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La Semaine sanglante

Semaine sanglante : incendie, ruines, rue de Rivoli – Lithographie gravure (1874) de Sabatier Gaildrau (1816 – 1898), tirée de l’ouvrage « Paris et ses ruines en mai 1871 » par Victor Fournel – Musée des Archives nationales de France.

On commémore à tour de bras, en cette année 2021. La Commune de Paris, Napoléon, Jean de La Fontaine et j’en passe. Beaucoup plus Napoléon que la Commune, c’est évident.

Pour La Fontaine, on verra plus tard. Et surtout en recourant bien souvent aux clichés les plus éculés de notre « histoire-de-France ».

Jusqu’à présent, je n’ai pas vu que l’on ait songé à citer les travaux de Guillemin sur les Origines de la Commune – 3 volumes – et ses Réflexions sur la Commune qui font suite à L’Avènement de M. Thiers (tous livres publiés chez Utovie).
Daniel Mermet dans « Là-bas si j’y suis » est le seul, si je ne m’abuse, à avoir l’excellente idée de mettre en ligne les conférences de Guillemin sur la Commune, 13 conférences, d’une demie-heure chacune, données sur les antennes de la RTS en 1971.
Et Jean Chérasse, après avoir écrit les 72 immortelles (éditions du Croquant, cliquez ici), continue, sur son blog de Mediapart, à rappeler l’importance de l’apport de Guillemin pour qui veut s’éloigner des visions convenues et soigneusement entretenues de la Commune.

Mais quoi, on le sait bien, Guillemin n’est pas un historien et son point de vue est abominablement partisan – ce que ne sont pas ceux des historiens patentés qui, eux, se reposent sur le socle inébranlable de l’objectivité de leur discipline.
Cela mérite qu’on aille y voir d’un peu près.

Guillemin a longuement relaté la guerre de 1870, le rôle pour le moins lamentable de l’armée (bien sûr, l’histoire, souvent bègue, remettra ça en 1939, cf L’affaire Pétain), le renversement de l’Empire et la proclamation de la République – celle des Jules honnis -, le siège de Paris et l’héroïque défense du peuple, l’instauration de la Commune, puis la capitulation, la trahison des dirigeants « républicains » pressés de rétablir l’ordre du Capital dans la Capitale et demandant cyniquement à l’envahisseur son aide pour écraser les factieux.

Nous y sommes enfin, Versailles a les mains libres, il est temps de se débarrasser de cette racaille qui a fait trembler les possédants.
Versailles, c’est Thiers et les Jules, rivalisant de zèle.
« L’ordre et la paix ne peuvent refleurir que par la sévère et ferme exécution des lois », proclame Jules Favre qui poursuit : la Commune offre « le scandaleux exemple de l’assouvissement des plus mauvaises passions. »

Guillemin, à son accoutumée, multiplie les citations et s’émerveille devant le cynisme du vicomte de Meaux : ces brigands de communards « ont découronné notre défaite. »
Ou la haine de Sarcey (*) qui ne voit dans ces brigands qu’une « abominable ménagerie de singes et de tigres. »
Pas même des hommes, des bêtes, on vous dit. Tout est bon pour déconsidérer les Parisiens qui se sont soulevés contre la lâcheté des dirigeants – on appelle ça de la propagande et ça marche, dans les campagnes et dans les salons – la lie de la population, des gens de sac et de corde, des ennemis de la société, de l’ordre et de la propriété. La preuve : ils ont détruit la maison de ce bon M. Thiers. Lequel, grâce à cela, ne réalisera pas une trop méchante affaire en faisant indemniser son bien à dix fois sa valeur initiale.

L’incendie du Palais des Tuileries en 1871 – Lithographie anonyme – ©pompiers de Paris

La Semaine sanglante a été préparée par les bombardements versaillais qui ont ravagé une partie de l’Ouest parisien ouvrant la route à l’armée « loyaliste ». Semaine de massacres dont on retient plus volontiers les 84 otages exécutés par la Commune que les milliers d’hommes, de femmes et d’enfants tués sans la moindre once de piété.

Guillemin, comme il en a l’habitude, se garde bien d’aller chercher des témoignages chez ceux qui défendent les victimes – on pourrait les juger trop partisans -, il les trouve chez ceux qui sont du côté des Versaillais. Et ils ne manquent pas, puisque après avoir tant tremblé, ils peuvent enfin respirer.

Les exécutions arbitraires du général Gallifet, les appels au meurtre des versaillaises sont applaudies par Sarcey (*), encore lui, qui évoque « ces faces patibulaires ou bestiales » dont il doute qu’elles aient pu jamais abriter « une âme », gibier tout trouvé pour ces braves soldats qui leur opposent leur « loyale figure » et leurs baïonnettes.

« La presse belge contient de précieux reportages (mais quoi, ce sont des belges, les historiens français préfèrent de meilleures sources ; note de P. Rödel) sur les quelque 2500 hommes et femmes qu’on entassa là (aux docks de Satory), dans les premiers jours, à peu près sans nourriture et n’ayant pour boire que l’eau d’une mare où leurs gardiens se divertissaient à venir uriner. Une espèce de révolte a eu lieu – des cris, des imprécations ; que peuvent faire d’autre ces êtres parqués entre de hauts murs ? – et les mitrailleuses sont entrées en action. Deux à trois cents cadavres sont demeurés, là, éducatifs, pendant douze heures ; toute la horde a dû rester là collée au sol, à plat ventre, dans la boue ; feu sur qui s’asseyait seulement. » (Réflexions sur la Commune p.285)

Est-il besoin d’en dire plus ? Font écho aux cris de ces malheureux les « légitimes et glorieuses acclamations de l’Assemblée » auxquelles se joint l’archevêque de Lyon dans une lettre dégoulinante d’enthousiasme adressée au sauveur de la patrie.

Qui, pour sauver l’honneur ? Hugo ! « Aux « barbares« , comme on dit, du ruisseau, Hugo en oppose d’autres, « brodés, dorés, constellés » et qui accoudés à « une table de velours » ou à « une cheminée de marbre« , « insistent doucement pour le maintien de l’esclavage, glorifiant à mi-voix, et avec politesse, le sabre et l’échafaud« . Ceux-là, ce sont les « tueurs souriants« , les « viveurs féroces » ; tout compte fait, dit Hugo, sauvages pour sauvages, je choisis ceux d’en bas. » (Réflexions sur la Commune p.288).

Et quelques gaffeurs, comme Mac-Mahon, qui reconnaît que les communards « paraissaient croire qu’ils défendaient une cause sacrée » et « leur drapeau rouge à la main, se sont fait tuer sur les barricades. »

Restent les pétroleuses qui donnent encore des frissons d’horreur à Lorant Deutsch (animateur TV). Il est sans doute un des derniers à croire à cette histoire, mais c’est assez bon pour la télévision.

Guillemin, lui, va droit à l’essentiel et ne se perd pas en polémiques stériles. Il distingue deux choses : les dégâts causés par l’armée versaillaise et par la pluie d’obus qui s’abat sur l’Ouest parisien.

« Le premier bâtiment public qui flamba fut le ministère des Finances. Cet incendie-là n’est pas le fait des communards ; travail des obus versaillais. » (Réflexions sur la Commune p.278) Avis corroboré par Hélène Landowski dans un tout récent ouvrage, La face cachée de la Commune Editions du Cerf, cliquez ici).


Le 16 mai 1871, la colonne Vendôme où se perche la statue de l’empereur Napoléon Bonaparte, est abattue par les communards sur un tas de paille.

Puis les actions symboliques que furent la destruction de la maison de Thiers et la démolition de la colonne Vendôme.
« D’autres incendies furent tactiques. C’est ce que réclamait Louise Michel, qui n’était pas la seule à souhaiter un barrage de feu devant les assaillants. » (Réflexions sur la Commune, p.278).

Hélène Landowski partage cet avis : les communards sont pris en tenaille entre l’armée versaillaise, à l’ouest, et l’armée allemande, à l’est, qui leur interdit tout repli.
C’est ainsi que, le 23 mai, les Tuileries furent incendiées. Beau thème d’indignation que les décombres encore fumants des Tuileries pour les peintres Meissonier, Clairin, ça a plus de gueule que les déplorations télévisuelles de Deutsch, mais le propos politique est le même – déconsidérer la Commune.

Les ruines des Tuileries – Tableau de Ernest Meissonier (1815 – 1891) © Compiègne, musée du Second Empire


« Pourquoi, dit Vallès, l’incendie d’une ville par ses défenseurs serait-il, classiquement, digne d’admiration quand il s’agit de Numance et de Saragosse, par exemple, et exécrable pour le Paris de la Commune ? » (ibid.p. 278)

Deux poids, deux mesures, nous commençons d’être habitués à cette logique des dominants. Hélène Landowski ajoute à ses analyses que les incendies de 1871 ont fait place nette pour des opérations immobilières juteuses….

Il ne reste plus que les cadavres (« Le sol de Paris est jonché de cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon », selon Thiers lui-même cité par Guillemin ibid p.295) et les prisonniers que l’on envoie croupir sur les pontons et au bagne. »

Combats des derniers jours – lithographie anonyme – Musée Carnavalet-Paris

Vingt ou trente mille morts, quarante mille déportations, le poteau de Satory (« notre crucifix à nous », dira Vallès) (Satory est un camp militaire près de Versailles ; note de P. Rödel), les pontons, la déportation, le bagne, de quoi rassurer les « honnêtes gens », non ? »

(Pour en savoir plus sur les conditions de vie des prisonniers politiques au bagne, je vous conseille de lire Dans l’enfer du bagne, mémoires d’un transporté de la Commune, d’Alexis Trinquet (éditions des Arènes en 2013, cliquez ici).
Ces mémoires dormaient dans les archives du PCF où ils ont été découverts par Bruno Fuligni qui en a assuré l’édition.
(Pas inintéressant de voir qu’en la matière la République française jouit d’une réelle priorité sur les autres nations ; note de P. Rödel)


Tuileries après l’incendie de 1871 vues du grand bassin – 1880 – 1883 par Siebe Johannes Ten Cate (1858 – 1908) © Musée du Louvre

Les conclusions de Guillemin ne sont pas pour nous surprendre. Reprenant en quelques phrases le fil de sa démonstration depuis les Origines de la Commune jusqu’à ces ultimes Réflexions, il écrit : 

« Pourquoi les conservateurs ont-ils été défaitistes, ou, pour mieux dire, les artisans de la défaite, en 1870-71 ? Pour assurer la protection des structures économiques et sociales menacées, à leurs yeux, par une victoire militaire des républicains. Le même souci les habite et dirige leurs comportements ; avec la prise de Paris et l’écrasement de la Commune, l’armée a retrouvé cette grande et véritable mission de « palladium de la société » que Bazaine prophétique, saluait en elle. (L’armée dernier rempart de la société libérale, disait un giscardien trop bavard. Note P. Rödel) Et que la colonne Vendôme soit promptement rétablie sur son socle ! La bourgeoisie victorieuse n’oublie pas ce qu’elle a dû, jadis, à « l’empereur« . La colonne, dit Lissagaray (**), il fallait à la classe possédante qu’elle se dressât à nouveau au centre de la ville, » bâton énorme, symbole de sa souveraineté« . » (ibid p. 308).


Rue de Rivoli au lendemain à la fin des combats de la Semaine Sanglante – photo de Auguste Bruno Braquehais (1823 – 1875)

Par où nous sommes ramenés, mais ce n’est malheureusement pas un hasard, à ce qui était notre point de départ : l’avalanche de discours dithyrambiques sur Napoléon à l’occasion du bicentenaire de sa mort et le besoin de toujours ranimer la peur que les « honnêtes gens » éprouvent à l’idée que leurs privilèges puissent être remis en question, comme les Communards avaient commencé de le faire.

(*) Francisque Sarcey (1827/1899)

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, journaliste, critique dramatique. Pendant le siège de Paris, il est membre de la Garde nationale. Farouche anti-communard, dans le Drapeau tricolore qu’il crée pour l’occasion il va jusqu’à réclamer qu’on fusille « 80.000 gredins » pour sauver l’ordre républicain et démocratique ; il déteste tout particulièrement Vallès. Ce républicain « modéré » (que n’aurait-il pas dit sans cette « modération » ?)
Il deviendra un anti-dreyfusard également « modéré » (Ligue de la Patrie française).

(**) Prosper-Olivier Lissagaray (1838/1901)

Homme de lettres, journaliste, haut en couleur, bretteur infatigable qui tâtera de la prison sous le Second Empire et préférera s’exiler quelques temps en Belgique.
Proche d’Henri Rochefort Il revient à Paris en septembre 1870. Il participera à l’insurrection communarde et publiera, durant cette période, le journal L’Action dont les thèses pourront être assez critique par rapport aux atermoiements du Gouvernement de la Commune.
Il réussit à s’enfuir à Londres. Il y rencontre Marx et tombe amoureux de sa fille Eleanor (fiançailles finalement rompues par Eleanor elle-même).
De retour en France, il se consacre à son grand oeuvre, l’Histoire de la Commune de 1871, qui reste une source importante pour les futurs historiens de la Commune. Il va poursuivre son travail de journaliste politique ; il dénonce le boulangisme, les scandales à répétition comme celui de Panama. Il sera secrétaire de la Société des. Droits de l’homme et du citoyen.

PS 1 : La Commune de Paris reste un sujet qui continue de hérisser le poil des réactionnaires. La palme revient à celui que le Figaro qualifie de « pilier de l’intelligentsia française » (17 mars 2021) qui, sur France inter, dans l’émission « L’invité de 8h20 ; le grand entretien » du 4 mars 2021, répondait à la question de Léa Salamé « faut-il commémorer le bicentenaire de Napoléon et la Commune de Paris ? » par ces mots sans appel : « Oui Napoléon, non la Commune ». Bien sûr Nora qui aspire maintenant, après avoir fait oeuvre d’historien, à entrer en littérature est libre de manifester ses préférences. Mais on admirera la profondeur de son argumentation : l’évocation des martyrs de la Commune a perdu tout son sens, dit-il, « à partir du moment où, en 1971, le président de la République Georges Pompidou est venu s’incliner devant le Mur des Fédérés. » J’avoue que l’argument me paraît étrange qui se colore du rappel que Pompidou avait travaillé pour la Banque Rothschild…
Je rappelle aussi qu’en début d’année, au Conseil de Paris, lorsqu’il s’est agi de voter une subvention de 12.000 € à l’Association Les Amies et Amis de la Commune de 1871 les élus de droite ont poussé des cris d’orfraie.
Pour être juste, je ne suis pas convaincu par ceux qu’une volonté de radicalisation des revendications anime et qui réclament une résurrection de l’insurrection de la Commune de Paris – l’histoire ne se répète pas, c’est une loi qui jusqu’à présent n’a pas connu d’exception.

PS 2 : pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances sur l’histoire de la Commune, je signale l’existence de l’album publié en 1901 par Armand Dayot – L’Invasion, Le Siège, la Commune 1870-1871, d’après des peintures, gravures, photographies, dessins, médailles, autographes, objets du temps. (Flammarion éd. ; rééd. Tristan Mage, 2003).
C’est une mine ; on y trouve, entre autres, les photos des principaux acteurs de la Commune mais aussi de simples insurgés. J’ignore si Guillemin a eu ce livre entre les mains.

Note rédigée par Patrick Rödel

Complément 1

D’une période historique à une autre.
Nous présentons ci-dessous le second volet du diptyque réalisé par Jocelyne et Pierre Mallet, adhérents LAHG, concernant le témoignage de Sébastien Navarro à propos du mouvement des Gilets Jaunes.
(Rappel : pour (re)lire le premier volet du diptyque, la recension de l’ouvrage Péage Sud de S. Navarro, cliquez ici).

Ce second volet est une interview audio de Sébastien Navarro, son témoignage sur ce mouvement, vécu de l’intérieur.

Interview, montage et réalisation effectués par Jocelyne et Pierre Malet.

Ci-dessous leurs travaux :

Sébastien Navarro

Sébastien Navarro est né à Sète en 1972. Diplômé d’une maîtrise en droit privé, il est salarié dans le secteur public depuis une vingtaine d’années. Dans sa jeunesse, il a milité dans des groupes libertaires (CNT, réseau No Pasaran) dont il a conservé un solide ancrage anarchiste. Il a participé pendant plus d’une dizaine d’années au mensuel de critique sociale CQFD.
En 2018, il écrit Panchot (éditions Alter ego, cliquez ici) récit historique sur la résistance en Roussillon et la fabrication d’un mythe mémoriel.

Entretien audio de Sébation Navarro

Complément 2

Nous rappelons que la série de 13 conférences d’Henri Guillemin sur la Commune est actuellement diffusée en accés libre sur le site de « Là-bas si j’y suis ».

Ces conférences ont fait l’objet d’un important travail de restauration, réalisé par l’éditeur Les Mutins de Pangée qui a donné lieu à l’élaboration d’un coffret de 3 DVD, accompagnés d’un livret qui reprend Réflexions sur la Commune de Henri Guillemin (livret spécial – 200 pages en partenariat avec les éditions Utovie).
Ce coffret est disponible dans toutes les bonnes librairies, mais le plus simple est de le commander directement chez l’éditeur en cliquant ici

Complément 3

Partons au Canada (Québec).

On parle de la Commune, de Henri Guillemin et aussi de notre association LAHG, notamment de notre colloque du 19 novembre 2016 « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple?« .

Il s’agit d’un long article (du 15 mai 2021) de synthèse sur la Commune, sa fin, ses détracteurs… , paru dans le journal Le Devoir et rédigé par Stéphane Baillargeon, journaliste québécois, diplômé de philosophie et de sciences politiques de l’Université de Montréal.
Nous sommes mentionnés dans la conclusion.

Le Devoir est un quotidien d’information publié à Montréal, fondé le 10 janvier 1910.
Le journal est lu par environ 1,5 million de personnes. C’est l’une des sources du Courrier international.

Pour lire l’article, cliquez ici

Affiche du film de Peter Watkins LA COMMUNE (PARIS 1871) – 3h30

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150e anniversaire – Henri Guillemin et la Commune

Barricade de l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, place de la Bastille – 18 mars 1871
Barricade de l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, place de la Bastille – 18 mars 1871 © Anonyme – Musée Carnavalet

150e anniversaire – Henri Guillemin et la Commune

150e anniversaire de la Commune. Nous sommes presque au milieu du gué de ces 72 journées durant lesquelles une expérience historique unique, appelée la Commune, montra au monde ce qu’il advient quand le peuple se mobilise contre l’injustice, prend son destin en main et met en place une autre organisation sociopolitique hors celle des classes dirigeantes.

Cette expérience condensa en peu de jours un ensemble inouï de forces irradiantes et diverses, un bouillonnement d’énergie où se cotoyèrent la fraternité, l’héroïsme, l’idéal révolutionnaire, la démocratie, la prise en compte du cri du peuple, mais aussi, l’amateurisme dans l’action et les maladresses stratégiques.

La Commune est si riche d’enseignements, a mis sur le devant de la scène des personnages si emblématiques, de telles valeurs humaines, qu’il n’était pas imaginable que Henri Guillemin, dans sa vision de l’Histoire et sa passion des trajectoires humaines, ne prît pas cette période à bras le corps en l’étudiant, l’analysant, la travaillant pendant toute sa vie.

C’est cette implication, en hommage à son travail et à la Commune qui a conduit à composer cette « newsletter » en trois mouvements s’appuyant sur la magistrale démonstration de Patrick Berthier dans son intervention « Petit inventaire des travaux de Guillemin sur la Commune » présentée à notre colloque « Henri Guillemin et la Commune – le moment du Peuple ?  » le 19 novembre 2016 – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 Censier.

Premier mouvement

Murs des fédérés au cimutière du Père Lachaise
Comme chaque année depuis les années 1880, dans la dernière semaine de mai, la montée au Mur vient rendre hommage aux morts de la Commune et aux idéaux portés par la révolution du Temps des Cerises. Cimetière du Père Lachaise – 76ème division, 75020 Paris

Le 19 novembre 2016, Patrick Berthier, en ouverture du colloque, commença son intervention par une sorte de scoop : un texte méconnu de Guillemin, le premier article qu’il écrivit sur la Commune pour La jeune République de Marc Sangnier, le 29 mai 1925.
Il avait 22 ans.
Un texte sensible, touchant, révélant déjà sa grande maturité politique.

En regardant défiler les cortèges devant le mur des Fédérés…
Réflexions sur la Commune

J’ai vu, dimanche, défiler, au Père-Lachaise, les groupes d’extrême-gauche, devant le mur des Fédérés.
Il y avait là une foule prodigieuse. Les journaux de droite et de gauche ont donné des chiffres contradictoires. Tous ceux qui ont vu de leurs yeux l’interminable colonne emporteront le souvenir d’une multitude démesurée.

Les socialistes S.F.I.O. passèrent les premiers. Devant les communistes, armée formidable, ils semblaient si menus, si grêles, qu’on aurait dit une petite escouade, quatre hommes et un caporal, détachés en éclaireurs.

Résolus, ramassés, en bon ordre, marchaient les communistes. Ils savent ce que c’est qu’obéir à une discipline librement acceptée. À chaque appel, les voilà. Mobilisation parfaite totale.

Dans le grand cimetière blanc et vert, des petits enfants défilaient, en rang. Ils chantaient, dans les tons très haut, des sortes de petites complaintes qu’on aurait prises pour des cantiques. Mais les bérets étaient rouges et portaient faucille et marteau.

Et j’ai vu des papas à grosse moustache, tenant le gosse par la main, et qui chantaient, très fort, des airs de révolution, avec de bons yeux confiants et doux et, la ride dans les sourcils, d’une conviction plus forte que tout.

Savaient-ils tous très bien pourquoi ils étaient là, criant : « À bas la guerre » ? Les souvenirs historiques ne venaient point, importuns, troubler la sécurité de leur foi. Mais moi qui, moins heureux, ai lu sur tout ce drame, d’avant-hier, beaucoup de choses et peut-être trop, je revois ces communards, qu’il me semble avoir vraiment connus.

Socialistes, l’étaient-ils ? Si divers étaient leurs chefs qu’il semble bien que la Commune n’eut pas de doctrine. Mais la Commune était républicaine. Les gens « bien pensants » s’indignent et parlent d’insurrection contre l’autorité établie, de rébellion contre le pouvoir légal. Mais, entendons-nous, où donc était ce pouvoir légal, ce gouvernement régulier ?

L’Assemblée nationale, réunie d’abord à Bordeaux, avait été élue par le pays sur l’unique question de la paix ou de la guerre. Elle n’avait point mandat pour donner à la France sa nouvelle organisation politique. Or, sa mission remplie, depuis le 1er mars, et les préliminaires de paix signés, loin de se séparer pour laisser place à une Constituante, elle affirma son devoir de s’accrocher au pouvoir.

Et les 400 monarchistes qui formaient sa majorité, dupant l’électeur qui les avait désignés pour conclure la paix, décidaient, maintenant qu’ils avaient la force, d’imposer au pays la constitution de leur choix.

Comme avant les journées d’octobre 1789, ils établissaient l’Assemblée à Versailles, afin d’avoir sur Paris tout pouvoir, sans redouter sa colère. Ils prenaient, à l’égard du peuple, des mesures d’hostilité, et nul ne pouvait douter de leurs intentions en considérant l’homme qu’ils avaient désigné comme chef de l’exécutif.

Meurtris dans leur fierté nationale, torturés par la faim, malades, affolés par les misères du siège, exaspérés par les mesures arbitraires et vexatoires d’une Assemblée malveillante, les prolétaires de Paris résolurent de se sauver eux-mêmes.

En face d’eux, il y avait la volonté impitoyable de Thiers, l’homme qui, en 1848, avait déjà proposé au roi l’abominable plan de l’évacuation de Paris et de sa reprise par la force ; Thiers, qui, le 3 avril, ordonnait l’exécution sans jugement des communards capturés. De sang froid, la bataille gagnée, l’ancien démagogue arriviste ordonnait 35 000 arrestations et faisait fusiller 16 000 hommes.

La bourgeoisie réactionnaire, un instant inquiète devant l’effort du « quatrième État » pour empêcher l’Empire sans empereur de refermer sur lui, sous un autre nom, la vieille cage d’une organisation sociale oppressive, se vengeait par la Terreur, l’abominable Terreur consciente et calculée.

Et Thiers, le « grand Français », qui insultait aux communards en les disant « vendus à la Prusse », s’abouchait sous main, contre eux, avec Bismarck, pour obtenir de lui le renforcement de l’armée versaillaise. Plus tard, les rôles étant renversés, on verra Clemenceau armer Noske contre les mineurs de la Ruhr. L’Internationale de la défense capitaliste est plus forte encore que les haines et les égoïsmes des gouvernements.

Mais pour les républicains de la Commune, Thiers était surtout l’homme sinistre par qui l’immense et candide effort de 1848 avait dévié et s’était perdu dans les rancœurs et dans le sang. Et l’histoire nous dit qu’ils avaient raison. Chateaubriand, dans un curieux « portrait » qu’il écrivit en 1847, jugeait déjà Thiers à sa valeur, dénonçant ses « mœurs inférieures », son « orgueil excessif », son « ambition vulgaire », qui le fera chanter « toutes les palinodies que le moment ou son intérêt sembleront lui demander » ; car « M. Thiers comprend tout, hormis la grandeur qui vient de l’ordre moral ».

Thiers, bourgeois voltairien, voulut, comme tant d’autres, utiliser pour des fins politiciennes et réactionnaires le catholicisme lui-même. Il réussit à vider les énergies révolutionnaires de 1848 de tout leur contenu idéaliste et chrétien, rejetant les catholiques dans la réaction ; si bien qu’aux jours de la Commune, ces ouvriers qui, vingt-deux ans plus tôt, en pleine émeute de février, se découvraient devant le Saint Sacrement, n’ayant plus connu, vingt années durant, dans le catholicisme, qu’une force officielle de l’Empire, se détournaient de ce qu’ils croyaient mort et fusillaient des prêtres.

C’est à tout cela que je songeais, l’autre soir, en voyant passer devant moi ces travailleurs révolutionnaires, où se rencontrent et se mêlent, comme dans la vieille Commune, et tant d’instincts féroces et tant d’idéalisme passionné.
Et une immense pitié affectueuse montait en moi pour ces Fédérés, souvent inconscients et fous, parfois criminels et parfois magnifiques ; mais qui, au moins, étaient morts pour leur idéal.

Henri Guillemin

La Jeune République, 29 mai 1925

Deuxième mouvement

Communards et canons postés sur une barricade au départ de la rue de Charonne
Communards et canons postés sur une barricade au départ de la rue de Charonne. Photo prise le 18 mars 1871 dans l’axe de la rue du faubourg Saint-Antoine.

Après avoir lu cet article, Patrick Berthier continua son intervention proprement dite. Nous la reproduisons ici. Elle expose avec brio l’évolution de la pensée de Guillemin sur la Commune. C’est un texte à lire et relire, riche de références.

Trois périodes sont érigées, qui montrent oh combien ce sujet taraudait Guillemin et comment son regard évolua au fur et à mesure de l’avancée de ses travaux et aussi de son âge.

Pour des raisons techniques de mise en page, lire le texte de P. Berthier va se faire par un simple clic vous amenant au texte format pdf.

Mais en amorce, en voici les premières lignes :

Le texte que l’on vient de lire [« premier mouvement » N.d.l’E] est le premier, s’agissant de 1871, qui soit sorti de la plume d’un Guillemin de vingt-deux ans, partisan passionné de Marc Sangnier – dont il est alors le secrétaire – et de son mouvement « La Jeune République ».

Dans la suite de ses travaux écrits, de ses conférences ou de ses émissions télévisées il n’a jamais cessé de s’intéresser à la Commune et à ses origines, puisque le dernier texte où il est question d’elle date de 1990. C’est ce long chemin que je voudrais rapidement reconstituer, en trois grands mouvements chronologiques qui se dessinent naturellement……. Pour lire la suite, cliquez ici.

Troisième mouvement

film "La Commune" de Peter Watkins
Le Communeux – photogramme tiré du film « La Commune » de Peter Watkins

Je remercie notre adhérente, Catherine Seylaz, d’avoir attiré notre attention sur une vidéo datée de 1971, montrant Henri Guillemin présenter, dans le cadre du centenaire de la Commune, une série d’ouvrages qu’il commente, analyse et critique, dans un style dont on ne se lassera jamais.

Emission La Voix au chapitre du 18 juin 1971. Ouvrages commentés par Henri Guillemin :

  • La Commune de 1871 de Jean Bruhat, Jean Dautry et Emile Tersen,
  • Grande histoire de La Commune de Georges Soria,
  • La proclamation de La Commune de Henri Lefebvre,
  • Le procès des communards et Paris libre 1871 de Jacques Rougerie,
  • Les communards de Jean-Pierre Azéma et Michel Winock,
  • La Commune de Paris 1871 de André Decouflé,
  • La Commune au coeur de Paris de Maurice Choury,
  • Les Hommes de la Commune de André Zeller,
  • Histoire de La Commune de 1871 de Prosper-Olivier Lissagaray,
  • L’Insurgé de Jules Vallès,
  • La troisième défaite du prolétariat français de Benoît Malon.

Pour accéder aux Actes du colloque de 2016, cliquez ici

Pour accéder aux interventions au colloque de 2016, cliquez

Note préparée par Edouard Mangin

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LAHG développe ses activités

A peine évoquées à l’occasion de la présentation de nos vœux le 4 janvier dernier, les nouvelles activités de l’association, approuvées lors de la dernière assemblée générale, peuvent maintenant être exposées en détail.
Elles répondent au souci de continuer à développer la notoriété de Guillemin, en complément de ce que nous entreprenons depuis le début : organisation de colloques pluridisciplinaires (tous les deux ans), éditions d’ouvrages de et sur Henri Guillemin (éditions Utovie) et mise en ligne régulière de newsletters.

Trois nouveaux chemins d’information vont ainsi s’ouvrir, dont les formes différentes et complémentaires ont conduit à les placer sous le titre générique de médiathèque : la Médiathèque des Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG).

La médiathèque

La médiathèque des Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG) se compose de trois départements :

Les vidéos des Ami(e)s d’Henri Guillemin :
Il s’agit de réaliser des entretiens vidéo auprès de personnalités aux profils variés, qui, comme Henri Guillemin, dispensent une analyse critique dans leurs domaines respectifs. A l’instar des conférences filmées que Guillemin a donné durant de nombreuses années, ces entretiens vidéos chercheront à faire découvrir, à faire mieux connaître, des sujets importants restés, volontairement ou pas dans l’ombre.
Ils couvriront un large éventail de domaines et de disciplines : sciences humaines, arts, littérature, témoignages d’activités professionnelles, etc.

Concernant ces témoignages, nous chercherons à présenter certains métiers mal connus ou entâchés de préjugés ; ce qui permettra aussi de rendre compte du fossé qui peut exister entre la réalité concrète des activités professionnelles et la façon dont elles sont évoquées à travers les discours officiels (par exemple, les personnels enseignants, hospitaliers, et bien d’autres…).
Prendre le pouls de ce quotidien nous fera aller sur les pas d’Henri Guillemin qui pratiqua régulièrement cet exercice.
In fine, il s’agit toujours de faire connaître Henri Guillemin.

Les audios des Ami(e)s d’Henri Guillemin :
Il s’agit de la même idée mais sur support uniquement audio. En effet, dans certains cas, une logistique plus légère sera de mise.

La bibliothèque des Ami(e)s d’Henri Guillemin :
Il nous est apparu utile et nécessaire de mettre en avant un certain nombre d’ouvrages clé, passés ou récents, qui sont en rapport direct ou indirect avec la vie ou l’oeuvre d’Henri Guillemin.
Une démarche qui constituerait, chemin faisant, une sorte de bibliothèque idéale.

Ainsi, de façon plus ou moins régulière, seront donnés des conseils et des recommandations de lecture et de relecture d’ouvrages relevant aussi bien des sciences humaines que de la littérature. Cette action permettra de (re)parler de la littérature du 19e siècle, période qui fut largement travaillée par Henri Guillemin.

Sans déflorer le prochain billet inaugural de cette nouvelle rubrique « Lectures et Relectures », prenez note que suivront d’autres billets portant sur l’actualité socio politique française ou sur la littérature, tel celui actuellement en cours de préparation par Patrick Berthier, à partir d’un ouvrage d’analyse de l’oeuvre de Balzac pour parler des rapports complexes qu’entretenait Guillemin avec l’univers balzacien.

D’autres conseils et recommandations de lecture et de relecture seront publiés. L’année 2021 est en effet riche en commémorations.

Ainsi, pour le 150e anniversaire de la Commune en mars prochain, Patrick Rödel rappellera l’importance des travaux de Guillemin sur cette période emblématique du soulèvement des libertés.

Un peu plus tard, pour le 200e anniversaire de la mort de Napoléon, il sera stimulant de rappeler le regard porté par Guillemin sur « cet aventurier corse ».

Les projets éditoriaux

Pour 2021, les éditions Utovie annoncent un riche programme Guillemin, composé de publications nouvelles et de mise en ligne en accès libre, d’ouvrages déjà parus.

Les deux textes Par notre faute et Ma conviction profonde, édition préparée par Patrick Berthier, seront prochainement publiés en un volume. Ce travail est actuellement en cours de finalisation.

L’humour de Victor Hugo, un petit texte oublié, sera également prochainement publié.

La thèse de Guillemin sur Lamartine, ainsi que l’ouvrage Histoire des catholiques français au 19e siècle seront publiés en version numérique et mis en ligne à titre gratuit sur le site Utovie.

La page d’accueil du site internet

La dynamique et la nouveauté étant les nerfs de la visibilité au sein de la blogosphère, la page d’accueil se devait de refléter l’ensemble de nos activités élargies, en présentant leur actualité au fur et à mesure de l’avancée de nos travaux.

Ainsi, la page d’accueil a été entièrement remaniée.
Elle montre d’emblée, en cinq vignettes actives, nos différents domaines d’activités :
Colloques et autres manifestations (ex : présentation d’ouvrage en librairie)
Entretiens vidéos
Entretiens audios
Bibliothèque (conseils et recommandations de lecture et de relecture pour une bibliothèque idéale)
Newsletters

Dans la barre des menus, un nouvel onglet « Médiathèque » a été installé. Cliquer dessus permet au visiteur de prendre connaissance du contenu de la médiathèque LAHG.
C’est aussi un menu déroulant faisant apparaître les trois rubriques qui la constituent : vidéos, audios et biblio.

S’abonner à la newsletter apparaît plus clairement. L’abonnement est directement lié à la plateforme de gestion des newsletters.

Deux moteurs de recherche figurent dorénavant en bas de la page.

Enfin, un court itinéraire de visite du site est indiqué.

La « frise » historique guilleminienne

C’est un vaste chantier que nous désirons ouvrir, avec autant de prudence et d’interrogations que d’enthousiasme et de détermination. Car si l’idée est belle, sa réalisation n’est pas simple.

L’idée est d’élaborer un document (numérique, multimedia, interactif, papier ?) reprenant, sur un axe chronologique, l’ensemble des travaux historiques de Guillemin. Le trajet historique commencerait par Jeanne dite Jeanne d’Arc jusqu’à La guerre du Golfe, son dernier livre.
Il traverserait les grandes périodes de l’Histoire comme : la Révolution française (Silence aux pauvres, Robespierre politique et mystique, et autres) ; le 19e siècle (Napoléon légende et vérité, les ouvrages sur la Commune, etc…) ; le 20e siècle.

Cette « frise » chronologique, inédite et originale, permettrait d’expliquer, pour chacune des périodes, comment et pourquoi Henri Guillemin les a étudiées.
S’y intégreraient les conférences de Guillemin, les différents articles, préfaces, et autres textes.

Pour mettre en forme ce travail, nous pouvons nous appuyer sur les applications numériques disponibles dans ce domaine. Certaines offrent de très riches possibilités pour une large et dynamique interactivité multimedia permettant de conjuguer textes, images, vidéos, audios, hyperliens, diagrammes, références, etc…

On le voit, c’est un projet à long terme et à plusieurs niveaux. Simple liste bibliographique ordonnée, ou analyse détaillée ultra référencée ? Document pour connaisseurs et personnes averties, ou pour les jeunes publics non connaisseurs ?

C’est en marchant qu’on découvre la courbe du chemin.
Les idées sont les bienvenues, voir ci-dessous.

Appel aux bonnes volontés

Nous sommes une petite association aux moyens tout aussi modestes. Au regard du développement des activités, nous ne cachons pas qu’une aide serait bienvenue.
Cette aide peut être financière ou non et prendre l’une des trois formes suivantes :

Adhérer : c’est la forme habituelle. Il suffit de cliquer sur le menu « adhérer » pour connaître les modalités d’adhésion.

Faire un don : un bouton numérique figure dorénavant sur la page d’accueil (diaporama en bas à droite). Il conduit vers une plateforme spécialisée de paiement en ligne sécurisé. Tout y est expliqué en détail, notamment les avantages fiscaux liés aux dons.
Selon vos moyens, le moment ou l’envie, pensez à nous !

Proposer un texte pour une newsletter : si vous avez apprécié un ouvrage, si vous souhaitez offrir le récit d’une découverte, d’une rencontre, si vous désirez apporter votre témoignage sur votre rapport à Henri Guillemin, tant l’oeuvre (à travers un de ses ouvrages, une de ses conférences), que l’homme (si vous avez eu le bonheur de le connaître), n’hésitez surtout pas à nous le dire en écrivant à l’adresse de messagerie suivante : administration@henriguillemin.org

Et si vous n’avez pas de texte à proposer, faites-nous part de vos idées et suggestions.

Article rédigé par Edouard Mangin

Henri Guillemin
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Nouvelle année 2021

Chemin de randonnée. Vers la lumière -Photo de Patrick Berthier

Cher-es abonné-es, cher-es adhérent-es, cher-es ami-es,

Alors qu’elle vient à peine de commencer, qui n’attend pas de cette nouvelle année la fin d’une période ouverte brutalement il y a un an et qui ressemble à un mauvais rêve éveillé ? Malgré l’incertitude générale de la situation et les changements réguliers de perspectives, nous espérons et désirons tous en sortir. Souhaitons donc que 2021 puisse être une bonne année à tous points de vue, et avant tout celui de la santé.

En ces premiers jours de janvier, recevez nos sincères remerciements pour votre soutien, vos commentaires et vos suggestions.

Ils sont pour nous importants. Comme adhérents, comme abonnés, vos conseils sont précieux. Nous le constatons régulièrement, l’intérêt pour les travaux critiques et démystificateurs de Guillemin ne faiblit pas. A travers nos différentes actions, nombre de messages de soutien l’attestent. Ils nous encouragent à progresser sur le chemin qu’il a tracé, en continuant de déployer nos activités et développer sa notoriété : newsletters, chemins de traverse, colloque, édition, et autres.

Et autres ? En effet, 2021 verra le lancement de nouvelles actions qui viendront enrichir, compléter, intensifier, élargir l’éventail en place depuis notre création. Proposer des pistes de réflexion, transmettre de la connaissance utile, dévoiler les vérités masquées, faire découvrir des ouvrages et des pensées critiques, rappeler les fondamentaux culturels, toutes actions permettant aux gens de comprendre la situation sociale actuelle et d’y voir plus clair, tout cela n’a pas faibli et garde le même niveau d’importance.

Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG) ouvrent, avec 2021, leur sixième année d’activités. Parmi celles-ci, rappelons la tenue du colloque en octobre prochain.
Plusieurs dates avaient été évoquées dans notre dernière lettre du 23/11/20, comme celle du 2 ou du 9 octobre. Les agendas ayant évolué depuis, nous visons aujourd’hui la date du samedi 16 octobre (sous réserve des conditions de l’ENS).

En effet, l’actualité Guillemin sera riche en octobre prochain.
Je profite de l’occasion pour indiquer que nos amis de Mâcon, l’association « Présence d’Henri Guillemin » organisera le 2 octobre une journée d’études sur le thème : Henri Guillemin : un correspondant infatigable. (pour plus d’informations, cliquez ici).

Vient de paraître

Ouvrir cette nouvelle année c’est aussi donner des nouvelles sur les travaux de celles et ceux qui nous accompagnent, notamment en acceptant d’intervenir à nos colloques.

Aux derniers mois de l’année dernière, deux ouvrages importants ont été publiés, que nous souhaitons mentionner ici.
Ils portent tous les deux, mais à partir de points de vue très différents, sur une même problématique, un phénomène central, structurel et stratégique de la lutte de la classe ouvrière : celui de l’affaiblissement progressif du mouvement prolétarien du fait de scissions entre organisations réformistes et révolutionnaires.
Chez le premier, le sujet de la grande scission du congrès de Tours en 1920, chez le second, les scissions syndicales, par exemple celle de la CGT en 1947.


Editions du Croquant (décembre 2020)
200 pages – 15 €

Dans cet ouvrage, Jean Chérasse analyse, à partir d’une lecture attentive des discours prononcés à la tribune, ce qu’il s’est passé durant les cinq jours pendant lesquels s’exprimèrent les délégués des 89 fédérations de la SFIO (285 délégués) au sujet de l’adhésion de leur parti à la IIIe Internationale. On connaît ce qu’il advint à la fin du congrès.
Si cet événement, majeur pour l’avenir de la gauche française, a déjà fait l’objet d’une historiographie conséquente, il gagne à être revisité aujourd’hui lorsqu’on se place dans le cadre de pensée de Jean Chérasse : d’abord celui relatif à la Commune (rappelons son ouvrage somme Les 72 immortelles – 2 tomes – éditions du Croquant), à savoir l’espoir d’émancipation et de liberté que cette expérience (terminée dans le bain de sang de la semaine sanglante) a fait naître dans le peuple et dont, pour lui, la scission de la SFIO en deux partis politiques relève d’une autodestruction ; ensuite, celui plus vaste d’une indéfectible philosophie communaliste, voire anarchiste, qui rejette la structure verticale partidaire pour prôner au contraire l’horizontalité de l’organisation autogestionnaire et son corollaire de liberté individuelle.

Dans cet ouvrage, Jean Chérasse cherche à nous expliquer « comment ce grand sabordage de l’émancipation prolétarienne a-t-il perduré en paralysant le combat anti-capitaliste et en fragmentant, aujourd’hui encore, les forces de gauche qui sont réduites désormais à l’impuissance contre l’autocratie républicaine ­bourgeoise ? »


Editions Delga (novembre 2020)
344 pages – 20 €

Le dernier ouvrage de Annie Lacroix-Riz est une actualisation de son premier ouvrage paru en 2015 (éditions Le Temps des cerises – 250 p).
En effet, à la suite de l’évolution de la conjoncture syndicale, des questions de fond que cela soulève auprès d’un public de plus en plus large et de l’intérêt croissant pour cette problématique historique qui dépasse le strict champ syndical, s’était imposée la nécessité d’une actualisation.

Or, devant la richesse des archives disponibles et compte tenu de l’importance des enjeux, bien plus qu’une simple actualisation, Annie Lacroix-Riz a procédé à une refonte complète de son premier livre au point qu’on peut parler d’un nouvel ouvrage considérablement enrichi.

Preuves à l’appui, Annie Lacroix-Riz montre comment la division syndicale a été l’arme privilégiée du patronat pour nuire aux revendications ; comment des représentants des syndicats réformistes ont accepté, en échange d’avantages matériels, les stratégies patronales ou étatiques allant pourtant contre les classes laborieuses. Un phénomène mis en place par l’impérialisme dominant dès 1945 et qui perdure.

Ainsi, on apprend l’histoire du syndicalisme en France d’après-guerre (scission de la CGT de 1947 et création de Force ouvrière). Il y est aussi question du syndicalisme anglais, de la situation grecque, du syndicalisme allemand, de l’Italie et de la Tchécoslovaquie. Bref du champ européen.
On découvre les manœuvres, luttes d’influence, virements d’argent, rivalités de personnes, dans une Europe dévastée par la deuxième guerre mondiale, très vite passée sous domination américaine.

Guillemin aujourd’hui

Pour conclure, nous avons trouvé intéressant autant qu’amusant de partager avec vous cette découverte d’un article paru dans l’Obs en 2015, par ailleurs année de création de LAHG.

Nous savions à l’époque que le regain d’intérêt pour Henri Guillemin était dû à Internet ou plus précisément à la redécouverte de ses travaux critiques en histoire politique via ses conférences vidéo, le web n’étant que l’outil technique.
Nous ignorions qu’on s’autorisât en 2015, à parler de l’anticonformiste Guillemin, pourfendeur des gens de biens, dans un organe aussi prestigieux que l’Obs, faisant partie de l’empire médiatique d’un des neuf oligarques français propriétaires de 95 % de la presse française (source Monde Diplomatique). Comme quoi, tout est possible.

L’article s’intitule : Sur YouTube, l’étonnant carton post-mortem d’un historien oublié.
Concernant le succès de Guillemin sur internet, j’ai voulu compléter les indications publiées dans le hors série du Monde Diplomatique « Le roman national en débat » – été 2019, qui donnait le nombre impressionnant de 459 628 visionnages de sa conférence sur la Révolution française (plate forme you tube – nombre arrêté au 25 juin 2019). J’ai trouvé ceci :

  • Le fascisme en France (nouvelle version mastérisée RTS) : 86 872 visionnages depuis le 16/02/2020
  • Napoléon (intégrale RTS soit 6h25) : 45 813 visionnages depuis le 24/08/2020
  • La Révolution et la Terreur (1789-1794) : 255 554 visionnages depuis le 06/12/2016
  • Le désastre politico-militaire de 1940 : 160 672 visionnages depuis le 6/06/2017
  • La Révolution de 1848 : 76 124 visionnages depuis le 29/12/2019
  • Jeanne d’Arc (intégrale 6h22 – ancienne version uniquement audio) : 32 214 écoutes depuis un an.

Pour lire l’article de 2015 paru dans l’Obs, cliquez ici

Note rédigée par Edouard Mangin

Artificialis – installation de Laurent Grasso, artiste invité par le musée d’Orsay pour réaliser une œuvre de grande ampleur dialoguant avec l’exposition événement Les origines du monde. L’invention de la nature au siècle de Darwin.
Le musée d’Orsay, comme tous les musées, est fermé car considéré comme non essentiel à la vie.