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Colloque Henri Guillemin sur Emile Zola – Les jours d’après

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Le colloque « Henri Guillemin » du 12 novembre 2022, qui s’est tenu à l’Ecole Normale Supérieure (ENS rue d’Ulm), sur le thème du regard porté par Henri Guillemin sur l’écrivain Emile Zola, a été le premier colloque entièrement littéraire organisé par notre association.

Il forme le premier volet d’un diptyque sur Zola, dont le second volet sera le colloque d’une journée entière, consacré à l’affaire Dreyfus, une affaire politique complexe, néanmoins scandale d’État, examinée, à sa façon, par Henri Guillemin et dont Zola fut un acteur engagé.

Ce prochain colloque est prévu en novembre 2023. Il est en cours d’organisation.

Trois grands experts de Guillemin et de Zola sont intervenus le 12 novembre dernier.

Nous avons le plaisir de vous présenter ci-dessous une sélection de leurs travaux respectifs, par ordre d’apparition sur scène.

Patrick Berthier

Il est le spécialiste incontesté des œuvres d’Henri Guillemin. Il a, entre autres, écrit et établi les éditions des ouvrages suivants :

Guillemin tel quel (ed. Utovie)

Guillemin, une vie pour la vérité – bibliographie (ed.Utovie).
Cette édition déjà conséquente de 160 pages est en cours d’actualisation pour une nouvelle édition augmentée, un pas supplémentaire vers l’établissement de l’oeuvre complet d’Henri Guillemin, suite à la découverte d’un millier de nouvelles références fournies par l’un des nos fervent adhérent résidant en Suisse.

Chroniques du Caire 1937-1939 – Une certaine idée de la critique. (ed.Utovie).
Un recueil des meilleures critiques littéraires d’Henri Guillemin sur les ouvrages de ses contemporains qui étaient publiés à son époque (Sartre, Gide, Colette, etc..).
Guillemin résidait au Caire et tenait la rubrique littéraire du grand quotidien francophone La Bourse égyptienne.
Comme le sous-titre l’indique, ce livre permet de comprendre, et de savourer, ce qu’est véritablement une critique littéraire.

Par ailleurs, Patrick Berthier est le directeur de l’édition des Oeuvres complètes – Critiques théâtrales de Théophile Gautier, corpus déterminé pour 20 volumes, pour les éditions Honoré Champion, dont 17 tomes sont parus à ce jour (les prochains sont en cours)

René – Pierre Colin

Une sélection :

Schopenhauer en France. Un mythe naturaliste. Presses Universitaires de Lyon, 1979, 230 p.

Zola, Renégats et Alliés. La République naturaliste, Lyon, P.U.L., 1988, 370 p.

Tranches de vie. Zola et le coup de force naturaliste. Tusson, Du Lérot, 1991, 220 p.

Louis Desprez (1861-1885). Pour la liberté d’écrire. Biographie suivie de Pour la liberté d’écrire et de Mes Prisons par un naturaliste. Tusson, Du Lérot, 1992, 272 p. (en collaboration avec Jean-François Nivet) (rééd. 1998).

Dictionnaire du naturalisme. Tusson, Du Lérot, 2012, 547 p.

Pour information, René-Pierre Colin a également réédité des œuvres de Paul Alexis, Henry Céard, Léon Hennique, Joris-Karl Huysmans, Guy de Maupassant, Gustave Guiches, Henry Fèvre, Louis Desprez, Robert Caze, Oscar Méténier…

Il a également participé à la rédaction du Dictionnaire Rimbaud, sous la direction de Jean-Baptiste Baronian. Bouquins, Robert Laffont – 2014.

Et du Dictionnaire Flaubert, sous la direction de Gisèle Séginger. – éd. Honoré Champion, 2017.

Alain Pages

Professeur émérite à l’université de la Sorbonne nouvelle, Alain Pagès est un historien de la littérature, spécialiste de la vie et de l’œuvre d’Émile Zola.

Il a publié notamment :

La Bataille littéraire. Essai sur la réception du naturalisme à l’époque de “Germinal”, Paris, Librairie Séguier, 1989, 276 p

Le Naturalisme, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1989, 128 p. (3éd. revue, 2001)

Émile Zola, un intellectuel dans l’affaire Dreyfus, Paris, Librairie Séguier, 1991, 398 p.

Émile Zola. Bilan critique, Paris, Nathan Université, « 128 », 1993, 128 p

Émile Zola de « J’accuse » au Panthéon. Lucien Souny, 2008)

Une journée dans l’affaire Dreyfus. « J’accuse… ». Perrin, « Tempus », 2011),

Zola et le groupe de Médan. Histoire d’un cercle littéraire. Perrin, 2014),

Le Paris d’Émile Zola. Éditions Alexandrines, 2016

L’affaire Dreyfus. Vérités et légendes. Perrin, 2019).

Avec le concours de Brigitte Émile-Zola, Alain Pages a recueilli la correspondance intime d’Émile Zola en éditant, chez Gallimard, les Lettres à Jeanne Rozerot, en 2004, et les Lettres à Alexandrine, en 2014 (prix Sévigné 2015).

Et sans oublier Henri Guillemin

Oui, comment l’oublier sur ce sujet.

Zola, légende et vérité. Utovie

Présentation des Rougon-Macquart. Ed.Utovie. (d’après un ouvrage publié initialement en 1964).
Cet ouvrage est la réunion des vingt préfaces que Guillemin rédigea pour chacun des vingt volumes du célèbre cycle de Zola, pour les éditions Rencontre, sise à Lausanne.

Conférences vidéo en deux parties :

1ère partie

2ème partie

Noël approche…

… Et offrir le coffret « DVD Guillemin et l’affaire Pétain » est une bonne idée ! Une très bonne idée !

Il nous reste encore quelques exemplaires. Profitez-en.

Offre spéciale : 30 € au lieu de 35 € (frais de port offerts).

Offre valable jusqu’à l’épuisement du stock pré-acheté.

Qui était vraiment Philippe Pétain ? Henri Guillemin, par un travail exemplaire de démythification historique, dresse le portrait d’une figure emblématique de l’Histoire française.

En mai 1981, Henri Guillemin inaugure une nouvelle série de 12 leçons d’Histoire à travers l’émission Henri Guillemin vous parle diffusée sur l’antenne de la Radio Télévision Suisse (RTS). Il explore toujours son thème de prédilection, celui de la trahison des élites, des gens de biens, à travers le décryptage de grands événements ou de grandes figures historiques.

Après avoir exposé avec brio la traîtrise de Thiers et des Versaillais pendant la guerre de 1870 et la Commune de Paris, Henri Guillemin s’attaque cette fois-ci à Pétain et au gouvernement de Vichy.

Ce coffret est co-édité avec les Éditions Utovie. Il est soutenu par un partenariat avec Les Amis d’Henri Guillemin (LAHG).

CONNAITRE LE CONTENU DÉTAILLÉ DU COFFRET : cliquez ici

COMMENT COMMANDER : cliquez 

Lettre rédigée par Edouard Mangin

E. Zola et H. Guillemin – photo montage LAHG

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Colloque Henri Guillemin 2022 – Dernière ligne droite

Zola, dans son bureau du IXe arrondissement de Paris. Là où il a rédigé son « J’accuse » publié en 1898 par « L’Aurore ». (Collection particulière et LP/Sébastien)

Comment participer au colloque

1/ En vous inscrivant par internet sur le site dédié et en cliquant ici.

NB. Les inscriptions par internet seront closes le mercredi 09 novembre à 14h00.

2/ Après cette date, vous pourrez bien sûr toujours assister au colloque.

Il vous suffira simplement de règler votre entrée directement sur place le jour de votre arrivée.

Notez que seuls sont acceptés les chèques bancaires et les espèces (les cartes bancaires sont prévues pour les prochains colloques).

Comment se rendre à la salle Dussane ?

L’entrée à l’ENS, pour notre colloque, s’effectue au 45 de la rue d’Ulm, par une petite porte.

Cette porte sera spécialement ouverte pour notre colloque.

Mais si, contrairement à ce qui nous a été indiqué, il s’avérait qu’elle soit fermée, il suffira d’appuyer sur le gros bouton alertant le service sécurité de l’Ecole qui déclenchera alors son ouverture.

Pour ultime précaution, si rien ne se produisait, appelez le 06 70 70 97 23.

Une fois la porte franchie, il suffit de se diriger vers l’entrée principale (cf photo).

Une fois dans le hall, prendre le long couloir à gauche.

L’entrée de la salle Dussane se trouve au bout de celui-ci.
Notre accueil sera là pour le suivi de la liste d’émargement et répondra à toutes vos questions.

Nous présenterons aussi le dernier coffret DVD « Henri Guillemin et l’affaire Pétain », un ouvrage essentiel pour connaître, enfin, le fond de l’affaire, l’exacte vérité historique de cette sinistre période historique de notre histoire nationale, celle des années 40, où l’enjeu principal fut celui du rapport de classes, fut la sauvegarde des privilèges des classes dominantes qui, au prix des pires compromis, s’abaissèrent jusqu’au tréfonds de l’abjection.

Pour plus d’informations sur le coffret DVD, cliquez ici

Au plaisir de vous voir le 12 novembre prochain pour ce nouveau colloque Guillemin.

Merci de votre soutien.

Note rédigée par Edouard Mangin

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En cheminant auprès de Zola, de Guillemin et d’autres…

Hasard objectif et serendipité

Le hasard favorise les esprits qui y sont préparés.
– Louis Pasteur –

Il arrive parfois qu’un agencement de circonstances soit particulièrement heureux. Quand on sait le reconnaître, quand on est ouvert à l’inattendu, on peut alors avoir la chance de se retrouver sur un chemin au cours duquel vont survenir des faits singuliers et une série de rencontres qui peuvent paraître indépendants les uns des autres, mais dont on se rend compte au bout d’un moment que, étape après étape, ensemble, ils font sens, car unis par de discrètes et subtiles sutures.

C’est précisément ce qui m’est arrivé cette année, sorte de voyage qui s’étala sur plusieurs mois, et qui commença en janvier 2022 lorsque l’Assemblée générale annuelle de l’association décida d’organiser un colloque littéraire Henri Guillemin sur Emile Zola, année anniversaire des 120 ans de la mort de l’écrivain (20/09/1902).

Un mois plus tard, en février, en plein hiver, la neige tombait drue sur Paris, acharnée à tout recouvrir. Le Petit Palais vers où l’on se dirigeait, avait presque disparu au loin malgré sa masse imposante.

Ce Petit Palais, une « architecture grotesque, un gros gâteau de la bourgeoisie typique du 19e».

Ces propos, qu’un ami, bon connaisseur de Guillemin, avait lancés, il y a des années, à la sortie d’une exposition au même endroit, me revenaient d’un coup, abruptement, tandis que je regardais le fameux musée en évitant les flaques boueuses sur le trottoir.
Le souvenir de cette ancienne discussion était resté très net dans ma mémoire. A cette occasion, il m’avait surtout parlé des travaux littéraires d’Henri Guillemin et avait notamment attiré mon attention sur son illustre série de treize conférences vidéo consacrées à Tolstoï.

A la lumière de ce souvenir, Guillemin et Tolstoï s’étaient mis à trotter et tournicoter dans ma tête tandis que je m’approchai du musée pour y voir l’exposition consacrée à l’illustre peintre russe Ilya Répine.

J’arrivai donc au musée dans un état d’esprit totalement ouvert, neuf et impatient, voire gourmand car je ne connaissais aucunement l’oeuvre du peintre Ilya Répine, ignorant jusqu’à son nom.

Cette exposition fut magnifique. Une rétrospective très bien agencée, où chaque tableau du maître donnait le frisson par sa puissance d’évocation et sa charge émotionnelle exceptionnelle.

Le premier signe du hasard objectif cher à André Breton, le premier clin d’oeil de cet heureux jeu de circonstances, début de mon « voyage », fut de retrouver Tolstoï à travers les nombreux portraits qu’Ilya Répine, son ami, avait réalisés de lui.
Tolstoï, cet écrivain admirablement décrit par Guillemin.

Première coïncidence.

Il y avait beaucoup de toiles très émouvantes, dont deux portraits d’enfants, devant lesquels je demeurai un long moment, traversé d’une immense émotion.
Ils illustraient pleinement à mes yeux le concept de percept cher au philosophe Gilles Deleuze.
Sublimes captations de regards d’enfants ayant déjà compris la réalité du monde dans lequel ils étaient jetés. Bien qu’issus de milieux sociaux totalement différents, leur effroi est identique.

Génie de ce peintre russe, Ilya Répine, hélas trop méconnu.

Portrait de Youri Répine (1877-1954), à l’âge de cinq ans, unique fils du peintre – Huile sur toile – 1882 – 107,5 x 54 cm – Coll. Galerie nationale Trétiakov – Moscou
La Fille du pêcheur – 1874 – Huile sur toile – 74 × 49,8 cm
Musée régional d’art d’Irkoutsk

Cela me donna immédiatement envie de relire certains textes de Tolstoï et de regarder à nouveau la série de conférences d’Henri Guillemin sur l’illustre écrivain russe. Encore une série de conférences où Guillemin est flamboyant!

A la fin de l’exposition, on déboucha sur une salle affichant les photographies de toutes les constructions russes édifiées au 19e siècle dans Paris et ses environs. Certaines sont encore visibles aujourd’hui, dont le Pavillon Tourgueniev, à Bougival, bourgade située à l’Ouest de Paris.

Cet édifice, parmi tous les autres, avait attiré mon attention.
Un fait du hasard ?

Deuxième coïncidence.

Pavillon Tourguéniev à Bougival

Pour visiter le Pavillon, il fallait prendre rendez-vous au préalable. Internet m’orienta vers une multitude de numéros de téléphone dont aucun ne fonctionna, tous muets. Sauf un.

Stupeur et confusion, je dérangeai un particulier.

Mais pas n’importe qui.

Il s’agissait d’Alexandre Zviguisky, ancien président de l’Association des Amis de Tourgueniev et ancien responsable du Pavillon Tourgueniev.

S’en suivirent deux heures de conversation téléphonique au sujet de Tourgueniev, bien sûr, mais aussi de Zola, de Daudet, et de….. Guillemin. Car il connaissait les travaux d’Henri Guillemin, surtout ceux consacrés à l’affaire Dreyfus et il avait regardé plusieurs fois sa série sur Tolstoï.

Il fut intarissable sur la culture russe, sur Emile Zola, son aura en Russie, son amitié indéfectible pour Tourguéniev et aussi sur Guillemin. Une conversation d’une rare intensité au cours de laquelle nous croisâmes nos expériences, nos idéaux, nos combats et nos déceptions. C’était en mars 2022 et nous parlions, avec tristesse, de l’injustice et des convulsions de « la chair du monde » comme il qualifia l’actualité internationale.

– Pour vous, Guillemin, c’est quoi, c’est qui, en deux mots ? – lui demandais-je 

– Un pourfendeur de mythes !

– L’association Les amis d’Henri Guillemin organise un colloque sur Zola et Guillemin et plus tard un autre sur l’affaire Dreyfus. Voulez-vous faire partie des intervenants ? C’est cet automne pour le premier et l’année suivante pour le second.

– Mon cher ami – me dit-il – j’en serais extrêmement ravi, mais savez-vous quel âge j’ai atteint il y a peu ? 90 ans ! Et vous comprendrez immédiatement que vu mon âge, je ne m’en sens plus l’énergie.

Mais – reprit-il – êtes-vous libre le 12 avril prochain, car, puisque vous venez de me parler longuement de Guillemin, de votre association, de Zola et de Dreyfus, je vous indique qu’il y aura une représentation théâtrale au Studio Raspail, avec trois comédiens de la Comédie Française, qui met en scène la correspondance de Dreyfus avec sa femme et sa sœur. Les descendants des deux familles, Zola, Dreyfus seront présents. C’est gratuit. Il vous suffit de réserver.

Et – ajouta-t-il – je vous apporterai un exemplaire du n°14 des Cahiers Tourgueniev, introuvable aujourd’hui. J’en suis le dépositaire et bon courage si vous le trouvez ailleurs !

Sautons quelques mois dans le futur, au mois de juillet 2022.

Découvrir le Pavillon Tourgueniev est un tour de force. Il est bien dissimulé dans la forêt de Bougival. Mais quand on le voit enfin, on est immédiatement renvoyé dans le passé. Le pavillon est resté dans son jus, et sa visite le confirme : le mobilier, les effets de Tourguéniev, laissés là, comme s’il était sorti faire un tour et allait revenir promptement, procurent une certaine émotion qui s’amplifie quand on lit, dans les différentes vitrines, les nombreux manuscrits originaux de sa correspondance avec Emile Zola, George Sand, Alphonse Daudet et de bien d’autres.

Je me présentai à la responsable de l’association des Amis de Tourgueniev.

– Vous dites Guillemin ! – une forte exclamation qui me surprit – Henri Guillemin ? Mais j’en parlais encore hier avec la responsable culturelle de Bougival qui est revenue du Festival d’Avignon. Oh ! Incroyable ! Coup de chance pour vous car elle ne vient quasiment jamais, mais aujourd’hui elle est là. Regardez, c’est elle là-bas !

Là-bas était en fait le fond du jardin où trônait un buste en bronze de Tourgueniev, d’où s’éloignait déjà la dite responsable dûment interpelée. Elle me raconta qu’elle avait assisté à une pièce de théâtre à l’humour décapant, inspirée de Henri Guillemin, intitulée « De Judas à Emmanuel Valls ».

Troisième coïncidence.

Il s’avère que j’avais déjà assisté, en avril 2019, à ce spectacle de François Piel Julian, jeune auteur, comédien et dramaturge. Une pièce pleine d’énergie, à la croisée de la conférence, du one-man show et du spectacle complet, au cours duquel, pendant environ une heure, l’acteur-auteur, incarne successivement différents personnages historiques et se déchaîne pour revisiter, avec un comique au vitriol, l’Histoire de France sous l’angle des mensonges, traîtrises et tromperies des dominants.
Un texte inspiré des travaux d’Henri Guillemin, comme le revendique l’auteur lui-même.

Au printemps 2019, avant la chape de plomb covid, nous avions dîné avec son équipe. Sa lecture des travaux de Guillemin en histoire politique l’avait immédiatement passionné et il était toujours sous le charme.

– Pourquoi Guillemin ? – lui avais-je demandé.

– Je l’ai découvert par hasard en regardant ses vidéos sur la Commune. Puis, j’ai lu ses livres d’histoire politique. Et je me suis aperçu qu’on nous mentait tout le temps. Et j’ai eu le déclic pour écrire cette pièce.

– Pour le qualifier, vous diriez…

– Je dirais que c’est un historien….non, attendez, plutôt un pédagogue…non, un désenfumeur, oui c’est cela, quelqu’un qui dépollue la tête.

Trois ans plus tard, François Piel Julian continuait donc de jouer sa pièce. Jusqu’à Avignon. Je l’appelai pour le féliciter, et on se promit de se revoir pour d’autres projets.

°°°

Revenons à cette soirée du 12/04/22 consacrée à l’affaire Dreyfus au studio Raspail.

La représentation fut aussi instructive qu’émouvante. On est révolté et sidéré à la lecture des lettres de Dreyfus emprisonné comme un animal sauvage à Cayenne. Les descendants des familles Zola et Dreyfus étaient présents. L’émotion avait pris le pouvoir et régnait en maîtresse dans cette belle salle art déco.
Un débat eut lieu. Un ami et adhérent de LAHG avec qui nous étions, posa une question au sujet d’Henri Guillemin et l’affaire Dreyfus.

L’éminent historien qui animait l’échange avec le public, ne contesta pas l’importance des travaux de Guillemin, mais termina sa réponse en le qualifiant de « déboulonneur ».

Ecrivant ces lignes, je réfléchis à ces adjectifs qui, sans le faire exprès, riment entre eux, et qui caractérisent Guillemin : tantôt « pourfendeur » (de mythes) ou « désenfumeur » (d’esprits), et tantôt « déboulonneur » (de statues).

Ce soir là, Alexandre Zviguisky me remit comme promis l’exemplaire n°14 des Cahiers Tourgueniev et me le commenta longuement. L’ouvrage rassemble des témoignages intéressants et peu connus du grand public. Par exemple ce texte de Zola, tiré des Annales politiques et littéraires (12 novembre 1893), riche d’enseignements dans lequel chacun pourra y puiser matière à réflexion (cf reproduction in extenso ci-dessous).

… Après la guerre, Gustave Flaubert était venu habiter la rue Murillo ; son logement, composé de trois petites pièces, au cinquième étage, donnait sur le Parc Monceau, une vue superbe qui l’avait décidé. Il avait fait tendre les pièces d’une cretonne à grands ramages ; mais c’était son seul luxe, et comme à Croisset les bibelots manquaient, il n’y avait guère qu’une selle arabe, rapportée d’Afrique, et un Bouddha de carton doré, acheté chez un revendeur de Rouen. C’est là que je suis entré dans son intimité et dans celle de Tourgueneff. Flaubert était alors très seul, très découragé. L’insuccès de L’Education sentimentale lui avait porté un coup terrible. D’autre part, bien qu’il n’eût aucune conviction politique, la chute de l’Empire lui semblait la fin du monde. Il achevait alors La Tentation de Saint Antoine, péniblement et sans joie.

Le dimanche, je ne trouvais guère là qu’Edmond de Goncourt, frappé lui aussi par la mort de son frère, n’osant plus toucher une plume et très triste. C’est rue Murillo qu’Alphonse Daudet est, comme moi, devenu un des fidèles de Flaubert. Avec Maupassant, nous étions les seuls intimes. J’ajoute à la liste Tougueneff, qui était l’ami le plus solide et le plus cher.

Un jour, Tourgueneff nous traduisit à livre ouvert des pages de Goethe, en phrases comme tremblées, d’un charme pénétrant. C’était des après-midi délicieux, avec un grand fond de tristesse. Je me souviens surtout d’un dimanche gras, où, pendant que les cornets à bouquin sonnaient dans les rues, j’écoutai jusqu’à la nuit Tourgueneff et Goncourt regretter le passé.

Puis, Flaubert déménagea et alla habiter le 240 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il voulait se rapprocher de sa nièce, pris de l’ennui des vieux garçons ; un soir même, lui, le célibataire endurci, il m’avait dit son regret de ne s’être pas marié ; un autre jour, on le trouva pleurant devant un enfant. L’appartement de la rue du Faubourg Saint-Honoré était plus vaste ; mais les fenêtres donnaient sur une mer de toits, hérissés de cheminées.

Flaubert ne prit même pas le soin de le faire décorer. Il coupa simplement des portières dans son ancienne tenture à ramages. Le Bouddha fut posé sur la cheminée, et les après-midi recommencèrent dans le salon blanc et or, où l’on sentait le vide, une installation provisoire, une sorte de campement. Il faut dire que, vers cette époque, une débâcle d’argent accabla Flaubert. Il avait donné sa fortune à sa nièce, dont le mari se trouvait engagé dans des affaires difficiles ; tout son grand coeur était là, mais le don dépassait peut-être ses forces, il chancelait devant la misère menaçante, lui qui n’avait jamais eu à gagner son pain. Il craignit un instant de ne plus pouvoir venir à Paris ; et, pendant les deux derniers hivers, il n’y vint pas en effet. Cependant, ce fut rue du Faubourg Saint-Honoré que je le vis renaître avec sa voix tonnante et ses grands gestes. Peu à peu, il s’était habitué au nouvel état des choses, il tapait sur tous les partis avec le dédain d’un poète. Puis, les Trois contes, auxquels il travaillait, l’amusaient beaucoup. Son cercle s’était élargi, des jeunes gens venaient, nous étions parfois une vingtaine, le dimanche.

Quand Flaubert se dresse devant notre souvenir, à nous ses vieux camarades, c’est dans ce salon blanc et or que nous le voyons, se plantant devant nous d’un mouvement de talons qui lui était familier, énorme, muet, avec ses gros yeux bleus, ou bien éclatant en paradoxes terribles, en lançant les deux poings au plafond.

Je voudrais donner ici une physionomie de ces réunions du dimanche. Mais c’est bien difficile, car on y parlait souvent une langue grasse condamnée depuis le seizième siècle. Flaubert, qui portait l’hiver une calotte et une douillette de curé, s’était fait faire pour l’été une vaste culotte rayée, blanche et rouge, et une sorte de tunique qui lui donnait un faux air de Turc en négligé. C’était pour être à son aise, disait-il ; j’incline à croire qu’il y avait aussi là un reste des anciennes modes romantiques, car je l’ai connu avec des pantalons à grands carreaux, des redingotes plissées à la taille ; et le chapeau aux larges ailes, crânement posé sur l’oreille.

Quand des dames se présentaient le dimanche, ce qui était rare, et qu’elles le trouvaient en Turc, elles restaient assez effrayées. A Croisset, lorsqu’il se promenait dans de semblables costumes, les passants s’arrêtaient sur la route, pour le regarder à travers la grille ; une légende prétend même que les bourgeois de Rouen, allant à la Bouille par le bateau, amenaient leurs enfants, en promettant de leur montrer monsieur Flaubert, s’ils étaient sage. A Paris, il venait souvent ouvrir lui-même, au coup de timbre ; il vous embrassait, si vous lui teniez au coeur et qu’il ne vous eût pas vu depuis quelque temps ; et l’on entrait avec lui dans la fumée du salon. On y fumait terriblement. Il faisait fabriquer pour son usage de petites pipes qu’il culottait avec un soin extrême ; on le trouvait parfois les nettoyant, les classant à un râtelier ; puis, quand il vous aimait bien, il les tenait à votre disposition et même vous en donnait une.

C’était, de trois heures à six heures, un galop à travers les sujets ; la littérature revenait toujours, le livre ou la pièce du moment, les questions générales, les théories les plus risquées ; mais on poussait des pointes dans toutes les matières, n’épargnant ni les hommes ni les choses. Flaubert tonnait, Tourgueneff avait des histoires d’une originalité et d’une saveur exquises, Goncourt jugeait avec sa finesse et son tour de phrase si personnel, Daudet jouait ses anecdotes avec ce charme qui en fait un des compagnons les plus adorables que je connaisse.

Quant à moi, je ne brillais guère, car je suis un bien médiocre causeur. Je ne suis bon que lorsque j’ai une conviction et que je me fâche. Quelles heureuses après-midi nous avons passées, et quelle tristesse à se dire que ces heures ne reviendront jamais plus ! Car Flaubert était notre lien à tous, ses deux grands bras paternels nous rassemblaient.

Ce fut lui qui eut l’idée de notre dîner des auteurs sifflés. C’était après Le Candidat. Nos titres étaient : à Goncourt, Henriette Maréchal ; à Daudet, Lise Tavernier ; à moi, toutes mes pièces. Quant à Tourguenieff, il nous jura qu’on l’avait sifflé en Russie. Tous les cinq, nous nous réunissions donc chaque mois dans un restaurant ; mais le choix de ce restaurant était une grosse affaire, et nous sommes allés un peu partout, passant du poulet au carry à la bouillabaisse.

Dès le potage, les discussions et les anecdotes commençaient. Je me rappelle une terrible discussion sur Chateaubriand, qui dura de sept heures du soir à une heure du matin ; Flaubert et Daudet le défendaient, Tourgueneff et moi l’attaquions, Goncourt restait neutre.

D’autres fois, on entamait le chapitre des passions, on parlait de l’amour et des femmes : et, ces soirs-là, les garçons nous regardaient d’un air épouvanté. Puis, comme Flaubert détestait de rentrer seul, je l’accompagnais avec Tourgueneff à travers les rues noires, je me couchais à trois heures du matin, après avoir philosophé à l’angle de chaque carrefour…

En lisant ce témoignage de Zola à propos de Flaubert, plein de tendresse et d’affection, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser aux deux conférences vidéo sur le même Flaubert, où Guillemin emploie le même ton amical et bienveillant pour dresser le portrait de l’écrivain ; une analyse de sa trajectoire singulière faite avec la même intensité affective, la même douceur et empathie que celle d’Emile Zola, dessinant ainsi une sorte de connivence entre les deux hommes, par delà le temps. Au point que je vous invite à (re)découvrir ses deux conférences vidéo accessibles sur le site de la RTS. (cliquez ici)

Fin de ce voyage insolite, conduit par le char du hasard, qui, de Tolstoï à Zola, en passant par l’association des amis de Tourgueniev et par le jeune comédien dramaturge François Piel Julian, m’a offert des rencontres inopinées, très différentes les unes des autres, avec des personnes connaissant Guillemin. Au passage, j’y ai glané de nouveaux éléments de connaissance sur Zola, bienvenus dans la perspective du prochain colloque Guillemin/Zola en novembre prochain.

Et puisquon parle du prochain colloque…

Rappel 1 : Colloque Henri Guillemin sur Emile Zola le 12 novembre 2022.

Emile Zola

Dans moins d’un mois, le 12 novembre prochain, se tiendra le colloque organisé à l’occasion des 120 ans de la mort de Zola survenue le 29 septembre 1902, sur le thème : Henri Guillemin et Emile Zola : Un engagement littéraire et politique

Nous sommes entrés dans la dernière ligne droite.
Les inscriptions sont ouvertes depuis début septembre et la salle Dussane de l’Ecole Normale Supérieure (ENS – rue d’Ulm) continue de se remplir.

Comme vous le savez, les achats via internet fermeront le 10 novembre 2022 à 14h00.

Inscriptions – A vos agendas !

Pour découvrir le programme du colloque et effectuer votre inscription, il vous suffit de cliquer ici.
En haut et en bas de la fiche programme, un gros bouton bleu vous amènera directement sur le site dédié à l’achat des places.

Nous remercions les responsables de la Maison Musée Zola Dreyfus de Médan (26, rue Pasteur 78670 Médan) qui ont accepté de relayer nos informations sur la tenue du colloque.
Pour en savoir plus sur la Maison Musée, cliquez ici

Rappel 2 : Coffret DVD « Henri Guillemin et l’affaire Pétain »

Notre stock diminue mais il reste encore des coffrets DVD.

Pour en savoir plus et le commander, cliquez ici

Merci pour votre soutien.

Note composée par Edouard Mangin

Henri Guillemin – copyright getty

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Coffret DVD/Livre « Henri Guillemin et l’affaire Pétain »

Jaquette du coffret

Coffret DVD/Livre

Henri Guillemin – L’affaire Pétain

OFFRE EXCEPTIONNELLE SPÉCIALE ABONNÉS

COFFRET AU PRIX DE 30 € AU LIEU DE 35 € (frais de port offerts)

OFFRE VALABLE JUSQU’À L’ÉPUISEMENT DU STOCK PRÉ-ACHETÉ

Qui était vraiment Philippe Pétain ? Henri Guillemin, par un travail exemplaire de démythification historique, dresse le portrait d’une figure emblématique de l’Histoire française.

En mai 1981, Henri Guillemin inaugure une nouvelle série de 12 leçons d’Histoire à travers l’émission Henri Guillemin vous parle diffusée sur l’antenne de la Radio Télévision Suisse (RTS). Il explore toujours son thème de prédilection, celui de la trahison des élites, des gens de biens, à travers le décryptage de grands événements ou de grandes figures historiques.

Après avoir exposé avec brio la traîtrise de Thiers et des Versaillais pendant la guerre de 1870 et la Commune de Paris, Henri Guillemin s’attaque cette fois-ci à Pétain et au gouvernement de Vichy.

Ce coffret est co-édité avec les Éditions Utovie et est soutenu par un partenariat avec Les Amis d’Henri Guillemin (LAHG).

CONNAITRE LE CONTENU DÉTAILLÉ DU COFFRET : cliquez ici

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Colloque Henri Guillemin sur Emile Zola

Emile Zola

Dans 6 semaines, le 12 novembre, se tiendra le colloque organisé à l’occasion des 120 ans de la mort de Zola survenue le 29 septembre 1902. Guillemin/Zola, un engagement littéraire et politique.

Les inscriptions sont ouvertes depuis début septembre et la salle Dussane de l’Ecole Normale Supérieure (ENS – rue d’Ulm) continue de se remplir.

Inscriptions – A vos agendas !

Pour découvrir le programme du colloque et effectuer votre inscription, il vous suffit de cliquer ici.
En haut et en bas de la fiche programme, un gros bouton bleu vous amènera directement sur le site dédié à l’achat des places.

Nous remercions les responsables de la Maison Musée Zola Dreyfus de Médan (26, rue Pasteur 78670 Médan) qui ont accepté de relayer nos informations sur la tenue du colloque.
Pour en savoir plus sur la Maison Musée, cliquez ici

Merci pour votre soutien.

Note rédigée par Edouard Mangin

Henri Guillemin