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Henri Guillemin, le passionné

Maurice Maringue a été longtemps journaliste au Progrès et au Dauphiné libéré. Il a fréquemment rencontré Guillemin à Chissey en Bourgogne. Passionné de ce passionné, il a brossé de lui un portrait admiratif, et comme une « biographie sentimentale ».

Guillemin, sous sa plume amicale, demeure certes cet historien polémiste et ce chrétien engagé que l’on connaît par ailleurs, mais l’ardent non-conformiste apparaît aussi en écrivain fidèle au pays mâconnais de sa naissance, non loin duquel il avait son « Terrier » (le nom de sa maison).

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Les petits papiers d’Henri Guillemin

Neveu d’Henri Guillemin, Patrick Rödel, philosophe et écrivain, fait ici le point sur ce que représente pour lui cet oncle parfois encombrant. Il ne s’agit ni d’un éloge complaisant, peu imaginable sous cette plume acérée, ni d’une démolition (d’autres s’en sont chargés !), mais de dire quel Guillemin il a connu : c’est ainsi que se succèdent de savoureux et malicieux souvenirs des vacances en famille, au ton très personnel, mais aussi des mises au point à la limite de l’irrévérence sur l’art avec lequel Guillemin a constitué peu à peu de sa vie, et de sa vie de famille, l’image qu’il voulait en laisser, et point une autre.

L’adolescent puis le jeune homme Rödel se constitue ici, entre respect affectueux et humour malin (ah ! Guillemin et ses fautes de latin !), en témoin privilégié de ce qu’on connaît toujours mal de la vie des hommes connus : leur vraie vie, justement.

On peut parier que, de là où il est, Guillemin ne peut guère en vouloir à ce neveu, qu’il remarquait à peine au temps de son enfance, d’avoir soumis ses comportements et ses propos à une analyse finalement très guilleminienne.

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Une certaine espérance

Livre d’entretiens à travers lesquels Jean Lacouture, semble appliquer la propre démarche de Guillemin, pour chercher à dévoiler sa part d’ombre.

Ces conversations, menées avec fermeté et courtoisie par Jean Lacouture, révèle, au final, un homme singulier, profondément humaniste, ce qu’il a toujours été et laisse le lecteur emprunt d’une certaine émotion.

« Je n’ai cessé de le trouver, tout au long de ces dix entretiens, plus avide de bénir Jean-Jacques Rousseau que de maudire Voltaire, et plus impatient de restituer sa grandeur à Claudel que de larder de flèches mon pauvre Gide, ou « monsieur de Rome ».
Tant pis pour la légende. Tant mieux pour l’équité : ce qui fait Henri Guillemin, c’est la pugnacité poignante d’un intense besoin d’aimer. »

Jean Lacouture

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Sulivan ou la parole libératrice

Joseph Lemarchand, dit Jean Sulivan (1913-1980), prêtre, enseignant, aumônier d’étudiants, se tourne vers la littérature assez tard et atteint au milieu des années 60 une notoriété due à la rudesse de son regard sur le monde et à la singularité poétique de son talent de prosateur.

Depuis Mais il y a la mer (1964) jusqu’à Petite littérature individuelle (1971) et aux deux volumes de Matinales (1976 et 1977), il multiplie les livres, souvent brefs, riches en aphorismes, en réflexions apparemment éparses mais qui se constituent au fil de la lecture en une vision du monde, croyante mais atypique, dont l’audace chaleureuse se nourrit des espoirs ouverts par le renouveau conciliaire.

Mort accidentellement en pleine maturité, Sulivan est trop peu connu de nos jours, et c’est injuste.

Directeur de collection chez Gallimard, il avait été séduit par Henri Guillemin, auteur “maison”, par son hostilité aux gens de bien(s) et à tous les aspects du cléricalisme ; il lui demanda d’écrire sur lui un livre : c’était un iconoclaste qui sollicitait un autre iconoclaste.

Aussi bien, dans ce Sulivan de 1977, Guillemin aborde-t-il des thèmes qui ne nous dépaysent pas : l’amour, l’action de l’homme dans le monde, Dieu (et surtout pas la théologie), les raisons que l’on a d’écrire. C’est à la fois un portrait et un autoportrait, dont la lecture permet de connaître deux hommes à la fois proches et dissemblables.