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L’écho permanent de nos colloques aujourd’hui

Annie Lacroix Riz, historienne, élève de l’école normale supérieure (ENS), agrégée d’histoire, docteur-ès-Lettres, professeur émérite d’Histoire contemporaine à l’université Paris VII-Denis Diderot

Ne pas se laisser monter sur la cervelle
Henri Guillemin

La réédition en format poche, donc visant un grand public, de l’ouvrage Industriels et banquiers français sous l’occupation de l’historienne Annie Lacroix-Riz, peut objectivement, surtout aujourd’hui, être considéré comme un événement éditorial.

Cet ouvrage s’inscrit en droite ligne dans le thème de notre colloque du 17 novembre 2018 : « Pétain, montée du fascisme, débâcle de 1940, collaboration » (pour revoir les différentes interventions, cliquez ici).
Cet ouvrage s’inscrit aussi et dans l’édition inédite du livre de Raymond Brugère (1885 – 1966) « Veni, Vidi, Vichy…et la suite » (pour en savoir plus, cliquez ici).

Couverture de l’édition poche. 1224 pages ; 13,90 €

En effet, il s’agit de la troisième réédition en format poche des œuvres maîtresses de l’historienne Annie Lacroix-Riz, commandée par son éditeur Armand Colin.

Cette commande, comme toujours, a conduit l’historienne à fournir un travail entièrement renouvelé du début à la fin, une refonte complète de son ouvrage d’origine, grâce à un colossal travail de recherche effectué à partir de nouvelles sources inédites, nouvelles preuves et archives.
Et des nouvelles sources archivistiques, il y en eut !

C’est à travers cet impératif de vérité historique visant à favoriser l’émergence d’une conscience politique basée sur les faits, que se développent depuis des années les travaux d’Annie Lacroix-Riz qu’on peut considérer comme la constitution d’une œuvre globale.

La non-épuration en France : De 1943 aux années 1950.

Couverture de l’édition poche ;
792 pages ; 12,90 €
Maurice Papon, ancien fonctionnaire de Vichy, faisant un baisemain à Simone Veil, rescapée des camps. Photo prise le 5 avril 1978 devant le palais de l’Elysée, au sortir d’un conseil des ministres, alors qu’il est ministre du budget et elle ministre de la santé. Copyright Patrice Picot/Gamma-Rapho/Getty images

Il s’agit d’un ouvrage qui prouve, sur la base d’archives incontestables, souvent inédites, que l’épuration salvatrice d’après guerre, construite et diffusée à grands moyens de propagande fut davantage un mythe qu’une réalité historique.

Grâce aux travaux d’Annie Lacroix-Riz, on apprend qu’en réalité, cette épuration, concentrée sur des cas particuliers massivement rendus publics, a surtout couvert la vraie réalité politique, celle de la non-épuration des élites.
Sous l’égide des ministères de l’Intérieur et de la Justice, les patriciens des milieux financiers, de la magistrature, de la police, de l’armée, du haut clergé, des organes de presse, de l’appareil politique, bref, de ce qu’on appelle aujourd’hui « Système oligarchique », tout ce personnel fut reconduit aux postes de pouvoir.
Notons, à cette occasion que ce « Système oligarchique » est lui-même la base d’une hyper classe ultra minoritaire mais ultra puissante. (cf. thème notre dernier colloque du 8 novembre dernier : « « Gens de biens/Gens de rien » – Réalités contemporaines du capitalisme ultralibéral », colloque ayant diffusé des contenus et des connaissances, nouvelles, d’aujourd’hui, utiles pour tous, en suite et en résonnance avec la si lumineuse et claivoyante analyse critique développée par Henri Guillemin, tout au long de sa vie. Les vidéos de ce colloque seront dès janvier prochain, mises en ligne. Une façon de revivre l’intensité de ce colloque, tant à travers les différentes interventions, que par le souvenir de cette communauté d’émotion qui embrassa toute l’assemblée).

Le choix de la défaite

Couverture de l’édition poche. 1224 pages ; 13,90 € Le ministre allemand des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, et d’autres responsables nazis font le salut nazi sur la tombe du Soldat inconnu à Paris, en France, en décembre 1938. Le ministre français des Affaires étrangères, Georges Bonnet, fait le salut traditionnel derrière Ribbentrop. Ribbentrop était à Paris pour signer un pacte de non-guerre entre la France et l’Allemagne. | (Photo par Hulton-Deutsch/Hulton-Deutsch Collection/Corbis via Getty Images)

Quelles sont les causes de la Défaite de 1940 ? Le grand historien Marc Bloch écrivait en avril 1944 : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »

Cet ouvrage d’Annie Lacroix-Riz est incontestablement un ouvrage clé. Un de ces ouvrages fondateurs pour comprendre le monde d’aujourd’hui.
On pourrait dire de cet ouvrage qu’Une bibliothèque pleurerait à jamais son absence (Cf. La bibliothèque, la nuit de Alberto Manguel).

Car, comme l’a si bien dit Mark Twain, grand écrivain américain si mal compris dans son pays d’origine : « L’histoire ne se répète pas, c’est vrai, mais parfois, il faut bien admettre qu’elle rime« .

Et Annie Lacroix-Riz prouve que l’Histoire contemporaine, innervée par les immuables rapports de forces capitalistiques ne peut produire que des situations semblables.

Le choix de la défaite analyse l’histoire des années 1930 pour éclairer les causes de la défaite de 1940. Selon elle, les Français n’ont pas été simplement vaincus en cinq jours par une Wehrmacht invincible ; le haut patronat les a sacrifiés à son plan de « réforme de l’État » copié sur les voisins fascistes et à son obsession d’accord avec le Reich.

Grâce à cet ouvrage, on apprend que déjà, à cette époque, l’autonomie des politiciens ou des journalistes relevait du mythe. Que dire d’aujourd’hui !
Car c’est bien la France des grands intérêts économiques et financiers qui dicta le choix de l’Allemagne comme partenaire privilégié dès les années 1920 et sabota l’alliance russe de revers qui avait évité la défaite en 1914.

Note de l’éditeur : « La seule chose dont un gouvernement a besoin pour transformer les gens en esclaves, est la peur. » Hermann Göring,

Industriels et banquiers français sous l’occupation

Membres des chambres de commerce française et allemande à la foire de Paris en septembre 1941. © LAPI/Roger Viollet

Dans cet ouvrage, Annie Lacroix-Riz examine la collaboration entre les dirigeants de l’économie française et les occupants allemands entre 1940 et 1944 et installe au grand jour le fin mot de cette collaboration : hors de tout principe éthique, patriotique, citoyen, il s’agissait en priorité absolue, de maintenir, voire de continuer à accroître, les profits capitalistes dans une Europe unifiée, même sous domination allemande.

Ainsi va se dérouler le récit historique de l’historienne Annie Lacroix-Riz, prouvant, on ne peut peut plus clairement, l’intime compromission des hauts milieux affairistes français, industriels et financiers, avec leurs homologues allemands.
Qu’ils soient nazis, n’importait aucunement.

Pour comprendre la collaboration volontaire d’une grande partie des industriels et banquiers français avec les forces d’occupation allemandes entre 1940 et 1944, il est nécessaire de connaître leur histoire. Cette collaboration remonte aux années 1920 et 1930.

Comme l’explique en détail Annie Lacroix-Riz, « c’était l’époque où les groupes français intensifiaient leurs accords et leur coopération avec les groupes allemands, acceptant souvent une direction allemande claire, parfois même abandonnant des marchés, comme Schneider-Creuzot lorsque, en 1938/39, Skoda, un joyau de l’empire industriel en Tchécoslovaquie, passa aux mains des Reichswerke Hermann Göring. À cela s’ajoutait le fait qu’une partie des industriels et des banquiers français, inspirés par leur opposition à la gauche dans leur propre pays, se tournaient vers l’Italie dès les années 1920, puis vers le Reich allemand à partir de 1933, à la recherche d’alternatives politiques.»

L’historiographie officielle d’aujourd’hui continue d’enseigner que si le régime de Vichy a facilité l’acceptation du Reich, pour autant, le monde économique, s’y est soumis à contrecœur. Comme le démontre Annie Lacroix-Riz, tout cela est faux et relève de la légende propagandiste qui perdure de nos jours.
Elle dit, preuves archivistiques à l’appui, que parmi les voix influentes, il y avait les industriels et banquiers français, ceux qui, avant 1940, déjà, réclamaient une collaboration étroite avec le Reich.
Elle constate laconiquement : « On ne résiste pas à l’occupant qu’on l’a appelé et installé. »

Pour compléter la connaissance de l’histoire européenne contemporaine, il faudrait aussi lire cet ouvrage synthétique « Aux origines du carcan européen (1900-1960) : La France sous influence allemande et américaine«  (si on veut plonger dans cet ouvrage, cliquer ici )

Mais on peut lire avec grand bénéfice son dernier ouvrage qui a fait date : « Les origines du plan Marshall » un ouvrage qui permet de comprendre comment les Etats-Unis ont imposé leur hégémonie à l’aide du plan Marshall – en s’appuyant avant tout sur l’Allemagne.

Ce livre est fondamental pour comprendre la situation politique d’aujourd’hui.

Son premier chapitre s’ouvre de façon si édifiante, qu’on ne peut pas résister à en publier cet extrait.

Extrait :

Et pour terminer avec Guillemin.

« Il est incontestable qu’il y a en France (et ailleurs) une résurgence du fascisme…», disait Henri Guillemin dans une conférence diffusée en 1987.
Il étudiait le climat politique et social en France depuis 1875 qui créera le terrain favorable à l’introduction et à la montée du fascisme jusqu’à sa forme gouvernementale (l’Etat français de Pétain) et aux tentatives putschistes de la guerre d’Algérie.

Et pour conclure

Sur ce sujet du fascisme qui rampe insidieusement aujourd’hui, on ne peut que rappeler cette lettre d’Utovie qui nous a généré cette newsletter qu’on vous invite à lire ou relire.
Il faut la relire et c’est facile car il suffit de cliquer ici

Coffret DVD/Livre Henri Guillemin et L’affaire Pétain

AU PRIX DE 20 € AU LIEU DE 35 € (frais de port offerts)

OFFRE VALABLE JUSQU’AU 31 JANVIER 2026

Jaquette du coffret DVD/Livre

Une autre façon de ne pas se laisser monter sur la cervelle (*) est de s’intéresser à l’important travail que Guillemin consacra à l’Affaire Pétain et au régime de Vichy.
Très riche coffret DVD/Livre édité par Les Mutins de Pangée, coproduit avec les éditions Utovie et Les Amis d’Henri Guillemin (LAHG).

(*) Titre d’un article d’Henri Guillemin publié dans La Tribune de Genève le 16 octobre 1968. Article repris De l’Histoire et de la Littérature – sélection d’articles 1964-1974 Dir. Patrick Berthier, Ed. Utovie.

Qui était Philippe Pétain ? De quoi Pétain est-il le nom ? Et si l’Histoire se répétait ?

Contenu du coffret Henri Guillemin et l’affaire Pétain

12 conférences filmées, soit 6 heures passionnantes, en 3 DVD :

DVD 1 : TRAVAIL

1. La montée du Fascisme : L’extrême droite est de plus en plus influente dans les années 1930 (diffusion : 3 mai 1981)

2. Pétain avant 1934 : C’est à Verdun que se crée la « légende » de Philippe Pétain (diffusion : 10 mai 1981)

3. Le politicien : de la politique de 1934 à la victoire du Front populaire (diffusion : 17 mai 1981)

4. La défense nationale : Pétain envisage une Révolution nationale dès la fin des années 30 (diffusion : 24 mai 1981)

DVD 2 : FAMILLE

5. Un étrange Maréchal : pour l’éloigner de Paris, Pétain est nommé ambassadeur à Madrid (diffusion : 31 mai 1981)

6. Le but est atteint : L’armistice signé, les pleins pouvoirs sont accordés à Pétain (diffusion : 7 juin 1981)

7. L’an 1940 : début de la politique de collaboration voulue par Pétain (diffusion : 21 mai 1982)

8. Avec Darlan : entre 1941 et 1942, la Révolution nationale prend une nouvelle envergure

DVD 3 : PATRIE

9. Laval réapparaît : la « zone libre » est occupée et Pétain s’accroche au pouvoir (diffusion : 28 mai 1982)

10. L’asservissement : la Résistance s’organise et Pétain crée la Milice pour la combattre (diffusion : 30 mai 1982)

11. La fin : en 1944, c’est le début de la fin pour Pétain et le régime de Vichy (diffusion : 4 juin 1982)

12. Constats : conclusion et bilan sur le régime de Vichy et le maréchal Pétain (diffusion : 6 juin 1982)

Bonus. Riches, et même très riches, ils sont et demeureront

1/ Débat télévisé sur l’affaire Pétain – 52 mn – RTS (1982)

Avec Jacques ISORNI, avocat du Maréchal Pétain – Henri GUILLEMIN, historien – Jean-Noël JEANNENEY, homme politique – Henri AMOUROUX, écrivain et Jean-Raymond TOURNOUX, journaliste.

2/ Livre : La vérité sur l’affaire Pétain

Edition revue et remaquettée (248 pages).
Préface inédite d’Annie-Lacroix Riz, Professeure émérite d’histoire contemporaine Université Paris7- Denis Diderot

3/ Compléments vidéo en lignsur www.affairepetain.fr

Il s’agit de 11 heures d’analyses historiques inédites de l’historienne Annie Lacroix-Riz, spécialiste de cette période historique.

Dans cette série, produite par la société Les Films de l’An II, elle revient sur chacune des 12 conférences d’Henri Guillemin, pour les enrichir, les compléter ; confirmant ainsi la puissance d’analyse critique d’Henri Guillemin dans le champ de l’Histoire politique, conduisant ainsi à le rendre toujours prégnant aujourd’hui pour comprendre les problématiques de la société contemporaine.

Comment commander le coffret

Très simple :
1/ Adresser un simple courriel à l’association : administration@henriguillemin.org en indiquant
nom, prénom, quantité et surtout votre adresse postale

2/ Adresser votre règlement de 20 € au siège social de l’association :

  • soit par chèque, libellé à l’ordre de « Les amis d’Henri Guillemin » au 14, rue du Général De
    Gaulle – Résidence Voltaire 1 – 92290 CHÂTENAY-MALABRY
  • soit par virement bancaire :
    BNP PARIBAS ANTONY
    BIC : BNPAFRPPXXX
    IBAN : FR76 3000 4001 8300 0102 4583 76
  • Dés réception de votre règlement, le coffret vous sera envoyé (frais de port offerts)

Cette lettre est la dernière de l’année 2025.
Rendez-vous dès la Nouvelle Année avec les diffusions des vidéos des interventions du colloque du 8 novembre dernier.

En attendant, en ces derniers jours de décembre qui nous acheminent doucement vers le solstice d’hiver, ce moment à partir duquel tout redémarre, l’association Les Amis d’Henri Guillemin vous souhaite de belles et joyeuses fêtes de fin d’année et vous remercie de votre fidélité.

LAHG

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Utovie/Guillemin ; une aventure éditoriale passionnée

Le 22 janvier dernier, les éditions Utovie nous apprenaient la parution du dernier ouvrage d’Henri Guillemin restant à publier. L’ouvrage Réalité et signification de l’Histoire clôturait une aventure éditoriale démarrée trente ans auparavant.
Ainsi, avec cet ultime ouvrage de Guillemin, Utovie venait de terminer la réédition de la totalité des œuvres de Guillemin, à savoir près de quatre-vingts ouvrages, livres et livres CD d’Henri Guillemin qui sont aujourd’hui disponibles.

Pour relire la newsletter que nous avions alors diffusée à cette occasion, cliquez ici.

Jean-Marc Carité, directeur des éditions Utovie, accompagnait cette information d’un petit message que nous reproduisons ici :

Mais cet immense travail éditorial méritait beaucoup plus qu’une annonce rapide autant que modeste. Il était nécessaire qu’on en connût tous les détails. Et puisqu’il s’agit d’une sorte d’aventure, il nous fallait le récit détaillé de ce long voyage, plein de passion et d’opiniâtre labeur.

Jean-Marc a donc pris la plume pour nous donner à lire aujourd’hui le récit de cette aventure haute en couleurs : un ouvrage de 24 pages, intitulé Editeur d’Henri Guillemin par passion et fidélité. Un récit illustré de photos, de documents et surtout de manuscrits inédits de Henri Guillemin.

Et c’est parti ! Comme dans un vaisseau sortant du port tranquille, nous sommes embarqués pour une traversée relatant trente années d’opiniâtre labeur et d’indéfectible amitié, affrontant vents et marées, bonnes et mauvaises nouvelles, émotion et déception, et toujours à bord, la passion d’entreprendre et la volonté de réussir.

Pour lire la suite, cliquez ici.

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« Veni, Vidi Vichy… et la suite » enfin réédité.

Annie Lacroix-Riz à la librairie Tropiques le 15 janvier 2025 lors de sa conférence.

La réédition de cet ouvrage totalement oublié fait directement suite à notre colloque Guillemin, donné à l’Ecole Normale Supérieure le 17 novembre 2018 sur le thème « Pétain, montée du fascisme, débâcle de 1940, collaboration »

Et retenons l’exposé d’Annie Lacroix-Riz « Causes, conditions et objectifs du choix de la défaite de 40 ». (Pour en savoir plus et lire son intervention, cliquez ici).

Cette réédition est un événement et une source d’information exceptionnelle pour connaître l’histoire du fascisme en France et celle du régime de Vichy en particulier, sujet politique ouvert par Henri Guillemin à travers son ouvrage précurseur l’Affaire Pétain.

Aujourd’hui, sur base de recherches historiographiques nouvelles, l’historienne Annie Lacroix-Riz, spécialiste de cette période historique, complète l’ouvrage d’une très riche postface inédite de cent pages, agrémentée de photos rares et explicites.
Dans sa postface, comme dans sa conférence filmée mise en ligne ci-dessous, elle confirme l’importance de l’ouvrage et y apporte d’incontournables nouvelles informations : celles concernant les non-dits de Raymond Brugère dus à son appartenance de classe, et celles, d’une implacable vérité historique issue des archives, relatives à la collaboration financière, économique et politique de l’oligarchie française avec le Reich nazi.

Ainsi nous découvrons non seulement, de façon très détaillée, les rouages du régime de Vichy, la compromission des élites, mais aussi les rapports de force géopolitiques de la période.

« Il est incontestable qu’il y a en France (et ailleurs) une résurgence du fascisme…», disait Henri Guillemin dans une conférence diffusée en 1987. Il étudiait le climat politique et social en France depuis 1875 qui créera le terrain favorable à l’introduction et à la montée du fascisme jusqu’à sa forme gouvernementale (l’Etat français de Pétain) et aux tentatives putschistes de la guerre d’Algérie.
Et l’on peut dire également après, jusqu’à nos jours, chaque fois qu’une crise systémique menace les « gens de biens ».

La carrière diplomatique de Raymond Brugère débute en 1911 en tant qu’attaché d’ambassade au cabinet du ministre des Affaires étrangères. Il est nommé à Pékin l’année suivante. Mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, blessé au combat, il est successivement nommé à Madrid en 1916, à Copenhague en 1918 et à Ankara en 1924. Concernant la politique française d’entre-deux guerre, il soutient celle de la fermeté menée par Raymond Poincaré.
En 1934 il est nommé ministre plénipotentiaire à Ottawa et en 1937, il est nommé à Belgrade pour maintenir l’alliance franco-yougoslave.

Lorsqu’il constate la cynique stratégie française de collaborer avec le Reich, il rend avec courage et fracas sa démission le 17 juin 1940.

Il écrit : “Ma résolution est prise, je refuse de servir un gouvernement, fut-il présidé par le vainqueur de Verdun, qui signerait la capitulation de la France”.

Une situation politique que confirmera plus tard Annie Lacroix Riz avec une implacable démonstration sur base d’incontestables sources archivistiques, dans son ouvrage Le choix de la défaite, au titre explicite.

Après ce coup d’éclat, Raymond Brugère entre en Résistance mais est arrêté en 1942 et interné jusqu’au 8 juin 1944. A son retour à Paris, de Gaulle le nomme secrétaire général du Quai d’Orsay. Puis de 1944 à 1947, il est ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en Belgique. A la fin de sa carrière il se consacre entièrement à la création du nouveau parti politique gaulliste Rassemblement du Peuple Français (RPF).

Le chapitre III porte sur l’installation brutale du nouvel « Etat français » voulu par Pétain. Brugère relativise la passivité de l’opinion française.
Si l’on peut ne pas partager son avis, on peut par contre méditer la finesse de son propos en le comparant à la lumière de la situation actuelle.

Le chapitre V porte sur les groupes de pression et en particulier sur la synarchie.
Qu’un haut fonctionnaire de ce niveau utilise ce terme montre que, loin d’être le mythe toujours véhiculé par l’historiographie académique, la synarchie existe bel et bien ; et aujourd’hui toujours, sous une forme différente, mondialisée ou transnationale.

Postface ; illustration page 247 ; photo prise par LAHG

Veni, Vidi Vichy parut d’abord début septembre 1944, chez un grand éditeur parisien, victime de l’aryanisation sous l’Occupation, Calmann-Lévy, mais dans un quasi-secret à « cinq cents exemplaires hors commerce » et ne fut donc que très faiblement diffusé.

Dans la minorité privilégiée des lecteurs de 1944 figurait – Brugère le signala dans son introduction de la deuxième l’édition – l’historien américain professeur à Harvard et, simultanément, espion de premier plan de l’Office of Strategic Services (OSS) puis de la Central Intelligence Agency (CIA), William Langer.

Langer, préposé, à ce titre, aux préparatifs du combat à mort des États-Unis contre l’URSS, était aussi, par fonction, on le verra, un observateur avisé de la France, pays constituant la base de départ obligée de la future invasion américaine du continent européen, et de ses classes dirigeantes. […]

Postface ; illustration page 255 ; photo prise par LAHG

L’édition du nouveau Veni, Vidi Vichy, publiée huit ans et demi après la première, était à nouveau destinée, de principe, à un public limité. Sa prise en charge par un obscur éditeur, DeuxRives, interdisait d’emblée une diffusion de masse. L’ouvrage, si on le rapporte aux faits établis par les archives originales entre les années 1930 et l’après-guerre, fournit pourtant un complément d’information ou une confirmation.

[…/…]

Veni, Vidi Vichy, deuxième mouture, allait d’ailleurs beaucoup plus loin dans la critique qu’à l’orée de l’automne 1944. La répugnance du diplomate envers la tutelle des États-Unis, violemment anti gaullistes, était déjà marquée alors qu’il inaugurait ses fonctions de secrétaire général des Affaires étrangères. Elle fut exprimée plus nettement pendant la Guerre froide et en pleine bagarre sur la Communauté européenne de Défense – presque au terme des quatre ans de gestion des Affaires étrangères par le ministre le plus ouvertement soumis aux États-Unis depuis la Libération, le « Père de l’Europe » Robert Schuman.

C’est dire l’importance du témoignage de cet ambassadeur exceptionnel, seul démissionnaire du corps diplomatique de l’époque, et que de Gaulle nomma à son retour à Paris secrétaire général du Quai d’Orsay, c’est-à-dire second personnage officiel, derrière le ministre, du ministère des Affaires étrangères : c’était rendre hommage aux mérites patriotiques exceptionnels que s’était acquis, dès le 17 juin 1940, le secrétaire général-éclair quasi inconnu de tous.

Pour approfondir ce sujet, le mieux est de rappeler notre newsletter du 24 juin 2024 dans laquelle nous présentions nos conseils de lecture.

Nous mentionnions :
● La conférence audio Le fascisme en France par Henri Guillemin. Editions Utovie.
● Le coffret DVD/Livre L’affaire Pétain par H. Guillemin.
Le choix de la défaite de A. Lacroix-Riz. Edition Dunod poche.
Industriels et banquiers français sous l’occupation de A. Lacroix-Riz.
Précisons que cet ouvrage sortira en version poche en juin prochain.

Tout est détaillé dans cette newsletter. Pour la relire, cliquez ici

Nous reprenons ici la vidéo réalisée le 15 janvier 2025 par les équipes de la librairie Tropiques.


 

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14 juillet 1789 : leçons d’Histoire

Caricature des trois ordres. Eau-forte en couleur imprimée à Paris sans nom en 1789 – Musée Carnavalet Paris – Couverture de la première édition chez Arléa, mai 1989. Réédition chez Utovie en 2012.

Gens de biens, gens de rien

A travers cette expression en forme de jeu de mots, qui constitue l’un des fils directeurs traversant l’ensemble de ses travaux, Henri Guillemin a toujours projeté une lumière crue et directe sur cet invariant historique : les rapports de classes, donc de force, entre les possédants, ceux qui ont des biens, une minorité, et ceux qui n’en ont pas ou très peu, la majorité. Il dénonçait aussi avec la même vigueur l’acharnement déployé par les classes dirigeantes pour sauvegarder et même accroître leurs richesses, utilisant pour cela un arsenal de stratagèmes, mensonges et compromissions dirigés contre le peuple pour le déposséder des moyens nécessaires permettant d’établir une justice sociale et politique légitime.

Cette dénonciation, Henri Guillemin la développa avec une singulière colère en 1989 au moment des festivités du Bicentenaire dans Silence aux pauvres ! Un libelle au titre clair et sans ambages. (Pour aller dans la bibliothèque, cliquer ici)

Avec cet ouvrage, Guillemin mit un bon coup de pied dans le consensus mou qui présidait alors aux festivités totalement inspirées par les écrits de l’historien alors en vogue, François Furet, auteur de Penser la Révolution française. Dans ce livre, en effet, Furet s’opposait frontalement à l’historiographie universitaire jusque-là ancrée à gauche, reposant entre autres sur les travaux d’Albert Mathiez, Georges Lefebvre, et Albert Soboul.
Sa thèse cherchait à montrer que la Révolution française n’était que la matrice des totalitarismes modernes. Dans le contexte géopolitique de la fin des années 1980 marqué par la chute de l’URSS et le triomphe du néo-libéralisme, Furet, ancien communiste, se coula avec une étonnante rapidité dans le moule de la pensée dominante, ce qui lui valut en retour gloire et célébrité ; l’élémentaire vérité historique passant au second plan ; une tactique toujours en vogue aujourd’hui.

Silence aux pauvres !, si Guillemin ne le nomme jamais, il cherchait clairement à démonter les thèses de Furet en s’opposant avec la plus grande vigueur au consensus contre-révolutionnaire de l’époque qui visait à faire passer la période emblématique 1792–1794 pour un malencontreux et déplorable dérapage.
Ainsi, fidèle à son indéfectible engagement, Guillemin contredisait les idées dominantes, à la fois médiatiquement et politiquement.

Qu’on en juge sur pièces et laissons la parole à Henri Guillemin.
Voici, ci-dessous la retranscription de son avant-propos. (Les références de pagination sont celles de l’édition Arléa)

J’avais pensé à Eloge des vaincus. Mais il fallait avoir lu mon petit texte pour comprendre ce titre-là : les vaincus ? Ceux que liquida le 9 thermidor, avec, en quarante-huit heures, la plus belle fiesta de la guillotine, plus de cent dix têtes coupées le 10 et le 11. Ceux qui avaient cru en la Révolution, en une révolution où non pas seulement seraient changées les structures, mais d’abord et avant tout serait modifié le regard de l’homme sur la vie, et l’emploi de ses jours. Immédiatement limpide, en revanche, ce titre : Silence aux pauvres !

Deux raisons m’ont comme poussé par les épaules pour me dicter ce…..quoi ? Dirai-je, à la cuistre, ce précis des événements qui se déroulèrent chez nous de 1789 à 1799, ce résumé didactique de la Révolution ?
Premier mobile : l’état violent d’ « insupportation » (ce néologisme est de Flaubert) que je dois à l’étalage tintamarresque et péremptoire d’une doctrine où la Révolution, d’une part, se dilue sur près d’un siècle, et d’autre part – c’est ça la grande trouvaille – dérape (tel est le mot-clé, le mot de passe, le label d’initiation), dérape, oui, très vite ; dès la Législative, le mal est fait ; autrement dit, la sagesse eût été un gouvernement à la Louis-Philippe. Et donc la République relève d’un dérapage. Pas mal, non, pour le Bicentenaire ? Original en tout cas.

L’autre mobile qui s’est emparé de mon stylo pour lui donner la fièvre, c’est l’affaire de la Propriété, dont je trouve qu’on l’oublie un peu trop dans les récits et commentaires usuels sur la Révolution. Ce qu’il faut savoir, et capitalement, c’est que, dès la réunion des Etats généraux, une grande peur s’est déclarée chez les honnêtes gens – formule, je crois bien, que nous devons à La Fayette ; honnêtes gens = gens de bien, gens qui ont du bien, des biens ; au vrai, les possédants, face à ceux que l’on va exclure du droit de vote et de la garde nationale, les non-possédants, les gens de rien.
Robespierre est un des rares – des très rares – révolutionnaires à souhaiter chez les exploités (des champs et des villes) une conscience-de-classe. Il n’y parvient pas. Trop tôt. Attendons l’expansion industrielle du siècle suivant et les concentrations de prolétaires.
En revanche, chez les gens de bien, elle est là, dès 89, la conscience-de-classe, vivante, je vous l’assure, lucide, effarée, agressive ; il n’est, pour s’en rendre compte à ravir, que de regarder et d’écouter madame de Staël, Sieyès, Barnave et cent mille autres. Et tout va se jouer sur ce sujet même, avec l’épouvante (croissante pendant plus de cinq ans) de ceux qui ont en présence de ceux qui n’ont pas, qui n’ont rien et qu’il s’agit à tout prix (et constamment) de surveiller et de contenir d’abord par le déploiement avertisseur de la force, le 14 juillet 1790, ensuite par son usage crépitant et persuasif, le 17 juillet 1791.

Les trois assemblées qui vont gouverner jusqu’au Directoire : l’Assemblée nationale, la Législative, la Convention, seront toutes les trois – la Convention aussi – composées de propriétaires.
La première, au lendemain des émeutes rurales de juillet 1789, aura soin de doter la Propriété d’un attribut inédit, renforcé, solennel. Et nous admirerons Danton, le jour même où la Convention tiendra sa première séance, apportant au soutien de la fortune acquise un adverbe inattendu, et grandiose (*). Odieux, intolérable, ce Robespierre qui ose, en avril 1793, proposer une limite officielle au droit de propriété. Il est fou ; un malfaiteur, un anarchiste.(**)

Enfin, les honnêtes gens vont respirer le 9 thermidor. Quelle délivrance ! Ne s’est-on pas risqué, au Comité de Salut public (automne 93), à intervenir dans l’ordre économique – établissement d’un maximum pour les prix des denrées – alors que le dogme des Girondins comportait une abstention rigoureuse, absolue, de l’État en ce domaine. C’est la Convention – eh oui ! Elle-même -, ayant repris son vrai visage et jeté le masque qu’elle s’imposait par effroi des robespierristes, qui va saluer d’acclamations Boissy d’Anglas énonçant, à la tribune, cette vérité fondamentale : « un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre naturel ».

Imparfaite, insuffisante, la rectification thermidorienne. Le principe républicain subsiste, redoutable en soi quant à l’essentiel. Brumaire fermera la parenthèse sinistre ouverte par le 10 août 92 et le suffrage universel. Plus d’élections du tout, ni de République, mais le bonheur, la béatitude reconquis par Necker et ses amis banquiers.
A la niche, une bonne fois, les gens de rien.

(*) Ce passage est explicité page 90 :
« La Convention a tenu sa première séance le 21 septembre, et Danton prononce un discours où figurent les mots-clés qu’exige le moment : « Peuple français, sois rassuré ! Voici la République. Tu n’as que des bienfaits à attendre d’elle, et quant aux propriétés, quelles qu’elles soient, elles seront éternellement respectées, protégées ». Cet adverbe est inusuel dans la langue juridique. Mais, pour l’apaisement des esprits au lendemain d’une aventure pareille à celle du 10 août, rien ne saurait être excessif dans la solennité des promesses concernant la fortune acquise, sa liberté d’accroissement et sa pleine sécurité. »

(**) Ce passage est détaillé page 99 :
« En ce même mois d’avril 93, Robespierre horrifie les honnêtes gens en réclamant, dans la nouvelle Déclaration des droits de l’Homme, l’insertion d’un article qui limiterait le droit de propriété. L’argumentation de Maximilien est toute simple : vous n’avez pas aboli l’esclavage dans nos colonies, la traite des Noirs subsiste ; demandez à un négrier ce qu’est ce bateau (« je me trompe, disait Robespierre, ce cercueil flottant ») dans lequel sont entassés des hommes, des femmes et des enfants à la peau noire et dont beaucoup meurent en route, il vous répondra calmement : « Ceci est ma propriété ». Eh non ! Nul homme ne saurait être propriétaire d’un autre homme. De même que la liberté a pour limite la liberté d’autrui, de même il faut que la loi interdise tout usage du droit de propriété qui porterait atteinte à la vie ou à la dignité d’êtres humains.
Robespierre a touché à l’Arche, l’arche sainte, cette Propriété devenue sacrée depuis le 26 août 1789. Il a commis le crime que la Convention ne peut tolérer ; elle décidera donc, contre lui, que l’article concernant la propriété sera rédigé – voté – comme suit : « Le droit de propriété est celui de jouir et de disposer à son gré de ses biens ». A la bonne heure. »

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En 2024, les choses ont-elles fondamentalement changé ? Un tour d’horizon sur la situation d’aujourd’hui donne immédiatement la réponse.
C’est pourquoi, à la suite d’Henri Guillemin, il est naturel de se demander quels sont les nouveaux visages de ces gens de biens. On sait qu’ils participent d’un système transnational, financier, ultra minoritaire et pour autant déterminant. Mais qui sont-ils, où sont-ils en réalité. Quelle est l’histoire de leur domination, comment opèrent-ils ?
De même, il est pareillement légitime de connaître les nouveaux mécanismes d’asservissement subis par les gens de rien ou de peu. L’appauvrissement n’opère pas seulement sur le plan salarial. Il travaille aussi en profondeur les domaines intellectuels, culturels, éducatifs, professionnels, sociaux, politiques, et touche aussi bien la santé, la représentation démocratique que les medias. Quelle est la réalité de cette inégalité généralisée ? Comment fonctionne le Silence aux pauvres en 2024 ?

Ces questions forment le thème central de notre prochain colloque prévu à l’automne 2025.
Il s’agit d’un important sujet de pleine actualité, dont les domaines d’investigation sont très vastes, riches et nombreux. Nous y travaillons d’arrache-neurones et ne manquerons pas de vous informer de l’avancée de nos travaux.

Complément n° 1

Au delà du 14 juillet, parler de la Révolution, impose de rappeler deux autres ouvrages importants d’Henri Guillemin.

Le premier, incontournable, s’intitule 1789-1792 / 1792-1794 : Les deux Révolutions françaises. Indispensable complément à Silence aux pauvres, il s’agit des textes d’une série de conférences données à la Radiotélévision belge en 1967.
Pour Henri Guillemin, en 1789, on assiste à une révolution des gens de bien, qui doit permettre à la bourgeoisie d’affaires d’accéder au pouvoir, quitte à le partager avec l’aristocratie dans le respect d’un certain ordre social. La vraie Révolution, populaire, qui se préoccupe réellement des classes pauvres, du Quart Etat, restait à venir. Elle aura vécu de 1792 à 1794 et sera liquidée avec la mort de Robespierre. C’est donc de ces deux Révolutions françaises que traite ici Henri Guillemin, en bousculant singulièrement les idées reçues. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Le deuxième, tout aussi essentiel est Robespierre politique et mystique. Pour en savoir plus, cliquez ici

En continuant avec Robespierre, le premier et le plus jeune Homme d’État que la France ait connu, le troisième ouvrage que nous proposons est Robespierre et la république sociale d’Albert Matthiez.
Il s’agit d’un recueil présenté par Yannick Bosc et Florence Gauthier, historiens, spécialistes de la Révolution française.

Couverture. 400 pages, janvier 2024 ; 28 €

Albert Mathiez demeure un des plus grands historiens de la Révolution française. Son œuvre, fondée sur une vaste connaissance des archives et une grande perspicacité d’analyse a profondément renouvelé la compréhension de la Révolution. De par ces qualités, ses écrits ont traversé les décennies et demeurent des lectures importantes pour comprendre cette période de bouleversements majeurs.

Dans ce livre, les historiens Florence Gauthier et Yannick Bosc ont réuni et présentent les textes de Mathiez sur Robespierre. Alliant une passion communicative pour l’histoire à une méthode rigoureuse, ces textes forment une biographie politique de Robespierre qui nous plonge, au fil des événements, au cœur de l’action et des réflexions de l’Incorruptible.

Détricotant les légendes noires, Mathiez s’attache à l’étude des sources et met en lumière la proximité de Robespierre avec le mouvement des Sans-culottes, moteur de la Révolution. Porteurs d’une véritable politique sociale, privilégiant le pouvoir législatif contre l’exécutif, le droit à l’existence contre la propriété privée, Robespierre et ses amis de la Montagne ne concevaient la république que démocratique et sociale.

Et terminons par le rappel de notre colloque Colloque Henri Guillemin et la Révolution française, le moment Robespierre le 26 octobre 2013 dont les vidéos des interventions (dont celles de Florence Gauthier et Yannick Bosc) sont toujours disponibles sur notre site (en cliquant ici) et dont les actes sont toujours en vente (cliquez)

Complément n° 2

Parmi les nombreux acteurs de la pensée critique et les multiples vecteurs d’informations alternatives, hors du courant mainstream, Olivier Berruyer est une personne connue pour l’exemplarité du site d’information géopolitique Les crises, qu’il a créé en 2011. De formation en économie financière, il est aussi et surtout un très grand admirateur d’Henri Guillemin.

Le 4 mai 2012, pour célébrer les 30 ans de la disparition d’Henri Guillemin, Olivier Berruyer lui rendait hommage en mettant en ligne les 15 conférences vidéo sur la Révolution française.

Une heureuse initiative quand on sait que ces vidéos ne sont pas facilement disponibles sur le Net, du moins dans l’ordre chronologique de leur parution et de bonne qualité technique.

Pour les écouter et regarder Guillemin, cliquez ici.

Le refus de se laisser monter sur la cervelle

Expression d’Henri Guillemin, titre d’un article publié dans La Tribune de Genève le 16 octobre 1968. Article repris dans le recueil : De l’Histoire et de la Littérature – sélection d’articles 1964-1974 Edité chez Utovie (pour en savoir plus, cliquez ici)

Ce 14 juillet correspond aussi aussi pour nous à une suspension temporaire de nos travaux pour raisons estivales. Qui dit vacances, dit plus grande disponibilité, nouvelles curiosités, état d’esprit différent. Comme l’année dernière, cette rubrique propose un choix d’ouvrages qui nous ont semblé utiles, enrichissants, ou encore dépaysants ; en tous cas, éligibles au bonheur de lecture.

Il fallait bien choisir, trier, prioriser, alors voici notre sélection.

Il est très rare de réussir à traiter un sujet politique, voire géopolitique en littérature, celle de haute qualité romanesque, ouvrant plein large sur l’imaginaire, tout en exploitant les trésors du vocabulaire et de la syntaxe. C’est la réussite de l’écrivain autrichien Robert Ménasse avec deux ouvrages formant les deux premiers volets d’un prochain triptyque.

Couverture. Editions Verdier. 448 pages. 28 €. Existe en format poche même éditeur

Dans La capitale, le lecteur est entraîné au coeur de la commission de Bruxelles, dépeinte de façon hallucinante, satirique, politique, à travers plusieurs destinées et différents complots et intrigues qui vont se croiser, se heurter et dévoiler les coulisses de cette bureaucratie kafkaïenne.

Couverture. Editions Verdier. 608 pages. 26, 50 €

Dans L’élargissement, sur le même ton sarcastique et d’humour noir, on est embarqué dans une épopée burlesque, façon parfois grand guignol, une traversée d’intrigues en tout genre  : l’entrée de l’Albanie dans l’UE. Le talent de Ménasse est d’arriver à nous convaincre que ce qu’il décrit a toutes les chances d’être vrai et de se réaliser. Impossible de poser le bouquin.

Emmanuel Todd est connu. Ses ouvrages également. Mais avec son dernier opus, La défaite de l’Occident, il pulvérise avec une certaine jubilation (on sent à la lecture que c’est lui qui a écrit et non un stagiaire, et on ressent très bien son plaisir), tout le fatras des idées reçues et autres contrevérités, voire absurdités, actuellement diffusées au sujet de la Russie, de l’Europe, des Etats-Unis et du conflit en Ukraine. A sa façon, en démographe, il tord aussi fortement le cou aux récits d’enfumage que Guillemin l’a fait en Histoire littéraire et politique.

Couverture. Editions Gallimard. 384 pages. 23 €

Parce que La Commune fait partie de nos travaux, parce que Guillemin l’a admirablement traitée dans sa série de conférences vidéo, parce qu’on pense à l’ami qui a travaillé cette période historique avec une passion « guilleminienne » durant toute sa vie, parce qu’on a aimé, on propose :

Souvenirs d’une morte vivante: Une femme dans la commune de 1871 de Victorine Brocher.

Couverture. Editions Libertalia. 350 pages. 10 €

Publié en 1909, ce texte de Victorine Brocher (1839-1921) est l’un des rares et forts témoignages de femme du peuple, issue d’une famille militante, ayant traversé les insurrections de 1848 et de 1871. Ambulancière pendant la Commune, elle relate en une langue simple des événements vécus dans sa chair : le Second Empire, le siège de Paris, les privations, la mort de ses enfants, les espoirs nés avec la République sociale, la Semaine sanglante, l’exil et la survie enfin.

C’est exactement le genre d’ouvrage qui émeut, secoue et laisse intranquille car on sait que cette vie est actuellement vécue par des millions de personnes.

Et si nous passions à la fiction.

Couverture. Editions Gallmeister. 248 pages. 6 €

Les éditions Gallmeister ont eu la géniale idée de rééditer Nuit mère de l’écrivain américain Kurt Vonnegut. Méconnu en Europe, et tout particulièrement en France, Kurt Vonnegut est un auteur inclassable, iconoclaste, à l’humour noir ravageur. D’une très grande richesse romanesque, ses romans dressent un portrait sans concession de l’Amérique. On pourrait dire que sa vie est un roman. En tout cas, la seconde guerre mondiale l’aura marqué à jamais et déterminé son style inclassable.
Le 14 décembre 1944, durant la bataille des Ardennes, il se perd derrière les lignes allemandes et est fait prisonnier. En février 1945, il travaille à Dresde comme prisonnier quand, du 13 au 15 février, la ville est sauvagement bombardée au phosphore par les Anglais (10 000 tonnes de bombes), créant une fournaise plus forte que celle d’Hiroshima. Enfoui dans un abattoir, il en réchappe avec six autres prisonniers. Cette tranche de vie sera le sujet de son célèbre roman Abattoir 5 ou la Croisade des enfants.

« Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination. » Ainsi commence Nuit mère, histoire d’un américain travaillant en Allemagne sous le 3eme Reich à la radio pour la propagande et qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Il clame son innocence car il était en fait un agent infiltré chez les nazis au service des Alliés. Et personne ne le croit. Histoire caustique, pleine de vérités tragiques sur la guerre, balancées avec un humour noir corrosif.

La cloche de détresse de Sylvia Plath

Couverture. Editions Denoel. 320 pages. 19,90 €

Un des rares romans de la célèbre poétesse américaine. D’inspiration fortement autobiographique, l’histoire raconte l’errance d’une jeune de fille Esther Greenwood, dix-neuf ans, dans le New York des années 50. En réalité, il s’agit de la première dépression de Sylvia Plath qui raconte avec une extrême sensibilité sa vie, son enfance, son adolescence d’étudiante américaine, ses amours et ses déceptions. C’est aussi une peinture de l’Amérique sous Eisenhower, coincée et puritaine, montrant de façon à la fois douce et imparable, la position sociale de la femme dans le système patriarcal de l’époque.

Hollywood, années rouges de Maurice Nikos

Couverture. Editions du Canoë. 288 pages. 22 €

Un thriller ? Non. Un polar ? Peut-être. Disons un roman policier politique et historique.

Harvey est scénariste, en partance pour Hollywood. Seul hic : il est communiste. Et en 1951, la chasse aux sorcières bat son plein. Le héros s’en aperçoit vite, lui qui retrouve à Los Angeles son frère, scénariste à succès qui se sent épié. Devenu détective amateur, il est mêlé à une intrigue où gravitent un psy affilié au FBI, des militants délateurs… et Sue dont il s’entichera au cours d’une éducation sentimentale et politique. La façon dont l’auteur nous entraîne dans les USA des années 50 tient du tour de force, à travers une galerie de personnages hauts en couleur et par un style aussi comique que trépidant.

On peut constater, avec Sylvia Plath, et Kurt Vonnegut que décidemment, l’Amérique d’après-guerre était très étrangère à la représentation idyllique que s’en sont fait les Européens jusqu’à aujourd’hui.

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Nos travaux s’arrêtent aujourd’hui pour reprendre en septembre. Nous parlerons alors du prochain colloque et des autres sujets que Les Amis d’Henri Guillemin ont a coeur d’évoquer.

D’ici-là, nous vous souhaitons les vacances les plus agréables possibles et de très bons moments de lecture.

A bientôt.

L’équipe de LAHG

Révolution ou autoportrait en combattante palestinienne – 2019 – Tableau de Malak Mattar, peintre palestinienne née le 17 décembre 1999 à Gaza.