurtre, et le meurtre isolé (…/…). Il est probable que beaucoup des griefs des Canaques étaient plus ou moins chimériques… ». A la suite de ce passage, XXX, sensibilisé à ce problème par la proximité avec les autochtones, analyse la révolte des Kanaks comme une réaction à la brutale dépossession de leur terre et à la politique coloniale. Plus loin, le journal mentionne les cas de Cochinchine et d’Algérie.
Si l’on souhaite approfondir cette question, ci-dessous un extrait pris sur le site de l’association des amies et des amis de la Commune.

En 1871, dès que Paris proclame la Commune, les délégués de l’Algérie, Alexandre Lambert, député des départements d’Algérie, Lucien Rabuel, Louis Calvinhac, déclarent, « au nom de tous leurs commettants, adhérer de la façon la plus absolue à la Commune de Paris. L’Algérie tout entière revendique les libertés communales. Opprimés pendant quarante années par la double centralisation de l’armée et de l’administration, la colonie a compris depuis longtemps que l’affranchissement complet de la Commune est le seul moyen pour elle d’arriver à la liberté et à la prospérité ». Paris, le 28 mars 1871 (Journal Officiel de la Commune de Paris). Pour en lire davantage, cliquez ici.

Pour finir, un extrait : la fin de La Traversée, l’arrivée en métropole

« Le 1er septembre 1879 arrive à Port-Vendres, Pyrénées-Orientales, un ancien navire militaire de transports de chevaux, reconverti et employé depuis une dizaine d’années à la déportation de condamnés : le Var. C’est un trois-mâts de 1900 m2 de voilure, doublés d’un puissant moteur actionnant une hélice à deux ailes doubles de quatre mètres.
À son bord, 410 communards, qui après un exil en Nouvelle-Calédonie de six ou sept ans pour la plupart ont obtenu du gouvernement de la République l’amnistie ; ce 1er septembre ils touchent le sol français après un voyage en mer de dix semaines depuis Nouméa. « Lorsque les premiers déportés sont descendus, ils ont crié : “Vive la France !” Et la foule a répondu par les cris de : “Vive la France ! Vive la République !” Ces cris se sont reproduits à différentes reprises. Dans la journée, un seul cri de “Vive la Commune !” a été poussé par un marin de Port-Vendres qui est connu et aura probablement à en répondre. » (Le Journal des Débats, 3 septembre 1879) ».

Recension réalisée par Edouard Mangin

Notes

(1) XXX est inspiré d’un Communard réel – Amédée Guélet, natif de Saint-Aubin-d’Aubigné en Ille-et-Vilaine – embarqué sur le Var en septembre 1872, et rentré en métropole sur le même navire. L’auteur dédie son livre à sa mémoire.

(2) Parmi les archives étudiées par l’auteur, citons :
– Les archives d’Outre-Mer à Aix-en-Provence
– Les bulletins officiels du ministère de l’Intérieur
– La presse (Le Gaulois, Le Petit Parisien, Le Temps)
-Ouvrages historiques : Alphonse Messager Deux cent trente-neuf lettres d’un Communard déporté – éd. Le Sycomore 1979 ; Roger Perennès Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa – éd. Nantes, Ouest-Editions 1991 ; Charles Malato De la Commune à l’anarchie – éd. Stock 1894 ; journal de la société des océanistes – année 1971.

Pour compléter

 Dernière minute /1

La Commune est toujours vivante en 2016. A peine notre colloque du 19 novembre s’était terminé que quelques jours plus tard, cette information extraordinaire paraîssait dans le journal Le Monde daté du 30/11/2016 : 

L’Assemblée réhabilite les communards victimes de la répression
Durant cette insurrection populaire, en 1871, entre 10 000 et 20 000 personnes ont été exécutées par les forces loyales au gouvernement d’Adolphe Thiers.
A l’initiative des socialistes et au grand dam de la droite, l’Assemblée nationale a voté dans la soirée de mardi 29 novembre un texte proclamant la réhabilitation de toutes les victimes de la répression de la Commune de Paris.
Dernière révolution du XIXe siècle et première tentative d’un exécutif de la classe ouvrière, ce mouvement populaire fut la réaction à la défaite française lors de la guerre franco-allemande de 1870. L’insurrection des Parisiens contre le gouvernement provisoire dirigé par Adolphe Thiers, installé après la déchéance de Napoléon III, a duré soixante-douze jours, du 18 mars au 27 mai 1871.

Lors de la Commune, notamment durant la Semaine sanglante, entre 10 000 et 20 000 personnes ont été exécutées. Des milliers de condamnations à mort, à la déportation, aux travaux forcés ou à de la prison ont en outre été prononcées postérieurement. En mars 1879, une amnistie partielle des communards avait été votée par l’Assemblée, puis, en juillet 1880, une loi d’amnistie générale concernant les condamnations prononcées après la défaite de cette insurrection populaire.

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Communards en 1871

Combat « pour la liberté »

Evoquant un « acte solennel » par « devoir d’histoire » autant que « de justice », le président socialiste de la commission des affaires culturelles et élu parisien, Patrick Bloche, a plaidé que « le temps est désormais venu » pour le pays de rendre ainsi justice à tous les communards, « victimes d’une répression impitoyable ».

Secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement et ancien député de Paris, Jean-Marie Le Guen a appuyé un texte qui « favorise la transmission de la mémoire » de « patriotes » et « insurgés » aux valeurs ayant « inspiré la République ».

La proposition de résolution, signée notamment par le chef de file des députés socialistes et écologistes réformistes Bruno Le Roux et plusieurs élus parisiens, souhaite notamment que soient rendus « honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques ».

Dernière minute /2

Marc Sangnier, Henri Guillemin sur France Culture les 3 et 10 décembre prochains.

Dans le cadre des Nuits de France Culture est programmée la rediffusion, en deux volets d’une heure chacun, de l’émission Profil perdu qui avait été consacrée à Marc Sangnier les 21 et 28 septembre 1995.

Ces deux formidables émissions proposées par Marlène Belilos permettent notamment d’entendre de nombreux témoignages et certaines voix aujourd’hui disparues comme : Maurice Schumann, Georges Montaron, Jeanne Caron, Madeleine Barthélémy-Madaule, Jean Sangnier (fils de Marc Sangnier), Jean-Marie Mayeur, Henri Guillemin et Marc Sangnier, lui-même.

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Retour des Parisiens après l’écrasement de la Commune juin 1871 tableau anonyme – Saint-Denis, musée d’art et d’histoire.
(Cliché I. Andréani)

 

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La Commune de Paris vue par Henri Guillemin : les « Notules » de la revue Europe

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Barricades sur la butte Montmartre

Lorsque survient en 1971 le centenaire de la Commune, Guillemin a déjà publié depuis longtemps dans Les Temps modernes, puis en librairie, les trois volumes de son étude sur Les Origines de la Commune, dont Patrick Rödel a parlé ici : 1956, 1959, 1960.
En 1961 et 1964, il a publié dans la revue de Sartre trois nouveaux articles, qui deviennent en avril 1971 des chapitres de L’Avènement de M. Thiers et Réflexions sur la Commune.

Mais à l’approche de la date anniversaire, il a aussi publié d’autres textes, et notamment deux, en 1970 : sa préface à la Grande Histoire de la Commune de Georges Soria, préface opportunément reproduite et présentée par Guy Fossat dans le n° 5 de la revue Présence d’Henri Guillemin (Mâcon, mars 2016, p. 51-69) ; et les « Notules » publiées dans le numéro de la revue Europe consacré à la Commune de Paris (novembre-décembre 1970, p. 22-42) ; c’est ce texte que je présente ici.

Comme le titre et son diminutif l’indiquent, il ne s’agit pas d’un article en continu, mais de dix brefs développements allant de la conduite de Thiers en mars 1871 à différentes précisions sur la Commune et sur son écrasement ; les textes sont rapides, avec les références in-texte, comme dans l’urgence de dire des choses essentielles. Autant dire que c’est du Guillemin tout pur, au ton et au style immédiatement reconnaissables. Voici quelques extraits.

Notule 2

Elle aborde le thème du comportement des soldats en avril 1871. Le 18 mars, sur la colline de Montmartre, la troupe avait fraternisé avec les rebelles. Va-t-elle, cette fois, obéir quand on l’enverra contre eux ? Voici ce qu’écrit Guillemin (p. 26) :
« On se demandait, avec effroi, chez les gens de bien, si le miracle usuel allait se produire et s’ils vont consentir, une fois de plus à se sacrifier, ces pauvres que l’on envoie se faire tuer, en tuant d’autres pauvres, au profit d’un “ordre” dont ils sont – on le sait bien – les victimes, et l’on avait pris d’extrêmes précautions, encadrant les soldats, en avant et en arrière, de gendarmes, mercenaires, ceux-là, d’une solidité antique (comme dira le lieutenant-colonel Hennebert dans sa Guerre des Communeux, 1871, p. 131) ».
Le ton est donné.

Notule 3

C’est la plus longue. Elle parle non plus de la troupe mais des généraux, et de l’aubaine que représente pour eux la lutte contre la Commune. Guillemin met en jeu tout son système de guillemets, d’italiques et de citations préférées (quitte à les sortir de leur contexte, mais il aime trop celle de Voltaire pour s’en soucier), et donne à lire comme un raccourci de sa vision des choses (je cite le début, p. 27-28) :
« Mornes, languides, inertes, tels sont les généraux de Paris, réduits, par le malheur des temps et la frénésie nationale des Parisiens, à feindre une défense dont ils ont horreur et qu’ils maudissent, leur unique objectif étant la capitulation, le plus vite qu’ils pourront, afin que les Allemands victorieux soient là pour tenir en respect, avec leurs canons, les faubourgs. Ils veulent deux provinces, les Allemands ? Et après ? Qu’est-ce que deux provinces de moins, au prix de ce qui est en question, avec ces résistants odieux, des “rouges”, pour la plupart, des scélérats qui, si jamais leur parti gagnait la guerre, mettraient en péril l’essentiel, les structures économiques et sociales, le Système lui-même, “l’ordre établi” dont l’heureuse définition a été donné, au siècle précédent, par Voltaire ; un pays bien organisé, disait le sage de Ferney, est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne. C’est cela, c’est ce fondement même de la société, de la civilisation, qu’entendent protéger à tout prix, et par les moyens appropriés, les Jules […]. »
(Rappelons que « les Jules » sont Jules Simon, Jules Trochu, Jules Ferry, Jules Favre, tous porteurs de ce prénom alors très répandu.)

À la fin de la même notule 3, Guillemin cite comme édifiant (il l’est, en effet) un discours du général Ducrot, un des battus de Sedan, placé à la tête de la deuxième armée de défense de Paris en novembre 1870, et qui commandera du 20 au 24 avril 1871 le 4e corps de l’armée de Versailles chargée d’exterminer les Communards.
Le 10 avril, alors qu’il commande le camp militaire de Cherbourg, il est chargé d’accueillir les soldats faits prisonniers pendant la guerre, restitués par les Allemands à la France et qui viennent de débarquer de Hambourg. Guillemin juge utile de donner des extraits du discours qu’il leur fait sur les Communards qu’on va les charger d’aller vaincre : « Une tourbe de misérables essaie d’établir à Paris le triomphe de la paresse, de la débauche, du brigandage et de l’assassinat [etc.] »
(cité p. 33) ; si ce n’est pas de la mise en condition…

Notule 6

Après la notule 5 où il approuve la mise à bas de la colonne Vendôme, Guillemin aborde dans la notule 6 le sujet délicat de « l’histoire militaire […] lamentable » de la Commune, et il écrit (p. 35) :
« […] la vérité qu’il faut dire, et qu’il serait coupable de dissimuler, la tragique vérité est que tout se déroula dans une anarchie sans nom, et navrante ».
Et cela malgré les efforts de Rossel, que Guillemin admire comme il admire, individuellement, de nombreux Communards mais sans jamais occulter leur échec collectif : ils ont été battus parce qu’ils n’étaient pas les plus forts, face aux moyens qu’on a déployés pour les réduire à néant, mais aussi parce qu’ils n’étaient pas organisés.
Il n’y a chez Guillemin aucune idéalisation de la Commune.

Notule 7

Et justement, cette notule (p. 38-39) enchaîne sur le même sujet (l’armée), en changeant de point de vue. Dans sa trilogie sur Les Origines de la Commune Guillemin a abondamment démontré la réalité de la collusion entre Bismarck et Thiers, mais ici il revient sur le moment, juste avant la défaite des Communards, où Bismarck, trouvant Thiers indécis et pour tout dire mou, se dit prêt à faire donner ses propres troupes pour en finir. La parole à Guillemin :
« Surtout pas ! Accepter cette collaboration ouverte, une gaffe que ne commettrait jamais M. Thiers. De quoi le discréditer auprès d’une partie de l’opinion ; non pas certes auprès des royalistes de l’Assemblée et des grands notables, en France ; ils savent à quoi s’en tenir sur les rapports, si fraternels, avec le sauveur allemand ; mais eux-mêmes ont toujours étroitement veillé à ce que leur partie liée avec l’Allemagne fût dissimulée, le plus possible, à la foule ».

Nous avons là, avec notamment le mot « collaboration » bien en vue, un de ces nombreux passages où il semble évident que Guillemin écrit sur 1870-1871 en pensant à 1940-1944…

Je reprends son texte un peu plus loin, lorsque Thiers a réussi à dissuader l’occupant Bismarck d’intervenir manu militari :
« Les Allemands se borneront donc, puisque tel est le souhait de Versailles, à deux gestes discrets mais efficaces ».
Le 23 mai 1871, ils autorisent Thiers à faire passer son armée par la zone neutre qui entoure Paris depuis le traité préliminaire signé à Versailles le 26 février, et dans laquelle on ne doit pas circuler armé ; « les communards, confiants, n’ont point établi de défenses de ce côté-là et les Versaillais pourront leur tomber dessus par-derrière », en entrant dans Paris non par l’ouest mais par le nord, de façon à les prendre à revers aux Batignolles « à l’improviste ».
Cela fait, « ils [les Allemands] happeront tous les communards vaincus qui tenteraient de s’enfuir à travers la zone d’occupation et les remettront aussitôt, pour qu’ils soient châtiés comme il convient, aux Versaillais triomphants ».
Ce qui fut fait.
Comme dit le capitaine Jollivet dans Travail de Zola, cité dans la notule 9 (p. 40-41), « Heureusement que l’armée est là pour empêcher le passage des coquins ! »…

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Barricade de la place Blanche défendue par des femmes, pendant la semaine sanglante. Montmartre, 1871. Gravure sur bois extraite de « The penny illustrated paper ». Paris, Musée Carnavalet. © Roger-Viollet

Les « Notules » se terminent, de la façon la plus politiquement incorrecte possible, par une distribution de bons et de mauvais points. Guillemin, en effet, n’hésite pas à donner, sur un certain nombre d’ouvrages plus ou moins récents, « [s]on avis (que personne, il est vrai ne [lui] demande) » (sic, p. 41). Voici ce que cela donne :
La Commune de 1871 de Bruhat, Dautry et Tersen (1961) : « Fondamental, mais un peu trop soucieux, à mon sens, d’annexer la Commune au marxisme » ;
Procès des Communards de Jacques Rougerie (1964) : étude « exagérée, en sens inverse, mais non négligeable, tant s’en faut » ;
Les Communards de Winock et Azéma : « sérieux et utile » ;
La Proclamation de la Commune d’Henri Lefebvre (1965) : « quelque verbalisme, peut-être, mais de solides analyses aussi » ;
La Commune au cœur de Paris de Maurice Choury (1967) : « Plein de vie, et bien documenté » ;
La Commune de Paris d’André Découflé (1969) : « me paraît l’équité même » ;
Les Hommes de la Commune du général Zeller (1969) : « surprise heureuse » devant un livre « qui témoigne d’un remarquable effort d’intellection ».

Ce dernier avis clôt de façon piquante ces vingt pages où les officiers en ont pris pour leur grade ! On aura compris, en tout cas, que malgré leur titre modeste, ces « Notules » sont bien du vrai Guillemin, avec tout ce qu’il avait d’inacceptable pour plus d’un.

Recension faite par Patrick Berthier

Colloque : « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? » – SAMEDI 19 NOVEMBRE 2016 DE 9H00 À 18H00

UNIVERSITÉ PARIS 3 SORBONNE NOUVELLE – CENSIER – 13 RUE SANTEUIL 75005 PARIS

INSCRIVEZ-VOUS DÈS À PRÉSENT POUR BÉNÉFICIER DU TARIF PRÉFÉRENTIEL DE 12€ (AU LIEU DE 25€ SUR PLACE LE JOUR DU COLLOQUE)

POUR CONNAÎTRE LE PROGRAMME ET VOUS INCRIRE, CLIQUEZ ICI

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Colloque Henri Guillemin et la Commune – Témoignage exclusif de Patrick Berthier

 

patrick-berthierTémoignage exclusif de Patrick Berthier : comment devient-on « guilleminien » ?

Patrick Berthier, ancien élève de l’ENS (Ulm), agrégé ès lettres, docteur d’Etat, a enseigné la littérature française à la Sorbonne (1978-1997) et aux universités d’Amiens et de Nantes (1997-2011). Parallèlement à sa thèse de doctorat d’État sur La Presse littéraire et dramatique au début de la monarchie de Juillet (1997, 4 vol.), il a publié de nombreux travaux et éditions critiques portant sur Balzac, Musset et autres écrivains de la période romantique, ainsi que sur le théâtre de la première moitié du XIXe siècle ; il dirige la première édition intégrale de la Critique théâtrale de Théophile Gautier (Champion, vingt- deux volumes prévus, huit volumes parus depuis 2007, tome IX à paraître fin 2017).

Après sa rencontre avec Henri Guillemin en 1976, il a publié avec lui un volume d’entretiens (Le Cas Guillemin, Gallimard, 1979), ainsi que deux études critiques sur son œuvre (Guillemin, légende et vérité, et Soixante ans de travail, Utovie, 1982 et 1988) et un certain nombre d’articles. Une nouvelle édition revue et augmentée de Soixante ans de travail – éd. Utovie, paraîtra fin novembre 2016.
Il est l’un des  co-fondateurs de l’association Les ami(e)s d’Henri Guillemin.

Comment es-tu devenu « guilleminien » ?

La réponse à une telle question étant évidemment individuelle, j’ai cherché, avec l’idée de contribuer par ce témoignage à la présentation des intervenants du colloque « Henri Guillemin et la Commune de Paris » maintenant tout proche, à résumer, à partir de mes souvenirs, comment les choses se sont passées pour moi.

La première fois que j’ai entendu parler de Guillemin, c’était durant l’année 1965- 1966, à la “khâgne” du lycée du Parc, à Lyon. J’ignorais, en venant de Grenoble suivre les classes préparatoires à l’entrée à Normale Sup’, que je mettais mes pas dans les siens, qui était venu de Mâcon vers le même lycée renommé ; je ne connaissais même pas son nom. J’étais juste heureux d’être là, dans cette ambiance d’émulation intellectuelle que rendaient plus sensible l’internat et l’effet de “vase clos” qu’il produit sur l’esprit.
Comme Guillemin quarante-cinq ans avant moi, j’étais en “prépa” littéraire, plus purement littéraire que lui sans doute puisque fort en latin (et même “fort en thème” !), mais passionné par la littérature et par l’histoire aussi (qui m’attiraient toutes deux plus que la philosophie…). Ce n’est pas en classe de français qu’on aurait pu me parler de Guillemin, ou alors c’eût été de la pire façon, car mon professeur, Victor-Henry Debidour, grand traducteur d’Aristophane et connaisseur en calvaires bretons, était royaliste, et son fils, qui était son élève à nos côtés, portait un brassard noir à sa manche tous les 21 janvier. Alors Guillemin, vous pensez !

En revanche, en histoire, la chance a voulu que j’aie comme professeur Alfred Rambaud, petit-fils du Rambaud de même prénom qui avait travaillé avec Lavisse à cette monumentale Histoire de France publiée de 1900 à 1912, et qui faisait encore autorité. Mon Rambaud à moi était sans doute moins à gauche que son grand-père ; disons que tous deux étaient radicaux, mais être radical à l’époque de l’affaire Dreyfus ou à la veille de la Grande Guerre, c’était être plus près du socialisme de Jaurès qu’être radical dans les années 1960… Toujours est-il que c’est ce Rambaud-là, de gauche modérée, qui fit résonner pour la première fois à mes oreilles le nom de Guillemin.

Dans notre programme, qui allait si ma mémoire est bonne de 1848 à 1914, nous en étions à la IIe République : espoirs mis en Lamartine, échec de Lamartine, sa déroute à la première élection présidentielle, qui voit l’émergence de Louis-Napoléon Bonaparte. Nous sentions que Rambaud avait une sympathie pour Lamartine, et dès février 1848 il aurait pu, à propos de son audace sociale qui effraya si vite les gens de bien(s), nous parler de Guillemin. Il ne le fit qu’à l’approche du coup d’État. Je le revois (il faisait cours debout, en s’agitant beaucoup, la mèche grise raide et rebelle), je le revois s’appuyant des deux poings sur son bureau, ménageant une pause, et, nous regardant tous, disant comme une évidence : « Il faut lire Le Coup du deux Décembre ».

La soudaine urgence du ton dont il nous dit cela m’a sans doute fait dresser l’oreille, en tout cas j’ai lu et même dévoré ce gros pavé, et j’ai découvert ce qu’ont sans doute découvert bien d’autres avant et depuis moi, qu’il est possible de faire de l’histoire passionnée, passionnante, qui crépite page après page et fendille le plâtras du consensus officiel. Alfred Rambaud est sûrement au paradis des professeurs, maintenant (il aurait à peu près cent ans, s’il vivait encore), mais il reste un des hommes envers lesquels je suis le plus reconnaissant.

Les nécessités de la préparation du concours ont limité ce premier contact avec Guillemin à ce livre, le premier qu’il publia chez Gallimard, en 1951. La même année il a donné au Seuil son Hugo par lui-même, que j’ai lu peu après, pour les besoins d’un travail sur Hugo, une dissertation sans doute. Autre souvenir de lecture gourmande : à la fois on galope pour tourner les pages, et on se dit qu’on devrait aller plus lentement pour tout savourer…

Il n’y eut plus rien, ensuite, pendant cinq ou six ans ; mes études ont suivi leur cours, et j’ai vécu quatre ans rue d’Ulm sans savoir que je hantais les mêmes couloirs et prenais mes repas à la même cantine que « l’homme du Coup du deux Décembre ». Mais à cette même époque une suite de hasards me fit entrer comme chroniqueur à la revue des jésuites, Études, dont chaque numéro mensuel comportait une rubrique de billets critiques sur les nouveautés de librairie.

De 1970 à 1980, j’y ai publié quelque trois cents de ces recensions de vingt lignes qui apprenaient diablement à ne dire que l’essentiel. Parmi tout ce que j’ai lu, Précisions, en 1973 : j’entrais là en contact avec le Guillemin auteur d’articles, non moins incisif, assoiffé d’inédits, certes déboulonneur de statues abusives (le lui a-t-on assez reproché !) mais avant tout curieux, avide de comprendre le vrai, derrière les versions convenues et ce qu’il appelait souvent les « postures » (comme on pose pour la photo). Il y avait dans ce volume de Précisions presque tout l’éventail des favoris : Fénelon et Rousseau avant 1789, ensuite Chateaubriand, Lamartine, Hugo, Zola, Péguy – et la reprise des trois belles préfaces pour la trilogie de Vallès, ce qui nous met indirectement en contact avec la Commune.

Restait une dernière étape, toujours grâce aux livres qu’on me donnait à lire pour Études. Jean Mambrino (1923-2012), jésuite mais surtout poète et critique de théâtre passionné, dirigeait la « Revue des livres » avec une intuition toute subjective, écrivant lui-même sur ce qui le passionnait le plus, et distribuant le reste à tel ou tel des cinq ou six que nous étions à travailler pour lui. Je le revois me tendre le volume des Regards sur Bernanos, avec une moue dubitative : qu’est-ce qu’un Guillemin pouvait bien avoir à dire sur un génie aussi atypique ? J’avais lu pas mal de Bernanos à l’époque, car on ne lisait pas seulement Mauriac dans les milieux catholiques dont j’étais issu, et je me passionnai pour le côté “sans tabous” d’un livre dont la franchise choqua hautement la chapelle des spécialistes de l’écrivain – comme, cinq ans plus tard, fut choquée une autre chapelle, celle des péguystes…
Sans avoir lu aucun des critiques parues dans les journaux et les hebdomadaires, je fis mon petit billet, enthousiaste et qui fut accepté tel quel. Il parut dans le numéro de décembre 1976 d’Études, et un matin je trouvai dans ma boîte la lettre suivante, que sa brièveté me permet de publier ici :

14 XII 76

Mon cher camarade
(C’est Sulivan qui m’a tuyauté. Vous êtes comme moi (… comme je fus…) un enseignant,
n’est-ce pas ?)
un gros MERCI pour votre papier dans les Études.
Rudement gentil.
Vous, au moins, vous avez pigé ce que j’ai voulu faire, avec une profonde tendresse, pour
le grand gaillard.
Ça m’a fait un vieux plaisir.
et permettez-moi de vous serrer la main, fort.

C’était signé « Henri Guillemin » en toutes lettres, avec l’adresse à Neuchâtel en bas de la page. Imprimé de cette façon, un tel feuillet est privé de la vie qu’y mettait l’écriture (ici fort lisible !), et de la disposition si particulière des mots et des paragraphes.

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Pour l’enseignant arrageois de vingt-neuf ans que j’étais en effet alors (et de plus au lycée Robespierre, autre signe prémonitoire !), c’était la lettre même : que Guillemin eût pris ainsi la peine de remercier un inconnu.

La suite alla de soi : rencontre dès janvier 1977, correspondance soutenue, trois livres (*) dont un bâti à partir de conversations de l’été de la même année 1977… et depuis, quarante ans de fidélité à l’enthousiasme enthousiasmant d’un homme qui ne jouissait nullement d’être un “démolisseur”, puisqu’au contraire pour lui il s’agissait de rebâtir, de reconstruire une histoire et une littérature constamment compromises par ce qu’on n’appelait pas encore le « politiquement correct ».

Tous les défauts qu’on voudra, Henri Guillemin, mais chez lui une urgence de dire, de convaincre, que je crois toujours vivante et qui explique sa popularité actuelle par l’enregistrement et par l’image.

Patrick Berthier, octobre 2016

(*) Les trois livres sont : 
Le cas Guillemin – éd. Gallimard. Cliquez ici
Légende et vérité – éd. Utovie. Cliquez ici
60 ans de travail – bibliographie d’Henri Guillemin – éd. Utovie. Cliquez ici (à noter qu’une nouvelle édition revue et augmentée paraîtra au moment du colloque. Pour en savoir plus, cliquez ici)

Colloque : « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? »

SAMEDI 19 NOVEMBRE 2016 DE 9H00 À 18H00
UNIVERSITÉ PARIS 3 SORBONNE NOUVELLE – CENSIER – 13 RUE SANTEUIL 75005 PARIS

INSCRIVEZ-VOUS DÈS À PRÉSENT POUR BÉNÉFICIER DU TARIF PRÉFÉRENTIEL DE 12€ (AU LIEU DE 25€ SUR PLACE LE JOUR DU COLLOQUE)

POUR CONNAÎTRE LE PROGRAMME ET VOUS INCRIRE, CLIQUEZ ICI

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Colloque Henri Guillemin et la Commune – Interview exclusive de Jean Chérasse

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Interview exclusive de Jean Chérasse

Jean André Chérasse est réalisateur, scénariste et producteur, ancien élève de l’IDHEC. Il est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé d’Histoire.

Parmi les nombreux films qu’il a réalisés, nous pouvons noter : Valmy et la naissance de la République (1967), Dreyfus ou l’intolérable vérité (1975), La prise du pouvoir par Philippe Pétain (1979). 

Pour lire la biographie complète de Jean Chérasse, cliquez ici

Illustration : Le mur des fédérés d’Ernest Pichio (1840-1898) – musée d’art et d’histoire de Saint Denis – cliché Andréani.
À la fin de la « Semaine sanglante », le samedi 27 mai 1871, les troupes versaillaises parviennent à investir le cimetière du Père-Lachaise où des fédérés s’étaient repliés tandis que les quartiers du Trône, de Charonne et de Belleville étaient assaillis. Durant plusieurs heures, les communards résistent au point que les combats se seraient parfois terminés au corps à corps et à l’arme blanche, entre les tombes, non loin des sépultures de Nodier, Balzac et Souvestre.
Cent quarante-sept communards faits prisonniers sont fusillés contre le mur est de l’enceinte du cimetière. Dans les heures et les jours qui suivent, les corps de milliers d’autres fédérés tombés lors des combats de rue dans les quartiers environnants sont ensevelis à leurs côtés, dans une fosse commune. En leur mémoire, une section de cette muraille est appelée dès la fin des années 1870 le « mur des Fédérés ».

Edouard Mangin : Vous avez accepté d’intervenir au colloque que nous organisons le 19 novembre prochain sur le thème « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? ». Quel est votre thème d’intervention ?

Jean Chérasse : L’essai historique et politique que je suis en train d’écrire, provisoirement intitulé « les 72 Immortelles », tente d’analyser la Commune comme étant « une révolution de la fraternité ». Il est le résultat d’une promesse que j’ai faite à Henri Guillemin au début des années quatre-vingt.

Comment vous inscrivez-vous par rapport à lui ? Que représente pour vous son engagement ou sa façon de présenter l’Histoire ?

J’ai rencontré Henri Guillemin en 1967 à l’occasion d’une projection de mon film « Valmy et la naissance de la République » ; nous nous sommes liés d’amitié et avons décidé de collaborer. Ce fût d’abord « Dreyfus ou l’intolérable vérité » (prix Méliès 1975), puis « La prise du pouvoir par Philippe Pétain » (1979). 

[Ce dernier film est réalisé à partir de documents filmés de l’époque et de témoignages recueillis auprès de diverses personnalités. C’est une réflexion sur l’enchainement des faits qui, du 6 février 1934 au 10 Juillet 1940 – notamment l’agitation des Ligues, le Front Populaire, Munich, le Pacte germano-soviétique et la défaite française – jalonnent la longue marche à pas feutrés du vieux maréchal vers le pouvoir et la dictature de Vichy. Témoignent au cours de ce film : Claude Gruson, économiste ; Jean Chaintron, qui fut le secrétaire de Maurice Thorez ; Roger Codou, ancien militant communiste ; Charles-André Julien, collaborateur de Léon Blum ; Kostia Feldzer, Compagnon de la Libération ; Henri Jourdain et Paul Esnault, anciens délégués C.G.T. ; Jacques Benoist-Mechin et François Lehideux, anciens ministres de Vichy ; Pierre Andreu, journaliste ; Daniel Mayer, ancien leader socialiste et Henri Guillemin. Note de LAHG]

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J’avais été formé à l’Ecole des Annales (Robert Mandrou a été mon directeur de thèse du 3e cycle) mais j’ai découvert chez Henri Guillemin une intelligence heuristique et une volonté de démystification qui m’ont séduit et convaincu. Les deux films précités en sont le fruit.
« Il n’y a pas d’histoire objective, – disait-il – , l’honneur de l’historien, c’est la loyauté ». Nous parlions souvent de la Commune car il savait que j’avais une parentèle communeuse ; je lui avais promis que j’explorerais un jour mes archives familiales…

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Deux affiches différentes du film

Quand on prend l’histoire de la Révolution française, et notamment le moment Robespierre, on ne peut manquer de remarquer de grandes distorsions dans la présentation de la vérité historique, d’origine souvent idéologiques. La Commune n’échappant pas à ce phénomène, quels sont pour vous les points particulièrement déformés, ou carrément passés sous silence dans son histoire ? Ou, plus amplement, pourquoi d’après vous, la Commune est mal connue encore aujourd’hui ?

La révolution communaliste libertaire a d’abord été victime de la république bourgeoise qui est née sur les cadavres des communeux, puis elle a été « récupérée » par le PCF qui en a faussé la nature et la signification ; elle est aujourd’hui la proie des anglo-saxons qui lui ont retiré sa chair et sa poésie.

Vous êtes auteur-réalisateur de films. Quelles seraient pour vous les conditions à remplir aujourd’hui pour réaliser un film documentaire sur Henri Guillemin et surtout pour sensibiliser le plus grand public à la force de son engagement politique ? 

Il y a un magnifique film à faire sur Henri Guillemin, d’autant qu’il a laissé des traces audiovisuelles abondantes. Mais il faudrait l’aborder avec ferveur et ne pas hésiter à mettre en valeur l’insolente intelligence de cette grande figure du XXe siècle.

Peut-on connaître vos travaux actuels et vos projets ?

Je travaille d’arrache-pied à cet essai sur la Commune que j’espère terminer avant de disparaître. J’ai lu plusieurs dizaines d’ouvrages, compulsé des centaines de documents trouvés grâce à Internet, et j’ai dépouillé mes archives familiales – notamment la correspondance de Victoire Tinayre née Guerrier – qui m’ont apporté tous les éléments indispensables à l’étude des mentalités et à sentir « l’air du temps » ; j’ai longuement examiné à la loupe les visages des Communeux sur les photos et ils m’ont éclairé. Par ailleurs, je tiens sur Mediapart, un blog sous le pseudonyme de « Vingtras » en hommage à Jules Vallès.

Interview réalisée en septembre 2016

Colloque : « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? »

SAMEDI 19 NOVEMBRE 2016 DE 9H00 À 18H00
UNIVERSITÉ PARIS 3 SORBONNE NOUVELLE – CENSIER – 13 RUE SANTEUIL 75005 PARIS

INSCRIVEZ-VOUS DÈS À PRÉSENT POUR BÉNÉFICIER DU TARIF PRÉFÉRENTIEL DE 12€ (AU LIEU DE 25€ SUR PLACE LE JOUR DU COLLOQUE)

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