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L’arrière-pensée de Jaurès

Comme souvent dans les titres de Guillemin, un élément intrigue, et c’est celui qui donne accès à l’essentiel. Le nom de Jaurès reste si connu qu’on s’imagine bien savoir ce qui, avant même sa mort tragique, a fait de lui un symbole : en ce tribun s’incarne le socialisme français d’avant 14.

Guillemin, sans le nier, veut dégager ce qui comptait vraiment pour lui, son « arrière-pensée ».
Dans le texte même, il est plus explicite : c’est la « métaphysique » de Jaurès qui l’intéresse.
À droite comme à gauche, en effet, on a fait comme si cet agrégé n’avait jamais écrit sa thèse de philosophie, dont l’idée centrale, au rebours du positivisme en vogue, est clairement spiritualiste : à droite, un Jaurès athée était plus facile à haïr comme l’ennemi des gens de bien(s) ; à gauche, un Jaurès croyant n’eût pas été un révolutionnaire recevable.

Pourtant, dit Guillemin, ce sont « ces certitudes métaphysiques sur lesquelles vivait Jaurès » qui permettent de comprendre son action ; ce bref livre de 1966 le montre à travers un portrait vif et sensible de l’homme public et privé.

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L’énigme Esterhazy

Pourquoi, en 1963, Guillemin s’attaque-t-il à l’affaire Dreyfus, alors qu’elle a déjà suscité une énorme bibliographie, et qu’en outre l’innocence de Dreyfus ne fait plus de doute ? L’attitude de l’armée, en revanche, garde des éléments de mystère.

Guillemin ne se satisfait pas de l’explication habituelle, selon laquelle le capitaine juif aurait été condamné par erreur, erreur que le monde militaire se serait obstiné à ne pas reconnaître.
L’étude des dossiers conservés aux Archives nationales, à condition qu’elle soit menée sans tabou ni réticence (on peut faire confiance à Guillemin pour cela), permet pourtant de dire avec certitude que trois généraux au moins, Mercier, le ministre de la Guerre, Boisdeffre et Gonse, le chef et le sous-chef de l’État-Major, savaient que Dreyfus n’était pas le bon coupable.

Mais pourquoi, alors, protégeaient-ils Esterhazy, véritable expéditeur vers l’Allemagne des documents militaires qu’on avait accusé Dreyfus d’avoir livrés à Schwarzkoppen ?

Guillemin tente de remonter plus haut et propose une hypothèse interprétative nouvelle.

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Histoire des catholiques français au xixème siècle

L’alliance du trône et de l’autel avait été mise à mal par les événements de la Révolution. La classe ouvrière était largement déchristianisée, la bourgeoisie citadine n’avait qu’une pratique sociale de la religion ; seule l’aristocratie, et les paysans qu’elle influençait, demeurait attachée au catholicisme.

Tout au long du XIXème siècle, pour l’Église et pour les pouvoirs politiques l’enjeu est primordial, la première pour restaurer son autorité sur les masses, les autres pour s’appuyer sur cette force de conservation sociale que représente le clergé : il faut rechristianiser la France.

Henri Guillemin retrace les épisodes de cette alliance d’intérêts croisés, de cette conjonction de cynismes symétriques, de ces manœuvres parfois peu reluisantes. Mais il croise, chemin faisant, de hautes figures du catholicisme (Lacordaire, Ozanam) qui illustrent la fidélité à l’exigence évangélique de soucis des pauvres. C’est vers eux que va son cœur.
En attendant la venue de celui qui tentera de réconcilier le christianisme et le socialisme : Marc Sangnier.

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1848 la première résurrection de la République

La bourgeoisie dormait sur ses deux oreilles – la Révolution montagnarde (1792/1794) était loin ; l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet avaient consolidé son pouvoir ; il y avait bien eu quelques peurs en 1830, mais tout était vite rentré dans l’ordre. On pouvait continuer de s’enrichir en paix et tant pis pour les pauvres.

La misère du peuple est de plus en plus insupportable et les idées socialistes gagnent du terrain. Il suffit d’une étincelle pour qu’un soulèvement se produise. « L’ordre social est menacé, dans toute l’Europe, par une nouvelle invasion de barbares », écrit Montalembert, en janvier 1848.

Henri Guillemin retrace les péripéties politiques de ces quelques mois où l’avènement d’une république authentique fut sur le point de se réaliser. De nouveau l’espoir se réveillait, et dans toute l’Europe. Mais la bourgeoisie ne pouvait laisser ses intérêts vitaux menacés par une poignée d’irresponsables qui excitait le peuple. La répression, lors des journées de juin, fut terrible. La grande peur des bien-pensants débouche toujours sur des massacres commis au nom de la défense de l’ordre.

On suit au jour le jour, avec Guillemin, les différents événements de cette tragédie qui déboucheront sur le triomphe de la bourgeoisie prête, une fois de plus, à s’en remettre à un régime autoritaire. Après l’oncle, le neveu.