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Jean-Jacques Rousseau ou “la méprise extraordinaire”

Inédit en volume jusqu’à 2014, ce texte de 1937 a été établi et annoté par Patrick Berthier. Il a été publié à l’origine en trois articles dans la revue dominicaine La Vie intellectuelle.
Premier travail d’importance de Guillemin sur Rousseau, cette étude peut se lire comme une ébauche des livres qui ont suivi, en 1942 (Cette affaire infernale) et en 1943 (Un homme, deux ombres).

Il s’agit en effet déjà d’y passer au crible les idées répandues alors sur l’écrivain et sur l’homme, de montrer en lui un chrétien, certes non orthodoxe mais sincère, et d’expliquer par la réalité gênante de sa foi la volonté des philosophes de le mettre à l’écart.

Dans cet ouvrage, où sa manière personnelle est déjà si sensible, Guillemin affirme que « si Rousseau a été détraqué, c’est parce qu’il a été traqué », ce que pensait aussi Robespierre, qu’il a tant influencé ; mais Guillemin dit aussi comment, par-delà les calomnies, le Rousseau des années ultimes a connu la paix intérieure.

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Benjamin Constant muscadin, 1795-1799

Avec Napoléon et George Sand (et Vigny dans une large mesure), Benjamin Constant est de ceux, finalement moins nombreux qu’on ne l’a dit, devant qui Guillemin a un réflexe de recul. Dans l’avant-propos de ce livre de 1958, il parle de « ces réflexes que l’on a, viscéralement, devant les êtres, selon ce que leur abord, leur regard, leurs paroles et leurs gestes, nous révèlent d’eux-mêmes », et bien sûr ces réflexes peuvent être enthousiastes.

Dans le cas de Constant, non : ce jeune Suisse, à Paris, sous le Directoire, pousse l’arrivisme et l’opportunisme jusqu’à la délation, en signalant aux autorités le curé Oudaille, prêtre réfractaire de Luzarches.

Guillemin, qui a découvert aux Archives nationales le document accusateur, ne peut qu’en faire le point fort d’un réquisitoire : « quand Benjamin Constant, l’homme de la liberté, envoie au bagne, en tapinois, un prêtre qui le gêne […], je n’arrive pas, c’est vrai, à branler doucement de la tête ».

Si, pour l’historien Bernard Gainot, « l’ouvrage s’apparente davantage à une entreprise de démolition qu’à une étude de biographie historique », pour le lecteur actuel que Guillemin passionne, c’est au contraire un livre typique de sa façon de lire l’histoire à travers les hommes, admirables ou non, qui la font.

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Connaissance de Lamartine

Publié en 1942 par l’Université de Fribourg, ce livre regroupe plusieurs études menées par Henri Guillemin dans le fil de son travail de thèse sur Jocelyn ; elles forment le versant intime d’un diptyque dont l’autre panneau, plus directement politique, sera en 1946 Lamartine et la question sociale.

Ici c’est l’existence même de Lamartine, cette existence « chargée de secrets », que le chercheur veut éclairer en publiant des inédits sur sa mère (pages du journal qu’elle tenait), sur ses amours, sur sa femme (« sa servante passionnée »), « et surtout [sur] le drame capital de cette vie : qui fut le Christ, qui est Dieu ? ».

Pour Guillemin ce n’est pas seulement le Lamartine politique qui est enfoui sous « des épaisseurs de légendes qu’il faut d’abord dissoudre » ; c’est d’abord l’homme tout court, et tel est le sens du titre : par la « Connaissance de Lamartine » nous accédons à la compréhension en profondeur de son œuvre d’écrivain et d’homme d’État.

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Flaubert devant la vie et devant dieu

Cet essai, publié chez Plon début 1939, est le premier livre “libre” de Guillemin, après ses travaux d’universitaire sur Lamartine et parallèlement à son approche passionnée de Rousseau. À la fin de sa vie il jugeait ces pages « naïves ».
Relues aujourd’hui, elles apparaissent au contraire d’une fraîcheur réjouissante. On peut certes “tiquer” devant sa vision christianisée de Flaubert : « Son œuvre, dont il affectait de dire qu’elle n’était qu’un “divertissement” pour échapper à l’horreur de tout, c’est au contraire son témoignage, son service, sa prière aussi, son adhésion passionnée à ce qui survit au monde, l’enveloppe, l’explique et l’accomplit ».

Mais il faut remettre les choses dans leur contexte : à l’époque où s’écrit ce livre, et où Mauriac lui donne une vigoureuse préface, la guerre d’Espagne n’est pas finie ; face à l’hypocrisie des bien-pensants, Mauriac comme son cadet ont pris parti pour la république et la liberté ; Flaubert, attaqué en justice par les mêmes bien-pensants de l’ordre moral, devient pour eux un allié objectif, en dépit de la chronologie, car, dit Mauriac, il a « préserv[é] en lui jusqu’à la fin de sa vie une candeur qui ne trompe pas, une secrète enfance » : il fait souffler sur le monde un vent salubre.