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Colloque Henri Guillemin 2018 : les lendemains

Participants au colloque du 17/11/18 – salle Dussane – ENS – Ulm – Paris

Le colloque Henri Guillemin du 17 novembre 2018 à l’Ecole Normale Supérieure (ENS rue d’Ulm) sur « Pétain, montée du fascisme, débâcle de 40, collaboration » a rassemblé environ 130 personnes restées attentives tout au long d’une studieuse et longue journée qui commença à 9h30 et prit fin à 18h45.

Au vu des réactions et autres commentaires d’encouragement et de remerciement exprimés par les participants pendant cette journée, ou le lendemain, nous pouvons être satisfaits de la réussite de cette manifestation qui a touché le but poursuivi, celui de contribuer à faire toute la lumière sur cette période historique en remettant la vérité à l’endroit et en dévoilant les sombres manigances des élites françaises de cette époque.

Ce sont d’importants éléments d’information sur l’histoire passée mais surtout des clés de compréhension de notre histoire actuelle, que l’on peut étendre aujourd’hui au-delà du seul cadre français ; à l’Europe et au Monde, la mondialisation ayant homogénéisé les élites, les méthodes et les processus.

Si l’événement est clos, le désir de prolonger la connaissance dans ce domaine, lui, continue ; chacun à sa façon comme je l’ai dit en conclusion du colloque : en plongeant dans les livres de Henri Guillemin, en visionnant ses conférences TV, et aussi en lisant les ouvrages des intervenants.

C’est pourquoi il nous a semblé utile d’indiquer à nouveau les titres des ouvrages qui ont été mentionnés, avec toutes leurs références.

Les titres des ouvrages et leurs références

Introduction d’Edouard Mangin

Le Talon de fer (The Iron Heel, 1908) appartient au patrimoine littéraire mondial.

Dans ce récit d’anticipation Jack London imagine la société future : révolte ouvrière, grève générale. Une révolution collectiviste aux États-Unis qui avorte au terme d’une impitoyable répression, l’oligarchie capitaliste s’imposant au monde, pour une période de trois cents ans.
Mais ce n’est pas la fin.

Roman socialiste à thèse, récit d’amour et d’engagement passionné dans la lutte, ce texte a été lu comme une préfiguration de la société capitaliste poussée à sa forme extrême : le fascisme.

Existe chez plusieurs éditeurs. Ici, la vignette des éditions « Le temps des cerises« . 400 pages – 15 €

Chef d’oeuvre traduit en plusieurs langues, livre villipendé par les Conservateurs US, mais qui a ouvert les yeux à des milliers d’Américains, Une histoire populaire des États-Unis présente le point de vue de ceux d’en bas.
Howard Zinn, l’ami de Noam Chomsky, confronte avec minutie la version officielle et héroïque de l’histoire de l’Amérique (de Christophe Colomb à George Walker Bush), aux témoignages des acteurs les plus modestes : Indiens, esclaves en fuite, soldats déserteurs, jeunes ouvrières du textile, syndicalistes, GI du Vietnam, activistes des années 1980-1990.
Tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle qui apparaît ainsi comme une pure légende.

Editions Agone – 812 pages – 28 €.

A noter :  chez le même éditeur, l’ouvrage de Gérard Noiriel qui s’inscrit en écho à celui de Zinn : « Une histoire populaire de la France – de la Guerre de Cent ans à nos jours » – sorti le 19/09/18 – 832 pages – 28 €. Une recension de cet ouvrage, établie par Patrick Rödel, fera prochainement l’objet d’une lettre d’information.

Sur la Révolution française, pour aller rapidement au coeur des enjeux, j’ai mentionné « Silence aux pauvres » d’Henri Guillemin.

Cet ouvrage figure sur notre site, à l’onglet bibliographie, champ « histoire politique ».

Pour s’y rendre directement, cliquez ici

Editions Utovie – 130 pages – 14 €

Sur le thème du colloque, deux titres essentiels d’Henri Guillemin, ont été mentionnés. Etant donné qu’ils sont au centre du thème du colloque, ils ont aussi été indiqués plusieurs fois par les intervenants.

Le premier s’intitule « Nationalistes et Nationaux – la droite française de 1870 à 1940 » – éditions Utovie – 482 pages – 32 €.
Cet ouvrage figure sur notre site, à l’onglet bibliographie, champ « histoire politique ». Pour s’y rendre directement, cliquez ici

A noter : dans le cadre de la préparation du colloque, une analyse de ce livre par Patrick Rödel a fait l’objet d’une lettre d’information. Pour la (re) lire, cliquez ici

Le second a pour titre « La vérité sur l’affaire Pétain » – éditions Utovie – 228 pages – 15 €.

Cet ouvrage figure sur notre site, à l’onglet bibliographie, champ « histoire politique ». Pour s’y rendre directement, cliquez ici

Intervention de Patrick Berthier

En juillet 1977 et janvier 1978, Henri Guillemin s’est longuement entretenu avec Patrick Berthier ; le résultat de ces dialogues, soigneusement revu et souvent très atténué par l’intéressé, a été publié chez Gallimard sous le titre Le cas Guillemin en 1979.
« Henri Guillemin tel quel » n’est pas la réimpression de ce livre, mais l’édition de l’enregistrement original, avec rétablissement de tous les passages supprimés ou modifiés comme politiquement ou religieusement incorrects.

Ainsi se trouve réalisé le premier projet d’un livre en trois parties : l’image de Guillemin dans la critique des années 1950-1970, les mots de Guillemin dans les entretiens 1977-1978, et la part intime de Guillemin. En somme, Henri Guillemin tel quel.

Editions Utovie – 328 pages – 28 €

A noter : Le prochain ouvrage élaboré par Patrick Bethier, portant sur Henri Guillemin sortira vers le milieu du second semestre 2019 et s’intitulera « Les Chroniques du Caire » aux éditions Utovie (titre provisoire).

Il s’agit d’une sélection des 98 chroniques littéraires hebdomadaires écrites par Henri Guillemin entre 1937 et 1939, alors professeur à l’Université du Caire, pour le grand quotidien « La Bourse égyptienne« , journal de référence, lu par les élites francophones égyptiennes et rayonnant sur l’ensemble du Moyen-Orient.

Avec une grande profondeur d’analyse et fort d’une plume alerte et toujours incisive, Guillemin critique les livres de ses contemporains écrivains, comme « La nausée » de Sartre, « L’espoir » de Malraux, « Bagatelle pour un massacre » de Céline ou encore « Pour qui sonne le glas » de Hémingway.

Un bonheur de lecture avec le recul d’aujourd »hui.

« Une vie pour la vérité » est une nouvelle bibliographie entièrement revue et corrigée. Elle s’impose à plusieurs titres. D’abord s’y retrouver dans une production impressionnante : plus de soixante ouvrages, des milliers d’articles, des centaines de conférences…
Ensuite, cet ouvrage permettra aux détracteurs de l’historien, comme à ses admirateurs, de mesurer toute l’étendue d’un travail qui force le respect.
Cette bibliographie fait apparaître aujourd’hui Henri Guillemin comme une sorte d’ovni sur le plan de l’intégrité intellectuelle et morale.  
 

Editions Utovie – 158 pages – 15 €

Intervention de Jean Chérasse

Jean Chérasse a mené à son terme, au début de cette année, son immense projet d’écrire un livre sur la Commune,  une promesse faite à Henri Guillemin et un engagement philosophique, politique et personnel, puisque ce livre est réalisé à partir d’archives historiques, dont une partie provient de sa propre famille.

Cette oeuvre, intitulée « Les 72 immortelles » se développe sur 900 pages en deux volumes.

Le premier « La fraternité sans rivages« , au sous-titre « Un éphéméride du grand rêve fracassant des Communeux » permet de suivre jour par jour la vie parisienne, du 18 mars au 28 mai 1871.

Le second (en librairie le 6 décembre 2018) « L’ébauche d’un ordre libertaire » au sous-titre « Un regard neuf et affectueux pour la juste mémoire de la Commune de Paris 1871« ,  est un essai politique visant à décoder, analyser et commenter cet éphéméride, ainsi que le messianisme communeux porté par cette révolution pacifique.   

Editions Le Croquant –  Vol 1 : 540 pages – 24 €. Vol 2 : 360 pages – 20 €

Intervention de Antoine Perraud

Certains emballements médiaticojudiciaires ont été d’effroyables ratages.
A chaque fois, le journalisme cède à une tentation qui le fait chuter.

Pourquoi celui-ci en est-il arrivé à dénoncer sans vérifier, se posant en justicier alors qu’il n’était que puissant accusateur ? Comment s’est-il transformé en machine à fabriquer des bavures ?

De tels fiascos laissent un sentiment fait d’incrédulité, d’incompréhension, et d’effroi.
Ce livre examine ce travers journalistique en analysant trois moments où la presse s’est substituée à la justice pour imposer son credo et son tempo.

Editions Flammarion – 2007 – 193 pages – 17 €

Intervention de Patrick Rödel

« Les petits papiers d’Henri Guillemin« , est un livre tout en nuance, qui fait le point sur ce qu’a représenté pour Patrick Rödel, cet oncle à la forte personnalité.
Il ne s’agit ni d’un éloge complaisant, ni d’un récit à charge, mais d’un portrait des différentes facettes, parfois contradictoires de cet homme singulier.

Ainsi se succèdent de savoureux et malicieux souvenirs des vacances en famille, au ton très personnel, mais aussi des mises au point critiques sur l’art et la manière avec lesquels Guillemin construisit peu à peu sa vie privée et sa vie publique. Le tout avec l’humour pince-sans-rire propre à l’auteur. 

Editions Utovie – 240 pages – 19 €

« L’autre », c’est François Mauriac. Le « frère », c’est Raymond, l’aîné de la fratrie, celui qu’on obligera à reprendre en main les affaires familiales, à endosser la fonction terne d’avoué, celui qui se vivait comme écrivain, qui voulait se vouer entièrement à la littérature. Celui qui est complètement tombé dans l’oubli.

« Raymond, frère de l’autre« , est l’histoire d’un sacrifice, sinon d’une disparition. Dans les biographies consacrées à François Mauriac, Raymond est à peine évoqué.

Jusqu’à ce que Patrick Rödel retrouve sa trace au hasard de ses recherches. S’appuyant sur des documents inédits, il imagine ce qu’aurait pu être le journal intime de Raymond Mauriac, ce « frère de l’autre ». Récit de la frustration, de la solitude, portrait oblique de François, description des milieux littéraires dans l’Entre-deux-guerre.

Editions Le Festin – 248 pages – 19,50 €

  

Intervention de David Gallo

David Gallo a écrit nombre d’articles et contributions à des actes de colloques et à des ouvrages collectifs. Je rappelle ici sa thèse soutenue le 29/11/14 :  « La politique de formation idéologique de la SS (1933-1945) : Institutions, discours, pratiques, acteurs et impact de la Weltanschauliche Schulung« .

Pour en lire le résumé ou pour connaître les modalités d’obtention de l’intégralité de l’ouvrage, cliquez ici

A noter : David Gallo fait partie d’un groupe d’historiens qui travaillent actuellement à une réédition de « Mein kampf » aux éditions Fayard.
Il s’agit bien sûr d’une publication remise en perspective historique, avec l’arsenal de l’appareil critique nécessaire (analyses, introduction, notes..) qui fera, n’en doutons pas, du bruit dans le landerneau médiatique.

Intervention de Annie Lacroix-Riz

Ce livre monumental, écrit presque exclusivement à partir du dépouillement des archives originales françaises et allemandes, a fait date dans l’historiographie européenne de la guerre de 1940/1945.

Se démontre, faits après faits, l’incroyable machinerie collaborationniste de la France de 1935 à 1944, comment les institutions et entreprises françaises ont accueilli le IIIème Reich.

A la faveur de cette 2e édition, l’auteur a entièrement refondu l’ouvrage pour tenir compte des dernières données archivistiques et historiographiques. 

Editions Armand Colin – 816 pages – 35 €

A partir d’une étude fouillée des archives françaises et étrangères, ce livre analyse l’histoire des années 1930 pour éclairer les raisons de la défaite choisie de 1940.

On apprend pourquoi et comment le haut patronat et, de manière générale, les élites françaises : militaires, politiciens, journalistes, hommes d’affaires et des organisations reines comme la Banque de France ou le Comité des Forges, ont opté sciemment pour la défaite; un choix copié sur les voisins fascistes, dans l’obsession d’être en accord avec le Reich.  

On découvre que l’autonomie des politiciens ou des journalistes relève du mythe et que c’est bien la France des grands intérêts économiques et financiers qui dicta le choix de l’Allemagne comme partenaire privilégié dès les années 1920 et sabota l’alliance russe de revers qui avait évité la défaite en 1914.  

Editions Armand Colin – 688 pages – 40 €

Ce livre analyse pourquoi les classes dirigeantes françaises ont pris au 19e siècle l’habitude de s’appuyer sur des homologues étrangères, plus puissantes et plus sûres d’elles.
Au 20e siècle, elles ont opté tour à tour, ou conjointement, pour leurs partenaires d’Allemagne et des États-Unis.

Ainsi, à l’été 1940, au terme d’une décennie de crise, triompha avec Vichy le tutorat allemand que les élites françaises avaient mûrement préparé. L’attachement durable des classes dirigeantes françaises au tuteur allemand et au tandem Laval-Pétain, qu’elles avaient choisi dès 1934, se prolongea souvent jusqu’à la libération de Paris.

Mais dès l’été 1941 avec la mort du Blitzkrieg à l’Est, une nouvelle réalité s’impose qui va dicter leur ralliement à la Pax Americana, du grand capital financier aux chefs militaires et au haut clergé.

Editions Armand Colin – 496 pages – 29 €

A noter : le prochain ouvrage de Annie Lacroix-Riz, en cours de rédaction, sortira fin 2019 et s’intitulera « Le mythe de l’épuration des élites françaises 1943 – 1950 » (titre provisoire).

Lettre d’information rédigée par Edouard Mangin

Un lever de soleil sur une mer de nuages

 

  

 

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Colloque Henri Guillemin : la dernière ligne droite

 

 

Nous sommes aujourd’hui à une semaine du colloque. Cette petite lettre d’information est apparue nécessaire pour présenter le plus concrètement possible quelques données d’ordre technique et logistique, certains aménagements de dernière minute, visant à rendre cette journée la plus agréable.

Comment parvenir à la salle Dussane ?

L’entrée s’effectuera par l’arrière de la salle. Pour éviter de s’égarer dans les couloirs de l’ENS, il suffira, après avoir franchi la conciergerie ouvrant sur la rue d’Ulm, de longer la cour extérieure pour se rendre au bâtiment. Inutile d’entrer dans le bâtiment principal.

Les deux photos ci-dessous indiquent, j’espère clairement, le chemin à suivre.

 

Après le contrôle de l’enregistrement des participants, et juste avant l’entrée dans la salle proprement dite, un espace circulaire, « La Rotonde », situé à gauche,  permettra de présenter les ouvrages d’Henri Guillemin.

C’est dans cette Rotonde, qu’à midi, Patrick Berthier et Patrick Rödel, intervenants au colloque, auteurs de plusieurs livres sur Henri Guillemin, auront le plaisir de dédicacer leurs ouvrages.

Inscriptions par internet

Celles-ci sont évidemment actuellement toujours ouvertes.
Mais pour des raisons d’organisation, elles seront closes sur le site internet le vendredi 16 novembre à 20h00. A partir de ce moment, les inscriptions devront s’effectuer sur place le jour J au tarif indiqué.

Néanmoins, comme il y a toujours des impondérables et que rien ne doit être pénalisant, les éventuels retardataires pourront profiter encore du tarif préférentiel, la veille du colloque après la clôture Internet, en se manifestant par simple e-mail adressé à l’association, à l’adresse suivante : administration@henriguillemin.org

Plaisir de lire Guillemin : sa profondeur d’analyse. Son style incomparable

Les recherches sur Internet ont apporté récemment le texte d’un article d’Henri Guillemin, écrit le 25 août 1960 dans l’Express, intitulé « Un autre Charles Péguy », avec ce chapeau :

« Le 5 septembre 1914, Péguy tombait, tué d’une balle dans la tête. Henri Guillemin, fidèle à sa vocation de « rewriter » de l’Histoire, a recherché l’homme derrière la légende. »

Il s’agit bien de la Grande Guerre et non de la Seconde. Certes. Mais, en cette période de commémoration du Centenaire, où l’on constate, hélas avec stupeur, avec quelle absence d’exigence politique, de vérité historique et de sens moral, les pauvres petits bras amateurs actuellement aux manettes s’y prennent pour célébrer la fin de cet immense événement historique que fut la Première Guerre mondiale, nous avons souhaité apporter notre pierre, comme une lumière bienvenue, et cet article nous en donne l’occasion.

On verra qu’à côté de Pétain, dont on aurait pu penser qu’enfin, aujourd’hui, il était possible, voire évident, de dire la vérité de son personnage, la trajectoire humaine de Charles Péguy est autrement plus complexe. Et Henri Guillemin nous le démontre avec talent.

Voici le début de son article, la suite en cliquant à la fin sur le lien.

Quarante-six ans, le 5 septembre en 1960, que Péguy est mort, tué d’une balle dans la tête, devant Villeroy, le 5 septembre 1914. Il avait quarante et un ans. Claudel, de cinq ans son aîné, est resté parmi nous jusqu’en 1955. Lorsque la mort le prit, il avait toujours la plume à la main ; égal à lui-même ; quatre-vingt-sept ans. Juste l’âge que pourrait avoir Péguy aujourd’hui.

Qui était-ce, ce petit barbu mal habillé, à binocles, le front soucieux, un paquet sous le bras, que les gens voyaient trotter, en fin de journée, de la rue de la Sorbonne à la gare du Luxembourg, vers son train de banlieue ? Qui était-ce ? Pas facile à dire. Et je me suis fait déjà beaucoup injurier pour avoir tenté quelques approches en direction du Péguy vrai, authentique enfin, nettoyé de l’écoeurant badigeon dont tant de livres et de discours l’ont enduit. Nous vivons encore, dans l’ensemble, sur une Histoire de France (et d’ailleurs) en images d’Épinal. Pour l’histoire littéraire, c’est pareil. Et le premier travail de quiconque cherche la vérité, en histoire littéraire comme en histoire tout court, consiste à examiner ce qu’il y a derrière les légendes…… la suite, cliquez ici.
(hélas, les publicités sont inévitables mais n’empêchent pas de savourer l’article de Guillemin).

Note de Edouard Mangin

 

COLLOQUE HENRI GUILLEMIN

PÉTAIN, MONTÉE DU FASCISME, DÉBÂCLE DE 40, COLLABORATION.

Paris – 17 novembre 2018
Ecole Normale supérieure (ENS) salle Dussane – 45, rue d’Ulm 75005 Paris

Les inscriptions sont ouvertes. (Inscriptions par internet : 13 € –

inscriptions sur place le jour du colloque : 25 €)

Pour lire le programme définitif et vous inscrire, cliquez ici

Fin juillet 1945 – ouverture du procés Pétain
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Témoignage d’Henri Guillemin sur François Mauriac au début de la guerre

François Mauriac à Malagar

On sait la passion de Guillemin pour Choses vues, ce recueil de notes, fragments de journaux, écrits en marge de son œuvre par Victor Hugo et qui couvre tout son siècle. Guillemin en publia de nombreux fragments inédits et Hubert Juin lui rend hommage dans l’édition en 4 tomes qu’il fit paraître dans la collection Folio. « L’initiateur de cette entreprise, et sans lequel une édition comme celle-ci n’aurait pas vu le jour, est Henri Guillemin. »
Sans vouloir imiter Hugo, Guillemin a aimé, lui aussi, garder des traces des événements auxquels il avait été mêlé. Nous avons vu ce recours au témoignage direct dans les pages de Nationalistes et Nationaux où il évoque l’arrivée de Pétain à Bordeaux.

En voici un nouvel exemple, dans Les passions de Henri Guillemin, recueil des chroniques que Guillemin a très régulièrement données à l’Express, journal neuchâtelois, dans les dernières années de sa vie ; ce recueil contient des pépites qui n’ont pas toujours été exploitées. En particulier, ces pages dans lesquelles Guillemin évoque les réactions de François Mauriac, au cours des premiers mois de la Guerre de 40.

Guillemin commence par donner quelques explications à ses lecteurs suisses sur les relations qu’il entretenait avec Mauriac, « une profonde amitié nous liait depuis septembre 1925 », date à laquelle le jeune Guillemin fait la connaissance, aux décades de Pontigny, de François Mauriac, son aîné de 18 ans.
Et sur les circonstances qui lui permettent d’apporter un témoignage inédit sur le grand écrivain («authenticité rigoureuse – telle quelle ; pas la moindre retouche de style – de notes prises par moi-même dans les pires heures de l’été 1940») : Mauriac est à Malagar [propriété située dans la commune de Saint-Maixant, à 50 km au sud de Bordeaux] et Guillemin à Latresne [périphérie sud de Bordeaux], chez son beau-père, à quelques kilomètres de là.

Guillemin : «Dans la petite pièce en contrebas – on descend deux marches – dont Mauriac fait son repaire, je le vois tapi, blotti, resserré sur lui-même comme un oiseau qui aurait froid. Et il fait tellement beau, cependant ! Par la fenêtre ouverte, je vois, au bout du pré, cette ligne de peupliers déjà grands qu’il a fait planter en 1927. Incapable d’échapper à la hantise du cauchemar national, il s’acharne à retrouver de l’espoir. Il me dit, plusieurs fois, d’une pauvre voix dont l’accent, forcé, fait mal : «J’ai confiance. J’ai repris confiance. » Pour se réconforter, il évoque son « journal de guerre », de 1914-1918, qu’il est bien résolu à garder secret. »

Il faudra attendre 1948 pour que Mauriac publie des extraits de ce journal sous le titre de Journal d’un homme de trente ans. Il est vrai qu’il y fait preuve d’une lucidité que bien peu, à cette époque, avaient eue. Il n’a pas été, pour des raisons de santé, mobilisé ; mais il a voulu faire partie d’une unité ambulancière, d’abord en France, puis au Proche Orient – ce qui est une belle preuve de courage de la part du vrai pacifiste qu’il devient (1915/16).

« Je n’ai pas cessé de m’attendre au pire, reprend Mauriac. Et vous avez vu cette conclusion ? Une énorme image d’Epinal ! La réalisation littérale de l’invraisemblable bourrage de crâne que nous avons subi. » Voilà pour la lucidité.
Et voilà pour l’espoir : « Alors pourquoi pas, aujourd’hui, un retournement, tout à coup, triomphal ? Nous avons Pétain au gouvernement. Pétain, tout de même ; vous vous rendez compte ! Cet octogénaire miraculeux, toujours égal à lui-même. Et il est là. Son seul nom, quelle charge de souvenirs et de promesses ! Non, non, tout n’est pas perdu, vous verrez ! »

Mauriac lit à Guillemin la dernière lettre qu’il a reçue de son fils aîné Claude «et, – dit Guillemin, – il n’a pas tenu le coup. Il a d’abord avalé sa salive et a commencé la lecture d’une voix faible et sourde (…) Puis Mauriac s’est interrompu. Portant la main à son cou, il enlève ses lunettes, pose la lettre sur ses genoux, et me regarde sans plus articuler rien. »
(…) Comme j’allais partir, il revient sur les opérations militaires : « Nos généraux, quels ânes ! Vous les avez entendus, le 10 mai, quand Hitler s’est lancé ; leurs cris de joie ! Ça y est! Ce que nous attendions ! Tête baissée dans le piège . Le piège ? C’est sur nous qu’il s’est refermé. »

Un mois plus tard, en arrivant à Malagar, le spectacle qui attend Guillemin est l’illustration de l’accélération des événements depuis la prise de pouvoir de Pétain.
« Des soldats allemands sont couchés sur les pelouses. Ils ont dressé une tente au milieu de la prairie. Deux camions -radio sont là. Donc une équipe de transmission. L’officier responsable a dû – billet de réquisition – être logé dans la maison. Il s’efforce d’être discret… Mauriac est « écoeuré » par la tranquille indifférence des gens, à Langon.
« Je ne croyais pas la France aussi pourrie. La défaite militaire, l’imbécillité des généraux, c’est dans l’ordre. Mais la débandade ! Mais ces officiers qui foutaient le camp par centaines ! A Langon, un Bal international a eu lieu sur la place ; c’est-à-dire avec les soldats allemands ; la plus franche cordialité, paraît-il. Dignité ? Un mot de l’autre monde… »

On peut penser que la confiance que Mauriac faisait à Pétain s’est rapidement dissipée. Mais : « Je m’étonne – dit Guillemin – de l’entendre dire : « Quand l’Angleterre sera à genoux, ce qui ne saurait tarder. » Mauriac jusqu’à présent n’avait pas versé dans l’anglophobie régnante ».
Et Guillemin ne le suit pas, semble-t-il, dans cette voie. « Mais le coup de Mers-el-Khébir l’a horrifié, révolté. »

Troisième rencontre, le 25 août. Mauriac lit les soixante-dix premières pages du roman auquel il travaille et qui est La Pharisienne – preuve que l’accablement des premiers jours qui l’empêchait d’écrire a disparu.
Il dit « que l’antisémitisme est à la mode, et que le patronat, bien entendu, conserve tous ses privilèges – remarque d’une vraie lucidité, les affaires continuent ! – et largue ses juifs pour s’arranger encore mieux avec l’occupant ».

Sur ce point, la mémoire de Guillemin me paraît vacillante : le décret sur les Juifs date du 3 octobre – et j’ai de la peine à penser que Mauriac ait eu l’intuition que les premières décisions prises par le gouvernement, qui reviennent sur les naturalisations que l’extrême-droite reprochait à la gauche d’avoir multipliées, allaient déboucher sur les mesures que nous connaissons. Mais, bon. Guillemin ne donne pas plus de précisions sur ce point. En revanche, il tient à noter que Mauriac n’est guère prolixe sur de Gaulle.
« Un mot à peine sur de Gaulle, qu’il ne prend pas au sérieux. « Purement symbolique, son refus. Très beau, mais inopérant. »

Ces quelques lignes qui retranscrivent les propos de Mauriac, sont révélatrices de l’état d’esprit qui était, en ces mois-là, très majoritaire. Pas de quoi être très fier. On aurait cependant aimé que Guillemin, pour ses lecteurs suisses, sans doute pas très au fait de l’histoire de la résistance, mentionne que François Mauriac, après ces quelques mois de trouble et d’hésitation, a pris fort courageusement sa part dans la Résistance, au sein du Comité national des Ecrivains.

Note rédigée par Patrick Rödel

Pour aller plus loin

Nombreux sont les ouvrages se rapportant à cette période ou à Mauriac. Il n’est donc pas question ici de les présenter, ce qui serait très difficile et finalement assez hors sujet. Cependant, trois livres s’imposent naturellement, choix bien sûr tout à fait subjectif…quoique.

Si l’on souhaite mieux connaître l’univers mauriacien, le dernier ouvrage de Patrick Rödel est tout indiqué. Avec « Raymond, frère de l’autre », nous plongeons au coeur de la famille Mauriac et découvrons qui était ce Raymond, l’aîné de la fratrie, personnage totalement inconnu, ignoré du monde des Lettres et tombé dans l’oubli. Patrick Rödel nous fait vivre la douleur de celui qui aurait voulu être passionnément écrivain mais qui dut se sacrifier pour reprendre la gestion des affaires familiales. C’est une création artistique et aussi historique puisque c’est le seul livre existant sur cet homme à la trajectoire singulière.

 

 

Ed. Le Festin – 208 pages – 19,50 €

 

33 jours de Léon Werth

Léon Werth et sa femme quittent Paris le 11 juin 1940 pour se rendre dans le Jura. Ce voyage, au lieu d’une dizaine d’heures habituellement, durera 33 jours. Il s’agit du récit de l’exode qui va mettre des millions de français sur les routes, fuyant l’arrivée des troupes allemandes.

Dans un style très précis, Werth, ancien combattant de 14-18, malgré les circonstances, livre le témoignage d’un humaniste, s’élevant contre la haine, mais sans tomber dans un angélisme béat, gardant ses distances avec l’ennemi. On en apprend pas mal sur le comportement des hommes pris dans la roue de l’Histoire : les Français et aussi les Allemands.

 

Ed. Viviane Hamy – 166 pages – 15 €

 

La marche au canon de Jean Meckert

A l’opposé, Meckert est un désabusé, tendance anarchiste, avec une légère touche de misanthropie.
Dans un style nerveux, voire âpre, une belle langue populaire (Meckert, sous différents pseudonymes, se fera connaître à travers ses polars dans la « Noire » de Gallimard) , il s’agit d’un 
remarquable récit de la débâcle de 40 vécue par un soldat du bas de l’échelle, sorte d’antihéros qui va progressivement, mais finalement très vite, se rendre compte que tous les non-gradés comme lui, ne sont bons qu’à faire de la chair à canon au service de ceux qui gouvernent, les patrons, les nantis, les dominants.  

 

Ed. Joëlle Losfeld 112 pages – 9 €

Bonne lecture – E. Mangin

 

Colloque Henri Guillemin

Pétain, montée du fascisme, débâcle de 40, collaboration.

Paris – 17 novembre 2018
Ecole Normale supérieure (ENS) salle Dussane – 45, rue d’Ulm 75005 Paris

Les inscriptions sont ouvertes. (Inscriptions par internet : 13 € –

inscriptions sur place le jour du colloque : 25 €)

Pour lire le programme définitif et vous inscrire, cliquez ici

17 juin 1940 : Pétain demande l’armistice
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Colloque Henri Guillemin dernières nouvelles

Affiche de propagande se passant de tout commentaire

Colloque Henri Guillemin : 

Pétain, montée du fascisme, débâcle de 40, collaboration.

 

David Gallo remplace donc Johann Chapoutot.


Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Lyon), Agrégé et docteur en histoire, David Gallo est actuellement chercheur post-doctorant rattaché à l’Equipe Histoire et historiographie de la Shoah (CRH/EHESS).

Ce remplacement, non pas de dernière minute, mais tout de même assez tardif pour ce type d’événement, a été rendu possible grâce au fait que David Gallo connaît bien Johann Chapoutot.

En effet, comme spécialiste de la SS et de l’idéologie nazie, il travaille sur le même domaine de recherche, en relation étroite avec deux autres historiens : Nicolas Patin et Christian Ingrao (contactés mais non disponibles).

Pour autant, face aux enjeux du colloque, je le remercie chaleureusement pour sa promptitude à nous rejoindre. 

Par ailleurs, il convient de noter que David Gallo fait partie de l’équipe de chercheurs qui est actuellement en train d’élaborer la prochaine publication scientifique et raisonnée de « Mein Kampf », prévue au cours de l’année 2019, [sujet qui n’échappera pas à polémiques-[Ndl’E]

David Gallo interviendra sur le thème qu’aurait présenté J. Chapoutot.
A la différence près, suite aux échanges que j’ai eus avec lui, qu’il mettra davantage l’accent sur le plan économique de la collaboration avec l’oligarchie française (les « élites » aux manettes industriello-financières), vue du côté du Reich dans la perspective de sa victoire ; et moins sur le plan de l’idéologie nazie concernant la mystique idéologique et civilisationnelle en cas de victoire sur l’arc occidental.

On nous écrit

Le thème de notre colloque ne peut laisser indifférent. Nous recevons régulièrement des messages, des demandes de précisions sur les travaux d’Henri Guillemin ayant trait ou pas à cette période historique, et des propositions de diffusion d’informations, directement liées au thème du colloque.

Ainsi, deux sujets récents.

En premier : 

Procès du Maréchal Pétain
Compte-rendu in extenso des audiences transmises
p
ar le secrétaire général de la Haute Cour de justice / République française,
Haute Cour de justice
Postface et mise en perspective de Annie LACROIX-RIZ
 Ed. Les Balustres, Musée de la Résistance Nationale, 2015 – 427 pages – 35 €

 

L’association « Les Balustres » nous signale leur édition de l’intégrale du Procès Pétain.

Cet ouvrage est couronné par une postface inédite de l’historienne et spécialiste de cette période, Annie Lacroix-Riz qui remet dans une perspective historique et objective, ce chapitre très particulier de l’après guerre. (pour rappel, Annie Lacroix-Riz intervient à notre colloque du 17/11/18).

Dans un sillon que l’on pourrait qualifier de Guilleminien, l’association Les Balustres se fixe pour objet de développer, par tous les moyens dont elle sera en mesure de disposer, la réflexion, l’interrogation, le doute, sur tout ce qui de près ou de loin s’apparente à la pensée unique.

Pour ses fondateurs et adhérents, le principal support à la réflexion critique réside dans la lecture d’ouvrages. Le livre est donc pour eux l’outil privilégié autour duquel ils organisent, dans des formes diverses, rencontres et débats.

Pour en savoir plus sur l’association, cliquez ici

En second : 

Il s’agit d’un site internet qui présente l’éphéméride des 1502 jours du Chef de l’État français (Philippe Pétain), du 10 juillet 1940 au 20 août 1944. Un indéniable labeur.

Le site, pour parfaire, s’agrémente d’une lettre enthousiaste de Alain Decaux (que l’on trouvera sur le site en question).

Après lectures fouillées du site et sans réponses à mes demandes de précisions, il s’avère que ce travail ressortit davantage au domaine de la création littéraire que de la recherche historique scientifique, même s’il se base sur des faits historiques incontestables.

A l’opposé de nos analyses guilleminiennes de l’Histoire, cette éphéméride dessine une bien curieuse bienveillance à l’égard de l’autocrate Pétain, curieusement (romantiquement ?) présenté comme innocent des événements majeurs qui conduisirent à la collaboration avec le Reich.

A la fois en rapport avec notre propos et comme création artistique, je le situe. Chacun appréciera.

Si vous souhaitez en savoir plus, cliquez ici

Lettre d’information rédigée par Edouard Mangin

Affiche de propagande du régime de Vichy

Colloque Henri Guillemin

Pétain, montée du fascisme, débâcle de 40, collaboration.

Paris – 17 novembre 2018
Ecole Normale supérieure (ENS) salle Dussane – 45, rue d’Ulm 75005 Paris

Les inscriptions sont ouvertes. (Inscriptions par internet : 13 € –

inscriptions sur place le jour du colloque : 25 €)

Pour lire le programme définitif et vous inscrire, cliquez ici