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Robespierre, politique et mystique

Robespierre avait bien, en effet, une mystique – au moins au sens où l’entendait Péguy. La mystique républicaine, disait Péguy, c’est qu’on se faisait tuer pour la République ! Il se trouve que c’est exactement le parti qu’adopta Robespierre. Avec lui, devant nous, un de ces témoins qui se font tuer, dont a parlé Pascal, et qui ont donné la mesure de leur ardente sincérité… »

« …Je ne connais pas d’étude attentive, minutieuse, consacrée à ce que fut la pensée religieuse de Robespierre. Or elle est, chez lui, profonde, cette pensée ; vivante et déterminante.

L’objet même de cet ouvrage est d’établir cette vérité. J’espère y avoir contribué au moyen de preuves nombreuses, de grande portée, et trop peu connues

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Napoléon, légende et vérité

Comme il l’a souvent fait, Guillemin a publié ce bref livre pour fêter à sa façon, en 1969, le bicentenaire de la naissance du « petit chacal », comme il l’appelle en écho à l’une de ses désignations légendaires les plus célèbres.
Quelle fête, en effet ! au rebours de la vulgate scolaire et cocardière, Napoléon apparaît au fil de ces pages comme un avide, un cynique, et naturellement comme le tueur, à la guerre, d’une bonne partie de ses sujets.
Rien n’atténue la condamnation de ce « gangster » antipathique, de ce « Napoléon tel quel » pour reprendre le titre de la première édition.
Les impertinents de l’époque jubilent à lire cette « salubre leçon d’histoire » (Michel Polac), et après la mort de Guillemin un Edwy Plenel écrivait encore que « son aversion pour Napoléon Bonaparte nous manque ».

Ce n’est sûrement pas l’avis des historiens hagiographes, pour qui Guillemin n’est qu’un iconoclaste : disons un rebelle, que révulsent les images pieuses et qui, en effet, n’a de cesse de les détruire dès qu’elles dissimulent la réalité.

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Jeanne, dite Jeanne d’Arc

Publié en 1970, repris en 1977 dans la collection « Folio », ce livre fut un succès de librairie pour Guillemin et un objet de scandale pour ceux des historiens qui le considèrent comme un trublion infréquentable ; la célèbre Régine Pernoud fait de lui la cible principale de son pamphlet Jeanne devant les Cauchon.

Pourtant Guillemin ne s’était pas comporté à l’égard de Jeanne autrement que face à tous ceux dont il a tenté de comprendre la destinée : examiner ce l’on sait de sa vie et de son procès pour la faire revivre, sans légende. Pas d’idéalisation de l’héroïne, « fille sans beauté, un peu courtaude », ni de l’entourage du dauphin Charles, « cour froide et hautaine » vite désireuse de se libérer de « cette fille de rien, entêtée, indocile » ; une fois de plus, Guillemin refuse d’être un historien bien élevé, qui gommerait les aspérités.
Une fois de plus aussi, il cherche à atteindre l’âme, l’être intime. Ce qui le retient chez cette Jeanne « gaie, subtile, volontiers gouailleuse, pleine de sève et de feu », jetée sur le bûcher par l’Église, c’est bien sûr le mystère même de sa vocation, de ces « “voix” qui la conduisirent ».

Rien de solennel dans ces pages, mais la joie, perceptible à chaque page, de brosser le portrait d’ « une gosse hors série, attachante au suprême degré ».

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L’arrière-pensée de Jaurès

Comme souvent dans les titres de Guillemin, un élément intrigue, et c’est celui qui donne accès à l’essentiel. Le nom de Jaurès reste si connu qu’on s’imagine bien savoir ce qui, avant même sa mort tragique, a fait de lui un symbole : en ce tribun s’incarne le socialisme français d’avant 14.

Guillemin, sans le nier, veut dégager ce qui comptait vraiment pour lui, son « arrière-pensée ».
Dans le texte même, il est plus explicite : c’est la « métaphysique » de Jaurès qui l’intéresse.
À droite comme à gauche, en effet, on a fait comme si cet agrégé n’avait jamais écrit sa thèse de philosophie, dont l’idée centrale, au rebours du positivisme en vogue, est clairement spiritualiste : à droite, un Jaurès athée était plus facile à haïr comme l’ennemi des gens de bien(s) ; à gauche, un Jaurès croyant n’eût pas été un révolutionnaire recevable.

Pourtant, dit Guillemin, ce sont « ces certitudes métaphysiques sur lesquelles vivait Jaurès » qui permettent de comprendre son action ; ce bref livre de 1966 le montre à travers un portrait vif et sensible de l’homme public et privé.