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À mort la stagiaire

Incendie d’une classe au collège Champollion à Dijon en décembre 2025 ; illustration métaphorique de la situation générale de l’enseignement public. Photo Sipa / JC Tardivon

Il est impossible de rester indifférent à la lecture de ce témoignage édifiant. Il fait intervenir un tel flot de pensées et d’émotions vis-à-vis des épreuves subies par Catherine, et de la situation catastrophique dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Éducation Nationale, qu’il est presque nécessaire, arrivés à la fin, d’arrêter tout ; de se mettre en suspens, comme un arrêt sur image, de rentrer en pensée profonde, de plonger en soi pour, à un moment donné, s’ébrouer l’esprit et se rappeler que cette chose dénommée Éducation Nationale est cette institution qui a pris ses origines à la Révolution par la loi du 19 décembre 1793 (29 frimaire an II) qui mit en place pour la première fois en France une école publique, gratuite et obligatoire, pour les filles et pour les garçons.

Oui, on se rappelle que l’Éducation Nationale est (doit-on dire « était »?) cette institution-clé de la République dont les fonctions cardinales, sont d’enseigner, de permettre l’acquisition de connaissances, de former l’esprit critique des élèves et de les préparer à être des citoyens cultivés, éclairés et responsables.

Et qu’il s’agit d’un Service Public destiné au peuple.

Ce témoignage bouleversant qui en dit long sur notre société tient une partie de sa force au fait qu’il a été composé à deux voix convergentes et complémentaires formant dynamique.

La première, qui couvre la première partie du récit, est celle de Patrick Berthier, présenté dans le mèl d’annonce de cette lettre, que nous connaissons bien puisqu’il fut secrétaire de LAHG, de sa création en 2015 jusqu’à son départ en 2022. L’objectivité de son récit ne fait aucun doute. Sa connaissance du milieu de l’enseignement est un gage supplémentaire.
C’est l’histoire détaillée de dix ans d’acharnement et d’incompréhensibles obstructions administratives contre sa compagne, où, un jour, il entendra ces paroles qui laissent pantois : « Vous êtes dans l’humain, et ce que vous me dites ne m’intéresse pas », propos sidérants d’un directeur du rectorat.

La seconde est celle de Catherine, professeure agrégée d’allemand, diplômée du CAPES, qui décrit les multiples difficultés de sa situation professionnelle actuelle après ce déluge.
Son récit met en pleine lumière « le dessous des cartes », c’est à dire la vérité crue du terrain, celle qu’on s’efforce de nous dissimuler. Catherine nous permet de découvrir où en est réellement aujourd’hui l’enseignement public ; le niveau intellectuel aussi déplorable qu’alarmant des élèves ; la perte de repère des parents ; le grand corps malade de l’institution, la souffrance de ses enseignants.

Tout au long du récit, le lecteur se trouve plongé dans l’univers véritablement kafkaïen contre lequel la protagoniste s’est heurtée sans relâche, et il se retrouve abasourdi par les agissements de cette aveugle et implacable bureaucratie.

Il est fortement conseillé de diffuser largement cette lettre car il faut continuer à lutter, s’entraider et faire en sorte que « la prise de conscience grandissante d’une humaine condition dégradée puisse rendre imaginable ce qui semble inimaginable : une action politique commune à tous les Hommes pour changer l’économie, une action cosmopolitique.
Ces derniers mots sont ceux de la philosophe Caëla Gillespie, prononcés le 17 avril 2026 lors d’une conférence débat sur son ouvrage La fabrication de l’Homme apolitique, organisée par le GREP de Toulouse https://grep-mp.org/ ).

Photogramme du film « Le Procès » roman de F. Kafka, réalisé par Orson Welles en 1962.

Pour lire la suite du témoignage de Catherine, cliquez ICI

L’absurde de l’univers bureaucratique kafkaïen.
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Confidences et désarroi d’une AESH

Cathy M. fait partie de la petite dizaine de nouveaux adhérents qui, après avoir exprimé leur enthousiasme et leur intérêt lors du colloque « Gens de biens/Gens de rien » ; réalités contemporaines du capitalisme ultra libéral (ENS Paris Ulm – 8 novembre 2025), ont décidé de nous rejoindre.

Ce colloque a en effet généré une importante vague de soutiens, d’intérêt, de conseils et de suggestions, en provenance du public présent ce jour-là. Nous vous en avions parlé en détail dès le lendemain dans notre newsletter du 19 novembre (la relire fait du bien ; c’est ici).

Plus tard, en plein hiver, nous recevions le témoignage de Cathy M.

La lecture de ce témoignage ne nous a pas laissés indifférents. Au delà de sa singularité, c’est le paysage général de notre société d’aujourd’hui en régime ultralibéral qu’il met en lumière. C’est cela qui nous a immédiatement donné l’envie de le publier pour le partager avec vous. Ceci avec le plein accord de l’intéressée, que nous remercions une nouvelle fois.

Le texte s’intitule:
Confidences et désarroi d’une AESH ou un profond sentiment d’impuissance.

Que désigne ce signe aussi mordant que mystérieux ?
AESH signifie Accompagnant d’Élève en Situation de Handicap.

Quand on lit la description officielle de cette fonction sur le site de l’Education Nationale, on découvre ceci :

Les personnels accompagnants assurent des missions d’aide aux élèves en situation de handicap. Ainsi, sous la responsabilité pédagogique des enseignants, ils ont vocation à favoriser l’autonomie de l’élève, sans se substituer à lui dans la mesure du possible. Les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sont des personnels chargés de l’aide humaine. Ils ont pour mission de favoriser l’autonomie de l’élève en situation de handicap, qu’ils interviennent au titre de l’aide humaine individuelle, de l’aide humaine mutualisée ou de l’accompagnement collectif.

Ils sont des acteurs-clés qui contribuent à la mise en place d’une École pleinement inclusive, pour offrir à chaque élève, de la maternelle au lycée, une scolarité adaptée à ses besoins.

Les AESH sont reconnus comme des membres à part entière des équipes éducatives et peuvent notamment participer aux réunions de suivi de la scolarisation des élèves en situation de handicap.

Les AESH sont accueillis, lors de leur prise de fonction, par le directeur d’école ou le chef d’établissement. À cette occasion, un livret d’accueil leur est remis.

Un entretien avec la famille et l’enseignant est organisé avant le démarrage effectif de l’accompagnement de l’élève.

Un ou plusieurs AESH référents sont désignés dans chaque département par l’inspecteur d’académie DASEN. Ils sont chargés de fournir un appui aux AESH qui débutent dans leurs fonctions et peuvent leur apporter aide et soutien tout au long de leur carrière : partage de gestes professionnels, conseils personnalisés, diffusion d’outils, etc.

Mais, comme l’expliqua avec son immense talent le grand philosophe Alfred Korzybski (1879 – 1950), fondateur de la logique de réflexion et d’analyse critique non-aristotélicienne appelée Sémantique générale « La carte n’est pas le territoire ».

Effectivement !

Et le terrain que nous fait découvrir Cathy M. est bien différent.

« Garçon contrarié et inquiet assis dans les escaliers près de l’école« . Légende de la photo introductive de l’article sur la crise des personnels AESH paru dans le magazine « Zèbres » de la fondation handicap : AESH en crise : précarité, sous-effectif et inclusion à deux vitesses

Pour lire la suite du témoignage de Cathy M., cliquez ICI.

Pour en savoir plus sur les AESH, cliquez

Les AESH, un métier « si beau » mais si mal considéré, manifestent en septembre 2025 face à une situation où près de 49.000 élèves en situation de handicap étaient en attente d’accompagnement à la rentrée. Photo R. Doucelin/SIPA

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Colloque Henri Guillemin 2025 – Les vidéos sont en ligne – Episode n°6 – Dernier épisode

Nous arrivons au terme de la diffusion des interventions au colloque « Gens de biens/Gens de rien »-Réalités contemporaines du capitalisme ultra libéral à École Normale Supérieure (ENS Paris, rue d’Ulm) du 8 novembre 2025.

En effet, la vidéo de l’exposé de Danièle Linhart que nous avons le plaisir de mettre aujourd’hui en ligne, intitulé Modernisation managériale et atomisation des salariés, est la dernière retransmission vidéo du colloque.

Elle termine la série commencée le 6 janvier (introduction générale en trois chapitres : exposé de Edouard Mangin + vidéo inédite Quand Henri Guillemin parle des gens de biens et des gens de rien + intervention de Jean-Marc Carité, directeur des éditions Utovie).

Et poursuivie le 20 janvier (Michel Cabannes et Caëla Gillespie), le 6 février (Nicolas Roux et Luc Sigalo Santos), le 27 février (Dany-Robert Dufour et échanges avec le public), et le 15 mars (Monique Pinçon-Charlot et Alizée Delpierre).

Avec Danièle Linhart, nous finissons de présenter le thème même du colloque. En effet son intervention Modernisation managériale et atomisation des salariés nous fait découvrir à la fois comment les « Gens de biens » régissent les conditions de travail de leurs salariés, tout en nous permettant de comprendre le niveau inouï atteint aujourd’hui dans la dépersonnalisation et la souffrance au travail des différentes populations au travail.

Avec ce sixième épisode, les neuf interventions ont été mises en ligne et sont disponibles, tant sur la chaîne Youtube de notre association, que sur notre site.

Une façon de saisir la portée d’ensemble de ce colloque, pour se réimprégner de la richesse du programme et de toutes les vidéos est possible en cliquant ici

Notre prochain coloque est en cours d’étude pour l’année prochaine. Aujourd’hui, la domination de la classe des ultra riches sur le reste des populations ne se manifeste pas seulement dans le champ du travail, elle concerne de façon tout aussi centrale, la sphère culturelle, éducative, médiatique et intellectuelle.

Pour compléter comment l’expression d’Henri Guillemin « Gens de biens/Gens de rien » se manifeste, il faudrait également étudier la question de la démocratie en régime ultra libéral, notamment dans sa version libertarienne, comme nous l’avons écouté en conclusion du dernier colloque avec l’intervention de la philosophe Caëla Gillespie.

Autant de thèmes à traiter et à choisir pour notre prochain rendez–vous.

Et pour à la fois paraphraser et contrevenir à André Gide qui a dit que « Choisir, c’est renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste », de notre côté, compte tenu de l’importance du sujet, nous ne renonçons pas. Nous complétons, nous adjoignons, nous enrichissons.

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Colloque Henri Guillemin 2025 – Les vidéos sont en ligne – Episode n° 5

Une maîtresse de maison de la classe sociale des hyper riches réprimandant son personnel domestique
©Getty – Britt Erlanson

Faisant suite aux précédentes diffusions, (premier épisode le 6 janvier, deuxième épisode le 20 janvier, troisième épisode, le 6 février, quatrième épisode le 27 février), nous poursuivons la mise en ligne de cette dense journée du 8 novembre 2025.

Nous continuons d’invertiguer cette classe sociale singulière des « Gens de biens » d’aujourd’hui, à savoir les ultra riches de l’hyper classe, à travers deux vidéos.

La première est l’intervention de la sociologue Monique PINÇON-CHARLOT, ancienne Directrice de recherche au CNRS, qui fut avec son mari Michel, pionnière dans l’étude de la classe sociale des riches, un travail formant l’oeuvre d’une vie entière.
Son intervention s’intitule : Le séparatisme des riches et la violence de classe.

La seconde concerne l’intervention de Alizée DELPIERRE, sociologue, chargée de recherche au CNRS, rattachée au laboratoire Printemps à l’UVSQ (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).
Les travaux de Alizée Delpierre s’inscrivent dans le courant des recherches menées par Monique Pinçon-Charlot sur la très grande bourgeoisie.

Etudier les rapports de domesticité au sein des univers fortunés n’avait pas encore été fait en sociologie. Il était devenu nécessaire de comprendre comment des milieux sociaux que tout oppose peuvent se côtoyer au quotidien dans un univers aussi intime que le domicile, et comment se noue le rapport de travail salarié dans la maison, lieu par excellence de l’intime, du secret, de la famille, de l’amour et du désintéressement.
Son intervention s’intitule : La domesticité au fondement de la reproduction des ultra-riches.

Début avril, sera mise en ligne la vidéo de la sociologue Danièle Linhart.

Son intervention Modernisation managériale et atomisation des salariés nous fera découvrir comment les « Gens de biens » régissent les conditions de travail de leurs salariés, et permettra de comprendre le niveau atteint aujourd’hui dans la dépersonnalisation et la soufrance au travail.

Des membres de la classe des ultra riches pendant leur temps libre.
Photogramme tiré de la série TV Etats unienne «Glass Onion».