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Bonne année 2018

Hautes Pyrénées. Montée par la Pène des Aubères. Vue sur la vallée du Louron

 

Chers abonnés, chers adhérents, chers amis,

Tout d’abord mille mercis pour votre soutien, vos commentaires, vos suggestions, qui nous aident à faire connaître le plus largement possible Henri Guillemin, son oeuvre, son engagement ; sa façon singulière de dénoncer les mensonges du discours officiel ; sa détermination à dévoiler et à populariser les vérités et les faits qui dérangent le beau monde.

Il est heureux que, grâce à Internet, se développe aujourd’hui une curiosité croissante pour son engagement en histoire politique, à travers ses ouvrages et ses conférences. Si l’outil Internet a grandement facilité la (re)découverte d’Henri Guillemin, l’intérêt grandissant pour lui s’explique aussi par la pertinence de ses démonstrations, qui mettent en lumière les enjeux et les rapports de classes, lesquels entrent pleinement en résonance avec notre actualité socio-politique.

Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG) ouvrent, avec 2018, leur troisième année d’activités avec pour feuille de route les projets et travaux suivants :

Colloque Henri Guillemin sur la France de 1940

Nous visons à tenir un rythme biennal pour organiser ces manifestations fortement mobilisatrices. Ainsi, après « Henri Guillemin et la Révolution française – le moment Robespierre » (2013) et  » Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple ? » (2016), le prochain colloque aura pour thème, à partir de l’affaire Pétain étudiée par Henri Guillemin, d’élargir la réflexion en abordant les causes de la débâcle de 1940 et le contexte particulier de cette période historique.

Les propos échangés lors de notre assemblée générale le 2 décembre dernier ont permis de définir ainsi le thème général et de fixer la date de cette prochaine rencontre : le colloque se tiendra le samedi 17 novembre 2018 dans une salle parisienne que nous recherchons actuellement. Il sera, comme les précédents, entièrement filmé et diffusé sur notre site et sur Internet. A vos agendas !

 

Publications Henri Guillemin

Cross références – tableau de Jonathan Wolstenholme (né en 1950) – collection privée

Après la publication, fin 2016, de la nouvelle bibliographie d’Henri Guillemin, entièrement revue et corrigée et considérablement enrichie par rapport à la précédente : Guillemin – une vie pour la vérité – bibliographie (pour en savoir plus, cliquez ici), Patrick Berthier a terminé la refonte intégrale de ses deux ouvrages précédents Le cas Guillemin (Gallimard 1979) et Guillemin, légende et vérité (Utovie 1982). L’ouvrage, intitulé Guillemin tel quel, a été présenté par son éditeur Utovie lors de notre AG du 2 décembre 2017. Il ne s’agit pas de la simple réimpression des deux livres antérieurs mais d’une édition entièrement revue et corrigée et surtout intégrant l’enregistrement original, avec rétablissement de tous les passages supprimés ou modifiés à l’époque par Henri Guillemin.
Ce livre fera l’objet d’une recension dans la prochaine lettre d’information. Pour en avoir un aperçu, cliquez ici.

 

Chroniques du Caire

Comme vous le savez depuis la diffusion de nos lettres, Henri Guillemin fut nommé à l’automne 1936 professeur de littérature française à l’Université du Caire, où, au bout d’un an, on lui proposa de tenir une tribune de critique littéraire dans le journal La Bourse égyptienne. C’est finalement 98 chroniques qui paraîtront dans ce journal. Après vous avoir fait connaître celles sur Simenon, Sartre, Malraux, Céline, Mauriac, Bernanos, nous continuerons à diffuser les bonnes feuilles de cet ensemble d’articles critiques.

Mais le plus important est la publication de ces chroniques sous forme d’anthologie que prépare actuellement Patrick Berthier. Même s’il ne s’agit pas stricto sensu d’inédits, ces textes sont aujourd’hui inconnus du grand public. Leur publication à venir par les éditions Utovie, possiblement en 2018, représente donc une véritable découverte.
Nous vous en dirons plus au fur et à mesure de son avancement.

 

Chemins de traverse

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Garrowby Hill  – tableau de David Hockney (né en 1937)

C’est la rubrique qui nous permet de faire connaître des ouvrages d’auteurs contemporains, dont les sujets entrent en convergence avec les engagements d’Henri Guillemin, notamment dans le champ de l’histoire politique. Pour nous, il est important de faire connaître ce type d’ouvrages et les Chemins de traverse continueront de sillonner les paysages de la pensée critique. D’autant que certains adhérents, présents le 02/12/17, se sont proposés pour apporter des recensions, une bonne nouvelle accueillie à l’unanimité.

 

Voici donc notre plan de charge pour 2018 qui poursuit l’ambition de développer la notoriété d’Henri Guillemin et, par la diffusion de son esprit critique, de briser le granit des fausses certitudes.

Très bonne année 2018 à toutes et à tous !

 Teenager, Teenager 2011 – oeuvre de Sun Yuan & Peng Yu – Arario Gallery Séoul

 

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Claudel chez Mammon – la diatribe de Guillemin

De gauche à droite : Paul Claudel, Henri Guillemin, François Mauriac, André Gide – photomontage S. Grollier – exclusivité LAHG

 

L’article « Lettre d’un catholique – Claudel chez Mammon »,  signé Henri Guillemin, paru dans le journal La Flèche de Paris, le 7 juillet 1939 est une réplique ferme, nette et claire, à Paul Claudel. Bien au-delà de ce que l’on pourrait considérer comme une anecdote sur les désaccords, voire les conflits entre personnalités de la vie littéraire de l’époque, cette controverse fait apparaître les zones de clivage toujours en mouvement dans les rapports humains :  entre opportunisme et intégrité, principes et compromission, posture éthique et calcul cynique, courage et lâcheté.

L’affaire réunit quatre grandes personnalités : Paul Claudel, François Mauriac, André Gide et Henri Guillemin.  Même si l’œuvre de Guillemin est encore à ce moment-là devant lui, chacun connaît la réputation des autres. Mais les relations entre Gide, Mauriac et Guillemin sont plus étroites, plus complices et une véritable amitié lie les deux derniers.  Ils vont se réunir et élaborer ensemble la réplique à Claudel.

Comme l’explique très bien Patrick Rödel, ce travail commun n’empêche nullement le ton guilleminien de dominer ; sur la forme et surtout sur le fond car, comme toujours, Guillemin voit dans le faux pas de Claudel, la faute impardonnable d’un grand poète qui se compromet avec  les puissants pour les honneurs et la richesse matérielle.

La lettre d’aujourd’hui forme un diptyque incontournable : d’abord le texte, puis l’explication de texte.

 

L’article de Guillemin

« Lettre d’un catholique – Claudel chez Mammon. Journal La Flèche de Paris, le 7 juillet 1939, (p. 3)

Paul Claudel a publié, dans Le Figaro du 24 juin dernier, un article qu’il est impossible de passer sous silence. Cet article est dirigé contre Jacques Maritain, nommément, et, derrière Jacques Maritain, contre tous les catholiques qui ont le souci d’être fidèles à l’esprit de l’Évangile comme à la lettre des Encycliques.

La phrase de Jacques Maritain qui a provoqué l’irritation de Paul Claudel est celle-ci : « Tant que les sociétés modernes secrèteront la misère comme un produit normal de leur fonctionnement, il n’y aura pas de repos pour un chrétien ».

Il est pénible, d’abord, de voir un homme de la taille de Claudel s’abaisser, pour mener plus favorablement son attaque, à feindre de comprendre de travers ce qu’il entend parfaitement. M. Maritain, affirme-t-il, « nous déclare que la misère est le résultat normal du fonctionnement de la société, autrement dit la fin en vertu de quoi elle existe ». Cet « autrement dit » est très exactement un tour de passe-passe, un artifice de prestidigitation. On peut se plaire à ces jeux d’adresse lorsqu’ils touchent à des choses moins graves. Ils équivalent ici à une insupportable trahison : ils sont la mise en œuvre d’un dessein calculé pour faire dire à autrui ce qu’il n’a jamais soutenu, afin de le dénoncer comme un criminel. Nous n’étions pas accoutumés, et nous nous résignons mal à considérer Paul Claudel dans son nouveau rôle.

Paul Claudel est notre plus grand poète, très certainement, de l’heure présente ; il aura beau faire, il n’arrachera pas de notre cœur la reconnaissance éblouie que lui gardent ceux pour qui son œuvre a été, continue d’être, une révélation et un ravissement. Mais plus grande est sa gloire et plus miraculeux son rayonnement, plus aussi nous sommes exigeants pour cet homme qui nous a comblés. Or, il nous révèle aujourd’hui son drame.

Paul Claudel appartient, par les plus étroites attaches, à ce monde qui, précisément, vit de la misère qu’il engendre. Paul Claudel se met du côté de ceux qui meuvent cette formidable et monstrueuse machine à écraser les pauvres. Il est entré dans le jeu terrible.

Qu’un privilégié ait le goût de ses privilèges, quelle que soit leur iniquité, nous en prendrions mieux notre parti d’un autre que de ce chrétien. Et nous lui laisserions, sans les lui beaucoup contester, ses préférences obscures, s’il ne choisissait pour objet premier de son aversion ceux-là mêmes qu’il devrait surtout respecter. Mais ils lui sont intolérables parce qu’à les contempler seulement il se juge et qu’une conscience inquiète d’elle-même se réfugie, pour mieux s’aveugler, dans la haine de ce qui la condamne.

Il y a là, pour un catholique, une douleur et un scandale. Claudel a soin d’associer – quoique encore de manière oblique et prudente – le nom de Mauriac à celui de Maritain. Jacques Maritain, François Mauriac, et d’autres avec eux, défendent aujourd’hui une des positions du christianisme les plus menacées. Ce n’est pas trop de dire qu’ils contribuent, par leur seule existence, à en maintenir ou même à en sauver l’honneur.

Paul Claudel, qu’on a vu déjà acclamer Franco, qu’on voit aujourd’hui assaillir ceux qui dénoncent, à la suite de Léon XIII et de Pie XI, l’iniquité d’un système social dont il tire sa propre opulence, dénude à nos yeux les ravages que l’appétit des richesses peut exercer chez les meilleurs. Il ne mesure point, je pense, quelle illustration dramatique il apporte, par son exemple, à la sentence de ces Textes Saints dont il s’est fait le commentateur : qu’on ne peut servir à la fois deux maîtres, et qu’il faut choisir entre Dieu et Mammon.

La bonne fortune –  tableau de René Magritte 1945 – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique – Bruxelles.

 

L’analyse du contexte

Quelques précisions sont nécessaires pour resituer les conditions dans lesquelles cet article, que notre ami Patrick Berthier a exhumé des archives de la Bibliothèque Nationale, a été écrit par Guillemin.

Nous sommes en 1939. André Gide, après bien des tergiversations, a fini par se rendre à l’invitation de François Mauriac à Malagar. Il faut distraire Gide, on le promène et Guillemin reçoit à déjeuner, rue Rosa Bonheur, à Bordeaux, François et son fils Claude en compagnie de leur hôte. On se plaît à rêver d’une aussi jolie tablée.

Mauriac et Gide ont été choqués par un article de Claudel paru dans Le Figaro dans lequel il s’en prend de manière virulante à Jacques Maritain auquel il reproche d’avoir écrit qu’un chrétien ne devrait pas avoir la conscience tranquille tant qu’il y aura encore un pauvre sur terre. Ferait mieux de s’occuper d’accomplir son devoir d’Etat, réplique Claudel, plutôt que de tenir des propos révolutionnaires.

Mais ni Mauriac ni Gide ne souhaitent se fâcher publiquement avec Claudel, Mauriac parce qu’il dit trop devoir à Claudel, Gide parce qu’il a peur que son soutien à Maritain fasse plus de mal à celui-ci que de bien.

François Mauriac et André Gide en 1939

 

Nonobstant ces réserves, il n’est pas possible de laisser Claudel, tout immense poète qu’il soit, dire de telles bêtises. La solution sur laquelle ils s’entendent tous les deux est de demander à Guillemin de rédiger un article – ils lui tiennent la main, dit Claude Mauriac ; sans doute, mais c’est Guillemin qui signe.

Le propos est ferme. Claudel par la violence et la mauvaise foi de son argumentation montre clairement quel est son camp – celui des capitalistes.
Ce ne sont pas ses émoluments d’ambassadeur qui font de Claudel un homme fortuné ; mais, en 1938, il a été nommé au conseil d’administration de la société des moteurs Gnome et Rhône.
Cette société fabrique des moteurs pour des mobylettes, ce qui n’est pas trop compromettant. On voit mal quelles compétences peut faire valoir Claudel pour occuper un tel poste – grassement rétribué – mais le président de Gnome et Rhône joue les mécènes. La chose est fréquente dans ce monde, aujourd’hui comme hier.

Evidemment, les choses se compliqueront, par la suite, du fait que cette société participera à l’effort de guerre allemand, pendant l’occupation, et passera des moteurs de mobylettes aux moteurs d’avion. Elle sera nationalisée en 1945 – elle s’appellera alors la SNECMA, puis par absorption de la SAGEM, elle deviendra SAFRAN. Mais c’est une autre histoire.

L’article paraîtra dans La Flèche, journal qui défendait la doctrine d’un Front commun contre le fascisme.

Cela aurait pu être une bien mauvaise entrée en matière lorsque, quelques années plus tard, Guillemin approchera Claudel et travaillera sur lui et avec lui (cf. leur correspondance qu’on trouve reproduite sur le site des éditions Utovie) ; mais il dut pousser un soupir de soulagement quand il comprit que Claudel ne l’avait pas lu.

Dernière remarque : si ses deux illustres complices lui soufflent quelques formules ou quelques idées, Guillemin a déjà une manière bien à lui de faire sentir son indignation devant les compromissions auxquelles un homme de la trempe de Claudel est prêt à se livrer quand il est question de ses intérêts d’argent et il ne supporte pas que l’on fasse servir le christianisme à la justification d’une politique d’extrême droite.

Note de Patrick Rödel.

Mammon in Rome – tableau de Alina Martiros, artiste canadienne (Toronto) née en Iran en 1960

 

Pour en savoir plus :

Il est possible de lire (avec de bonnes lunettes) l’article de Paul Claudel dans Le Figaro du 24/6/39, intitulé « Attendez que l’ivraie ait mûri », en cliquant ici  

On comprend la mise en cause et la vive réaction de Guillemin.
Il est difficile de rester froid et stoïque devant l’aplomb de Claudel dans le déni de la question sociale, de sa certitude pataude du bien fondé, pour lui naturel, de la domination des puissants et de l’asservissement du peuple. Il pense en effet, qu’il n’y a pas de Question sociale, seulement des questions sociales. Des ajustements techniques à réaliser de-ci, de-là afin que la société aille mieux.
Pour lui, les maux de la société sont le fait de « l’idéologie, la sentimentalité déréglées et la confiance aveugle dans ses propres forces et dans ses propres lumières que l’on trouve chez les livresques et chez les théoriciens »…. qui sont en lutte pour changer le monde.

 

Dernière minute : Radio France continue de diffuser du Guillemin

France Culture diffuse depuis le 9 septembre, dans le cadre de « Les Nuits de France Culture » une émission intitulée  : « Les historiens racontent : Henri Guillemin raconte l’Histoire : les 121 jours de Lamartine » ; une émission qui avait été diffusée la première fois le 14/09/86.

D’autres volets sont prévus avec Henri Guillemin sur Emile Zola et l’affaire Dreyfus.

L’émission dure 45 minutes et comme avec celle déjà rediffusée cet été, on ne voit pas le temps passer.

Pour l’écouter, et pourquoi pas la nuit, c’est  ici

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Henri Guillemin sur France Culture

 

Les Nuits de France Culture avec Henri Guillemin

Radio France a rediffusé, le 22 mai dernier, un numéro de sa célèbre émission « Les Nuits de France Culture  » enregistrée le 25 mai 1985 à l’occasion de la célébration du centenaire de la mort de Victor Hugo.

L’émission est entièrement centrée sur Henri Guillemin.
Guillemin est questionné sur Victor Hugo bien sûr, mais aussi sur Lamartine, Jean-Jacques Rousseau, Marc Sangnier, François Mauriac (dont il dit détenir pas moins de 232 lettres, parmi lesquelles des lettres « d’engueulade…vers les années trente ») et bien d’autres.

Les animateurs cherchent à savoir les raisons qui l’amènent à ferrailler contre le bel ordonnancement de la culture savante. Guillemin, s’explique sans relâche, avec la passion qu’on lui connaît, point par point et avec de larges développements captivants.
Se dessinent petit à petit, parallèlement aux souvenirs et moments importants qu’il commente avec chaleur, sa méthode de travail et les raisons de son engagement dans la recherche de la vérité et son combat contre les mensonges de la pensée dominante tant en littérature qu’en histoire politique.

L’émission dure 2h30. On ne voit pas le temps passer.

Pour l’écouter, et pourquoi pas la nuit, c’est ici

Les conférences audio d’Henri Guillemin du club 44

Chaque semaine, le Club 44, situé à La Chaux-de-Fonds en Suisse, propose des conférences et des débats sur des thèmes très variés réunissant des philosophes, aventuriers, médecins, politiciens, industriels, artistes, sportifs ou écrivains.

Ont été mises en ligne sur leur site les conférences qu’Henri Guillemin y a données de 1958 à 1987. Ce sont des documents audio passionnants. Les thèmes sont variés et portent aussi bien sur Robespierre, la Commune, Charles de Gaulle, la Révolution française, que sur Victor Hugo, Rousseau, Voltaire, etc…
Ces conférences audio complètent les conférences vidéo mises en ligne sur le site de la Radio Télévision Romande (RTS) et accessibles à partir de notre site. Cliquez ici

Pour écouter les conférences de Guillemin au Club 44, cliquez ici

L’actualité Guillemin en 2017/2018

Nous avons commencé la préparation de notre prochain colloque Henri Guillemin. Il se tiendra à Paris, en novembre 2018. Le thème que nous avons décidé de travailler est la débâcle de 1940, l’affaire Pétain ; un sujet qui nous semble des plus importants.

On pourrait suggérer de lire/écouter, dés maintenant, les travaux de Guillemin sur cette période. A commencer par des ouvrages-clés comme Nationalistes et Nationaux – la droite française de 1870 à 1940 (cliquez ici), ou La vérité sur l’affaire Pétain (cliquez  ici).

Ou écouter les conférences du Club 44 sur la débâcle de 1940 et l’affaire Pétain (les propos tenus à partir de la minute 38, de la minute 102 ou 113 sont édifiants).

Comme pour les précédents, le colloque de 2018 sera entièrement filmé, diffusé sur Internet, mis en ligne sur notre site et donnera lieu à la publication d’actes dans le courant du premier semestre 2019.

Par ailleurs, Patrick Berthier travaille actuellement à la rédaction de deux ouvrages importants. L’un est la refonte revue, corrigée et enrichie de ses deux ouvrages précédents, Le cas Guillemin (éd. Gallimard) et Légende et Vérité.
L’autre est un recueil des Chroniques du Caire dont certaines ont fait l’objet de précédentes lettres d’information. Les deux livres seront publiés aux éditions Utovie.

Ces deux événements éditoriaux feront prochainement l’objet d’annonces sur notre site.  

Enfin, nous signalons que nos amis de l’association « Présence d’Henri Guillemin », située à Mâcon, aujourd’hui présidée par Joëlle Pojé-Crétien, organise une journée d’étude, le 30 septembre 2017, sur le thème « Henri Guillemin aujourd’hui – où en sont les travaux sur Henri Guillemin« . Cette journée coïncide avec les 15 ans de l’association. Parmi les intervenants, notons Patrick Berthier et Jean-Marc Carité, directeur des éditions Utovie.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site : c’est ici

Prise de la Bastille. Tableau de Jean-Baptiste Lallemand (1716-1803) – Musée Carnavalet

 

 

 

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Henri Guillemin sur Alfred de Vigny à la Sorbonne !

 

 Alfred de Vigny – Photo de Nadar – 1850

Henri Guillemin en Sorbonne !

Pourquoi ce point d’exclamation dès le titre de cette “newsletter” ? C’est ce qu’il faut expliquer en guise d’introduction.

De son vivant Guillemin n’a guère fréquenté la Sorbonne. Il y est, certes, inscrit comme étudiant à partir de 1923, année de son entrée à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, mais comme il a passé en avance, à Lyon, sa licence et ce qu’on appelle aujourd’hui son master, il n’a « rien, rien fait scolairement » (Le Cas Guillemin, Gallimard, 1979, p. 23) pendant les trois années qui sont celles de sa plus activité militante aux côtés de Sangnier et de la « Jeune République ».
À la rentrée de 1926, c’est plus sérieux : pour préparer l’agrégation, il faut se « remettre au travail, suivre des cours en Sorbonne et déposer des copies » (ibid.). Donc, de l’automne 1926 au printemps 1927, il faut imaginer Guillemin potassant son concours, qu’il réussit. Puis viennent la carrière dans le secondaire, la thèse sur Lamartine, le premier poste à l’université du Caire, la guerre.

La Sorbonne ne revient à l’ordre du jour qu’en 1946, lorsque Guillemin, suspendu par Vichy en juillet 1942, s’interroge sur la suite de sa carrière. Il est depuis quelques mois attaché culturel de France à Berne, mais il tente de revenir la Sorbonne, cette fois “par en haut” : il échoue à s’y faire élire professeur, les mandarins de l’époque, en majorité voltairiens, ne voulant pas d’un « jésuite offensif » comme lui (mots de Daniel Mornet, son directeur de thèse, Le Cas Guillemin, p. 31).
Ce qui fait que Guillemin n’a dû remettre les pieds à la Sorbonne qu’une fois, en octobre 1962, date à laquelle il ouvre le colloque Jean-Jacques Rousseau qui se tient au Grand Amphithéâtre – il est d’ailleurs intéressant qu’on lui ait fait l’honneur de ce discours inaugural, en raison de ses travaux érudits sur cet écrivain, et en dépit de ses idées.

Venons-en à la période la plus récente.

Lorsque j’ai fait, à mon tour, mes études à la Sorbonne, puis lorsque j’y ai été assistant de littérature française (longtemps : de 1978 à 1997), j’ai pu éprouver concrètement et à diverses reprises combien le nom de Guillemin était mal vu dans ces augustes murs, très marqués à droite depuis la naissance des diverses universités après les troubles de 1968 :
à la vieille Sorbonne (Paris-IV) les “réacs” ; à la « Nouvelle Sorbonne » (Paris-III) les un peu moins à droite ; quant aux universitaires de gauche, on les trouve à Jussieu (Paris-VII, de son nom officiel « Paris-Denis Diderot », ce qui n’aurait pas plu à Guillemin !).

Le pire choix que je pouvais faire, enseignant – subalterne, il est vrai – à la Sorbonne, c’était de délaisser un temps mes travaux pour faire, en 1979, en 1982, en 1988, trois livres sur Guillemin… Ma patronne de thèse ne me l’a jamais pardonné.

Sorbonne – Maison de la Recherche – 28, rue Serpente – Paris

C’est dire avec quel plaisir je me suis vu proposer de venir parler, cette fois de façon tout à fait officielle, de Guillemin dans cette chère Sorbonne (à la Maison de la Recherche) où on m’a si souvent fait grief de m’intéresser à lui.

De plus l’invitation ne venait pas de n’importe qui, et ne portait pas sur n’importe qui. Il s’agissait d’une journée organisée par Sophie Vanden Abeele-Marchal, maître de conférences à Paris-IV et directrice du Bulletin de l’AAAV (Association des Amis d’Alfred de Vigny), et par Sylvain Ledda, professeur à l’Université de Rouen et éditeur du Théâtre complet de Vigny chez Champion.

Le sujet de la journée était : « Alfred de Vigny, passions et émotions », et au milieu d’interventions sur Vigny romancier, dramaturge ou poète, j’étais invité à parler de « Guillemin, Vigny et la “critique-passion” ».
Ce que j’ai fait le 15 juin dernier.

Guillemin et Vigny

C’est une très longue histoire de désamour.


Né en 1903, Guillemin a été lycéen, puis étudiant, à une époque où Vigny non seulement faisait partie de ce que l’on apprenait à admirer, mais encore était présenté en modèle du poète austère, retiré dans sa « tour d’ivoire » (mot inventé par Sainte-Beuve à son sujet), noble à tous égards.
L’élève Guillemin a appris et récité par cœur « Le cor » et « La mort du loup ».

Et voilà qu’en 1923 il entre dans le cercle de Marc Sangnier dont il devient le secrétaire : or Sangnier est le détenteur, par filiation naturelle, d’une immense partie des papiers inédits de Vigny, qu’il lui laisse découvrir ;
et le Vigny homme privé (famille, amitiés, ambitions, amours) que recèlent ces lettres et ces carnets lui paraît soudain très différent de ce qu’on lui a appris ; il ne va pas cesser de dire comme il se sent loin, désormais, de cet homme.

Alfred de Vigny à l’âge de dix-sept ans en uniforme de sous-lieutenant.
Portrait par François-Joseph Kinson – Musée-Carnavalet.

Dans mon exposé à la Maison de la recherche de la Sorbonne, j’ai eu un but informatif modeste : rappeler ce que Guillemin avait dit et écrit sur Vigny, entre 1939 (premier article) et 1986 (dernier article), en mettant plus spécifiquement l’accent sur 1955, date de publication de son M. de Vigny homme d’ordre et poète, et sur le scandale suscité par ce livre.

Le contenu intégral de ce que j’ai dit paraîtra, mis en forme et organisé, dans le prochain numéro du Bulletin des Amis de Vigny ; ce n’est pas l’objet de cette newsletter.

Je retiens juste trois moments importants de mon intervention, pour l’intérêt – de nature diverse – de certains citations.

Premier moment

Moment déroutant, même pour un “guilleminien” convaincu :
en 1944, la préface qu’écrit Guillemin pour son édition des Poésies complètes de Vigny dans la « Collection classique » du Milieu du Monde, éditeur genevois qui lui avait demandé de concevoir une série de volumes où il donnerait à lire les “classiques”, justement, de son choix.
Il y eut entre 1942 et 1949 dix-neuf de ces volumes, allant de La Fontaine à Baudelaire, sans notes mais avec une préface, chaque fois, très personnelle (ce qui n’étonne pas dès lors que le préfacier est Guillemin…).

Or celle du n° 11, les Poésies de Vigny, donc, est étonnante : sur dix pages, à peine une, la dernière, concerne les vers de Vigny – et encore, pour dire qu’ils sont bien mauvais ; les neuf qui précèdent sont un portrait, accablant, de l’homme Vigny ; comme s’il fallait, en urgence, dénoncer « le double jeu, le trompe-l’œil, la mascarade, le mensonge assidus de cette existence ».

Vigny châtelain et producteur de cognac se plaint de son manque d’argent ? « Mais tel, avec une féroce amertume, persiste à se juger gueux dont les biens suffiraient au bonheur de plusieurs familles. »

Et il en va ainsi jusqu’au bout, des ambitions académiques aux amours déréglées, tout cela pour une œuvre qui se tarit peu à peu jusqu’à ce Vigny amer et malade, « ce cœur noué et devenu vénéneux dans la part de lui-même, décroissante, qui échappe encore à la sclérose », et dont il ne nous reste, en fait de poésie, que deux minces recueils décevants.

À se demander, soyons francs, pourquoi avoir voulu mettre un Vigny dans cette collection, si c’était pour le descendre en flammes de la sorte ? Mais justement : il s’agissait peut-être bien de le descendre en flammes. D’entrée on est tenté de dire que si la réputation de démolisseur de Guillemin est juste pour au moins une de ses victimes, c’est bien à propos de Vigny.

Deuxième moment

Deuxième texte déroutant, et qui va dans le même sens.
À la fin de 1954, l’hebdomadaire catholique de gauche Témoignage chrétien a commandé à Guillemin une série d’articles dont le titre général, non compromettant, est : « Réflexions sur quelques grands écrivains du XIXe siècle ».

Pour chacun, deux articles, l’un sur les idées religieuses, l’autre sur les idées politiques. Les deux premiers écrivains choisis sont Chateaubriand et Lamartine, le dernier est Victor Hugo, et pour ces trois-là Guillemin est chaleureux, même s’il critique, et enthousiaste. Des titres comme « Victor Hugo missionnaire » ou « Le combattant Victor Hugo » (20 mai et 10 juin 1955) ne trompent pas.

Le ton est différent pour Vigny, troisième des quatre auteurs retenus. Le titre des deux articles, « M. de Vigny et le goupillon », « M. de Vigny et le sabre » (25 février et 18 mars 1955), donne la couleur, et plus encore la première phrase du premier : « Gênant de parler de quelqu’un qu’on n’aime pas » – au moins, c’est être franc, comme est franche, je pense, l’affirmation que ne pas aimer Vigny n’est pas une raison de faire silence sur lui, car ses prises de position ont compté, en son temps.

Cela dit, Guillemin n’a pas changé d’avis depuis dix ans : « Vigny, plus je le fréquente, plus il me consterne ». Et de brosser à nouveau le portrait d’un écrivain stérile qui, « dans la mesure même où il n’avait rien à nous dire » [sic], s’est drapé dans une attitude de noblesse et de sagesse. L’œuvre de Vigny ? « une espèce de terrain vague, sans herbe et sans eau, où se pavane un vieux beau fardé, vacant et satisfait, qui se nourrit de sciure de bois ».

La “sagesse” de Vigny ? Allons donc ! et nous voyons ici s’exprimer une des plus profondes convictions de Guillemin, qu’il s’agisse de l’athée Vigny ou des autres :
« Nos décisions, nos options profondes, sont prises […] dans le creux de notre identité, là où commandent et s’affrontent les grandes forces obscures, les préférences essentielles : l’argent, le sexe, Dieu ». Or les comportements de Vigny à ces trois égards, quand on les examine, dit Guillemin, « ne laissent plus de place au doute sur la qualité d’un être, et ce qu’il a d’irrémédiable ».

Sur cet adjectif couperet se termine l’article…

Troisième moment

Mais qu’est-ce que Vigny a donc de si « irrémédiable » ?
C’est le troisième texte qui va nous le dire, ou plutôt deux textes, révélés par Guillemin en 1954, et qui, réunis, forment le premier chapitre de M. de Vigny homme d’ordre et poète publié chez Gallimard en décembre 1955 et réédité chez Utovie.

Le 20 février 1954 Le Figaro littéraire donne, sous le titre « Vigny, sauveur de Napoléon III : un complot étouffé dans l’œuf ! », le texte de notes prises par Vigny à Compiègne (où il avait été invité au palais impérial) sur des propos de son valet de chambre laissant craindre un projet d’attentat contre le souverain ; Vigny y laisse voir son intention de dénoncer ce complot.
Sous un titre plus sobre, « Vigny homme d’ordre », Le Monde du 6 novembre 1954 publie d’autres notes révélées par Guillemin, des projets de lettres au préfet de la Charente, où Vigny a son château ; il y est question des comportements dangereusement “gauchistes” de notables de son entourage.

Dans aucun des deux cas Guillemin ne dit que Vigny a réellement dénoncé quiconque, mais il ne cache pas ce qu’il pense de cette attitude au moins virtuelle de mouchard, motivée à ses yeux par des peurs de propriétaire (« dès qu’il s’agit de réalités immédiates, Vigny se retrouve spontanément, tel qu’il est dans son option fondamentale : un possédant appelant à l’aide le sabre et le canon pour la protection de cet ordre établi dont il est le bénéficiaire », M. de Vigny homme d’ordre et poète, p. 16).

Lorsque paraît le livre, dont les trois quarts concernent l’élaboration de l’œuvre de Vigny (brouillons et plans de poèmes, etc.) mais dont le premier chapitre reprend la teneur des deux articles de 1954, c’est le tollé dans la presse non seulement de droite mais modérée.

La vérité sortant du puits – tableau d’Edouard Debat-Ponsan – (1847-1913) – Hôtel de ville d’Amboise

Le feuilleton littéraire d’Émile Henriot, dans Le Monde du 4 janvier 1956, est sévère ; seuls les périodiques communistes, que le travail d’historien de gauche de Guillemin passionne, prennent fait et cause en sa faveur :
« Cachez cet argousin que je ne saurais voir », titre drôlement le talentueux André Wurmser le 26 janvier dans Les Lettres françaises, tandis qu’un grand universitaire, alors communiste pur et dur, Pierre Albouy, publie dans L’Humanité du 9 février un « Alfred de Vigny poète et policier » qui renchérit sur Guillemin.

Mais un seul article le choque, c’est celui que Mauriac, son aîné, son ami depuis trois décennies, donne au Figaro littéraire sous le titre : « Le bonheur d’être oublié » (24 mars 1956).
Il y est question de Vigny, naturellement, car Mauriac, qui admire le poète, juge indécent de s’en prendre à sa personne, mais il y est question surtout de tout écrivain qui serait après sa mort soumis à l’œil inquisiteur d’un Guillemin ; moi, Mauriac, par exemple (il ne le dit pas comme ça, bien sûr, mais le sens est plus qu’évident), quand je vais mourir – j’ai dix-huit ans de plus que lui –, que va-t-il dire de ma vie privée et de mes jardins secrets ? Décidément, oui, quel « bonheur d’être oublié » : on ne risque rien.

C’est à cet article à la fois narcissique et magnifique de Mauriac (qui l’a repris dans les Mémoires intérieurs) que Guillemin donne, le 7 avril 1956, une longue réplique intitulée « Suis-je coupable de “critique-passion” ? », toujours dans Le Figaro littéraire où tous deux écrivaient.
Amédée Lathoud, membre de « Présence d’Henri Guillemin », a opportunément repris et commenté ce texte dans le Bulletin de l’association (n° 3, avril 2014, p. 45-54).

C’est une des rares occasions, avant sa vieillesse où il a davantage parlé de lui-même, où Guillemin s’explique sur ses attitudes les plus viscérales.
Je n’en retiens ici que des passages qui concernent directement Vigny et que je ne pouvais pas ne pas lire lors de mon exposé à la Sorbonne, et l’on verra que rien en eux ne tranche sur ce que dit habituellement Guillemin historien de la littérature et historien tout court.

Illusion d’optique – Ange ou démon – Dessin de Maurits Cornelis Escher (1898-1972)

D’abord, réponse à ceux qui l’attaquent parce qu’il est de gauche, ou parce qu’il est catholique, ou les deux. Faux problème, rétorque-t-il, car j’aime des athées et j’aime des gens de droite :

« Soyons francs. Il ne s’agit ni de politique, ni de religion. Il s’agit de qualité humaine, il s’agit de tempérament, il s’agit d’une certaine attitude devant la vie ; il s’agit de ce quelque chose qu’on atteint assez vite dans la fréquentation d’un être, même disparu de longue date, et qui nous le livre dans son tréfonds. Et pas moyen de se défendre, alors, non d’un jugement, mais d’un réflexe. L’homme nous est présent comme si nous avions capté son regard, touché sa main, respiré son odeur. Verlaine peut avoir été hideux, c’était tout de même un être pur. Hugo peut avoir dit quelques sottises, c’était tout de même un être grand. Vigny peut avoir écrit quelques beaux vers, c’était tout de même un être petit, et rance. Cela s’appelle critique-passion ? Soit. Et où est l’histoire impartiale ? Il n’y a pas d’histoire impartiale. Il n’y a que des historiens qui font semblant d’être “objectifs” […]. Partialité n’est pas déloyauté. »

En approchant de la fin de sa réponse, Guillemin revient tout de même à la question politique, ou sociale, toujours à propos de cette histoire bien élevée qu’il hait, et il donne avec vivacité cette explication du « péché » qui serait le sien, s’agissant de Vigny :

« J’ai touché à un tabou. […] les Verlaine, les Rimbaud [deux écrivains sur lesquels il publiait beaucoup à cette époque], peu importe ce qu’on nous apprend sur leur compte. Avec eux, petites gens, tout est permis, et bon, et juste. Mais M. de Vigny est “du monde”, M. de Vigny avait des terres, M. de Vigny a droit à des égards, M. de Vigny a “quelques raisons” de se croire “à l’abri” […] Ma faute me paraît donc être d’avoir mal respecté un code non écrit de convenances que l’historien de bonne compagnie sait d’instinct ou d’éducation. L’historien “de bon goût” détourne, de lui-même, la tête lorsque ce qu’il aperçoit est de nature à porter préjudice aux personnes distinguées. »

Évidemment, « discrétion, déférence, ces qualités d’un bon domestique », ne sauraient être le fait d’un Guillemin.

La reproduction interdite – tableau de René Magritte (1898-1967)
Museum Boijmans Van Beuningen Rotterdam

Deux choses, ici, je crois, dans son attitude : une rancœur atavique de fils de cantonnier contre le “château”, et la conviction absolue, qui n’est plus seulement subjective et personnelle, que les écrivains (ou les hommes politiques) ont des comptes à rendre.

Je cite encore ce passage, presque à la fin de la réponse à Mauriac :

« Quiconque nous parle, invinciblement nous lui demandons ses preuves ; nous voulons savoir comment il s’en est tiré, lui-même, du métier d’homme, non la plume à la main, mais dans l’aventure, pour de bon, de sa destinée ; nous avons besoin de savoir s’il y croyait, s’il y avait “provision” sous ses chèques, garantie-or sous sa monnaie de papier, si sa vie, en somme, ratifiait son œuvre. »

Guillemin ayant pensé que la posture noble de Vigny était une posture tricheuse, il n’a pu que déplaire en le disant un peu haut.
Mais, disait-il de lui-même, « on ne sait que trop à quel point le bon ton me manque, infirmité dont je ne saurait guérir » : ces mots qui le peignent figurent en 1970 dans un article de La Tribune de Genève significativement intitulé « Les pudeurs de l’Histoire ».

Conclusion

Le point d’exclamation de mon titre a maintenant tout son sens : la teneur de ce que j’ai dit sur Guillemin et Vigny n’est pas de nature à faire changer d’avis ceux qui ne voient en Guillemin qu’un falsificateur, voire un marchand d’autographes ; et sa condamnation de Vigny est si haineuse qu’elle continue d’interroger même ses amis.

Mais ce Guillemin sans nuances est Guillemin aussi, et sans cette passion (qui, plus souvent positive, lui a fait “réhabiliter” tant de gens qu’il admirait), nous n’aurions pas l’ensemble de son œuvre.

Il était donc important de ne pas ignorer “son” Vigny, et il n’était pas indifférent que cela se passe à la Sorbonne, lieu de ce savoir de bon ton qui le mettait en rage.

Récit de Patrick Berthier.

Henri Guillemin