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Connaissance de Lamartine

Publié en 1942 par l’Université de Fribourg, ce livre regroupe plusieurs études menées par Henri Guillemin dans le fil de son travail de thèse sur Jocelyn ; elles forment le versant intime d’un diptyque dont l’autre panneau, plus directement politique, sera en 1946 Lamartine et la question sociale.

Ici c’est l’existence même de Lamartine, cette existence « chargée de secrets », que le chercheur veut éclairer en publiant des inédits sur sa mère (pages du journal qu’elle tenait), sur ses amours, sur sa femme (« sa servante passionnée »), « et surtout [sur] le drame capital de cette vie : qui fut le Christ, qui est Dieu ? ».

Pour Guillemin ce n’est pas seulement le Lamartine politique qui est enfoui sous « des épaisseurs de légendes qu’il faut d’abord dissoudre » ; c’est d’abord l’homme tout court, et tel est le sens du titre : par la « Connaissance de Lamartine » nous accédons à la compréhension en profondeur de son œuvre d’écrivain et d’homme d’État.

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Flaubert devant la vie et devant dieu

Cet essai, publié chez Plon début 1939, est le premier livre “libre” de Guillemin, après ses travaux d’universitaire sur Lamartine et parallèlement à son approche passionnée de Rousseau. À la fin de sa vie il jugeait ces pages « naïves ».
Relues aujourd’hui, elles apparaissent au contraire d’une fraîcheur réjouissante. On peut certes “tiquer” devant sa vision christianisée de Flaubert : « Son œuvre, dont il affectait de dire qu’elle n’était qu’un “divertissement” pour échapper à l’horreur de tout, c’est au contraire son témoignage, son service, sa prière aussi, son adhésion passionnée à ce qui survit au monde, l’enveloppe, l’explique et l’accomplit ».

Mais il faut remettre les choses dans leur contexte : à l’époque où s’écrit ce livre, et où Mauriac lui donne une vigoureuse préface, la guerre d’Espagne n’est pas finie ; face à l’hypocrisie des bien-pensants, Mauriac comme son cadet ont pris parti pour la république et la liberté ; Flaubert, attaqué en justice par les mêmes bien-pensants de l’ordre moral, devient pour eux un allié objectif, en dépit de la chronologie, car, dit Mauriac, il a « préserv[é] en lui jusqu’à la fin de sa vie une candeur qui ne trompe pas, une secrète enfance » : il fait souffler sur le monde un vent salubre.

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Lamartine et la question sociale suivi de Lamartine en 1848

Ce volume regroupe deux livres brefs parus en 1946 et 1948 ; tous deux visent à jeter une lumière, à l’époque très neuve, sur Lamartine homme politique.
Non, ce n’était pas, du moins plus depuis 1830, un poète « à nacelle » égaré dans les nuées ; c’était un observateur actif de la France moderne, animé de l’ambition d’en être un jour l’homme providentiel.

Pour cela il faut affronter l’explosive « question sociale », quitte à se faire, lui l’aristocrate, républicain face à une monarchie usée ; l’Histoire des Girondins, grand succès de 1847, prélude à la prise du pouvoir en février 1848.
Mais les gens de bien(s) s’alarment de voir que Lamartine veut vraiment l’égalité et la justice, et il perd vite la première place, avant d’être balayé aux élections présidentielles de décembre, et de s’enfoncer dans une longue déchéance d’homme et d’écrivain usé et ruiné.

Ces études sur le projet et l’échec de Lamartine complètent de portrait plus intime amorcé dans le Connaissance de Lamartine de 1942.
Ici et là, se met en place la méthode de Guillemin, une patiente investigation en vue de réellement comprendre, au-delà des idées reçues longtemps véhiculées par l’histoire littéraire et l’enseignement.

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M. de Vigny, homme d’ordre et poète

Ce recueil d’études de 1955 doit sa célébrité scandaleuse à la première d’entre elles, où Guillemin publie plusieurs « notes de police » envoyées aux autorités par Alfred de Vigny pour attirer leur attention sur des opposants susceptibles de troubler l’ordre public ; pourtant, le reste du volume donne à lire des documents inédits non politiques, projets d’œuvres en prose ou de poèmes, ou papiers sur les candidatures répétées de Vigny à l’Académie française.

Mais les adversaires des méthodes du « flic » Guillemin n’ont voulu retenir que les pages du début, stigmatisées aussi par Mauriac dans un article, « Le bonheur d’être oublié », auquel l’auteur, peiné, répondit par un autre, « Suis-je coupable de critique-passion ? », un de ces textes dans lesquels, au fil des années, il a confessé et défini ses convictions.

Pour Guillemin, oui, Vigny a écrit quelques beaux vers, mais l’être humain, en lui, était « petit et rance ». Au lecteur actuel de relire et Guillemin, et Vigny, pour se faire sa propre idée.