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Entretien vidéo n°2 Léo Zaradzki

En 2019, nous recevions une nouvelle adhésion, celle d’un étudiant, Léo Zaradzki. Elle précédait d’un an celle d’un autre junior, Maxime Delprat, étudiant en Histoire (cf son entretien vidéo – newsletter du 13 juin 2021 – cliquez ici).

Quand Léo Zaradzki, 28 ans, renouvela ensuite son adhésion, non plus en tant qu’étudiant, mais en adhésion plein tarif, je l’appelai pour en savoir plus sur son entrée dans la vie professionnelle, pensant (a priori) qu’il s’était consacré au domaine historique ou littéraire.
Et là, grosse surprise : son champ d’excellence n’est pas l’Histoire, mais la Science. La science, belle, pure et abstraite, celle des Mathématiques.

Léo Zaradzki est agrégé de mathématiques, titulaire d’une thèse sur « Sémantique linguistique et musicale ».
Septembre 2020 fut sa première année en tant qu’enseignant en classes préparatoires (maths sup, maths spé) au prestigieux lycée Condorcet – Paris.

Il nous a semblé utile de réaliser cet entretien vidéo pour connaître les raisons qui poussent les jeunes adultes à s’intéresser à l’Histoire critique et aux travaux d’Henri Guillemin dans ce domaine.

Production : Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG)
Interview : Edouard Mangin
Réalisation : Bernard Dupas

Colloque Henri Guillemin

Nous rappelons la tenue de notre prochain colloque sur le thème : « Enseignement de l’Histoire en péril – Histoire politique, littéraire, économique », le 6 novembre 2021 à l’Ecole Normale Supérieure (ENS), salle Jean Jaurès.

Pour s’inscrire, cliquez ici

Pour découvrir le programme détaillé, cliquez

Dernières nouvelles, suite à un repérage des lieux effectué hier :

Pour accéder à la salle Jean Jaurès, il faudra non pas passer par le 29 rue d’Ulm, mais par le 24 rue Lhomond.
Une série de panonceaux jalonnera le chemin à suivre pour atteindre la salle.
Un plan nous a été remis. Pour le consulter et l’imprimer, cliquez ici.

La salle Jean Jaurès est légèrement plus grande que la salle Dussane du précédent colloque, mais surtout beaucoup plus confortable et mieux équipée. Elle offre tout le confort nécessaire pour suivre le déroulement du colloque. Alors, puisqu’il y a davantage de places, n’hésitez pas à venir nombreux !

L’organisation de cet événement requiert un important travail, et comme vous le savez, nos moyens sont très modestes.
Aussi, n’hésitez pas à nous aider en relayant l’information sur le colloque le plus largement possible autour de vous, en parlant de l’événement à vos proches, vos relations….

Merci d’avance.

Edouard Mangin

Salle Jean Jaurès
Salle Jean Jaurès
Salle Jean Jaurès
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Colloque Henri Guillemin 2021 : Les inscriptions sont ouvertes

Colloque Henri Guillemin

Victime de la situation sanitaire ayant provoqué, il y a un an, son ajournement, et sans s’étendre sur les difficultés de tous ordres ainsi engendrées, nous avons le plaisir de vous annoncer la tenue du colloque Henri Guillemin sur le thème :

« Enseignement de l’Histoire en péril – Histoire politique, littéraire, économique », le 6 novembre 2021 à l’Ecole Normale Supérieure (ENS), salle Jean Jaurès.

Comment s’inscrire ?

Pour participer, il suffit de cliquer ici et de suivre le chemin jusqu’à la finalisation de votre inscription.

Le colloque aura lieu dans la salle Jean Jaurès de l’ENS, (et non pas dans la salle Dussane comme en 2018), salle située au 29, rue d’Ulm, un peu plus loin du corps principal de l’école.
Cette salle est beaucoup plus grande que la salle Dussane. Elle offre 243 places.

Les inscriptions ouvertes aujourd’hui seront closes la veille du colloque à 18h00. Bien entendu, il sera toujours possible d’acheter sa place le jour même.

Le schéma du colloque est inchangé et figure sur le programme détaillé ci-joint (cliquez ici). Il sera filmé par nos soins et les vidéos de chacune des interventions seront mises en ligne sur notre site. Enfin, les actes du colloque seront publiés au plus tôt dans un délai de 6 à 8 mois.

Les conditions sanitaires imposées par l’ENS sont les suivantes et se résument à :

– Présentation du « Passe sanitaire ».

La jauge de la salle est fixée à 100 % (c’est à dire inutilité d’observer deux, voire trois ou quatre fauteuils vides entre chaque participant comme auparavant).

Pour vous inscrire au colloque, cliquez ici.

Vient de paraître : une nouvelle publication d’Henri Guillemin


170 pages – 15 €

Les éditions Utovie viennent de publier un nouvel ouvrage d’Henri Guillemin : un recueil de textes regroupés sous le titre Par notre faute, le plus long des cinq textes réunis, avec, en sous-titre Regards sur l’Église et la foi.

Cette édition a été établie par Patrick Berthier, un travail aussi riche et scrupuleux que celui effectué pour le précédent ouvrage Chroniques du Caire dont il avait dirigé l’édition.
L’important appareil de notes en bas de pages permet de resituer pleinement dans leur contexte les réflexions de Guillemin sur la question religieuse. Elles sont si denses qu’elles offrent comme une seconde lecture parallèle aux textes de Guillemin, apportant généreusement un ensemble de connaissances toujours utiles et pertinentes, à la fois littéraires et historiques pour le plus grand plaisir du lecteur.

L’intérêt de cet ouvrage est d’avoir réunis des textes devenus quasiment introuvables et d’offrir un corpus cohérent montrant la dimension spirituelle de la quête de vérité d’Henri Guillemin tout au long de sa vie.

Chacun des cinq textes ainsi réunis fait l’objet d’une introduction spécifique détaillée de P. Berthier, dont il convient de dire qu’elles sont de véritables aides à la compréhension : se départissant rigoureusement d’une tentante subjectivité, elles s’ancrent au contraire dans une pleine objectivité.
Ce travail de recherche éclaire, par ses profondes mises en perspective, les textes intranquilles de Guillemin et les positionne au niveau qu’il sied pour les apprécier comme il convient : mieux les connaître pour les uns, les découvrir avec intelligence pour les autres.

Par notre faute, le texte qui ouvre le recueil, devenu très difficile d’accès, avait été publié en revue en 1937 et simplement repris en annexe du Cas Guillemin (entretiens Guillemin/Berthier – Gallimard – 1979). Il s’agit d’un sévère réquisitoire contre les dérives et les nombreux scandales de l’Église qui avait à sa sortie, on s’en doute, provoqué de vives réactions au sein de l’institution vaticane.

Le deuxième texte Témoignages de l’Histoire, publié en 1948, complète Par notre faute en développant l’attitude des catholiques durant le long 19e siècle, de la Révolution française à la loi de séparation de 1905.

Le troisième, Nos frères séparés, Karl Barth (1950), est un chaleureux compte rendu d’un essai de cet éminent théologien protestant à propos de la position du christianisme face à la Guerre froide.
Ma conviction profonde (1962) présente la pensée intime de Guillemin sur ces sujets.

Enfin, Croire en actes (1973) est un essai sur Rousseau, Robespierre et Jaurès, trois croyants méconnus pour Guillemin.

Un ouvrage important qui fera l’objet d’une recension particulière, actuellement en préparation pour une prochaine newsletter.

Un livre disponible dans toutes les bonnes librairies ou accessible directement sur le site internet de l’éditeur.

Henri Guillemin, toujours d’actualité

L’association Présence d’Henri Guillemin, basée à Mâcon, organise le 2 octobre 2021, une de ses régulières manifestations phares visant à faire connaître l’homme Guillemin et son œuvre.

La prochaine Journée d’Etudes se tiendra le 2 octobre prochain à Mâcon et portera sur le thème : Henri Guillemin, un correspondant infatigable..
Elle fait suite à celle du 28 septembre 2019 sur le thème : Henri Guillemin : la foi, l’Eglise : un drôle de paroissien.

Pour de plus amples informations, se rendre sur le site de l’association en cliquant ici.

Bonne rentrée à toutes et tous.

Note rédigée par Edouard Mangin

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Les larmes d’Henri Guillemin

Catherine Dubuis (Seylaz) – photographie de Sophie Godel

Introduction

Catherine Seylaz, nom de plume, Catherine Dubuis, est une fidèle adhérente, résidant en Suisse, de qui j’ai reçu de nombreux messages que j’ai utilisés pour illustrer certaines newsletters. .

Suisse ? Eh oui, ce pays où séjourna pendant des décennies Henri Guillemin. Ce pays d’où nous arriva en 2017 le mémoire d’un jeune étudiant, Florian Papilloud ayant choisi Henri Guillemin pour son mémoire de Master d’Histoire sur le sujet : « Le croire sur parole ? – La popularité d’Henri Guillemin en Suisse romande et L’affaire Jésus (newsletter du 6 septembre 2017, cliquez ici). Ce pays, où Jonathan Samuel Wenger, un chercheur bibliographe, admirateur de Guillemin, nous a appris tout récemment, sa découverte d’un millier de nouvelles références d’émissions TV et autres articles venant compléter la déjà très riche bibliographie établie par Patrick Berthier (newsletter du 30 juin 2021, cliquez ici).

Et j’en arrive à Catherine Dubuis (Seylaz).
Fervente guilleminienne, Catherine me signala à plusieurs reprises l’existence de documents devenus rares (par exemple, l’émission TV où Guillemin présente sa revue de presse lors du centenaire de la Commune (newsletter du 16 avril 2021, cliquez ici).

Sa dernière missive fut celle-ci : « J’ai fait l’acquisition d’un très joli volume d’Henri Guillemin, intitulé Rappelle-toi, petit, publié en 1945 aux Portes de France, à Porrentruy, à l’époque où il était encore difficile aux écrivains français de publier en France, au sortir de la guerre. La Suisse romande avait pris le relais, notamment avec les éditions des Portes de France. Jolie édition imprimée en rouge et noir, avec couverture dessinée par Italo et Vincent de Grandi, peintres connus chez nous…… »

Tout ceci me donna l’idée de lui demander de rédiger un témoignage à propos d’Henri Guillemin, un texte à sa convenance, en vue d’une newsletter. Catherine accepta.

Son récit ci-dessous.

Note rédigée par Edouard Mangin

« Les larmes d’Henri Guillemin » de Catherine Dubuis

Au commencement, il y avait la radio. Ma sœur aînée possédait ce privilège inouï : un petit poste dans sa chambre, niché dans la table de nuit. Assise par terre, adossée au lit, je me laissais emporter par cette voix caractéristique, pressée, pressante, qui demandait avec passion qu’on l’entende. Bien plus tard, cette radio a fini en flammes, comme si la voix qu’elle avait abritée avait fini par l’embraser de sa ferveur.

Puis il y a eu la télévision, en noir et blanc, avec la même voix pressante, accompagnée d’un visage aux lunettes à large monture, d’un regard qui ne nous lâchait pas. Qu’avons-nous entendu ? Je ne m’en souviens pas. Seul me reste le son de la voix qui me clouait, fascinée, de la parole énergique qui ne tolérait aucune objection, aucune réticence, aucun doute.

Enfin, voici le souvenir d’un homme allant et venant sur la scène de l’Athénée; il parle de Claudel, et il pleure, tant l’évocation de ce grand poète l’émeut. La salle se tait, figée, la bonne société bourgeoise de Lausanne, embarrassée, ne sait trop comment recevoir ce témoignage à vif, ces propos enflammés auxquels elle n’est guère habituée.
Et je retrouve dans les archives de la Gazette de Lausanne le compte rendu de cette conférence à la date du 30 novembre 1955, « Claudel entre le monde et Dieu ». Le rapporteur parle bien de ferveur et de conviction, mais ne fait nulle allusion aux larmes qui m’ont tant frappée.

Quand, bien des années plus tard, j’ai adhéré à l’Association des Ami(e)s d’Henri Guillemin, revenant sur ce souvenir ancien, j’ai voulu en avoir le cœur net et je suis allée mettre le nez dans deux des publications que Guillemin a consacrées (parmi de nombreuses autres) à Paul Claudel.
Mais j’ai pris les choses à l’envers et ai commencé par Le « converti » Paul Claudel, paru chez Gallimard en 1968. A cette lecture, je n’ai pas compris comment notre conférencier avait pu être ému aux larmes par son propre propos. Le livre en effet n’est pas tendre pour son personnage principal, qui est désigné – et cela m’a frappée d’emblée – par ses initiales, façon désinvolte d’évoquer son sujet, réservée dans les biographies aux notes de bas de page.
Je passe sur la manière subtile (d’aucuns diraient perverse) de l’auteur de souffler le chaud et le froid, balançant son lecteur du meilleur au pire ; je ne résiste pas cependant à citer cette modulation toute en finesse entre deux argumentaires : « Reprenons notre étude, avec bonne volonté et bonne foi, et le moins possible d’inintelligence, en essayant de nous tenir à égale distance d’un excès de crédibilité et d’un excès de scepticisme. » (p.86)

N’ayant donc pas trouvé la source des larmes d’Henri Guillemin dans Le « converti » Paul Claudel, je me suis plongée dans Claudel et son art d’écrire, Gallimard, 1955. Je me rapprochais ainsi de la date de mon souvenir. Le livre est incontestablement plus flatteur pour son objet : sans hésitation possible, Claudel est un grand artiste de la langue. Les citations, innombrables, sont là pour le prouver. L’auteur est « envoûté » par le poète, il l’avoue, mais n’en perd par son œil critique pour autant, et ne résiste pas à donner quelques exemples du « mauvais goût » dans lequel Claudel sombre parfois : « C’est vrai, c’est éclatant, c’est d’une évidence consternante que Claudel se précipite quelquefois tête baissée, et avec une espèce d’entrain épouvantable, dans les gouffres du mauvais goût. » (p.133).
J’ose dire que j’adore Guillemin pour ce genre de déclaration !

La reconnaissance du génie de Paul Claudel et le fait de pouvoir en témoigner publiquement ont certainement été à l’origine de l’émotion manifestée sur scène par Henri Guillemin.
Et peut-être aussi la découverte d’une secrète et profonde similitude entre deux tempéraments, aussi à l’aise dans le murmure que dans la vocifération… ?

Catherine Dubuis

Théâtre de l’Athénée de Lausanne

14 juillet : Il y a 232 ans, tombait une bastille

On a récemment célébré avec tambours et trompettes le 200e anniversaire de la mort d’un des premiers laquais de la Domination.
On a édulcoré l’anniversaire d’une expérience politique alternative à cette même Domination, qui fut réprimée à coups de canons.

Pour notre part, nous célébrons aujourd’hui le 232eme anniversaire de la prise de la Bastille, acte 1 d’une Révolution française, dont les idéaux continuent de vibrer aujourd’hui, en France et dans le monde, et dont Guillemin, à travers ses travaux, ses conférences et ses écrits, reste une référence incontournable.
Les conférences de Guillemin sur la Révolution française, il faut les (re) lire/écouter/voir.

Guillemin fit, sur ce sujet, de nombreuses conférences filmées à la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone).
Nos longues recherches pour obtenir les vidéos de ces conférences firent chou blanc. Les services techniques de ce média belge nous apprirent, tout penauds, que les films avaient été rongés par des parasites au point d’être définitivement irrécupérables.
C’était sans compter sur le prosélytisme de Guillemin qui donna à peu près les mêmes conférences en Suisse, à la RTS. (Radio Télévision Suisse).

Bonne nouvelle, les conférences vidéo sur la Révolution française sont désormais, pour le bonheur de tous, accessibles en ligne grâce à un admirateur de Guillemin, Benoît Daroussin, animateur du site « La chaîne qui libère » sur lequel, on peut voir/écouter le cycle des 13 conférences (cliquez ici).

Et pour complément, rappelons ces titres :

E.M.

Ce livre est la transcription et la mise au net d’enregistrements des conférences données par Henri Guillemin à la Radiotélévision belge en 1967 sur l’histoire de la Révolution française. Guillemin donne ici une vision fort différente de celle de nos manuels scolaires….

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L’histoire sérieuse n’a pas encore mis en lumière la place qu’a tenue, dans la Révolution française, et dès le début, la crainte, chez les possédants, d’une menace sur leurs biens.
Ce qu’il faut savoir, et capitalement, c’est que, dès la réunion des Etats généraux, une grande peur s’est déclarée chez les honnêtes gens (les gens de biens, les gens qui ont du bien, des biens), face à ceux que l’on va exclure du droit de vote et de la garde nationale : les non-possédants, les gens de rien.

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Robespierre avait bien, en effet, une mystique – au moins au sens où l’entendait Péguy. La mystique républicaine, disait Péguy, c’est qu’on se faisait tuer pour la République ! Il se trouve que c’est exactement le parti qu’adopta Robespierre.

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Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789 – Anonyme – huile sur toile 58 cm x 73 cm – Musée national du château de Versailles – © Photo RMN-Grand Palais
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Jonathan Samuel Wenger, un passionné de Guillemin


Le Liseur – The Reader – Photo anonyme – 2008 Hulton-Deutsch Collection/Corbis

Se passionner pour Henri Guillemin, ce peut être vouloir tout lire de lui, entreprise facilitée par la réédition maintenant presque complète, chez Utovie, de son œuvre imprimée : non seulement ses livres et les recueils d’articles qu’il avait lui-même constitués, mais aussi des volumes publiés ces dernières années et qui permettent de découvrir d’autres textes, jusqu’ici peu accessibles, telles ces Chroniques du Caire (2019), anthologie d’articles parus de 1937 à 1939 dans La Bourse égyptienne et qui montrent quel grand critique littéraire était alors le jeune professeur Guillemin (pour en savoir plus, cliquez ici).


Ces publications-là sont destinées à se poursuivre, la prochaine, cet automne 2021, étant un volume centré sur le brûlot intitulé « Par notre faute » (1937) et qui réunit cinq textes où se dessine le portrait d’un Guillemin chrétien pour le moins explosif.

Se passionner pour Henri Guillemin, ce peut être aussi voir et revoir inlassablement tout ce qui est disponible, majoritairement grâce aux archives de la radio-télévision suisse (relayées auprès des plus jeunes par youtube), de l’immense activité du conférencier et de l’orateur de télévision : émissions isolées, ou, autour de 1970, ces fameux cycles de treize demi-heures sur un seul grand sujet (Napoléon, Tolstoï, Jeanne d’Arc, la Commune, 1871-1914…) ; et aussi, à ne surtout pas négliger malgré la frustration due au manque d’images, certains enregistrements seulement “audio” tels que « Ma conviction profonde » (diffusé en 1962 et qui figurera dans le volume à paraître annoncé plus haut), ou les remarquables conférences faites durant les années 70 et 80 au « Club 44 » de La Chaux-de-Fonds en Suisse et disponibles sur leur site.

Utovie diffuse également d’autres conférences audio sur les sujets ou sur écrivains auxquels Guillemin revenait le plus volontiers (Voltaire, Hugo, l’affaire Dreyfus, Jaurès…), plusieurs petits volumes – l’éditeur nous en annonce d’autres – proposant ensemble l’enregistrement et sa transcription, ce qui permet au même passionné dont nous parlons de lire, ou d’écouter, ou de faire les deux à la fois…

*

Aujourd’hui c’est un passionné d’un genre particulier que je voudrais vous présenter, car ses recherches personnelles ne sont pas seulement celles d’un lecteur ou d’un téléspectateur, mais se greffent directement sur le métier qu’il exerce.
C’est grâce à Nane Guillemin que je me suis trouvé en contact avec Jonathan Samuel Wenger, qui dans son premier message, le 3 juin, m’écrivait ces mots : « Modeste chercheur et bibliographe par plaisir, j’ai retrouvé au hasard de divers dépouillements quelques publications d’Henri Guillemin qui avaient échappé à vos recherches. Attaché par une forte sympathie à l’homme et à l’œuvre, j’ai creusé encore un peu, et ai fini par en dresser une petite liste. »

La « petite liste » était en pièce jointe : plus de cent références ! absentes, en effet, de ma bibliographie Guillemin, Une vie pour la vérité – Utovie, 2015 (cliquez ici) – qui était pourtant en progrès sur la première mouture de 1988 (Soixante ans de travail, Utovie aussi) ! De quoi envisager des maintenant une troisième édition, à deux auteurs cette fois, de ladite bibliographie…
Comme vous l’imaginez, je remercie, et chaleureusement, l’expéditeur de ce document si précieux, et je lui demande – c’est la question qui vient naturellement dans ces cas-là – comment il en est venu à se passionner pour Guillemin. Je pense que le mieux est de lui laisser la parole, car sa réponse donne envie de le rencontrer et de prolonger le dialogue :

« Je ne sais plus bien quand j’ai rencontré l’œuvre d’Henri Guillemin ; mais étant Neuchâtelois et m’étant commis aux études littéraires, la rencontre était inévitable. J’ai été très touché par son côté iconoclaste, attaché à ne pas laisser primer l’œuvre sur l’auteur ; au moment où je développais une vague conscience politique, son approche m’a permis de remettre en perspective les axiomes de la littérature comme participation à un ordre social.
Cela, comme sa personnalité très humble et généreuse, ce côté très accessible, sans prétention, cet homme qui semblait regarder son métier comme un travail et non comme une fonction sacerdotale, cette volonté de ne pas oublier dans l’écriture de l’histoire qui étaient les auteurs, outre leur technique, d’oser juger en fonction de leur humanité, de leur altruisme (de la charité, plus proprement), ont fini par m’attacher pour de bon à lui.
Enfin, mon côté un peu obsessionnel se trouve un terrain de jeu assez fantastique dans une œuvre aussi vaste que celle d’Henri Guillemin ; il y a toujours quelque chose à retrouver ! J’ai d’ailleurs commencé à dresser une liste de ses conférences et émissions, basée sur les traces de la presse (la numérisation des programmes Radio-TV suisses a été pour cela un bel atout). Ce travail est en cours (et un peu interrompu par les circonstances), mais j’ai pour l’instant pu relever environ 360 conférences et 940 émissions.
 »

Ce second travail est loin d’être achevé, car le total des conférences est bien plus élevé que cela et Jonathan Samuel Wenger est le premier à le savoir. Mais la collecte est déjà presque incroyable (près de mille émissions !).
J. S. Wenger m’a également permis de lire ce second fichier dans son état provisoire actuel, et la qualité du “produit” est impressionnante : il n’y a pas seulement là une liste, précieuse par sa seule existence, mais, chaque fois que c’est possible, le lien internet vers le document (c’est vrai aussi du complément proprement bibliographique dont j’ai parlé en premier).
Il y a là une telle mine que je n’ai pas pu m’empêcher d’en demander encore un peu plus sur les raisons d’une telle enquête, par définition dévoratrice de temps (j’en sais quelque chose). Et la modestie en même temps que l’humour de la réponse complètent de jolie manière un portrait de « passionné » authentique :
 
« Quant à moi, Neuchâtelois donc, diplômé en littérature française ainsi que bibliothécaire, je suis actuellement collaborateur scientifique à l’Université de Genève. J’y participe au projet Rougemont 2.0, qui édite en ligne et en libre accès les œuvres de Denis de Rougemont. J’ai donc la chance énorme d’être payé pour fouiner dans des imprimés et des manuscrits, et de les éditer. […]. Quant à mes travaux de bibliographe, je réalise plutôt des compléments à des œuvres qui m’intéressent ou me touchent, quand il y a matière. La seule bibliographie complète que j’ai réalisée, et qui est toujours un travail en cours, est celle de Jean Starobinski, commencée lorsque je cataloguais sa bibliothèque, et qui n’est publiée qu’en ligne. » (*)

L’écrivain genevois Denis de Rougemont (1906-1985) a retenu l’attention de Guillemin par deux fois, pour son Journal d’Allemagne, précieux témoignage sur l’hitlérisme en plein essor, et pour son (trop ?) célèbre essai sur Tristan et Yseut L’Amour et l’Occident (voir Chroniques du Caire, 1er janvier et 21 mai 1939, p. 184-190 et p. 216-221).
Quant à Jean Starobinski (1920-2019), autre Genevois d’importance, Guillemin le connaissait, avait lu son essai de référence Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l’obstacle (1957), et malgré les différences de leurs itinéraires intellectuels les deux hommes s’estimaient. « Staro », comme l’appelaient ses amis, n’a pas hésité à écrire, pour prendre la défense de la méthode de Guillemin, ou plutôt pour dire qu’elle est la plus naturelle : « Que serait l’objectivité entière ? Une avalanche de documents […] du dernier ennui. […] Il faut présenter, commenter, ordonner. Et voici que reparaît ce louche intermédiaire, la personnalité du critique. On n’a pas encore découvert une méthode qui révèle les œuvres en se faisant elle-même invisible ».
Et aussi, toujours favorablement à Guillemin : « Le dénigrement est regrettable. Mais le culte des “grandes œuvres”, quand il prend le ton de religiosité bêlante, est une mystification exaspérante » (réponses à l’ « Enquête sur la méthode critique » de Maurice Nadeau, Lettres nouvelles, 24 juin 1959, p. 13 et p. 14, citée dans Henri Guillemin tel quel – Utovie, 2017 (p. 25 et p. 50) (cliquez ici).
Il doit être bien passionnant de travailler sur l’œuvre de ces deux grands esprits, qui l’un et l’autre ont eu des points de contact avec Guillemin.

Tout cela pour dire que nous suivrons avec une pleine sympathie et une inévitable curiosité l’avancement de l’enquête de Jonathan Samuel Wenger : nous n’aurons probablement jamais d’Œuvres complètes d’Henri Guillemin, mais le travail de fourmi d’hommes qu’il passionne à ce point peut contribuer, ô combien, à constituer peu à peu des Œuvres aussi complètes que possible. Grand merci à ce “dénicheur”, dont nous ferons connaître les trouvailles.

(*) : la bibliographie de Jean Starobinski établie par J.S. Wenger est disponible en cliquant ici
Fiche de J.S. Wenger : cliquez ici

Note rédigée par Patrick Berthier.

Henri Guillemin