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M. de Vigny, homme d’ordre et poète

Ce recueil d’études de 1955 doit sa célébrité scandaleuse à la première d’entre elles, où Guillemin publie plusieurs « notes de police » envoyées aux autorités par Alfred de Vigny pour attirer leur attention sur des opposants susceptibles de troubler l’ordre public ; pourtant, le reste du volume donne à lire des documents inédits non politiques, projets d’œuvres en prose ou de poèmes, ou papiers sur les candidatures répétées de Vigny à l’Académie française.

Mais les adversaires des méthodes du « flic » Guillemin n’ont voulu retenir que les pages du début, stigmatisées aussi par Mauriac dans un article, « Le bonheur d’être oublié », auquel l’auteur, peiné, répondit par un autre, « Suis-je coupable de critique-passion ? », un de ces textes dans lesquels, au fil des années, il a confessé et défini ses convictions.

Pour Guillemin, oui, Vigny a écrit quelques beaux vers, mais l’être humain, en lui, était « petit et rance ». Au lecteur actuel de relire et Guillemin, et Vigny, pour se faire sa propre idée.

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L’engloutie. Adèle (1830-1915), fille de Victor Hugo

Victor Hugo a connu la douleur de perdre quatre de ses cinq enfants : Léopold à trois mois (1823), Léopoldine noyée à dix-huit ans (1843), Charles et François-Victor morts quadragénaires, en 1871 et 1873 ; quant à la benjamine, Adèle (le même prénom que sa mère), le vieux père l’a dite un jour « plus morte que les morts, hélas », comprenons : internée, folle.
Partie à trente ans au Canada se jeter à la tête d’Albert Pinson, lieutenant anglais rencontré à Jersey en 1854, elle se trouve confrontée à un viveur qui ne veut pas d’elle, la méprise, l’exploite financièrement et l’abandonne.

Elle avait affirmé à ses parents que le mariage avait eu lieu ; au moment où elle leur avoue qu’il n’en est rien, elle sombre déjà dans la démence ; Hugo, lui, est blessé du scandale ainsi jeté sur son nom. Peu à peu, ne restera que le deuil.

Passionné par tout ce qui concerne Hugo, Guillemin s’était penché sur le journal intime d’Adèle lors de la publication de ses trois premiers volumes par une chercheuse américaine, Frances V. Guille ; il l’utilise dans ce bref livre de 1985, ainsi que des correspondances et documents inédits, pour retracer la « lugubre histoire », en « réduisant à l’extrême le commentaire » et dans le « refus délibéré d’un récit romanesque ». Le souci de comprendre, comme toujours.

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Présentation des Rougon-Macquart

Publié en 1964, ce volume est la réunion des préfaces rédigées par Guillemin pour les vingt volumes du célèbre cycle réédité à cette époque par Rencontre, à Lausanne.

Chacune comporte bien sûr une partie d’analyse de l’intrigue, mais surtout le préfacier, dans le fil de son récent Zola de 1960, cherche à dégager de la gangue de ces longs romans, dont seuls quelques-uns sont très célèbres, la figure humaine d’un auteur qu’il situe complètement à l’opposé du matérialiste et du « pornographe » stigmatisé par une large part de la critique du temps.

Le cœur de ce portrait indirect de Zola se trouve dans le commentaire du dernier roman, Le Docteur Pascal, dont le héros, presque un saint pour Guillemin, sert une « œuvre lointaine et mystérieuse » ; par lui la lignée, pourrie en effet, des Rougon-Macquart s’échappe finalement vers la lumière. Cette lecture à rebours des clichés sur Zola est, pour employer un mot qu’aimait Guillemin, « salubre ».

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Regards sur Bernanos

Cinq ans avant le Péguy de 1981 qui scandalisa tant les péguystes, ce Bernanos aussi déplut aux “spécialistes”.

Guillemin, qui avait un peu connu l’écrivain et correspondu avec lui, ne veut pourtant pas autre chose, selon ses propres mots, que « considérer la personne et le destin » de cet homme par certains côtés énigmatique.
Examen incommode, car les documents inaccessibles demeurent nombreux, et la correspondance est incomplète ou censurée par ses destinataires. Plus que jamais on doit se résigner à n’obtenir que « d’incertaines esquisses ».

Ces obstacles ne dispensent en rien d’être « honnête et loyal », et de tenter de définir, de son mieux, Bernanos, moins comme romancier que comme essayiste moral et politique ; d’ailleurs Guillemin, même s’il ne l’avait jamais rencontré, pouvait-il passer à côté de quelqu’un qui a parlé de la « grande peur des bien-pensants » ?

Ce qui a déplu (de même à propos de la guerre d’Espagne et des Grands Cimetières sous la lune), c’est que Guillemin pose toutes les questions qui fâchent, sur le positionnement à “droite” de Bernanos, et sur les difficultés concrètes au milieu desquelles il a bâti son œuvre.

Rien d’une démolition, juste des « regards » ; mais qui, en effet, décapent.