Catégories
Livres

Avec Henri Guillemin, démystifier l’extrême droite pour mieux la combattre


L’acteur Martin Wuttke dans le rôle d’Arturo Ui, en train de figurer une svastika (croix gammée). Une scène emblématique de la pièce de théâtre La résistible ascension d’Arturio Ui de Bertold Brecht (1941), Cette photo est tirée de la mise en scène par Heiner Müller en 1999 au Berlin au Berliner Ensemble, à l’issue de laquelle Müller expliqua son choix esthétique empruntant au théâtre et à l’image cinématographique, par le fait qu’au delà du pitre démagogue, il fallait toujours voir la violence de la vérité cachée.
Dans l’épilogue de sa pièce, Brecht tire cette leçon : « Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds… Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ». Photo de Barbara Braun

La lettre d’Utovie du 22 juin 2024

La dernière newsletter des éditions Utovie affiche cette mention : avec Henri Guillemin : démystifier et combattre l’extrême-droite. Pour un nouveau front populaire.

C’est un message très opportun car, en effet, dans le contexte politique qui nous a subitement été imposé une mauvaise surprise peut survenir.

Il est donc judicieux de rappeler les travaux d’Henri Guillemin sur ce sujet, en mettant en avant, entre autres, sa conférence sur le fascisme en France que met en avant Utovie.

« Il est incontestable qu’il y a en France (et ailleurs) une résurgence du fascisme…» Henri Guillemin.

Dans cette conférence diffusée en 1987, Henri Guillemin étudie le climat politique et social en France depuis 1875 qui créera le terrain favorable à l’introduction et à la montée du fascisme jusqu’à sa forme gouvernementale (l’Etat français de Pétain) et aux tentatives putschistes de la guerre d’Algérie.

Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets et on ignore trop à quel point les intérêts économiques d’une minorité sont pour cette dernière plus importants que la démocratie.

La « bête » n’est pas morte. Il convient de rester vigilant. Cette leçon d’histoire, salubre, entretient notre vigilance.

Henri Guillemin raconte Le fascisme en France. Conférence audio. CD + transcription livre. 1 CD (60 mn) + livre 56 p. 15 €

Pour écouter trois extraits de cette conférence, cliquez ici

Pour en savoir plus sur le catalogue Utovie en général et sur le corpus des travaux d’Henri Guillemin en particulier, cliquez

A cette occasion, nous rappelons que Utovie, pour fêter le renouvellement de son site internet, propose une réduction de 50 % sur tout le site, offre exceptionnelle jusqu’au 31 juillet 2024. Alors, profitezen.

Henri Guillemin et l’affaire Pétain

Coffret DVD/livre

Notre dernière offre commerciale lancée le 1er janvier dernier a connu un appréciable succès. Il nous reste seulement qu’une petite dizaine de coffrets en stock.
Notez que cet ouvrage est déjà ce qu’on appelle un collector, une oeuvre qui ne sera plus éditée et donc introuvable sauf auprès de certaines personnes qui souhaiteraient revendre le coffret en leur possession (mais pourquoi diable feraient-elles cela ?)

Nous renouvelons cette offre pour la dernière fois :

Coffret DVD/Livre au prix exceptionnel de 25 € au lieu de 35 € (frais de port offerts). Offre valable jusqu’au 30 septembre 2024

Synopsis :

En mai 1981, Henri Guillemin inaugure une nouvelle série de 12 leçons d’Histoire à travers l’émission Henri Guillemin vous parle diffusée sur l’antenne de la Radio Télévision Suisse (RTS). Il explore toujours son thème de prédilection, celui de la trahison des élites, des gens de biens qui n’ont de cesse d’exploiter et de duper les gens du peuple, les gens de rien ou de peu.

Soit 12 conférences vidéos, au total 6 heures de connaissances utiles en 3 DVD :

DVD 1: Travail

1. La montée du fascisme : L’extrême droite est de plus en plus influente dans les années 1930 (diffusion : 3 mai 1981)

2. Pétain avant 1934 : C’est à Verdun que se crée la « légende » de Pétain (diffusion : 10 mai 1981)

3. Le politicien : de la politique de 1934 à la victoire du Front populaire (diffusion : 17 mai 1981)

4. La défense nationale : Pétain envisage une Révolution nationale dès la fin des années 30 (diffusion : 24 mai 1981)

DVD 2 : Famille

5. Un étrange Maréchal : pour l’éloigner de Paris, Pétain est nommé ambassadeur à Madrid (diffusion : 31 mai 1981)

6. Le but est atteint : L’armistice signé, les pleins pouvoirs sont accordés à Pétain (diffusion : 7 juin 1981)

7. L’an 1940 : début de la politique de collaboration voulue par Pétain (diffusion : 21 mai 1982)

8. Avec Darlan : entre 1941 et 1942, la Révolution nationale prend une nouvelle envergure

DVD 3 : Patrie

9. Laval réapparaît : la « zone libre » est occupée et Pétain s’accroche au pouvoir (diffusion : 28 mai 1982)

10. L’asservissement : la Résistance s’organise et Pétain crée la Milice pour la combattre (diffusion : 30 mai 1982)

11. La fin : en 1944, c’est le début de la fin pour Pétain et le régime de Vichy (diffusion : 4 juin 1982)

12. Constats : conclusion et bilan sur le régime de Vichy et le maréchal Pétain (diffusion : 6 juin 1982)

Les bonus :

1/ Compléments critiques et historiques par l’historienne Annie Lacroix-Riz, spécialiste de cette période historique.

Un total de 11 heures vidéo accessibles en ligne sur le site dédié :  http://www.affairepetain.fr/

Dans cette série, produite par la société Les Films de l’An II, Annie Lacroix-Riz, Professeure émérite d’histoire contemporaine Université Paris7- Denis Diderot, revient sur chacune des 12 conférences d’Henri Guillemin, pour les enrichir, les compléter, parfois les modifier, confirmant ainsi la puissance d’analyse critique d’Henri Guillemin dans le champ de l’Histoire politique.

2/ Livre : La vérité sur l’affaire Pétain de Henri Guillemin

Edition revue et remaquettée (248 pages) avec une préface inédite d’Annie-Lacroix Riz.

3/ Débat télévisé sur l’affaire Pétain – 52 mn – RTS (1982)

Avec Jacques ISORNI, avocat du Maréchal Pétain – Henri GUILLEMIN, historien – Jean-Noël JEANNENEY, homme politique – Henri AMOUROUX, écrivain et Jean-Raymond TOURNOUX, journaliste.

Comment commander :

En cliquant ici

Nos recommandations de lecture

Dans le droit fil de ses analyses critiques et historiques constituant le principal bonus du coffre DVD, nous recommandons les ouvrages de l’historienne Annie LacroixRiz, spécialiste du sujet. Les lire c’est aller à l’essentiel, jusqu’au bout du chemin. Ce sont les ouvrages les plus aboutis, les plus complets et surtout portant une lumière de vérité historique implacable, basée sur d’irréfutables sources archivistiques.

Il s’avère que l’actualité éditoriale de ses travaux est très riche actuellement.
Les éditions Armand Colin ont décidé d’effectuer trois nouvelles rééditions en format poche de trois ouvrages précédents, au vue de leur notoriété croissante.

Couverture de l’édition poche ;
792 pages ; 12,90 €
Maurice Papon, ancien fonctionnaire de Vichy, faisant un baisemain à Simone Veil, rescapée des camps. Photo prise le 5 avril 1978 devant le palais de l’Elysée, au sortir d’un conseil des ministres, alors qu’il est ministre du budget et elle ministre de la santé. Copyright Patrice Picot/Gamma-Rapho/Getty images

Synopsis :

Dès 1943 et jusque dans les années 1950, les élites impliquées dans la Collaboration ont cherché à se « recycler ». Y a-t-il vraiment eu, en France, une politique d’épuration? L’auteur explore cette question tout au long de son ouvrage dans lequel elle démontre que l’épuration criminalisée ayant suivi la Libération (femmes tondues, cours martiales, exécutions) a cherché à camoufler la non-épuration des élites, aussi bien de la part des ministères de l’Intérieur et de la Justice que de celle des milieux financiers, de la magistrature, des journalistes, des hommes politiques, et de l’Église. De nombreux anciens collaborateurs ont ainsi bénéficié de « grands protecteurs ». Le poids des Etats-Unis a également participé de cette non-épuration. Cet ouvrage prend le contrepied des ouvrages d’histoire de l’épuration parus ces vingt dernières années.

Se fondant sur les archives, Annie Lacroix-Riz démontre que la criminalisation de l’épuration pour collaboration a surtout couvert la non-épuration des élites.

Couverture de l’édition poche. 1224 pages ; 13,90 € Le ministre allemand des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, et d’autres responsables nazis font le salut nazi sur la tombe du Soldat inconnu à Paris, en France, en décembre 1938. Le ministre français des Affaires étrangères, Georges Bonnet, fait le salut traditionnel derrière Ribbentrop. Ribbentrop était à Paris pour signer un pacte de non-guerre entre la France et l’Allemagne. | (Photo par Hulton-Deutsch/Hulton-Deutsch Collection/Corbis via Getty Images)

Synopsis :

Quelles sont les causes de la Défaite de 1940 ? Le grand historien Marc Bloch écrivait en avril 1944 : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »

Annie Lacroix-Riz analyse l’histoire des années 1930 pour éclairer les causes de la défaite de 1940. Selon elle, les Français n’ont pas été simplement vaincus en cinq jours par une Wehrmacht invincible ; le haut patronat les a sacrifiés à son plan de « réforme de l’État » copié sur les voisins fascistes et à son obsession d’accord avec le Reich. Cette affirmation incroyable paraît moins audacieuse à la lecture des archives, françaises et étrangères, relatives à une décennie d’actions des élites : militaires ; politiciens ; journalistes ; hommes d’affaires surtout, qui régnaient sur tous les autres, avec à leur tête la Banque de France et le Comité des Forges.

L’autonomie des politiciens ou des journalistes relève ainsi du mythe, celle des militaires aussi. C’est bien la France des grands intérêts économiques et financiers qui dicta le choix de l’Allemagne comme partenaire privilégié dès les années 1920 et sabota l’alliance russe de revers qui avait évité la défaite en 1914. Aujourd’hui, l’accès aux archives éclaire les causes intérieures et extérieures de la Défaite et permet « l’instruction du procès de la vaste entreprise de trahison » que réclamait Marc Bloch.

La présente édition format poche de l’ouvrage a été systématiquement revue et complétée à la lumière des nombreux fonds d’archives, ouvrages et articles consultés depuis 2006.

Couverture de l’édition grand format ; en réimpression pour un format poche. Sortie prévue : janvier 2025. Cette nouvelle édition sera le fruit, comme les précédentes, d’une révision complète et augmentée.

Ceci est notre scoop : Armand Colin a décidé une troisième réédition en format poche prévue pour janvier 2025, celle de cet ouvrage sur la collusion des élites.

Synopsis :

Cet ouvrage porte sur l’un des aspects les moins explorés de l’Occupation : la collaboration de l’économie française, et notamment des grandes entreprises, à l’effort de guerre allemand. La liste des industriels nommés, ou plutôt cernés, est impressionnante. Les témoignages de leur collaboration anticipée ne le sont pas moins.

En été 1940, les banquiers et industriels français participent avec conviction à la liquidation des institutions républicaines. Ils s’installent dans la collaboration comme poussés par une sorte de loi naturelle. D’abord, dans les années 30, la minorité d’opérateurs économiques qui contrôle la France nourrit une admiration solide pour les prouesses techniques du Reich. Vichy n’a pas eu besoin de pousser les capitalistes à la collaboration : des cartels « européens » (dominés par les entreprises nazies), des sociétés mixtes franco-allemandes poussent comme des champignons. Les livraisons industrielles françaises au Reich et à sa machine de génocide, les crédits astronomiques, tout se met en place avec une rapidité et une bonne volonté impressionnantes… Un chapitre particulièrement révoltant du livre est consacré à l’aryanisation des fortunes mobilières, immobilières, industries et participations bancaires appartenant à des Français de confession israélite, mués en quelques heures et brutalement en parias. Un ouvrage fascinant des mœurs, mensonges et pratiques inavoués du grand patronat traumatisé par le Front populaire.

Bonne lecture.


Tableau de Mark Rothko peintre américain (1903 – 1970) : Le Noir contre le Rouge – 1962 – Samsung Museum of Art.

Catégories
Livres

Les actes des colloques Guillemin/Zola/Dreyfus sont parus

Couverture de l’ouvrage ; Ed. Utovie ; 300 pages ;
ISBN 978 2 8819 818 1

Publication des Actes des deux colloques Guillemin/Zola/Dreyfus

Comme prévu et comme annoncé en début d’année, les éditions Utovie viennent de publier l’ouvrage relatif aux Actes des deux colloques consacrés à Emile Zola sous le regard de Henri Guillemin.

Deux colloques ? En effet, cet ouvrage particulier rassemble, pour la première fois, les interventions de deux colloques, composés en diptyque, car centrés sur Henri Guillemin/Emile Zola.

Premier colloque : « Un engagement littéraire et politique », ENS Ulm Paris, le 12 novembre 2022.
(pour revoir les vidéos de ce colloque, cliquez ici)

Second colloque : « L’affaire Dreyfus et son temps – Enjeux politiques et interprétations », ENS Ulm Paris, le 18 novembre 2023.
(pour revoir les vidéos de ce colloque, cliquez ici)

L’ouvrage, édité par Utovie en un temps record, réunit donc en un seul ouvrage ce diptyque à la fois littéraire et politique.

Quatrième de couverture

Actes des colloques Henri Guillemin/Emile Zola : « Un engagement politique et littéraire ». Et : « L’affaire Dreyfus et son temps, enjeux politiques et interprétations ». Organisés les 12 novembre 2022 et 18 novembre 2023 par l’Association Les Ami(e)s d’Henri Guillemin.

Edition établie par Edouard Mangin.

Ces deux événements sont liés entre eux pour constituer un diptyque autour d’Emile Zola, figure exceptionnelle, à la fois immense écrivain et courageux militant dreyfusard. Ils réunirent les meilleurs spécialistes concernant aussi bien le volet littéraire développé dans le premier colloque, que le volet historique et politique, exprimé dans le second ; ils rassemblent ainsi dix conférences majeures dues à : Patrick Berthier, René-Pierre Colin, Alain Pagès, pour le premier ; Alain Pagès, Agnès Sandras, Philippe Oriol, Vincent Duclert, Jacqueline Lalouette, Bertrand Joly et Marie Duval, pour le second.

Se procurer l’ouvrage

A cette occasion, les éditions Utovie propose une publication gratuite, disponible en ligne.

Aussi, pour lire l’ouvrage « Actes des colloques Henri Guillemin/Emile Zola – 1/ Un engagement littéraire et politique – 2/ L’affaire Dreyfus et son temps, enjeux politiques et interprétations« , il suffit de cliquer ici

Des nouvelles de l’éditeur Utovie

Internet :
Qui n’a pas subi les dysfonctionnements, découverts un beau matin, affectant son propre site internet, c’est à dire pour être clair, son outil de travail ?

Qui n’a pas hurlé contre ces dysfonctionnements incompréhensibles, aussi inopinés qu’intrusifs, aussi injustifiés qu’abstraitement tyranniques (entre nous, qui connait l’adresse postale de Monsieur Google ?, Hummm ? Notre porte est grande ouverte pour l’accueillir, les boissons attendent bien alignées dans nos frigos, le BBQ garde sa gueule ouverte pour recevoir sa pelletée de charbon de bois. Nous l’attendons impatiemment car nous avons plein, vraiment plein, de questions à lui poser !).

Qui n’a pas subi ce genre d’empêchements insupportables, surtout quand on est l’éditeur exclusif des écrits d’Henri Guillemin, écrivain de plus en plus cité dans le domaine actuel des analyses critiques historiques contemporaines….

…. ne peut absolument pas comprendre le combat, l’énergie, la force et la joie qu’ont pu ressentir les éditions Utovie quand elles résolurent leurs problèmes blogosphère.

Utovie a traversé ce tunnel de difficultés techniques et en est sorti avec succès.

Son site est totalement restauré.

Pour fêter ce succès, les éditions Utovie proposent une remise exceptionnelle de 50 % sur tout leur site.

Cette remise exceptionnelle est active jusqu’au 31 juillet 2024 avec le code promo : UTOVIE2024.

Alors, rendez-vous sur Utovie

Personnages et ombres en lumières inversées – Tableau de Daniel Mangin – 2023 – huile sur toile H 24 cm, L 30cm

Catégories
événements

Henri Guillemin (19 mars 1903 – 4 mai 1992) In memoriam

Introduction

La tenue de notre dernier colloque consacré à l’affaire Dreyfus a généré une correspondance dont la relative importance concerne moins le nombre de messages reçus, que leur contenu.
En effet, la ferveur exprimée pour les travaux d’Henri Guillemin, toujours aussi forte et passionnée, s’est accompagnée à cette occasion de questionnements, de demandes de précision et parfois de réflexions singulières sur ses travaux ou ses engagements.

On peut certes admettre que pour certains la pensée d’Henri Guillemin puisse apparaître complexe, tant elle se démarque de la doxa par des clivages aussi inhabituels que pertinents, vivifiant et renouvelant ainsi l’analyse critique. Mais les valeurs qu’il a défendues avec intégrité tout au long de sa vie, sont absolument claires et sans ambages.

Le traitement de cette correspondance nous a laissé avec le désir de faire quelque chose, tel le photographe insatisfait qui a besoin de refaire le point pour obtenir une image bien nette.

Profitant de la date anniversaire de la disparition d’Henri Guillemin, survenue il y a 32 ans, le 4 mai 1992, nous avons plongé dans les différents hommages qui furent publiés ce jour-là pour finalement choisir l’article de René Rémond paru dans le journal Le Monde le 6 mai 1992.

C’est un ample portrait équilibré et précis, en forme d’hommage à l’homme intègre et passionné, un texte que certains connaissent bien, mais que la grande majorité de nos abonnés et de nos soutiens ignore, raison supplémentaire pour le mettre en ligne.

René Rémond (1918 – 2007) est un historien, diplômé de l’Ecole Normale supérieure, spécialisé dans l’histoire politique et religieuse contemporaine. On peut en savoir plus en se rendant ici ou .

L’article de René Rémond

La mort d’Henri Guillemin – Un historien pamphlétaire

Henri Guillemin laisse un nom qu’aucun historien de la France contemporaine ne peut ignorer et une œuvre qui s’impose à l’attention, en dépit – ou à cause, qui sait ? – de ses partis pris. Edifiée en un demi-siècle, cette œuvre importante pas son volume, présente, outre une indéniable originalité, une grande unité d’inspiration et aussi de facture.
Dès son Histoire des catholiques français au dix-neuvième siècle, parue peu de temps après la Libération, les jeux sont faits : Guillemin est en pleine possession de son talent et s’y affirment tous les traits qui assignent à ses travaux une place à part dans les ouvrages d’histoire : on y trouve d’emblée la méthode, le système d’explication, le genre littéraire qui caractériseront tous ses livres, quel qu’en soit le sujet.

Sa prédilection allait à la séquence qui s’ouvre avec la révolution de 1848, à laquelle l’avait amené sa sympathie pour Lamartine – il y avait du quarante-huitard chez cet homme – et qui s’achève avec l’affaire Dreyfus.
Période capitale qui a fondé notre démocratie, où s’enracinent encore nos controverses idéologiques les plus récentes et dont les débuts de la IIIe République, avec le grand incendie de la Commune, constituent le coeur.
Il a débordé de cette période, remontant jusqu’à Napoléon pour le flétrir, à la Révolution pour réhabiliter Robespierre, descendant jusqu’à de Gaulle pour corriger la légende.

Sa méthode doit beaucoup à sa formation et à ses recherches d’historien de la littérature : familier comme personne des écrits du dix-neuvième, des moins connus comme des plus fameux, grand lecteur de Mémoires et de correspondances, dénicheurs d’inédits, il excelle à faire parler les textes qu’il sollicite parfois pour leur arracher leurs secrets au risque de leur prêter un sens auquel l’auteur n’avait pas songé.

Avec une habileté consommée à laquelle le talent d’écrivain apporte une touche de plus, il compose une marqueterie de citations. Il en tire des conclusions qui invitent le lecteur à partager l’indignation de l’auteur qui s’est érigé en juge dans ces procès en révision des réputations. Il diabolise les gloires consacrées et canonise les réprouvés : il défend JeanJacques contre Voltaire et Jaurès contre Péguy.

Le système d’explication qui oriente tous ses livres était en 1947 relativement neuf pour un historien d’inspiration chrétienne : il se fonde essentiellement sur une vision dualiste, presque manichéenne, du monde et singulièrement du monde politique, mais la ligne de partage ne coïncide pas avec la traditionnelle division de la droite et de la gauche : Guillemin a fustigé certains politiciens de gauche ; personne n’a été plus sévère pour les fondateurs de la IIIè République – ceux de l’ « ère des Jules » – et il aurait des tendresses pour quelques conservateurs qui auraient des préoccupations sociales.

C’est aux notables qu’il s’en prend : il n’a pas cessé pendant un demi-siècle d’instruire le procès des classes dirigeantes et de requérir avec passion contre les puissants et les possédants. La bourgeoisie a toujours trahi parce qu’elle n’a jamais obéi à d’autres mobiles que la défense égoïste de ses intérêts de classe et la peur de voir ses privilèges menacés.
Il croit aux complots, aux machinations, aux conspirations des riches contre les pauvres. La crainte d’être dupe, la volonté de démystifier le conduisent à écrire une histoire policière, toute en intrigue, en provocations, en coups montés. Paradoxalement cet homme qui était la générosité même, tout désintéressement, attribue à ceux qu’il poursuit de sa vindicte des sentiments bas ; il ne croit pas à leur sincérité : il explique leur comportement par des motifs égoïstes.
En revanche, sa sympathie et sa tendresse vont aux petits, aux pauvres et à leurs défenseurs, de Lamennais et Ozanam à Jaurès et Zola.

L’interprétation est souvent injuste ? En vérité Guillemin ne se soucie guère d’être équitable : il a choisi son camp : depuis sa jeunesse dans le sillage de Marc Sangnier, c’est celui du peuple. Guillemin est un militant, il écrit une histoire engagée où le jugement moral est inséparable de l’appréciation de l’historien.

Par un paradoxe qui n’en serait un qu’au regard de la froide objectivité, cet homme qui s’est, toute sa vie, insurgé contre les simplifications d’une histoire bien-pensante, retourne contre ceux qu’il exècre le système d’explication du type « c’est la faute à ».
Le titre, repris pour un des ses livres, d’un article publié avant guerre dans la Vie intellectuelle et qui fit quelque bruit en son temps, « Par notre faute », exprime excellemment l’exigence morale, l’inclination à disculper les esprits les plus éloignés de sa famille d’esprit et à faire retomber l’entière responsabilité des malentendus et des erreurs sur son Eglise.

Il est aussi proche à la fois des historiens marxistes et de l’Histoire à la Beau de Loménie incriminant la responsabilité des dynasties bourgeoises.

Passionné, Henri Guillemin était un conteur passionnant. Quel talent pour faire revivre les hommes, évoquer les situations !

C’était aussi un incomparable conférencier.
Il aura certainement gagné à l’Histoire beaucoup de lecteurs auxquels il aura fait partager et sa curiosité et ses sentiments. Pour stigmatiser le « coup du 2 décembre » ou clouer au pilori les versaillais, il a les accents du Hugo des Châtiments ou la plume de Jules Vallès.
Si ses reconstitutions tiennent parfois autant du roman historique que du travail de l’érudit, dans ses meilleures pages, au plus haut de son inspiration, il fait penser à Michelet et à Bernanos : au premier il s’apparente, quoi qu’il en ait, par le lyrisme comme par l’amour du peuple ; du second il se rapproche par le détestation des bien-pensants et les philippiques du pamphlétaire.

Toute sa vie il aura livré le même combat pour la vérité contre l’injustice, porté par une capacité inépuisée d’indignation et de générosité. Il n’a jamais dévié des convictions de son adolescence.

Il aura créé, à l’intersection de l’histoire et du pamphlet, un genre original qui perpétuera le souvenir d’un chrétien fidèle à l’amour des humbles.

Pour obtenir l’original de l’article du Monde, cliquez ici

Photomontage LAHG : Henri Guillemin à Neuchâtel où il mourut
Catégories
événements

Colloque Henri Guillemin 2023 – Les vidéos sont en ligne – 7è et dernier épisode

Suite et fin du colloque sur L’Affaire Dreyfus – 18 novembre 2023

Marie Duval au colloque Henri Guillemin du 18 novembre 2023

En effet, ce septième et dernier exposé clôt le colloque et met ainsi un terme à la mise en ligne de la série des vidéos inaugurée le 16 janvier dernier.

L’intervention de Marie Duval s’intitule Une affaire dramatique : Dreyfus au théâtre et au cinéma.
Il s’agit d’une approche originale et très instructive permettant de découvrir comment les arts de la représentation, théâtre et cinéma, ce dernier inventé au moment de l’affaire Dreyfus, se sont emparé de cet événement explosif caractérisé par une très forte charge dramatique.

Quand cela est possible, nous cherchons toujours à présenter comment l’Histoire, notamment à travers les épisodes emblématiques qui scandent son mouvement immuable, peut être appropriée par les Arts et les Lettres, en particulier le spectacle vivant et le cinéma.

Nous avions pu le faire lors du colloque consacré à la Commune (19 novembre 2016), à travers une longue newsletter qui racontait comment le cinéma s’était approprié cet extraordinaire événement politique. (Pour relire cette lettre du 22 février 2017, cliquez ici).
Nous avions également pu présenter des extraits du film de Jean Chérasse La prise du pouvoir par Philippe Pétain pour le colloque consacré à Pétain et la collaboration (17 novembre 2018).

Ce fut donc un bonheur d’avoir fait la rencontre de Marie Duval, dont la thèse, en cours de finition, porte sur « Dreyfus sur la scène internationale : l’Affaire au théâtre et au cinéma sous la Troisième République ».

Son intervention présente comment une affaire aussi dramatique a inspiré les artistes et a été mise en scène, au théâtre comme au cinéma, malgré la censure d’État.

Les actes du colloque

L’édition de l’ouvrage est actuellement en cours chez l’éditeur Utovie. Il devrait être publié prochainement et avant l’été.
Il s’agira d’un volume plus épais puisqu’il rassemble les interventions du colloque Guillemin/Zola, un engagement littéraire et politique du 12 novembre 2022 et celles du colloque L’affaire Dreyfus et son temps. Enjeux politiques et interprétations du 18 novembre 2023, les deux manifestations formant diptyque autour d’Emile Zola.

Une newsletter sera diffusée à l’occasion de la publication de l’ouvrage.

Intervention de Marie Duval

Une affaire dramatique : Dreyfus au théâtre et au cinéma

Marie Duval, Professeur certifiée de lettres modernes, doctorante en arts du spectacle à l’Université de Caen-Normandie.