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14 juillet : des rappels nécessaires


Fête de la Fédération au Champ de Mars, le 14 juillet 1790 – Gravure sur bois de Stanislas Helman (1743-1809) – BnF

14 juillet 1789, 1790, 1793…..

« Les tyrans coalisés ont dit :
l’ignorance fut toujours notre auxiliaire la plus puissante ;
maintenons l’ignorance, elle fait les fanatiques »

Barère, le 8 Pluviose an II ( janv.1794)

Il y a plus de deux siècles, un événement politique majeur, de rayonnement mondial, advenait en France. Par sa portée, ses enjeux et ses idéaux, la Révolution française reste vivante, n’en déplaise aux adeptes d’une post modernité lisse, « apaisée » et sans antagonismes de classes.

Non, la Révolution n’est pas devenue une sorte de mythe comme l’a bien démontré l’historienne Sophie Wahnich. (Son ouvrage La Révolution française n’est pas un mythe – Ed. Klincksieck – Mars 2017 a fait l’objet d’une newsletter le 2 juin 2017 agrémentée de nombreuses annexes. Pour la relire, ainsi que les importants renvois qu’elle contient, cliquez ici.).

Concernant, à la fois l’explication des enjeux politiques de la Révolution française, et la façon dont son histoire est édulcorée via les différents vecteurs de communication et d’information institutionnels, les travaux d’Henri Guillemin sont un puissant stimulant pour la connaissance et l’éveil de l’esprit critique.

Rappelons-les à cette occasion : conférences, ouvrages, articles, etc.. Ils sont très nombreux. Pour plus de précisions, il suffit de consulter la bibliographie générale établie par Patrick Berthier (pour en savoir plus sur cet ouvrage, cliquez ici), et dont voici les trois principaux :

Le titre est emblématique. L’ouvrage est présenté dans notre bibliographie. Pour en savoir plus, cliquez ici

L’ouvrage est présenté dans notre bibliographie. Pour en savoir plus, cliquez ici

L’ouvrage est présenté dans notre bibliographie. Pour en savoir plus, cliquez ici

A noter : l’ensemble des 13 conférences de Guillemin est accessible en ligne. Une vidéo d’une durée de 6h30. Voir ci-dessous.

14 juillet 1790

Parmi les dates et symboles tombés dans l’oubli aujourd’hui, figure la première Fête de la Fédération conçue pour célébrer l’union de la Nation.

Un an après la prise de la Bastille, s’était en effet installée en France une sorte d’hétérogénéité civique, marquée par de multiples fêtes spontanées et populaires se déroulant dans la quasi totalité des départements et régions de France. Lors de ces fêtes, les milices populaires et les gardes nationales fraternisaient avec les soldats.

Ainsi, le 14 juillet 1790, 14 000 soldats fédérés arrivent à Paris et défilent de la Bastille au Champ-de-Mars, aménagé pour accueillir un demi-million de personnes : bourgeois, aristocrates, gens du peuple, artisans, hommes, femmes….

L’union de la Nation se renforcera trois ans plus tard en 1793 avec Robespierre par l’instauration de la 1ère République et sa célèbre constitution.

Il est intéressant de noter cette surprise :

C’est seulement depuis la loi du 6 juillet 1880, sous la toute jeune IIIe République née en septembre 1870 après la défaite de Sedan face aux Prussiens, que la date du 14 juillet est déclarée fête nationale. Cette loi fondatrice impose également que le siège du pouvoir soit ramené de Versailles à Paris, que les communards parisiens bénéficient de l’amnistie, et que « La Marseillaise » devienne l’hymne officiel.

Mais que célèbre-t-on ce jour-là : prise de la Bastille ou Fête de la Fédération ?

La réponse se trouve dans le texte de la loi :

« Rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, […]. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme […] Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’Histoire de France, et peut-être de toute l’Histoire. »

La date retenue du 14 juillet prend donc le caractère d’une seule célébration pour ces deux événements marquants.

Or, puisque nous avons choisi de remettre de la lumière là où on installe de l’ombre, une question se pose :

où est donc passée la Fête de la Fédération, c’est-à-dire la célébration de la Nation ?

La réponse est simple : dans l’oubli.
La raison ? Si l’on se base sur les travaux des historiens critiques, on peut dire que la puissance singulière des concepts de Nation et de République est devenue, notamment depuis le bicentenaire de 1989, un gros obstacle gênant sur le chemin de la construction d’une macro zone géographique européenne qui célèbre autant le capitalisme transnational sans règles que le développement d’une mosaïque de communautés singulières sans union.

14 juillet 1793


Estampe de l’époque de la Première République, insistant sur l’unité autour de valeurs universelles qui formeront plus tard la devise de la République.

Ce 14 juillet 2023 est aussi le 230e anniversaire de la Constitution de 1793, fortement inspirée par Robespierre. Une occasion pour en parler et se rendre compte de sa puissance politique.

Car il y a des moments où l’Histoire s’accélère et où l’impossible survient. L’année 1793 est de ceux-là. On ne refait pas le monde tous les jours, mais en pleine Révolution française un peuple l’a refait, en adoptant la Constitution la plus démocratique jamais rédigée depuis.

Le préambule donne le ton : Le peuple français, convaincu que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme, sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer, avilir par la tyrannie ; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur ; le magistrat la règle de ses devoirs ; le législateur l’objet de sa mission. En conséquence, il proclame, en présence de l’Etre suprême, la déclaration suivante des droits de l’homme et du citoyen.

Puis vient l’article 1er : « Le but de la société est le bonheur commun. »

La suite de ce texte fascine par ses audaces et ses innovations politiques.

Maximillien Robespierre – Musée Carnavalet

Par exemple : l’égalité entre tous, le droit de vote universel, la séparation des pouvoirs, l’abolition de l’esclavage, l’éducation obligatoire et gratuite, la fin de la monarchie et du despotisme, la création d’une sécurité sociale et des retraites, le droit d’asile et le droit du sol, la séparation de l’Église et de l’État, la présomption d’innocence, le droit de manifester…

Jusqu’à son article 35 : Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Notre nouvelle rubrique

Comme le dit Alain Badiou, la Révolution française est bien trop riche d’enseignement pour qu’on puisse en tirer un bilan, et encore moins la réduire à un inconvenant soubresaut d’excités, comme tenta de nous le faire croire, dans les années quatre-vingts, l’historien François Furet.(*)
Et pas davantage au fastueux défilé militaire comme on peut s’en rendre compte ; le défilé populaire ayant été interdit en 1954.

(*). Pour en savoir plus sur l’offensive idéologique anti communiste d’après-guerre : Pierre Grémion : Intelligence de l’anticommunisme – Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris, 1950-1975 – Fayard 1995 ; Michael Chistofferson : Les Intellectuels contre la gauche, l’idéologie antitotalitaire en France, 1968-1981 – Agone 2009.

Face à ces stratagèmes de la Domination qui touchent l’Histoire en général, il faut, comme Guillemin et tous les militants de la vérité historique, rester vigilants, ne pas croire les discours officiels et exercer son esprit critique.

Pour exprimer cette posture, la dire avec force et poésie, Henri Guillemin employa cette belle expression : Le refus de se laisser monter sur la cervelle (1)

C’est cette expression que nous reprenons pour titre de notre nouvelle rubrique qui terminera dorénavant nos newsletters et dont voici le premier article.

Dans cette rubrique, nous proposerons les ouvrages, conférences, films, articles, bref, toutes les références utiles pour aiguiser cette vigilance critique.

Comme une sorte de kit d’autodéfense intellectuelle en permanente construction, nous mentionnerons les références culturelles et faits d’actualité qui nous semblent nécessaires pour aider à voir et à comprendre ce qu’on nous camoufle. Pour se doter d’analyses critiques personnelles. Pour refuser qu’on nous enquinaude.

(1) : titre d’un article publié dans La Tribune de Genève le 16 octobre 1968. Article repris dans le recueil : De l’Histoire et de la Littérature – sélection d’articles 1964-1974 Edité chez Utovie (cliquez ici)

Le refus de se laisser monter sur la cervelle

14 juillet 1953

Affiche du film Les Balles du 14 juillet 1953 – documentaire – Ecrit et Réalisé par Daniel Kupferstein – 2014 – 85 minutes – Couleur

Il y a exactement 70 ans, ce jour-là, au moment de la dislocation de la traditionnelle manifestation populaire en l’honneur de la Révolution française, la police parisienne charge un cortège de manifestants algériens. Sept personnes (six Algériens et un Français) sont tuées et une centaine de manifestants blessés dont plus de quarante par balles.

Un carnage.

Cette histoire est peu connue en France comme en Algérie. Pendant un demi-siècle, ce drame va être effacé des mémoires et des représentations, en France comme en Algérie.

Pour comprendre les raisons de cette amnésie et faire connaître les circonstances de l’événement, Daniel Kupferstein a conduit une longue enquête, pendant quatre ans. Elle lui a permis de réaliser en 2014 un film, qu’un livre prolonge et complète.

Ce documentaire est l’histoire d’une longue enquête contre l’amnésie. Enquête au jour le jour, pour retrouver des témoins, faire parler les historiens, étudier les archives pour comprendre comment ce mensonge d’Etat a si bien fonctionné.

Daniel Kupferstein, est un réalisateur et documentariste, auteur de nombreux films, dont Dissimulation d’un massacre (2001), sur la sanglante répression de la manifestation du FLN du 17 octobre 1961 à Paris, et Mourir à Charonne, pourquoi ? (2010) sur la répression de la manifestation du 8 février 1962.

Comment voir le film ?

Comme il est refusé par le réseau de distributeurs classiques, Daniel Kupferstein dépend des exploitants de salles engagés qui acceptent la projection du film, hors circuit commercial.

Pour plus d’information, il convient de contacter le réalisateur (cliquez ici)

Ed. La Découverte – 256 pages – 18 €
Ed. Le Détour – 240 pages – 18 €

1er mars – 4 avril 1963

Le calendrier nous sourit. L’année 2023 est aussi le moment pour mettre en lumière un autre événement lui aussi oublié : la grande grève des mineurs qui eut lieu du 1er mars au 4 avril 1963, dont on peut rappeler le 60e anniversaire cette année.


10000 mineurs de charbon et de fer lorrains, manifestent le 5 mars 1963 à Forbach pour empêcher la fermeture des mines et réclamer l’implantation de nouvelles industries dans la région – Photo AFP/Archives

Outre la présentation des raisons de cette grande grève, la description des conditions de travail et de la vie des mineurs, ce qu’il faut retenir de ce documentaire est la force de l’unité syndicale, l’organisation et le calme du mouvement, le rôle des femmes et celui de la solidarité nationale et internationale.

Il est possible de regarder le film et prendre connaissance des causes et du contexte de cette longue lutte en cliquant ici

Eté 2023

Et puisque les vacances, pour certains, arrivent et pour d’autres, sont déjà installées, n’oublions pas qu’elles représentent toujours un moment idéal pour voyager en littérature.

Sur les luttes de par le monde et à propos de l’analyse de notre société du spectacle, voici nos trois conseils de lecture :

Ed. Maspéro – 254 pages

Ce livre montre comment un peuple de mendiants condamné au travail à perpétuité, est écrasé, persécuté, méprisé ou tué pour engraisser, hier les barons de l’étain et aujourd’hui, après les nationalisations des mines, d’autres personnages d’une égale indignité.

Un chapitre emblématique raconte l’épisode historique où un dictateur bolivien, pour briser la force et l’unité des classes populaires, procura gratuitement à chaque foyer, un poste de TV.
Le peuple s’atomisa, la lutte s’éteignit, la conscience politique fut dissoute dans l’abêtissement télévisuel.

Un témoignage poignant d’une femme intraitable face à toute injustice.

Ed. Allia – 100 pages

L’histoire se passe dans les années 20, au Japon. L’industrialisation du pays fait rage, tandis qu’en Russie, la Révolution vient de s’achever. Au port de Hakodate, le bateau-usine s’apprête à partir en mer, pour pêcher des crabes qui seront revendus à prix d’or.
Mais les ouvriers-pêcheurs ne se doutent pas encore du destin qui les attend… Exploités, battus et spoliés par l’intendant du navire qui ne pense qu’au profit, ils vivront un véritable enfer quotidien.
Un jour, quand le bateau échappe au naufrage grâce à l’aide d’un chalutier russe, les esprits s’échauffent Un jeune étudiant, influencé par les romans de Dostoïevski, décide de prendre la tête d’un mouvement de rébellion.

Kobayashi Takiji (1903-1933) étudie à l’École Supérieure de Commerce d’Otaru, l’une des plus prestigieuses écoles du pays à cette époque, puis travaille à la Banque du Développement de Hokkaido.

La découverte des conditions de vie effroyables des paysans et des ouvriers dans l’île de Hokkaido ainsi que la lecture des textes marxistes le rendent sensible au communisme.
En 1928, il acquiert une certaine notoriété littéraire en publiant un roman décrivant une journée de violente répression dirigée contre le Parti Communiste. Deux romans publiés en 1929, Le bateau-usine et Le propriétaire absent, font de lui la figure majeure de la littérature prolétarienne japonaise.

Ayant perdu son emploi à cause de ses écrits, il s’installe à Tôkyô en 1930 pour se consacrer à l’écriture et à l’action politique clandestine.

Il meurt sous la torture policière, le 20 février 1933.
Cette fin tragique, qui suscite une vive émotion au Japon et dans le monde entier, est notamment dénoncée par l’écrivain chinois Lu-Xun et par Romain Rolland en France.

Le Bateau-usine est considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature prolétarienne.

Ed. Lux – 336 pages

Aux Etats-Unis, en pleine effervescence des années 1960, la révolution de l’image bat son plein. Le dynamisme des médias de masse, de la publicité, du vedettariat et du marketing est à son comble.

Sous la réussite, cependant, Daniel J Boorstin perçoit la menace : celle d’une substitution, dans la culture américaine, de l’image à la réalité. S’appuyant sur une histoire factuelle des pratiques qui ont rendu possible la société du spectacle, cet ouvrage foisonnant montre la transformation progressive du territoire américain en espace publicitaire et médiatique.

C’est une histoire du journalisme et du star-system, mais aussi du tourisme de masse et des chaînes d’hôtels, des best-sellers, des logos d’entreprise et de la publicité.

Le triomphe de l’image est une oeuvre pionnière dont se sont inspirés Jean Baudrillard et Guy Debord. Elle est aujourd’hui à lire comme une critique du monde actuel.

°°°

L’équipe de LAHG vous souhaite de très bonnes vacances. Rendez-vous début septembre.


Pleine liberté – Tableau de Alexandre Deïneka, peintre russe (1899- 1969) – Huile sur toile 204 x 300 cm – Musée Russe de Saint-Pétersbourg © Adagp,
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Colloque Guillemin /Affaire Dreyfus – Interview exclusive de Philippe Oriol

Introduction

Philippe Oriol est un historien français, l’un des grands spécialistes de l’affaire Dreyfus.

Docteur ès lettres, Philippe Oriol a enseigné à l’université Paris III Sorbonne et développe depuis des années une intense activité d’historien sous différentes formes.

Ainsi, à côté de l’animation de l’institut supérieur de communication qu’il a créé, le Cesacom, une école indépendante de formation aux métiers de la communication et à son enseignement, il est co-fondateur de la Société internationale d’histoire de l’affaire Dreyfus, dont il anime le blog et les publications.

Depuis plus de vingt-cinq ans, il se consacre essentiellement à l’affaire Dreyfus, ce qui l’a amené, en 2021, à prendre la direction du premier musée consacré à l’Affaire installé dans la maison de Zola à Médan (pour en savoir plus sur le musée Dreyfus/Zola, cliquez ici

Parallèlement, il travaille à l’établissement d’un monumental Dictionnaire biographique et géographique de l’affaire Dreyfus, sous format numérique, dont la mise en ligne a commencé en 2020 (pour en savoir plus, cliquez ici )

Il a notamment publié :

Le Faux ami du capitaine Dreyfus. Picquart, l’Affaire et ses mythes – Ed. Grasset 2019.
Un essai important de démythification de la figure héroïsée du lieutenant-colonel Picquart. Cet essai explique les raisons qui font que Picquart a tardé à s’engager pour la réhabilitation de Dreyfus. Une attitude qui empêcha l’Affaire de se résoudre et empêcha les dreyfusards d’agir efficacement. L’ouvrage démontre ce que fut la mécanique de son héroïsation par les dreyfusards.
Un essai qui ne vise pas à « déboulonner un héros », mais à faire preuve d’un travail d’historien.

L’Histoire de l’affaire Dreyfus : de 1894 à nos jours, vol. 1 et 2 – Ed.Les Belles Lettres – 2014 – 1489 p.
C’est une somme. Cet ouvrage pourrait s’apparenter au scrupuleux travail d’un chercheur scientifique.
C’est le fruit d’un historien chercheur, dont les résultats se fondent sur les preuves incontournables issues de la recherche archivistique. Un ouvrage particulièrement salutaire concernant l’Affaire Dreyfus, histoire propice, de par son aspect extraordinaire, à tous les plus baroques récits romanesques. (par exemple, le film contestable J’accuse de R. Polanski, qui hisse au rang de héros, le fameux colonel Picquart)

Bernard Lazare anarchiste et nationaliste juif – Ed. Honoré Champion – 1999

Sébastien Faure, Les Anarchistes et l’affaire Dreyfus – Éditions du Fourneau, collection noire -1993.

Bernard Lazare – une biographie – éd. Stock – 2003

Interview exclusive de Philippe Oriol

LAHG : Permettez ces questions groupées. Vous avez accepté d’intervenir au colloque sur l’affaire Dreyfus que nous organisons fin novembre de cette année à l’Ecole Normale Supérieure.
Votre sujet : « Une histoire si extraordinaire qu’on la voudrait plus extraordinaire encore…. Petit panorama d’un siècle de thèses sur l’Affaire », tend à faire penser qu’il y a toujours, plus d’un siècle après l’événement, un flux continu de thèses nouvelles.
Est-ce dû à la nature extraordinaire de l’Affaire, génératrice de romanesque, ou aux nouvelles archives étudiées ?
Pourquoi n’a-t-on pas fait le tour de la question ? Où se nichent encore les zones de mystère ? Que pourrait-on encore découvrir ?

On n’a pas fait le tour de la question parce que la question est sans fin. Des fonds sortent régulièrement qui permettent de mieux connaître l’événement, le rôle de tel ou tel acteur, tel groupe, etc. Il n’y a pas de mystère, pas de vérités cachées, pas de secrets d’histoire et pas l’ombre d’un doute sur l’essentiel :
Dreyfus est innocent, Esterhazy était le traître à la place duquel Dreyfus a été condamné, il a agi de son propre chef et a été protégé par l’état-major coupable.

LAHG : Vous vous consacrez totalement à Zola et Dreyfus au point de diriger la maison Zola/musée Dreyfus située à Médan depuis 2021. D’où vient cette passion ? Comment s’est-elle imposée à vous ? Et pourquoi ?

Le titre de ma communication, ou plus exactement sa première partie, contient la réponse à cette question : mon intérêt pour l’Affaire tient déjà au fait qu’elle est une « histoire si extraordinaire » avec ses gentils et ses méchants, méchants jusqu’à la caricature, avec ses traîtres et ses héros, ses histoires d’amour et ses morts mystérieuses, ses rebondissements et ses coups de théâtre.
Mais à côté, ou au-dessus de cette réalité qui me donne souvent le sentiment d’avoir douze ans et de jouer à Sherlock Holmes, elle met en jeu et pose des questions qui me font depuis longtemps me mobiliser.

Je ne crois pas qu’on puisse travailler sur un tel sujet tout à fait par hasard et écrire sur l’Affaire et plus encore participer à la création du musée Dreyfus est aussi pour moi une occasion de pousser quelques petits cailloux sur des questions qui me tiennent à cœur et qui ont trait à la République, à ses valeurs et à ses vertus émancipatrices, à l’engagement, à la laïcité, à la stupidité antisémite, etc.

Parallèlement, elle me permet de satisfaire aussi à la conception qui est la mienne du travail et du plaisir que je peux trouver à me retrouver au pied d’une montagne et d’avoir à la gravir moins pour en atteindre le sommet que pour en connaître chaque recoin.

Enfin, et contrairement à une idée reçue selon laquelle il n’y aurait plus rien à savoir à son sujet, l’Affaire satisfait mon goût de l’archive, des dépouillements – un tantinet obsessionnels – systématiques, de la découverte de nouveaux fonds, etc.

LAHG : Vous avez récemment lancé avec succès une souscription (qui a dépassé les 10 000 € nécessaires) pour éditer un ouvrage inédit le Catalogue de la Maison Zola-Musée Dreyfus intitulé « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera ». Pouvez-vous nous en parler ?

Il s’agit de proposer – ne serait-ce que parce que la demande en est forte – le catalogue de Maison Zola-Musée Dreyfus : un superbe objet, à la mise en page soignée, relié, co-collé, emboitage dos rond avec tranchefile, imprimé sur un magnifique non-couché, de près de 400 pages, et comptant plus de 800 illustrations… et tout cela au prix public le plus « serré » possible.
Un catalogue qui est en deux « livres » : une partie sur la maison et une sur le musée, permettant de revoir ce qu’on a pu apprécier en nous rendant visite, de découvrir aussi une grande partie de notre fonds qui n’est pas exposé et de faire le point, grâce à des articles de Martine Le Blond-Zola, arrière-petite fille de Zola, de Charles Dreyfus et de Jean-Louis Lévy, petits-fils de Dreyfus, d’Alain Pagès, de François Labadens, d’Olivier Lumbroso, de Vincent Duclert, de Pierre-Olivier Perl, de Benoit Marpeau, sur Zola, sa vie à Médan, et sur l’Affaire.

LAHG : Et quels sont les prochains projets que vous souhaitez mettre en œuvre pour le musée ?

Il y en a des dizaines : création d’une bibliothèque numérique, d’un laboratoire de recherche sur l’Affaire, conception et réalisation d’expositions extérieures, réalisation d’audioguides en visite descriptive pour les publics malvoyants ou aveugles, restauration de la ferme de Zola et création d’une ferme pédagogique.

Mais l’idée aussi est de faire vivre le musée comme lieu, au-delà de la pure question muséale : ouverture d’un restaurant, organisation, dans le parc d’un salon du livre ancien et d’un salon du vin naturel, etc.

LAHG : Revenons à l’affaire Dreyfus. Votre travail d’historien vous porte à démythifier l’Affaire, à relativiser, voire contester certains personnages que la vox populi, ou la pensée dominante a érigés en héros. Je pense à votre travail sur le lieutenant-colonel Picquart.
Seriez-vous d’accord pour dire que cette démarche de démythification ressemble à celle d’Henri Guillemin ?


Oh ! ma modestie en souffrirait. De plus ma volonté n’est pas de démythifier ou de remettre en question tel ou tel. Je ne suis pas juge mais bien historien. Mon seul but est de proposer une histoire plus précise, plus exacte, plus historienne.

LAHG : Vous avez entrepris une colossal travail à visée encyclopédique sur l’affaire Dreyfus le Dictionnaire biographique et géographique de l’affaire Dreyfus, construit comme un abécédaire. Où en êtes-vous ?

Je suis un peu débordé par le musée donc j’avance à un train de sénateur.
Aujourd’hui près de 3 000 notices sont écrites et 485 sont en ligne. Un Dictionnaire qui est un monstre puisque je publie dans l’ordre et que les notices aujourd’hui en ligne ne couvrent que le segment A à Be.
A noter, pour être complet au sujet de ce Dictionnaire que le choix a été fait de publier en ligne non seulement parce qu’aucun éditeur ne pourrait en accepter le volume irraisonnable mais surtout parce qu’il permet de n’être jamais fermé, d’être amendable à tout moment et surtout de faire profiter des avantages du numérique comme par exemple de pouvoir, pour chaque citation, renvoyer au journal ou au livre cités quand ils sont sur Gallica, Retronews ou sur les sites des Archives Départementales.

LAHG : Outre cette vaste entreprise, quels sont vos autres activités et projets ?

Actuellement, deux projets éditoriaux : les œuvres complètes de Bernard Lazare et celles de Félix Fénéon.

LAHG : malgré son cas unique, pensez-vous qu’une nouvelle affaire Dreyfus pourrait de nouveau advenir ? Entendons cela sous l’angle de la Raison d’État qui pourrait à nouveau agir. Ou au contraire le travail des historiens n’est-il pas d’établir, pas à pas, la connaissance nécessaire pour ériger de nouveaux garde-fous.
Dans ce cas, il y aurait une sorte de lutte entre la recherche historique et sa transmission au plus grand nombre (par ex, on connaît le rôle des media comme chiens de garde).

Vaste question, et périlleuse.

Non, sans doute pas, et non pas parce que l’antisémitisme est en recul, il est au contraire bien vivace, non pas parce que la Raison d’État n’existe plus et que nous sommes aujourd’hui à l’abri d’un nouveau crime d’État mais parce que le numérique et le digital changent la donne.

Internet permet certes d’amplifier l’écho des mensonges mais permet aussi de les combattre plus activement et plus rapidement.

Enfin, pour finir, sans doute qu’une des missions de l’histoire est de permettre de regarder différemment le présent et de préparer l’avenir mais quelle est son audience dans une époque qui ne lit plus et préfère se divertir devant ses multiples écrans.

Mais gardons l’espoir et disons-nous que peut-être, pour ne citer qu’un exemple récent, le petit tract Gallimard, Zemmour contre l’histoire, auquel j’ai eu l’honneur, en compagnie de quinze historiens, de collaborer a peut-être pu jouer son rôle dans la prise de conscience des mensonges du candidat d’extrême-droite et des mécaniques qui les commandent.

LAHG : Bien que vous soyez très connu dans le milieu académique, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs, ainsi que les raisons de votre intervention au colloque « Henri Guillemin » que nous organisons fin novembre 2023 à l’ENS sur le thème « L’affaire Dreyfus et son temps – Enjeux politiques et interprétations » ?

Je ne pense pas être très connu et la chose me convient assez bien. Je suis donc historien, spécialiste de l’Affaire, concepteur du musée Dreyfus et directeur de Maison Zola-Musée Dreyfus mais aussi enseignant et fondateur d’une école présente aujourd’hui un peu partout en France et qui propose, sur la base d’une pédagogie alternative, de former, autrement, des jeunes gens titulaires du baccalauréat aux métiers de la communication.

Quant à ma communication, elle aura pour objet de faire le panorama des « thèses extraordinaires » relatives à l’affaire Dreyfus et cela parce qu’Henri Guillemin y participa en proposant, comme il l’a lui-même dit, une « rêverie » qui en était bien une.

Colloque Henri Guillemin – fin novembre/début décembre 2023

Le colloque aura pour thème : « L’affaire Dreyfus et son temps. Enjeux politiques et interprétations ».

Sur une journée entière, une équipe de sept intervenants, spécialistes de l’Affaire, s’attachera à présenter les différents aspects de ce scandale d’Etat aux multiples facettes.

Au moment où nous écrivons, comme déjà dit auparavant, nous avons préréservé trois samedis : le 18/11, le 25/11 et le 02/12 et nous saurons, fin août, lequel des trois nous sera attribué.

Le programme du colloque est mis en ligne sur ce site. Pour le consulter, cliquez ici

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L’affaire Dreyfus à la télévision


A gauche, Alfred Dreyfus avant 1894 © Henri Roger-Viollet – source Encyclopedia Britannica. A droite, Emile Zola en 1899 © Auteur inconnu, source Wikimedia Commons DP

Dans le cadre de notre prochain colloque consacré à Zola et l’affaire Dreyfus, programmé pour fin novembre 2023, sur le thème L’affaire Dreyfus et son temps. Enjeux politiques et interprétations, (7 intervenants majeurs – programme finalisé en ligne sur ce site. Cliquez ici), il nous a semblé utile de rappeler l’histoire de cette affaire d’État.

Il nous a également semblé nécessaire, au-delà de l’enchaînement des faits historiques, que soient mis en évidence les grands sujets révélés par cette Affaire tels que le rôle de l’Armée, celui de l’Institution judiciaire, de l’Église catholique, sans oublier ni les profondes diffractions politiques du corps social ni le climat antisémite de l’époque.

Dans cette optique, le cinéma ou la vidéo, bref l’image, possède une puissance d’évocation spécifique capable de toucher aussi bien le coeur que l’intellect du grand public. Cette démarche qui relève pleinement des actions d’éducation populaire, a produit un certain nombre de travaux de vulgarisation très haut de gamme, des films de grande qualité, de talentueuses vidéos honnêtes et didactiques.

Bien entendu, on pense tout de suite à Henri Guillemin et ses conférences vidéo critiques et pédagogiques (elles sont toutes disponibles sur ce site en relais du site RTS), dont les trois conférences qu’il consacra à l’affaire Dreyfus sont mises en ligne ci-dessous.

Mais il existe bien d’autres réalisations de qualité. Comme il n’était pas dans notre propos de produire une étude exhaustive, il a fallu choisir. Et choisir fut difficile.
Voici notre courte sélection.

Pour commencer, cette mini série de quatre épisodes (durée : 8h14 mn) Émile Zola ou La Conscience Humaine, réalisée par le grand réalisateur TV Stellio Lorenzi en 1978.

Zola ou la conscience humaine.

Cette mini-série se compose de quatre épisodes :

1/ Un homme assez courageux qui dresse le portrait de la personnalité complexe d’Emile Zola, bourgeois traversé de contradictions, qui va progressivement prendre conscience de la colossale injustice faite à Alfred Dreyfus qui débouchera plus tard sur l’immense scandale d’Etat que l’on connaît. L’épisode cible la bouffonnerie affligeante des figures de l’État-major.

2/ J’accuse qui montre l’engagement d’Emile Zola pour démontrer l’innocence d’Alfred Dreyfus. Son célèbre article « J’accuse » paru dans le journal L’Aurore va ébranler toute la société française et faire apparaître l’ignominie de l’Institution militaire.

3/ Cannibales qui présente son procès en diffamation. Zola est condamné à la peine maximum mais la Cour de cassation annule l’arrêt et un nouveau procès s’ouvre à Versailles. L’ambiance est extrêmement tendue, tandis qu’enfle la vindicte des antisémites.

4/ Et j’attends toujours qui montre la difficulté de l’exil de Zola en Angleterre, tandis qu’en France, le procès d’Alfred Dreyfus est révisé et l’affaire rebondit. La mort de l’écrivain est présentée sous l’angle des morts mystérieuses du passé. La piste de l’assassinat est nettement pointée du doigt.
L’oeuvre s’achève par les obsèques, fidèle reconstitution des funérailles. Des mineurs défilent en scandant « Ger-mi-nal » au son du Chant des cerises.

Cette œuvre a été saluée à sa sortie comme une œuvre télévisuelle de qualité, ambitieuse, riche de moyens et de talents : Jean Topart, magnifique dans le rôle principal, Dominique Davray, très émouvante dans le rôle de l’épouse délaissée.

S’agissant du jeu d’acteurs, on ne peut s’empêcher de noter qu’elle fait ressortir la médiocrité actuelle des acteurs français au cinéma. Certes, il y a des talents mais ils sont un peu noyés dans la masse. Ici, point de sous-titres nécessaires, on peut comprendre chaque mot prononcé par chacun.

Observation : Ce film a été réalisé en 1978, sur la base des connaissances historiques d’alors. Depuis, les travaux des historiens et des spécialistes de l’Affaire ont permis de mieux préciser certains faits, d’infirmer et de rectifier certaines inexactitudes. C’est la force du travail des historiens travaillant sur les faits et les archives.

Cependant, la puissance dramatique du film de Lorenzi demeure et permet de mesurer l’importance du scandale représenté par l’affaire Dreyfus et peut-être de comprendre ses possibles resucées.

Depuis peu, il est enfin possible de visionner Émile Zola ou la Conscience humaine. Longtemps invisible, cette œuvre majeure de la télévision française a finalement été éditée en DVD.


DVD avec livret exclusif – texte de Jean-Louis Lorenzi (12 pages) 8h 14 mn – 29,90 €

Stellio Lorenzi (1921 – 1990) : une brève présentation

Né à Paris, d’origine italienne, il est l’un des grands réalisateurs de la télévision française.

Après trois années d’études supérieures de mathématiques, il s’oriente vers des études d’architecture. Le concours d’entrée à l’école polytechnique lui est interdit, car les lois du régime de Vichy en refusent l’accès aux fils d’étrangers.

En 1943, il rejoint la première promotion de l’IDHEC. Dès 1945, il est Assistant réalisateur de Louis Daquin, Jacques Becquer, Gilles Grangier.

En 1952, il intègre la télévision naissante et après avoir réalisé de nombreuses émissions artistiques et dramatiques, Stellio Lorenzi s’emploie à réaliser des œuvres historiques conçues pour expliquer et mettre au grand jour les vérités volontairement cachées par les « gens de biens » selon l’expression favorite d’Henri Guillemin ; des films qui suscitent l’éveil intellectuel du public, qui aiguisent son esprit critique.

Sa constante adhésion à la philosophie communiste marque de son empreinte ses oeuvres télévisuelles dont le vibrant idéal humaniste et républicain est particulièrement visible dans ses films historiques.

Son travail relève d’une démarche d’éducation populaire, utilisant la télévision comme un moyen d’expression plus apte que le cinéma pour scruter le comportement de l’être humain. Pour lui, la télévision peut et doit permettre de faire accéder le plus grand nombre à la culture.

En ce sens, cette vision du monde, cet engagement, est le même que celui d’Henri Guillemin.
Lui aussi comprit très tôt la puissance du media TV pour toucher le grand public.

Stellio Lorenzi en 1961

Autres points communs :

– on le sait, toute l’oeuvre d’Henri Guillemin relève d’une posture anti doxa, une démarche humaniste et républicaine visant à dévoiler les stratagèmes des classes dominantes, à abattre les fausses idoles autant qu’à sortir de l’ombre les gloires injustement oubliées. Un travail qui s’inscrit également dans la démarche d’éducation populaire.

– La censure d’État les a frappé tous deux. Gaulliste pour Lorenzi, pompidolienne pour Guillemin.

En effet, après trente-neuf épisodes de La caméra explore le temps tournés entre 1957 et 1966, la série est interrompue par le pouvoir politique qui s’inquiète du pouvoir d’éveil grandissant de la télévision et des opinions politiques de Lorenzi.
Endoctrinement oui, éducation populaire, non !

Parmi les œuvres marquantes de S. Lorenzi, citons Jacquou le croquant (1967), adaptation d’un roman du XIXe siècle d’Eugène le Roy, récit des souffrances et de la révolte d’une famille de métayers du Périgord sous la Restauration ; Les Rosenberg ne doivent pas mourir (1975), adaptation du livre éponyme d’Alain Decaux, histoire de l’exécution sans preuves en 1950 de Julius et Ethel Rosenberg sur ordre du gouvernement américain dans un climat hystérique d’intoxication générale anti communiste.

« Mon ambition – disait-il – est de faire collaborer Alexandre Dumas pour les intrigues et le contexte historique, Simenon pour les reflets sociaux et Le Roy Ladurie pour ce qui est de la nouvelle histoire au niveau du peuple ».

Henri Guillemin et l’affaire Dreyfus.

Photogramme tiré du premier épisode (1965)

Une mini série vidéo de trois épisodes – 1965 – (durée totale : 1h20 mn)

Premier épisode – durée 34 mn : 30 Cliquez ici

Deuxième épisode – durée 26 mn : 14 : Cliquez ici

Troisième épisode – durée 19 mn : 36 : Cliquez ici

Robert Bober et l’affaire Dreyfus

Robert Bober

Documentaire À la lumière de “J’accuse”, de Robert Bober (né en 1931) – 1998 – 65 min

Malheureusement, ce documentaire est aujourd’hui d’accès difficile. Il s’agit d’un superbe moment de télévision bâti sur l’intelligence plutôt que sur la flatterie des convenances et des lieux communs.
Le film raconte une histoire intellectuelle de l’affaire Dreyfus, centrée autour de l’année charnière 1898, quand parut dans l’Aurore le « J’accuse » de Zola.
Une année qui va séparer amis d’hier ou réconcilier ennemis de la veille.

Le film est structuré comme un puzzle faisant apparaître progressivement les différents acteurs de cette Affaire :
la presse de caniveau (la Libre Parole ou la Croix); les figures sublimes (Picquart, Bernard Lazare, …); les figures ignobles (Barrès, Coppée, Rochefort, Valéry («Je ne suis pas antisémite, mais»); les antidreyfusards mus par amour idolâtre de l’ordre.

Le film se conclut sur le fait que l’on peut toujours être dreyfusard aujourd’hui comme demain.

Jean Chérasse et l’affaire Dreyfus

Jean Chérasse

Documentaire Dreyfus, l’intolérable vérité (durée : 1h36 mn). Disponible en DVD.

Jean Chérasse est un fervent admirateur d’Henri Guillemin, et un fidèle adhérent des Amis d’Henri Guillemin (LAHG).

En 1975, il est le premier à avoir réalisé une synthèse à la fois historique et politique de l’Affaire, relatée à partir de documents d’archives, de récits d’historiens et de témoignages de personnalités.

Henri Guillemin, dont il était l’ami, apparaît à plusieurs reprise dans ce film documentaire.

Après avoir retracé la chronologie des faits, Jean Chérasse développe un essai politique visant à expliquer les raisons profondes et les mécanismes qui opèrent quand un système politique rentre en crise, créant des boucs émissaires pour se disculper.

Comme on l’a vu, la censure n’hésite pas à frapper durement quand le Pouvoir est menacé, quand on dévoile trop ses manigances. Le film de Jean Chérasse en a fait les frais. Film de cinéma produit par Jacques Charrier et Jean-Claude Brialy, il a été censuré par l’ORTF, c’est à dire qu’il n’a jamais pu passer à la télévision, empêchant ainsi d’élargir son auditoire.
Abêtissement des masses oui, éveil dela conscience, non !

Ce film est disponible en DVD et facilement accessible.

Jean Chérasse est aussi l’auteur d’une somme sur la Commune, dont il est un des spécialistes Les 72 immortelles (2 tomes – éditions du Croquant. pour en savoir plus, cliquez ici)

Colloque Henri Guillemin – fin novembre/début décembre 2023

« Le traître : Dégradation d’Alfred Dreyfus » – Dessin d’Henri Meyer paru dans « Le Petit Journal » du 13 janvier 1895. © Crédit photo : Wikimedia Commons

le colloque aura pour thème : « L’affaire Dreyfus et son temps. Enjeux politiques et interprétations ».

Sur une journée entière, une équipe de sept intervenants, spécialistes de l’Affaire, s’attachera à présenter les différents aspects de ce scandale d’Etat aux multiples facettes.

Au moment où nous écrivons, comme déjà dit auparavant, nous avons préréservé trois samedis : le 18/11, le 25/11 et le 02/12 et nous saurons, fin août, lequel des trois nous sera attribué.

Le programme du colloque est mis en ligne sur ce site. Pour le consulter, cliquez ici

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Colloque Henri Guillemin sur l’affaire Dreyfus – Le programme

« Le traître : Dégradation d’Alfred Dreyfus » – Dessin d’Henri Meyer paru dans « Le Petit Journal » du 13 janvier 1895. © Crédit photo : Wikimedia Commons

Quelques mots

Faisant suite à notre précédent colloque consacré à l’écrivain Emile Zola, organisé à l’occasion des 120 ans de sa disparition (Ecole Normale supérieure – 12 novembre 2022 – cliquez ici), le prochain colloque aura pour thème : « L’affaire Dreyfus et son temps. Enjeux politiques et interprétations ».

Sur une journée entière, une équipe de sept intervenants, spécialistes de l’Affaire, s’attachera à présenter les différents aspects de ce scandale d’Etat aux multiples facettes.
Pour permettre de dérouler amplement chacune des problématiques de cet important sujet, nous avons fait le choix d’une durée d’exposé plus longue que d’habitude : 45 minutes au lieu des 30 minutes standard.

Au moment de la mise en ligne de cette lettre d’information, il est encore trop tôt pour confirmer la date exacte du colloque. En effet, l’Ecole Normale Supérieure établit son agenda, d’abord par rapport aux demandes internes de son corps d’enseignants. Ce qui est normal.
A la fin du mois d’août, elle étudiera les demandes externes.

A cet effet, nous avons préréservé trois samedis : le 18/11, le 25/11 et le 02/12
Ainsi, à la fin de l’été, début septembre, nous serons en mesure de vous confirmer la bonne date et pourrons ouvrir les inscriptions en ligne, comme les fois précédentes.

Le programme du colloque

« L’affaire Dreyfus et son temps. Enjeux politiques et interprétations »

Fin novembre 2023

Ecole Normale supérieure – Salle Dussane
45, rue d’Ulm 75005 Pari
s


9h45 : Introduction
Edouard Mangin, Président de l’association Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG)

10H00 : Henri Guillemin et l’énigme Esterhazy : l’art du récit
Alain Pagès, Professeur émérite à l’Université de la Sorbonne nouvelle, spécialiste de l’oeuvre d’Emile Zola.

10h45 : « Ci-gît Zola » : la mort de Zola en caricatures – de l’Affaire Dreyfus à 1902.
Agnès Sandras, Conservatrice chargée de valorisation des collections patrimoniales en histoire de la santé (BIUS, Paris-Cité), chercheuse associée au Centre Zola.

11h30 : Une histoire si extraordinaire qu’on la voudrait plus extraordinaire encore »…. Petit panorama d’un siècle de thèses sur l’Affaire.
Philippe Oriol, Historien, spécialiste de l’affaire Dreyfus, directeur de Maison Zola-Musée Dreyfus.

12h15 : Pause déjeuner

14h00 : L’affaire Dreyfus (1894-1906). L’émergence d’une société démocratique ?
Vincent Duclert, Chercheur titulaire et ancien directeur du Centre Raymond Aron (EHESS-CNRS), enseignant à Sciences Po.

14h45 : Anticléricalisme et Affaire Dreyfus.
Jacqueline Lalouette, Professeur émérite de l’Université de Lille et membre senior honoraire de l’Institut universitaire de France.

15h30 : Les antidreyfusismes
Bertrand Joly, Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Nantes.

16h15 : Une affaire dramatique : Dreyfus au théâtre et au cinéma
Marie Duval, Professeur certifiée de lettres modernes, doctorante en arts du spectacle à l’université de Caen-Normandie, sous contrat ministériel, sous la direction de Chantal Meyer-Plantureux et Myriam Juan pour une thèse consacrée à « Dreyfus sur la scène internationale : l’Affaire au théâtre et au cinéma sous la Troisième République ».

17h00 : Echange entre les intervenants et le public

18h30 : Fin du colloque

Alfred Dreyfus (1859-1935)