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L’énigme Esterhazy

Pourquoi, en 1963, Guillemin s’attaque-t-il à l’affaire Dreyfus, alors qu’elle a déjà suscité une énorme bibliographie, et qu’en outre l’innocence de Dreyfus ne fait plus de doute ? L’attitude de l’armée, en revanche, garde des éléments de mystère.

Guillemin ne se satisfait pas de l’explication habituelle, selon laquelle le capitaine juif aurait été condamné par erreur, erreur que le monde militaire se serait obstiné à ne pas reconnaître.
L’étude des dossiers conservés aux Archives nationales, à condition qu’elle soit menée sans tabou ni réticence (on peut faire confiance à Guillemin pour cela), permet pourtant de dire avec certitude que trois généraux au moins, Mercier, le ministre de la Guerre, Boisdeffre et Gonse, le chef et le sous-chef de l’État-Major, savaient que Dreyfus n’était pas le bon coupable.

Mais pourquoi, alors, protégeaient-ils Esterhazy, véritable expéditeur vers l’Allemagne des documents militaires qu’on avait accusé Dreyfus d’avoir livrés à Schwarzkoppen ?

Guillemin tente de remonter plus haut et propose une hypothèse interprétative nouvelle.

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Histoire des catholiques français au xixème siècle

L’alliance du trône et de l’autel avait été mise à mal par les événements de la Révolution. La classe ouvrière était largement déchristianisée, la bourgeoisie citadine n’avait qu’une pratique sociale de la religion ; seule l’aristocratie, et les paysans qu’elle influençait, demeurait attachée au catholicisme.

Tout au long du XIXème siècle, pour l’Église et pour les pouvoirs politiques l’enjeu est primordial, la première pour restaurer son autorité sur les masses, les autres pour s’appuyer sur cette force de conservation sociale que représente le clergé : il faut rechristianiser la France.

Henri Guillemin retrace les épisodes de cette alliance d’intérêts croisés, de cette conjonction de cynismes symétriques, de ces manœuvres parfois peu reluisantes. Mais il croise, chemin faisant, de hautes figures du catholicisme (Lacordaire, Ozanam) qui illustrent la fidélité à l’exigence évangélique de soucis des pauvres. C’est vers eux que va son cœur.
En attendant la venue de celui qui tentera de réconcilier le christianisme et le socialisme : Marc Sangnier.

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1848 la première résurrection de la République

La bourgeoisie dormait sur ses deux oreilles – la Révolution montagnarde (1792/1794) était loin ; l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet avaient consolidé son pouvoir ; il y avait bien eu quelques peurs en 1830, mais tout était vite rentré dans l’ordre. On pouvait continuer de s’enrichir en paix et tant pis pour les pauvres.

La misère du peuple est de plus en plus insupportable et les idées socialistes gagnent du terrain. Il suffit d’une étincelle pour qu’un soulèvement se produise. « L’ordre social est menacé, dans toute l’Europe, par une nouvelle invasion de barbares », écrit Montalembert, en janvier 1848.

Henri Guillemin retrace les péripéties politiques de ces quelques mois où l’avènement d’une république authentique fut sur le point de se réaliser. De nouveau l’espoir se réveillait, et dans toute l’Europe. Mais la bourgeoisie ne pouvait laisser ses intérêts vitaux menacés par une poignée d’irresponsables qui excitait le peuple. La répression, lors des journées de juin, fut terrible. La grande peur des bien-pensants débouche toujours sur des massacres commis au nom de la défense de l’ordre.

On suit au jour le jour, avec Guillemin, les différents événements de cette tragédie qui déboucheront sur le triomphe de la bourgeoisie prête, une fois de plus, à s’en remettre à un régime autoritaire. Après l’oncle, le neveu.

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Le coup du 2 décembre

Louis-Napoléon Bonaparte, précurseur des dictatures modernes, telle est la thèse d’Henri Guillemin dans Le Coup du 2 décembre.

Rassurant les « honnêtes gens’, selon la formule de La Fayette que déteste Guillemin, démocrate d’apparence, plus intelligent qu’il n’a été dit, Louis Napoléon s’entoure d’aventuriers qui ne voient que les bénéfices qu’ils peuvent retirer de la mise en coupe réglée des richesses du pays.

Comme toujours, Guillemin est irremplaçable pour nous faire assister aux événements qui, de 1848 à 1851, jalonnent la montée de Louis-Napoléon vers le pouvoir personnel. Mélange de coups de force et de roublardise que la bourgeoisie laisse faire parce qu’elle attend d’un pouvoir fort la consolidation de sa propre domination. Louis-Napoléon sait se présenter comme l’indispensable rempart contre les classes populaires et restaurer l’Empire – second du nom -.

Pour contrer les attaques de ceux qui l’accusent de partialité, Guillemin n’utilise à peu près exclusivement que les témoignages laissés par les « amis de l’ordre », n’accueillant qu’avec réserve ceux de ses adversaires. Le résultat est confondant.