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L’enseignement de l’Histoire en péril

La société orwellienne

L’enseignement de l’histoire n’a jamais été un sujet neutre. Les classes dominantes ont toujours cherché à orienter le récit de façon à conforter leur position, à édulcorer les rapports sociaux, à éviter la prise de conscience des enjeux de rapports de classe.
A leur service, les pouvoirs politiques se sont toujours méfiés de cette discipline qui développe l’esprit critique plutôt que son formatage et qui empêche d’entrer dans le moule de la pensée officielle.

Comme le dit l’historienne Michèle Riot-Sarcey dans la préface de son dernier livre (Le procès de la liberté. 2016 – Ed. La découverte – 355 pages), « le lien entre passé, présent et avenir, est aujourd’hui défait. Dans la France – comme dans le monde – du XXIe siècle débutant, l’absence de projection vers le futur est devenue si manifeste que la connaissance du passé semble totalement suspendue aux attentes de l’immédiat, aux modes comme aux usages pragmatiques des concepts en vogue.
L’absence de perspectives collectives, à court et à long terme, soumet la plupart de nos contemporains à la déficience politique et assujettit la recherche, y compris historique, à la demande des agences nationales dont les objectifs visent à l’application directe et à la rentabilité sociale. […/…]
Aujourd’hui, l’intérêt d’une Histoire à vocation édifiante n’a plus cours, tant elle semble avoir été emportée avec la chute du mur de Berlin en 1989, quand furent programmés la mort des utopies, le triomphe du libéralisme et, paradoxalement, la « fin de l’Histoire » » .

La question est donc de savoir si l’Histoire, telle qu’enseignée aujourd’hui au collège et au lycée, a encore pour objectif de donner aux élèves les clés pour comprendre le monde actuel.

Elle semble être devenue le vecteur privilégié d’un processus visant à faire accepter ce gentil acronyme usité par l’oligarchie mondialisée : « TINA ». Un joli prénom pour dire « There is no alternative ». Autrement dit, pas d’autres modèles que celui du capitalisme ultralibéral.

Enseignement de l’Histoire – Enjeux, controverses autour de la question du fascisme. Ed. ADAPT SNES – 2016 – 126 pages – 12€

 

Deux professeures d’histoire de l’enseignement secondaire, Joëlle Fontaine et Gisèle Jamet, ont étudié l’évolution des programmes scolaires en Histoire, au collège et au lycée (classes de troisième et de première), depuis les années soixante-dix.
A leurs yeux, cette évolution caractérisée par des réformes à répétition, signe une volonté explicite de refondation de l’école pour qu’elle s’adapte aux besoins d’une société néolibérale qui veut surtout éviter de fournir aux élèves les moyens d’exercer une réflexion profonde sur la société actuelle.

 

Un formatage idéologique

Les deux auteures expliquent très clairement comment ce processus appelé « réforme », qui s’apparente à une casse de l’enseignement en général et de celui de l’Histoire en particulier, fut lancé dans les années 70.

Elles montrent bien que cette progressive et programmée aseptisation de l’analyse critique des faits historiques s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de transformation de l’éducation nationale afin qu’elle corresponde aux directives de l’Union européenne qui formule ainsi son ambition : « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde ».

Cette stratégie aboutit à une remise en cause des principes hérités du Conseil National de la Résistance qui avait érigé en priorité nationale l’élévation générale du niveau de culture et de formation dans un but d’émancipation des individus.

Joëlle Fontaine et Gisèle Jamet citent un extrait d’un des nombreux rapports officiels toujours produits par les experts pour légitimer les processus de normalisation. Ici, le rapport Thélot de 2004 : « La notion de réussite pour tous ne doit pas prêter à malentendu. Elle ne veut certainement pas dire que l’École doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées, même vaguement, à la structure des emplois. »

La conséquence pour l’enseignement de l’Histoire est décrite par les auteures comme une « normalisation insidieuse » qui s’effectue par le biais d’une remise en cause de la continuité chronologique au profit d’un découpage thématique, ou par l’accent mis sur quelques concepts (brutalisation, guerre d’anéantissement, valeurs morales…) plutôt que sur la révélation des causes sociales, politiques et économiques des événements.

L’ouvrage présente la situation de façon nette et objective avec toutes les références requises et se compose de six chapitres. Le cœur de ce cri d’alerte occupe les trois chapitres centraux (§2 – Une Histoire désarticulée et désossée ; §3 – Une lecture dogmatique de l’Histoire : les concepts imposés de l’ordre néolibéral ; §4 – Des compétences plus que des connaissances). Il est encadré par deux autres chapitres portant sur le récit des réformes successives, allant toutes dans le même sens (§1 – Les programmes d’Histoire 2009-2010 : une naissance chaotique ; §5 – Quarante ans de normalisation insidieuse).
Il se termine par une dernière partie au titre alarmant : §6 – Vers la fin de l’enseignement de l’Histoire.

Brun-noir/Rouge sang

Joëlle Fontaine et Gisèle Jamet ont particulièrement analysé la façon dont la notion du fascisme est actuellement enseignée à travers l’étude des programmes scolaires. Leur diagnostic est inquiétant.

Ainsi, les conséquences de la Grande Guerre se résument en un mot : « brutalisation », néologisme anglo-saxon par lequel on enseigne de façon uniforme la naissance et le développement des deux formes de totalitarisme, le fascisme et le communisme, pourtant très différentes sur le plan politique et socio-économique.
Ce terme de brutalisation est à la fois si générique et si ancré sur le plan moral qu’il occulte complètement le jeu des rapports et des tensions politiques qui était alors à l’oeuvre. Il rend impossible l’étude de leurs origines respectives, leurs différences structurelles, les réactions des milieux industriels et financiers, la position des églises, les luttes internes, les affrontements, les résistances, etc…

En effet, tout se résume à indiquer que les pays concernés ont vécu sous la terreur, régime présenté comme non convenable. L’anticommunisme du fascisme et l’antifascisme du communisme n’ont pas besoin d’être expliqués puisqu’ils caractérisent l’inhumanité de ces deux « bêtes immondes ».

Pour les auteures, ces choix, entrés en force dans les programmes dans les années 1990, se sont traduits par des apprentissages plus superficiels, une baisse de l’intérêt des élèves pour l’Histoire, une perte de sens. Mais ils ont surtout abouti à une « lecture dogmatique de l’Histoire » qui s’observe très clairement dans l’enseignement du fascisme.

La notion de fascisme a en effet purement disparu des programmes, tout comme la crise de 1929 qui en est la cause première. De même, ont disparu, la guerre d’Espagne (l’Espagne républicaine et sa résistance contre les putschistes franquistes), les luttes antifascistes et dans une moindre mesure l’Italie de Mussolini, tandis que l’étude du système concentrationnaire allemand passe sous silence les centres de détention pour les opposants au nazisme (résistants allemands, militants communistes, opposants politiques parqués dans des camps dès 1933).

Les auteures avancent que mettre ainsi l’accent sur le concept générique de « totalitarisme » permet « une criminalisation du communisme » au détriment d’une analyse sérieuse d’un mode de production différent, de son histoire, de ses erreurs ; une mise à l’index sans retenue depuis la chute du Mur.

A l’heure où, sur fond de crise économique structurelle, l’extrême droite renforce ses positions dans plusieurs pays d’Europe, et non des moindres, ce procédé efface le caractère propre du fascisme, notamment son antihumanisme et sa nature contre-révolutionnaire, la violence qu’il exerce contre les syndicalistes et toute forme de solidarité sociale, donc de fraternité dans la communauté et surtout son lien étroit avec les classes capitalistes de la grande industrie et de la haute finance.

Ce livre pose la question de la capacité dont dispose encore l’enseignement de l’Histoire à aider les jeunes à mieux comprendre les enjeux du monde d’aujourd’hui au regard des leçons du passé et ainsi former leur citoyenneté.

Note rédigée par Edouard Mangin

 Tableau de Mark Rothko – Untitled (Black and red) – 1962 – Samsung Museum of Art

 

Pour aller plus loin

La meilleure façon de se rendre compte des dégâts est de lire l’ouvrage d’Annie Lacroix-Riz L’histoire contemporaine toujours sous influence (éditions Delga – Le temps des cerises – 2012). Ce livre prolonge en quelque sorte la réflexion dans le secteur de la recherche en Histoire et dans le milieu universitaire. Il s’agit d’une réédition augmentée, d’un premier livre sorti en 2004 qui mettait l’accent sur la dérive que connaissait la recherche historique depuis les années 1980. Depuis, de « réformes » de l’université et du CNRS en « réformes » de l’évaluation des travaux, la situation s’est aggravée. L’histoire indépendante et critique, est de plus en plus mise à l’index sur fond de pressions financières, idéologiques et politiques des milieux dirigeants qui affectent en profondeur la recherche historique et l’enseignement de la discipline.

Un autre ouvrage, plus théorique et conceptuel, converge vers le même diagnostic : Pour une éducation humaniste de Noam Chomsky (Ed. L’Herne – 2010 – collection Carnets de l’Herne).
Dans ce petit livre, Chomsky développe une réflexion sur ce que signifie enseigner ou apprendre et comment il conviendrait de penser et d’organiser l’enseignement pour qu’il réponde au besoin d’enrichissement intellectuel du peuple. Il s’insurge contre la tendance endoctrinaire de l’éducation telle qu’elle est de plus en plus pratiquée dans les écoles et les universités et pourfend la propagande politique qui en prend le relais, notamment dans les médias.

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Un jeune chercheur suisse consacre son master à Henri Guillemin

C’est incontestablement une bonne nouvelle pour les habitants de la planète Guillemin de constater qu’aujourd’hui, l’intérêt pour Henri Guillemin, ses travaux, sa personnalité, est suffisamment vif pour qu’un étudiant décide d’y consacrer son mémoire de master d’histoire. C’est le cas de Florian Papilloud, étudiant suisse de l’université de Neuchâtel.

On le sait, Guillemin a passé une grande partie de sa vie à Neuchâtel. C’est de là qu’il a développé une intense activité de conférencier un peu partout en Europe et produit d’importants ouvrages sur l’histoire littéraire et politique du XIXe siècle avec des incursions dans celle du XXe. Cela laisse forcément des traces. Son style, sa démarche, ses engagements, son combat ont marqué les esprits et continuent aujourd’hui d’exciter la curiosité.  

C’est sans doute un peu tout cela qui a amené Florian Papilloud à choisir Guillemin pour son mémoire.

Né en 1989 à Sion, en Valais, Florian Papilloud a d’abord étudié la physique et les mathématiques au lycée mais a décidé de s’inscrire en sciences humaines à l’université de Neuchâtel. Doté d’un Bachelor avec comme matières principales l’Histoire et les sciences de l’information et de la communication, et comme matière secondaire les sciences et pratiques du sport, il a ensuite entrepris un Master en Histoire (orientation Histoire moderne et contemporaine). Laurent Tissot, docteur en sciences politiques, son directeur de recherches ayant mentionné Henri Guillemin lors de ses cours, il n’en fallut pas plus pour qu’il s’intéresse au personnage et à ses émissions télévisées, d’autant que Neuchâtel fut sa ville d’adoption.   

Son message du mois d’août, nous informant qu’il nous adressait son mémoire de master fut l’agréable surprise de l’été.
Aussitôt reçu, aussitôt lu, notamment par Patrick Berthier qui en a tiré un compte rendu critique, sujet de notre lettre de rentrée, que vous allez découvrir ci-dessous.

Compte rendu

Après l’avoir soutenu au terme de l’année universitaire 2016-2017, Florian Papilloud, étudiant en master à l’université de Neuchâtel, a eu l’excellente idée d’adresser à notre association un exemplaire de son mémoire, et nous voudrions partager avec vous tout ce que son travail a d’intéressant.

Le titre principal (très guilleminien !) : Faut-il le croire sur parole ? se développe en un sous-titre : La popularité d’Henri Guillemin en Suisse romande et « L’Affaire Jésus », qui donne le plan même du mémoire : « Le personnage Guillemin » (24 pages), « Le talent oratoire » (14 p.), « L’Affaire Jésus : un retentissement » (23 p.).

La première partie, celle où l’apport de F. Papilloud est forcément le moins personnel, dessine un parcours biographique et un portrait dont les éléments proviennent en bonne part d’Une certaine espérance – les entretiens avec Jean Lacouture.

C’est un choix intéressant, car il s’agit là de la version la plus tardive (enregistrée en mai-juin 1990, publiée en janvier 1992) de l’image que Guillemin voulait donner de lui-même. Mais l’auteur propose aussi une documentation proprement suisse, d’où il ressort par exemple que si, dans ses vieux jours, Guillemin était bien vu de sa municipalité comme contribuant au renom de la ville, ça n’avait pas été toujours le cas, et de loin, lors de son arrivée, les milieux « vichystes » (mot d’une nécrologie, cité p. 13) ayant vu d’un mauvais œil son intrusion dans la bonne société neuchâteloise.

Le travail de Florian Papilloud retient vraiment l’attention à partir du deuxième chapitre, car, l’ayant conçu et écrit sur les lieux mêmes où vivait Guillemin, il cherche à y définir quelle était son image en Suisse romande, à partir de ses conférences et de ses émissions. Il donne en particulier nombre d’extraits de la presse régionale suisse, qui ne nous est pas facilement accessible, et où l’on peut voir que même dans son pays d’adoption Guillemin n’était pas toujours bien vu, surtout, cela va de soi, dans les périodiques de droite ; notamment dans le Valais où, selon un de ses critiques, les plus jeunes auditeurs de ses conférences, « charmés par le verbe de ce babilleur, “gobent” à coup sûr les plus néfastes affirmations du dangereux démagogue » (Le Nouvelliste du 31 mai 1968, cité p. 32).

Quant au point qui pourrait étonner le plus, le choix de consacrer toute une partie à L’Affaire Jésus, il s’explique bien sûr par l’importance de la réflexion et de l’histoire religieuses dans l’œuvre de Guillemin, notamment durant les dernières années de sa vie, mais aussi par le fait qu’étant sur place, l’auteur a utilisé une partie du fonds documentaire, encore largement inexploité, déposé à la bibliothèque de Neuchâtel après la mort de Guillemin.
On y trouve de nombreuses lettres reçues par lui, parmi lesquelles F. Papilloud a logiquement sélectionné les 142 envoyées de Suisse même ; or, parmi ces 142, il y en a 62 sur L’Affaire Jésus : cela méritait en effet qu’on aille y voir.

Premier constat : seules cinq de ces lettres sont négatives, toutes les autres sont, dit l’auteur, « bienveillantes » (p. 52) ; il suppose donc que c’est Guillemin qui « aurait décidé de se débarrasser des lettres les plus virulentes, agressives ou insultantes » (ibid.).

Sur ce point précis, il se trouve que je peux dire que ce n’est pas le cas.
Nous nous écrivions souvent et, au moment de L’Affaire Jésus, dont le succès l’étonnait, il ne cessait de me donner avec ravissement les chiffres des ventes (50 000 exemplaires en six mois en édition normale, à quoi s’ajouteront à partir de 1984 les ventes dans la collection de poche « Points »), et dans sa lettre du 4 octobre 1982 – le livre avait été mis en vente en mars – il précisait avoir reçu « 203 lettres d’inconnus dont près de 200 disent MERCI (7 prêtres) » : ce qu’il a gardé correspondait donc bien à ce qu’on lui avait envoyé, et les critiques, qui furent nombreuses, vinrent plutôt de la presse.

Il n’en est pas moins très intéressant de constater, grâce à F. Papilloud, que Guillemin, qui a jeté des quantités de lettres lors de son dernier déménagement, avait gardé celles-là, qui sans doute lui donnaient l’impression de ne pas être seul dans son anticonformisme ; Papilloud indique d’ailleurs que plus de la moitié des lettres (44 sur 62) viennent de cantons de tradition protestante, et sept seulement de cantons explicitement catholiques – ce qui explique sans doute qu’il n’y ait que peu de lettres de prêtres.

Au fil de la lecture bien d’autres détails instructifs apparaissent.

Par exemple nous savons aujourd’hui que La Vérité sur l’affaire Pétain, qui a paru à Genève en octobre 1945 sous le pseudonyme de Cassius, est de Guillemin, puisque la réédition de ce texte par Utovie, en 1996, avec une préface de son fils Philippe, a rétabli son nom sur la couverture ; mais F. Papilloud fait remarquer qu’à l’époque où sa série d’émissions à la télévision suisse romande, intitulée « Pétain » (treize demi-heures, entre le 3 mai et le 10 juin 1981), a suscité le tumulte dans la presse helvétique, le livre n’était ni réédité ni connu comme étant de lui.

Et à qui Guillemin a-t-il dit que, le 14 juin, il avait participé à la télévision suisse à un débat sur cette série d’émissions avec Jacques Isorni, Jean-Noël Jeanneney, Henri Amouroux et Jean-Raymond Tournoux ?
Pas à moi en tout cas. On aurait bien voulu y être, et d’autant plus que même Isorni n’a pas réussi à démontrer que Guillemin avait tort.

Il y a aussi dans ce mémoire des détails plus anecdotiques, comme cette analyse d’un graphologue suisse pour qui l’écriture de Guillemin révèle à la fois la « prédominance de l’esprit d’analyse », « un souci d’objectivité » et la « crainte de se laisser entraîner par la passion » (cité p. 16)… ce qui n’est pas mal vu, mais qui se déduit aussi bien de la lecture de l’œuvre imprimée !

J’aime mieux lire ce qui nous fait comprendre pourquoi et comment la façon de parler ou d’écrire de Guillemin séduisait.
Ainsi ces mots d’un journaliste s’adressant à lui dans son article élogieux sur une autre série télévisée, celle sur Jeanne d’Arc : « On parle de vous dans les cafés, dans les bistrots […]. Vous auriez aimé ce qu’ils disaient, ces employés sans légende, ces retraités sans aigreur. Ils souriaient, leurs visages s’animaient. Savez-vous, ils sont sceptiques, ils se demandent où vous allez chercher vos histoires. Mais ils ne vous manquent pas, le dimanche soir » (Louis Gaillard, « Le roman de Jeanne », Journal de Genève, 12 août 1970, cité p. 24).

Ou bien cet extrait de la lettre d’un ouvrier horloger : « Et vous êtes toujours si simple, d’abord si facile avec nous autres gens du peuple, ouvriers et employés, vous nous faites participer avec des mots simples et compréhensifs pour tout un chacun » (lettre du 18 mars 1983, citée p. 30 ; fonds Guillemin, cote MS B 3/809).

Dans ce qui est anecdotique, mais pas négligeable pour autant, notre jeune chercheur précise (p. 40) que cette popularité de Guillemin s’est fortement atténuée après sa mort, et que sa renaissance très récente grâce à internet demeure relative ; il écrit (avec le « nous » de majesté propre aux conventions de l’écriture universitaire, mais aussi avec le sourire) : « Lorsque nous demandons à des gens s’ils connaissent Henri Guillemin, il est nécessaire d’ajouter qu’il s’agit du monsieur avec de grosses lunettes qui parlait seul face à la caméra », et à ce détail ils le reconnaissent…

J’ai aussi beaucoup apprécié que Florian Papilloud analyse dans le détail certains exemples vraiment significatifs.

Nous apprenons ainsi p. 39 que la série (venimeuse, on le sait !) sur Napoléon, diffusée entre janvier et août 1968, connaît un tel succès malgré l’heure de diffusion tardive (le samedi à 22h, voire 23h) que, pour les derniers épisodes, la chaîne décide d’une rediffusion le jeudi à 18h10.
Cette faveur faite à Guillemin (en vue, bien sûr, d’une meilleure audience) irrite la partie hostile de la critique, et l’auteur donne (p. 42-43) des détails précieux sur l’image “gauchiste” qui était celle de la Télévision suisse romande depuis l’après-guerre : Guillemin en bénéficiait et en pâtissait à la fois.

F. Papilloud analyse notamment (p. 55-57) le choix fait par la TSR de diffuser six émissions de lui sur « L’affaire Jésus » un an et demi après la parution de son livre, et de les diffuser du 19 au 24 décembre 1983 vers 18h ; et il cite une vive protestation de l’Association vaudoise des téléspectateurs et auditeurs contre les dates et heures choisies, car « l’idéalisme gauchisant teinté d’un vernis de christianisme » qui est la marque de Guillemin, pour ces honnêtes gens, ne peut satisfaire les croyants quand on lui accorde la vedette justement dans « la semaine précédant Noël » (cité p. 56).

On aura compris tout l’intérêt que présente cette enquête. Comme (ancien) professeur, j’aurais bien mon mot à dire sur certaines petites négligences d’écriture, mais cela n’a vraiment pas d’importance, tant la récolte a de quoi retenir l’attention.

Merci, donc, à Florian Papilloud d’avoir mené à bien ce joli travail, et aussi à son professeur M. Laurent Tissot, car ils ne sont pas légion, les universitaires qui dirigent des travaux sur un homme aussi compromettant : en France, à vrai dire, je n’en connais pas, et j’ai au contraire éprouvé jadis, jeune universitaire moi-même, à quel point il était mal vu de s’intéresser à lui.

Puisse donc Florian Papilloud prendre la tête d’une lignée nouvelle de “guilleministes” qui, en Suisse mais aussi en Belgique et au Canada (où existent peut-être des travaux que nous ne connaissons pas), ont encore beaucoup à nous apprendre sur le vrai Guillemin.

Compte rendu de Patrick Berthier

Pour compléter

Pour lire le résumé du livre « L’Affaire Jésus », cliquez ici

Pour en savoir plus sur l’université de Neuchâtel, cliquez ici

Quod Est Veritas ? – le Christ et Pilate. Tableau de Nikolaï Gay (1831 – 1894) – Musée de l’Hermitage 
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La Révolution toujours vivante

Chute de la royauté. Prise du Palais des Tuileries le 10 août 1792. Tableau de Jacques Bertaux (1745-1818) – RMN 

Révolution ! Ce mot que la pensée dominante voudrait bien effacer

Le Monde des livres du 23 juin 2017 publie une double page sur l’héritage révolutionnaire, à l’occasion de la parution de plusieurs livres :
Alain Badiou : Que signifie changer le monde ? éd. Fayard. Dernier tome paru de son séminaire
Sophie Wahnich : La Révolution française n’est pas un mythe – éd. Klincksieck
Jonathan IsraelUne révolution des esprits, les lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne – éd. Agone
Un numéro de la revue Critique : Révolution française : la grande promesse
et je n’oublie pas une note rapide sur La bataille du bicentenaire de la Révolution – éd. La Découverte par Michel Vovelle.

Intéressant que ce journal [dit de « référence » – note de l’éditeur] donne autant d’importance à cette conjonction de publications. On peut se demander pourquoi, à vrai dire.
Est-ce parce qu’un président de la République récemment élu a intitulé son dernier livre Révolution ? Ce serait malveillant d’en faire l’hypothèse.
Quoique, des livres consacrés à la Révolution les années précédentes n’ont pas eu l’honneur d’être recensés par Le Monde, à commencer par les conférences de Guillemin sur Les deux Révolutions françaises – 1789/1792 – 1792/1794 (éditions Utovie – Pour en savoir plus, cliquez ici.)

1793, la Fête de l’Unité, en commémoration de la chute de la monarchie le 10 août 1792.
Tableau de Pierre-Antoine de Machy  (1723-1807) – Musée Carnavalet

 

Que dit cet article ?

Ne boudons pas notre plaisir et regardons de près ce qui est dit.

Jean Birnbaum interroge Badiou et celui-ci récuse bien des présupposés qui sous-tendent les questions de Birnbaum.
D’abord sur l’héritage de 89, Badiou refuse sèchement que la notion même d’héritage ait un sens en la matière, car seuls les révolutionnaires peuvent en parler et reconnaître ce qui a pu les influencer dans l’histoire de leurs prédécesseurs, et à quoi leur propre révolution ne peut certainement pas se limiter ; les autres, ceux qui sont de l’autre côté, on va dire celui de l’histoire officielle, ont surtout à coeur d’imposer aux révolutions un « couvre-feu » mémoriel qui les rend incompréhensibles et transmettent un certain nombre de légendes qui ont la vie dure (par exemple sur Robespierre, notamment), pour seul but de déconsidérer l’acte révolutionnaire lui-même, de montrer son inutilité, de souligner sa sauvagerie.
Badiou refuse aussi que soit toujours posée la question du « bilan » des Révolutions « la réaction demande toujours que son « bilan » intégralement négatif des révolutions, ramenées généralement à des crimes absurdes, qu’il s’agisse de Robespierre, de Lénine, de Staline ou de Mao, soit partagé par tous.
Mais en définitive ce sont les révolutionnaires et eux seuls qui proposent le vrai bilan des révolutions.

Combats de la rue de Rohan, le 29 juillet 1830. Tableau de Hippolyte Lecomte (1781-1857) – Musée Carnavalet

Sans doute l’expression « crimes absurdes » demanderait à être creusée.
Que signifie-t-elle exactement ? Que les révolutionnaires n’en avaient pas besoin ? Que ces crimes allaient ternir l’image des révolutionnaires ? Qu’ils étaient l’oeuvre de fous furieux plutôt que de véritables révolutionnaires ? On pense aux massacres de septembre – que Guillemin lui-même a tant de mal à justifier. Ou à certaines exécutions durant les derniers jours de la Commune.

Révolution de 1848. Lamartine devant l’Hôtel de ville de Paris le 25 février 1848. Tableau de Félix Philippoteaux (1815-1884) – Petit Palais Paris

Faut-il admettre que dans le « peuple » au nom duquel la révolution se fait ou qui en est le principal artisan – et que de toute manière le révolutionnaire ne peut manquer de glorifier – il y a des éléments dont la violence se déchaîne et prend des dimensions qui sont nettement pathologiques – ce que Marx appelait du nom de « lumpenprolétariat », prolétariat en haillons ? Faut-il tout excuser au nom de l’oppression si longtemps subie et des crimes atroces que les tenants de l’ordre ont commis pour instaurer leur pouvoir et pour le conserver ? Faut-il voir dans le peuple en mouvement l’incarnation d’une justice qui dépasse les normes généralement admises ?

1793, la Fête de l’Unité, en commémoration de la chute de la monarchie le 10 août 1792.
Tableau de Pierre-Antoine de Machy  (1723-1807) – Musée Carnavalet

Décidément, la question est complexe et mérite certainement plus que quelques mots dans une interview.

La permanente réaction des « gens de biens »

L’on voit bien que les questions posées par Birnbaum vont dans le sens d’une dépréciation de l’événement révolutionnaire.
C’est encore plus net dans le compte-rendu qu’Antoine de Baecque fait du livre de Sophie Wahnich, dont nous avons rendu compte ici même.
Après les compliments d’usage sur la qualité de son travail et sa lucidité, de Baecque ne retient de l’originalité de la thèse de Wahnich, qu’un fait : celui de comprendre comment « la Révolution française a perdu son rôle d’agent philosophico-politique de compréhension et de transformation du présent » et du même coup sa mission « de faire du passé, à travers la Révolution, une catégorie de temps contemporaine du présent. » Rien sur le reste du livre qui explique une révolution encore bien réelle.

Manifestations du 6 mai 1968. Photo de Goksin Sipahioglu

Dans le même sens va le dossier établi par la revue Critique qui tend à montrer que « la philosophie, l’histoire et la fiction interrogent [la révolution] comme « à venir » ; c’est elle qui est invoquée comme un parangon de rupture et de radicalité. »
Et de Baecque de conclure : « La tentative est louable, toujours stimulante – Sophie Wahnich connaît bien ses classiques et les actualise avec talent – mais pèche parfois par trop de certitudes. »
Et surtout, elle se limite à une gauche radicale en laissant de côté d’autres courants qui ont tenté de s’opposer à cette gauche au cours de controverses qui ont duré une bonne partie du 18e siècle.

Ces controverses, Jonathan Israël en retrace l’histoire et de Baecque trouve son travail très éclairant parce qu’il permet de ne plus faire référence à Robespierre, aux Montagnards etc, comme aux seuls porte-paroles du peuple…, comme à la seule incarnation de la vérité.

Je comprends bien son soulagement, sauf que les autres courants n’étaient pas révolutionnaires !! Ou n’étaient que les représentants des intérêts de la bourgeoisie propriétaire !!

Manifestations contre l’oligarchie mondialisée – G 8 le 21 mai 2011 au Havre (à gauche) – G 20 le 6 juillet 2017 à Hambourg (à droite)
MANIFESTATIONS CONTRE L’OLIGARCHIE MONDIALISÉE – G 20 LE 6 JUILLET 2017 À HAMBOURG

Le dernier mot, je le laisse à Nicolas Weill qui, à propos du livre de Vovelle, écrit : « que l’espérance révolutionnaire soit demeurée vivace, alors que la démocratie est en crise, n’intéressera pas que les spécialistes. »

Ce qui me semble, pour ma part, plus riche de promesses.

Lecture critique de Patrick Rödel


Pour aller plus loin

Pour compléter la réflexion sur le fait que la Révolution n’est pas devenue une relique pour musée, qu’elle est au contraire bien vivante ; pour enrichir la compréhension des mouvements complexes en cours aujourd’hui sur le plan socio-politique, nous versons à ce dossier quelques livres salutaires.

De Jacques Rancière : En quel temps vivons-nous ? – éd. La fabrique. C’est une conversation avec Eric Hazan, éditeur du livre, au cours de laquelle, entre autre, on apprend pourquoi la démocratie n’est pas superposable au système représentatif, et bien d’autres sujets sur les mouvement révolutionnaires.

De Bruno Amable et Stéfano Palombarini : L’illusion du bloc bourgeois – éd. Raisons d’agir. Ce petit livre montre admirablement les enjeux politiques stratégiques qui traversent et bouleversent les anciens systèmes politiques d’aujourd’hui, sur fond d’évolution du capitalisme ultra libéral mondialisé.

De Jean-Claude Milner : Relire la Révolution – éd. Verdier. Un parfait contrepoint aux sous-entendus de l’article du Monde et une saisissante réhabilitation de Saint Just et de Robespierre ; de quoi faire hurler les gens de « biens ».

Et puisqu’on parle de Robespierre, citons cet admirable recueil de poèmes de Gertrud Kolmar (née en 1894 à Berlin, morte le 2 mars 1943 à Auschwitz) –  : Robespierre [poésies] – éd. Circé, bilingue, écrit en 1932/33 et enfin traduit en français.

 

Manifestations place de la République à Paris contre la démantèlement de la sécurité sociale en décembre 1995.
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Chemin de traverse n° 7 : « la Révolution française n’est pas un mythe »

Exécution légale de Louis XVI. Estampe du 18 e comme symbole de la réalité effective de la Révolution en tant que retournement des ordres illégitimes. Musée Carnavalet

Je ne sais pas si Henri Guillemin aurait apprécié le livre de Sophie Wahnich, La Révolution n’est pas un mythe, publié chez Klincksieck, dans la collection « Critique de la politique » que dirigeait Miguel Abensour. – il n’avait pas la tête philosophique, on l’a dit, et n’a jamais éprouvé le besoin d’expliciter les présupposés théoriques de sa conception de l’Histoire. De son côté, Sophie Wahnich ne mentionne pas, dans les travaux qui ont été suscités par le bicentenaire de la Révolution, le livre de Guillemin Silence aux pauvres – sans doute, si elle l’a lu, ne juge-t-elle pas qu’il mérite d’être étudié (ce en quoi elle aurait tort). 

Rapprochement sans intérêt, direz-vous ? Je ne le pense pas et pas simplement parce que l’objet  » Révolution française » est au centre de leurs travaux mais parce que le parcours de Sophie Wahnich renforce un certain nombre d’intuitions d’Henri Guilemin.

Voyons cela de plus près.

Sophie Wahnich étudie les positions de Sartre et de Lévi-Strauss sur la Révolution et donc sur l’Histoire. Elles sont, l’une et l’autre, d’un maniement difficile et je ne suis pas sûr que Sophie Wahnich soit toujours très claire dans son argumentation (cela est dû, en partie, à une édition souvent fautive). Et c’est dommage, parce que l’opposition entre genèse et structure est cruciale. Ou du moins l’a été dans les années 70 – il n’est pas sûr, en effet, qu’elle le soit encore.

De cette lecture croisée et contradictoire de l’événement 89, « mythe » ou « fait encore porteur de sens », Sartre sort vainqueur et les concepts mis en place dans la Critique de la Raison dialectique ont plus d’impact qu’on aurait pu le croire, sur le travail actuel de certains historien alors qu’on sait la méfiance de Claude Lévi-Strauss à l’égard de l’Histoire.

Le point essentiel est celui de la remise en cause du marxisme – en partie due à la critique du stalinisme, à l’effondrement du système soviétique – qui ouvre les vannes à une lecture très révisionniste de 89, à une revanche de tous ceux qui avaient souffert de la domination, ici, en France, des grands historiens marxistes de la Révolution, de tous ceux qui voulaient récuser l’idée même de révolution pour pouvoir justifier l’ordre capitaliste lui-même. L’appui théorique de Lévi-Strauss, faisant de la Révolution la marque mythique d’une vision ethnocentriste de l’Histoire fut certainement prépondérant.

Or, Sartre, s’il se dégage d’un dogmatisme marxiste sclérosant, sait conserver, de la pensée de Marx, un certain nombre de concepts opératoires ; surtout l’idée du sens de l’événement 89 pour ce qui est de la liberté humaine, dans sa lutte contre le pratico-inerte, où l’homme sériel s’englue, afin de faire grandir l’humanité par la fusion du groupe en un moment dont la dimension sacrée est essentielle (cf. le thème du serment).
C’est ainsi que se réalise « un saut qualitatif et productif d’une nouvelle situation ». L’intérêt porté par Sartre aux « détails », précis, concrets, est évidemment bien éloigné de l’effacement de l’homme dans la perspective structuraliste.

Ce que Sophie Wahnich retient de ce parcours et des médiations qui lui ont permis d’avancer dans la prise de conscience de son métier d’historienne, c’est la spécificité de l’objet 89 pour celui qui s’inscrit dans les combats d’aujourd’hui. « Revendiquer la force émancipatrice de l’universel aura toujours permis de forger un idéal politique à même de mobiliser vers un au-delà utopique.(p.244).

On est loin de la vision d’un François Furet qui « refuse de rabattre l’événement révolutionnaire sur les structures économiques et sociales à la manière de l’histoire marxiste, mais est loin d’une perspective insurrectionnelle ou populaire (…) ». Lorsque l’insurrection surgit, il la nomme « dérapage ». »(p.145). Et finalement plus proche de Foucault qui suit Furet, dans un premier temps, dans sa dévalorisation de 89, mais retrouve, dans ses articles sur la Révolution iranienne le problème « du sacré et des émotions » qui « voisinent et fabriquent la dynamique révolutionnaire » (p.243).

Foucault, dans des conférences prononcées à Toronto, en 1982, parle du projet qu’il a d’étudier la subjectivité révolutionnaire. « Le moment est venu maintenant d’étudier la révolution non seulement comme mouvement social ou comme transformation politique, mais aussi comme expérience subjective, comme type de subjectivité. »(Dire vrai sur soi-même, conférences prononcées à l’Université Victoria de Toronto, éd.Vrin, p.106).
Sophie Wahnich ne pouvait avoir connaissance de ce texte publié après le sien, mais il apporte de l’eau à son moulin). (note*)

Dernier point, la revendication par Sophie Wahnich, des émotions propres à l’historien lui-même, dans le contexte qui est le sien :
« Oui, des hommes ont été libres et sans doute ils pourront l’être à nouveau. [La Révolution française doit] donner du courage dans ces temps d’effroi où l’on veut faire disparaître jusqu’à l’idée de liberté, de réciprocité, d’universalité et d’égalité. »(p.246).

C’est cette vibration émotionnelle, éloignée de la froideur affichée des historiens positivistes, qui rapproche Sophie Wahnich d’Henri Guillemin.

note* : Je signale pour ceux qui voudraient creuser ce point, l’excellent article de Sophie Wahnich dans la revue « Vacarme » – mai 2014 : Foucault saisi par la révolution, Iran 1978, Révolution française 1792, Tunisie 2010-2014.

Recension de Patrick Rödel.

Pour aller plus loin (N.de l’E) :

Dans une interview donnée le 22 octobre 2015 au journal Libération, Sophie Wahnich, parle de son livre et développe sa pensée sur la Révolution qui vient. Elle parle littérature et politique. Qu’elle mentionne le livre de Pierre Michon Les Onzes, ou celui de Denis Lachaud Ah, ça ira nous a fait plaisir. Pour lire cette interview , cliquez ici

En février 2016, Sophie Wahnich écrivait, dans la revue Vacarme, un article aussi pertinent qu’original, dont le titre excite tout de suite la curiosité : « Entretien avec le fantôme de Maximilien Robespierre« . Pour lire l’article, cliquez ici

Pour lire son très intéressant article sur Foucault, également publié dans la revue Vacarme, indiqué dans la recension de Patrick Rödel, cliquez ici

Sophie Wahnich collabore aussi à la revue Lignes. Ici, le n° 50 (mai 2016), conçu et coordonné par elle sur la notion de fascisme. Pour en savoir plus, cliquez ici

Complément d’Edouard Mangin

 Rayon de soleil dans la tempête. Tableau de Nikolaï Dmitriev (1837 – 1898)