1940 : Philippe Henriot, surnommé le Goebbels français, fait un discours au Casino de Vichy, France. (Photo Keystone/France/Gamma via Getty Images)
L’article de Henri Guillemin
D’EBERLEIN A SULIOTTI
« L’Ordre » d’Emile Buré (1), lequel ne passe point pour un homme de gauche, a publié, dans son numéro du 25 février un article intitulé « La paille et la poutre » et qui s’ouvre sur les lignes suivantes : « M. Philippe Henriot (2) s’indigne de l’intervention de l’étranger dans la politique intérieure française, et il a raison. Mais son indignation est à sens unique. »
On sait qu’à la suite d’une campagne de « Gringoire » – où l’on a du goût pour les fiches de police – M. Henriot porta à la tribune de la Chambre le nom de cet Eberlein qu’il accuse de s’être fait le distributeur de l’argent russe au parti communiste français. Et toute l’argumentation de M. Henriot contre le pacte franco-soviétique repose sur le thème que la France ne saurait traiter avec un gouvernement qui entretient chez elle une agitation révolutionnaire.
Hugo Eberlein en 1936
La thèse paraît logique ; mais M. Henriot s’arrête, on ne sait pourquoi, dans la voie des conséquences où devraient l’entraîner les prémisses qu’il a posées.
Nous ne voyons point en effet que M. Henriot s’indigne lorsque M. Mussolini, par exemple, incite les étudiants français à s’en prendre à la personne des « politiciens qui continuent à siéger dans leurs fauteuils parlementaires ». Et M. Mussolini ne s’est pas contenté de faire imprimer son discours, il l’a fait transmettre en français par la radio officielle.
Il y a mieux. Il existe en Italie une organisation, la C.A.U.R. (Comité d’action pour l’universalité de Rome) qui correspond très exactement au Komintern russe. Son but est la réalisation du mot d’ordre de Mussolini : « Dans dix ans, l’Europe entière sera fasciste ou fascistisée ». Cette organisation répand en France un bulletin, imprimé dans notre langue, et où l’on a pu lire, par exemple, la déclaration suivante, émanant des francistes : « C’est dans la rue que se régleront les comptes entre la France d’un côté, et les valets anglo-éthiopiens de l’autre. » [le parti franciste (1933-1944)était un parti politique fasciste dirigé par Marcel Bucard – [N.de l’E.] De pareilles incitations au meurtre sont diffusées en France aux frais et pour le compte du gouvernement italien mais a-t-on entendu parler d’une seule protestation élevée par M. Henriot contre cette extraordinaire ingérence du fascisme italien dans notre politique intérieure ?
Enfin – et les choses deviennent tout à fait singulières – si le communisme russe entretenait en France cet agent de propagande nommé Eberlein et qui est à présent sous les verrous, le fascisme italien a délégué à Paris un homme à tout faire, du nom de Suliotti, agent de l’O.V.R.A., organisation de police, et qui dirige, en France, une feuille de propagande fasciste, la Nuova Italia. Ce Sulioti a même jugé bon de se faire photographier, en chemise noire, et un revolver à la main à côté de M. Bucart, à Breuil-Bois-Robert. « M. Sulioti, écrit « l’Ordre » ne se contente pas d’organiser (à Paris) des meetings en faveur de l’Italie fasciste et contre l’attitude du gouvernement français ; il s’occupe avec insistance de politique intérieure française ; il imprime, en français, des articles de propagande où il se livre à des menaces et à des insultes contre es hommes politiques français qui osent ne pas se mettre au service du gouvernement italien. »
Il semble donc qu’un député français – et donc spécialement un député nationaliste comme M. Henriot – aurait dû se faire un devoir de dénoncer à la tribune de la Chambre l’inadmissible attitude de ce « métèque » mal élevé et indésirable. Mais il n’est, pour l’extrême droite, de « métèques » que ceux qui ne pensent pas comme elle. Et M. Henriot se garde d’autant plus de prononcer le nom de Suliotti qu’il accepte de prendre la parole dans les meetings pro-fascistes organisés par le dit Suliotti, qu’il s’est rendu à Rome sur l’invitation du Komintern fasciste (lequel sait reconnaître les siens), et qu’enfin il est en relations personnelles avec Suliotti, se concertant avec lui, à Paris, 21, rue Cambon (Nous sommes, sur ce dernier point, en mesure de répondre au démenti envoyé à « l’Ordre » et inséré dans le numéro du 29 février).
Plus fasciste que français, M. Henriot a fait, à Rome, l’apologie de l’agression italienne contre l’Ethiopie, par quoi se trouvait mortellement atteinte cette organisation de la sécurité collective à laquelle la France n’avait cessé de travailler.
Philippe Henriot a droit à la reconnaissance de Suliotti. Sur cette paire d’amis, qui figure d’une manière si touchante le fascisme français associé au fascisme italien, descendent même les bénédictions nazies.
M. Henriot a pu, de fait, s’enorgueillir tout récemment de voir le « Lokal Anzeiger » et autres feuilles hitlériennes, lui décerner, ainsi qu’à M. Taittinger, les plus réconfortantes éloges.
Suliotti, Henriot, Goebbels, nous ne sortons pas de la famille…
Henri Guillemin
Analyse et commentaires de Patrick Rödel
Cet article, issue du journal de campagne (L’éveil) de Jacques Rödel, ne manque pas d’intérêt. On y voit Henri Guillemin engagé dans une campagne électorale particulièrement tendue où Jacques Rödel affronte Philippe Henriot, député sortant, candidat de l’UPR (Union Populaire Républicaine), celui qui deviendra ministre de l’Information du gouvernement Pétain.
Henriot trouve, auprès de la bourgeoisie bordelaise, une oreille très attentive et pleine de sympathie. Il n’est qu’à voir la fascination qu’il continuera d’exercer sur un François Mauriac, en dépit de ce que Henri Guillemin peut lui dire. Jacques Rödel, fidèle aux idées de Marc Sangnier et de Jeune République dont il est membre se présente sous l’étiquette du Parti Démocrate Populaire (3).
Il sera battu comme il l’avait été en 1932 par le même Henriot. Bordeaux n’a pas beaucoup de sympathie pour un patron aux idées sociales, pour un catholique qui s’allie au Front Populaire.
On voit aussi la lucidité avec laquelle Guillemin analyse les « contradictions » des tenants de l’extrême droite et ce qui va déboucher sur la collaboration avec l’occupant allemand sous le régime pétainiste. La dite préférence nationale s’allie parfaitement à la complicité à l’égard des fascistes italiens et des nazis du jour qui seront les vainqueurs de demain. C’est la thèse que Guillemin défendra dans L’Affaire Pétain et dans Nationalistes et nationaux. Il est intéressant de voir que les idées maîtresses de la pensée politique de Guillemin sont en place très tôt. La même remarque pourrait aussi être faite en ce qui concerne ses idées en matière religieuse.
On voit aussi un procédé auquel Guillemin aura souvent recours par la suite et qui consiste à appuyer son argumentation sur des citations qui viennent d’un bord politique qui n’est pas d’emblée en harmonie avec ses propres idées. Ce qui est habile, on en conviendra.
Quelques notes pour éclairer le texte de Guillemin
(1) Emile Buré – 1876/1952. C’est un étrange parcours que le sien. Il commence par être socialiste, dreyfusard, proche de Péguy et des Cahiers de la Quinzaine où il publiera quelques articles. Puis, après la Guerre, il s’éloigne des socialistes qui le considèrent comme un renégat ; il appartient à plusieurs cabinets ministériels de droite. Il mène en même temps une activité de journalistes, dans plusieurs publications, avant de fonder, en 1929, L’Ordre où il signe les éditoriaux qui développent les idées d’une droite qu’on dira modérée.
Sa proximité avec le monde politique en fait un bon analyste, dans une période qui est, malgré tout, bien confuse. Il ne changera pas d’avis sur le point fondamental de l’antisémitisme qu’il condamne très fermement. Il est certes hostile au Front Populaire mais sa germanophobie l’amène à soutenir l’alliance franco-soviétique, à dénoncer régulièrement le danger que représente Hitler et toute complaisance à son endroit.
Lorsque la Guerre éclate, il réussit à gagner les Etats-Unis ; il fait partie, avec Kérillis, de ces traitres que fustige le régime de Pétain. Il se rapproche des gaullistes. Puis, à l’époque de la guerre froide, il se retrouve compagnon de route du PCF dont il partage la croisade pour la paix, il est aussi membre d’honneur du MRAP.
Je rappelle son parcours parce qu’il me semble éclairer des remarques souvent faites par Guillemin sur ces gens de droite qui ont, parfois, plus de rigueur intellectuelle et morale, plus de lucidité et de constance que certains gens de gauche dont les opinions se révèlent, parfois, fort fluctuantes.
(2) Philippe Henriot, 1889/1944. Rien ne semblait prédestiner ce petit prof qui rêvait d’une carrière littéraire à devenir « la voix de la collaboration ». En 1924, il entre en politique en travaillant avec l’abbé Bergey, député de la 2ème circonscription de Bordeaux, créateur d’un journal, La liberté du Sud-Ouest.
Philippe Henriot en 1934
Henriot sera élu député en 1932, réélu en 1936. Droite extrême obsédé par sa haine des franc-maçons et des bolcheviques, munichois, bien sûr, pétainiste. Est devenu un orateur admiré qui va de meeting en meeting porter ses paroles de haine. En 1943, membre de la Milice. En Janvier 44, Secrétaire d’Etat à l’Information et à la Propagande. Exécuté le 28 juin de la même année par la Résistance.
(3) Parti Démocrate Populaire : ce parti fondé en 1924 est issu de la constellation de mouvements catholiques favorables à la République qui se sont créés depuis l’encyclique Rerum novarum et à ce que l’on appelle la doctrine sociale de l’Eglise (Le Sillon, Jeune République, Les Semaines sociales, l’Action catholique de la jeunesse…). Il exprime les difficultés que ces mouvements rencontrent à acquérir un vrai poids politique coincés qu’ils sont entre des extrêmes de gauche et de droite. Contrairement à ce qui peut se passer ailleurs, en Italie par exemple, il n’y a pas, à ce moment-là de parti qui ait l’importance de la Démocratie chrétienne. Il faudra attendre la Libération pour qu’émerge le MRP, mais ce sera, en rupture avec la doctrine sociale de l’Eglise, un parti de droite fort hostile au catholicisme social.
Le rappel de cette situation n’est pas inutile pour comprendre les positions politiques de Guillemin lui-même – c’est sans doute parce que ces mouvements partis ou syndicats ou associations « chrétiens ou catholiques » se refusent à une remise en cause réelle du système économique capitaliste qu’il prend ses distances par rapport à quelque engagement politique que ce soit.
Il reste de gauche, c’est évident, mais son anti-communisme lui interdit d’être, comme d’autres, compagnon de route du PCF et les jugements qu’il porte sur la vie politique française sont d’une grande volatilité.
Patrick RÖDEL
1936 – Manifestation rue Achard à Bordeaux – Chantiers navals quartier du Bacalan Photo G. Biguereau – Mémoire de Bordeaux métropole
Le Prix Henri Guillemin est une nouvelle action que nous lançons, prenant place à côté de celles menées depuis la création de l’association. Elle vise à contribuer, d’une autre façon, au développement de la notoriété d’Henri Guillemin, à la connaissance de son œuvre, son engagement, sa vision critique des événements et des situations.
Le Prix sera déterminé au sein d’un jury composé de 9 membres (fondateurs et adhérents de LAHG, représentant de l’association mâconnaise « Présence d’Henri Guillemin », journalistes, historiens..). Il sera décerné tous les ans et pour la première fois en septembre 2020 ; ensuite, chaque année à la même période.
Il récompense un ouvrage (et donc aussi un auteur et un éditeur) écrit dans l’esprit et l’engagement d’Henri Guillemin, répondant….
….. aux critères suivants :
L’ouvrage doit :
– être rédigé ou traduit en langue française
– être publié à compte d’éditeur
– avoir été édité pendant une période de 15 mois établie autour du mois pivot de septembre de chaque année.
Par exemple : pour le Prix attribué en septembre 2020, la période de référence commence 12 mois en amont de septembre 2019 et se termine 3 mois en aval, en décembre 2019, soit 15 mois s’étalant de septembre 2018 à décembre 2019. Et ainsi de suite pour les années suivantes.
Cette période est dictée par les impératifs de « Nouveauté » qu’un Prix littéraire doit suivre pour correspondre aux standards du marché de l’édition et de la communication.
– l’ouvrage ne peut pas relever de la pure fiction. Il doit appartenir au genre de l’analyse ou de la critique : récit, essai, dont la portée dominante est d’ordre historique, sociologique, politique.
– les champs sont ceux travaillés par Guillemin : histoire politique, littéraire, ou religieuse.
De manière générale, l’ouvrage, aborde les thèmes de ces différents domaines de façon critique en se démarquant nettement de l’histoire officielle ou de la pensée dominante, s’inscrivant ainsi dans l’esprit et l’engagement de Henri Guillemin.
Il doit porter sur des sujets ou des problématiques amenant les lecteurs à mieux comprendre la réalité des faits et des situations, à apprendre des vérités cachées ou déformées par la pensée dominante, et à établir une reconsidération des discours officiels. Il doit pouvoir s’adresser à un public de non spécialistes tout en évitant la vulgarisation simplificatrice.
Participation des abonné-es. Comment faire ?
Cette démarche repose en effet sur vous. Elle est très simple :
Dans le respect des critères énoncés plus haut et dans le cadre de la période de référence pour l’identification des ouvrages, chacun-e d’entre vous proposera entre 1 et 3 titres.
J’indique une nouvelle fois que votre participation est entièrement libre. Il n’y a pas non plus de score particulier à atteindre. Chacun selon son rythme, son agenda ou ses inclinations. Proposer un titre est aussi valable qu’en proposer trois.
Quand commencer à adresser les propositions d’ouvrages ?
Dès réception de cette newsletter (1er septembre 2019) et jusqu’au 31 décembre 2019, vous pouvez nous indiquer 1 ou 2 ou 3 ouvrages. Vous disposez ainsi d’une période raisonnable de quatre mois.
A qui les adresser ?
Là encore, c’est très simple : par email à l’adresse de messagerie de notre site que je redonne :
administration@henriguillemin.org
Observation : Pour que tout soit complet, votre message devra renseigner 4 points :
-titre de l’ouvrage proposé
-prénom et nom de son auteur
-nom de l’éditeur
-votre commentaire indiquant les raisons de votre choix (facultatif)
Que se passe-t-il ensuite ?
Le 31 décembre 2019 se clôturera la réception des propositions des abonné-es. Au cours du mois de janvier, LAHG procédera à la consolidation des données reçues pour établir une sélection de 6 titres.
Ces 6 ouvrages seront remis à chaque membre du jury dès le 1er février. Le jury disposera de 7 mois, du 1er février au 31 août, pour lire, de façon raisonnée, les 6 titres sélectionnés.
Courant septembre 2020, le jury se réunira pour débattre et choisir le lauréat. Une communication sera organisée et une cérémonie se tiendra ensuite (lieu non encore défini).
Ce processus se reconduira ainsi chaque année.
Comme toute initiative nouvelle, nous découvrirons au fur et à mesure de notre avancée, les correctifs à apporter. Il y en aura certainement, mais c’est notre rôle de mieux faire connaître Guillemin. Il faut se lancer et les choses s’organisent toujours par la suite.
Nous sommes convaincus que le Prix Henri Guillemin peut aider non seulement à faire connaître davantage une œuvre critique qui reste d’actualité, mais aussi peut soutenir les efforts des historiens actuels travaillant dans le même esprit et qui peinent à se faire entendre.
Car il s’agit de résister à des vents contraires sacrément puissants.
Et maintenant c’est à vous de jouer !
Pour lire le règlement du Prix Henri Guillemin, cliquezici
Patrick Rödel au colloque Guillemin du 17 novembre 2018
AVANT-PROPOS
Nous avons expliqué dans notre précédente lettre du 12 mai dernier les raisons pour lesquelles nous avons finalement décidé de diffuser les actes de notre colloque en mode numérique à partir de notre site et non sous la forme d’une édition papier.
Ainsi, suite à l’édition en première partie des actes des interventions de Patrick Berthier et d’Annie Lacroix-Riz, nous présentons, pour cette deuxième partie, la communication de Patrick Rödel sur son ami l’avocat Gérard Boulanger, et celle de Jean A. Chérasse sur le témoignage encore méconnu du général Jauneaud, dont il a rendu possible, en son temps, la publication.
INTERVENTION DE PATRICK Rödel
Henri Guillemin et Gérard Boulanger, deux avocats de la vérité
Il n’était pas prévu, lorsque nous avons commencé de réfléchir à l’organisation de ce colloque, que j’y fasse une intervention.
Nous avions invité Gérard Boulanger à nous parler de cette période qu’il connaît bien, pour avoir voulu ressaisir le cheminement de Maurice Papon. Papon, ce fonctionnaire modèle, ce « technocrate français dans la collaboration » (mots du titre de son livre sur Papon publié au Seuil en 1994) qui, sans état d’âme, lorsqu’il était secrétaire de la Préfecture de la Gironde, a signé les décrets qui envoyaient en Allemagne plusieurs convois de juifs bordelais ; que l’on retrouvera, toujours sans état d’âme, au moment de la Guerre d’Algérie (je rappelle seulement la répression de la manifestation des Algériens, à Paris, en octobre 1961, et, en février 1962, les morts du métro Charonne).
Tout le monde connaît le procès qui, après des années de combat, se tint à Bordeaux en 1997. Ce procès fut le combat de Boulanger pendant vingt ans de sa vie. Il en a retracé toutes les étapes dans le dernier livre qu’il a publié, en avril 2018 : Le Procès Papon, aux Éditions du Cherche-Midi.
Il avait accepté notre invitation avec l’enthousiasme qui le caractérisait. Il était acquis qu’il serait des nôtres. La maladie en a décidé autrement, qui l’a enlevé au mois de juin de cette année.
Gérard, faut-il le rappeler, a été le premier à organiser un colloque dédié à Henri Guillemin ; c’était en 2003, à Bordeaux, pour le centenaire de la naissance de Guillemin. Il avait su rallier à sa cause la Ligue des droits de l’homme – c’était relativement facile puisqu’il en était le président pour la Gironde – et la section d’histoire de l’Université de Bordeaux III – ce qui était méritoire quand on sait que, à l’époque, Guillemin n’était pas spécialement en odeur de sainteté dans la communauté des historiens. Et, cerise sur le gâteau, si j’ose dire, il avait obtenu, quelque temps après, quand il était conseiller régional chargé des affaires culturelles, que le nom d’Henri Guillemin soit donné à la Bibliothèque des Lettres de l’Université !
Gérard Boulanger, tête de liste du front de Gauche en Aquitaine, prononce un discours lors d’un meeting dans le cadre de la campagne pour les élections régionales de mars prochain, le 18 février 2010 à Bordeaux. AFP PHOTO / JEAN-PIERRE MULLER / AFP PHOTO / JEAN-PIERRE MULLER
Si Gérard avait été des nôtres, il aurait, selon toute vraisemblance, repris certaines des analyses qu’il avait faites dans un livre de 2006, À mort la Gueuse ! Comment Pétain liquida la République à Bordeaux, 15, 16 et 17 juin 1940 (Calmann-Lévy), les aurait complétées et remaniées dans un de ces grands élans d’improvisation dont il était coutumier.
Je ne saurais parler à sa place. Mais je veux relire devant vous ce livre et montrer ce que la lecture qu’il a faite de ces trois journées où s’est joué le sort de la France et de la République doit aux analyses de Guillemin, spécialement dans l’Affaire Pétain, qu’il cite abondamment.
Comment Boulanger en est-il venu à se lancer dans ce travail d’historien ?
« Né pratiquement à l’improviste, ce livre est un jumeau extra-utérin de : Maurice Papon, un technocrate français dans la collaboration (in : À mort la Gueuse ! dans l’avant-propos, p. 13).
« Pour être tout à fait explicite », ajoute-t-il, l’abandon des valeurs républicaines par Papon, ce personnage emblématique de la haute fonction publique française sous Vichy, ne laisse pas de renvoyer au fait qu’il a sévi dans la ville même où s’est opéré le rejet de ces mêmes valeurs, Bordeaux » (ibid.).
De là, la nécessité à ses yeux de retracer, dans le détail, les événements qui se sont déroulés pendant ces trois journées :
C’est dans cette même ville de Bordeaux que s’est joué le véritable épilogue d’une tragédie nationale sans réel précédent, et que la brutale déconfiture des armes a révélé l’abyssal affaissement des consciences. […] Et il n’a été besoin que de quelques heures fiévreuses pour que s’évanouisse un siècle et demi de tradition démocratique et soixante-dix ans de régime républicain. […] La défaite militaire ayant déclenché un véritable séisme politique, Pétain a pris le pouvoir, bien plus sûrement par ces trois journées bordelaises des 15 au 17 juin que par le plébiscite parlementaire de Vichy du 10 juillet qui les prolonge, ou que par l’Acte constitutionnel n° 1 de l’État français du lendemain qui les sanctionne. […] (p. 14-15). Dans la masse des réunions, rencontres, repas, conversations, conseils, comités, conférences, déclarations, discours, conciliabules, apartés et complots, il a fallu élaguer l’accessoire et le secondaire, tout en s’attachant à respecter la complexité des événements, en s’efforçant de les mentionner sans exclusive, en s’astreignant à en établir les sources sans discriminations (p. 19).
Boulanger suit ce programme avec rigueur et nous donne, de ces journées cruciales, un récit qui se lit comme un roman, l’art du conteur se mariant avec l’habileté de l’écrivain.
C’est exactement le devoir que Henri Guillemin s’impose lorsqu’il aborde ces journées de juin, dans le chapitre « La prise du pouvoir » de La Vérité sur l’affaire Pétain (1945) : « C’est presque heure par heure que l’historien doit tenter de suivre maintenant le jeu, en veillant à ne rien laisser échapper, à ne s’appuyer que sur des documents incontestables et à comprendre le sens et la portée des faits » (Utovie, 1996, p. 119).
On ne compte pas moins de dix-sept références à Henri Guillemin dans le livre de Gérard Boulanger. La plupart d’entre elles renvoient à l’Affaire Pétain – treize en tout –, les quatre autres à Nationalistes et “nationaux” (1870-1940) (Gallimard, 1974, et Utovie, 2012).
Il est évident que l’ouvrage de Guillemin est écrit et publié à chaud, si j’ose dire : le procès de Pétain devant la Haute Cour a lieu du 23 juillet au 15 août 1945 ; et c’est en octobre que La Vérité sur l’affaire Pétain est publié aux éditions suisses du Milieu du Monde – ce qui ne lui laisse pas beaucoup de temps ! Donc, évidemment, Henri Guillemin n’a pas accès à beaucoup d’archives.
Il est vrai qu’en dépit des travaux qui ont été écrits plus tard sur cette période, « prédomine souvent, écrit Gérard Boulanger, le sentiment que toute la clarté n’a pas été faite sur certaines pages de ce dérangeant passé. Surtout eu égard aux reconstructions amnésiantes et fallacieuses d’antécédents peu avouables ».
Et toute cette « abondante littérature n’est pas forcément exempte d’un flou persistant, si ce n’est pis, sur la genèse bordelaise du régime de Vichy. […] Sans même s’attarder au recensement de ces auteurs singulièrement acharnés à faire croire que la France compta d’emblée quarante millions de pétainistes, sans doute pour se sentir eux-mêmes moins seuls » (À mort la Gueuse !, avant-propos cité, p. 15 et p. 16). Allusion transparente au livre d’Henri Amouroux, Quarante millions de pétainistes : juin 1940-juin 1941 (Robert Laffont, 1977).
Lors du procès Papon, je rappelle qu’Amouroux avait témoigné en faveur de Papon. Boulanger l’avait alors interrogé sur son activité au sein de La Petite Gironde, journal collaborationniste, et avait employé la formule qu’il réutilise ici : « Si vous avez écrit Quarante millions de pétainistes, c’est sans doute pour vous sentir moins seul ». Amouroux avait porté plainte pour diffamation et avait fini par gagner, même si ses faits d’armes dans la Résistance restent assez légers et tardifs.
Je rappelle aussi qu’Henri Amouroux fut un étudiant de Guillemin quand ce dernier était professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux et que, dans une émission du 10 décembre 1978, à la Radio-Télévision Suisse romande, rendant compte du livre d’Amouroux, Les Beaux Jours des collabos, suite de Quarante millions de pétainistes (Robert Laffont, 1978) (*1), il porte un jugement très sévère sur son ancien étudiant, qu’il continuait de voir, en regrettant la distance qui s’est établie entre eux sur le rôle de Pétain ; il voit, dans les bouquins d’Amouroux, un plaidoyer en faveur de Pétain qui passe très vite sur son attitude à l’égard des Juifs, dès son accession au pouvoir et sans même que l’Allemagne ait fait pression sur lui ; il dénonce une véritable entreprise de réhabilitation du maréchal Pétain.
On voit la proximité entre Boulanger et Guillemin, sur ce point précis. Mais sur d’autres encore. Il est en tout cas remarquable qu’un des premiers ouvrages consacrés à Pétain, qui ait fait preuve d’une belle lucidité et ne soit évidemment pas tombé dans les travers que Gérard Boulanger dénonce, soit celui de Guillemin.
Je vais donc faire une recension rapide de ces citations de Guillemin et de l’usage que Boulanger en fait dans son livre.
On peut les regrouper sous trois thèmes.
Le premier est d’ordre psychologique.
Il s’agit d’éclairer la personnalité de Pétain ; Henri Guillemin le montre « rancuneux, capable de nourrir de très longues haines » ; « un homme de petit caractère, sans flamme, sans confiance, ennemi des risques […] exactement un “défaitiste” » (La Vérité sur l’affaire Pétain, p. 26-27). Il est dissimulateur, il cache bien son jeu, « il se tait et il attend ».
En même temps, un côté « pince-sans-rire glacé » (Nationalistes et nationaux, p. 406). Dans ses relations avec ceux qui l’entourent, on le sent très manipulateur, utilisant Laval quand il en a besoin, alors qu’il n’a pour lui que « peu de goût » et que son entourage le méprise.
Il est évident que ces notations mettent à mal l’image du bon vieux grand-père cachant sous sa moustache blanche un sourire affectueux et qui vient se dévouer, alors qu’il pourrait profiter d’une retraite bien méritée, à ce peuple français qui vient de subir un désastre sans précédent.
L’analyse psychologique prépare le terrain à ce qui est le propos essentiel de Henri Guillemin et de Gérard Boulanger – montrer les forces qui sont à l’œuvre durant toute cette période de l’immédiat avant-guerre et qui ont vu en Pétain l’homme qui allait mener la politique dont elles rêvaient ; et comment celui-ci a joué avec une duplicité étonnante le rôle qui permettait la réussite du plan élaboré : le rôle de celui qui ne fait pas de politique et qui se sacrifie pour le salut des Français quand la nécessité s’en fait sentir.
Il faut donc déconstruire ce rôle. Et démolir ce sur quoi repose la gloire même du maréchal – l’image du vainqueur de Verdun.
Et c’est le deuxième thème sur lequel les analyses de Henri Guillemin et de Gérard Boulanger se rencontrent : la destruction du mythe.
Pétain, vainqueur de Verdun ? Quelle blague ! Guillemin, en utilisant les mémoires de Joffre, l’Histoire de la guerre mondiale publiée chez Payot en 36-37, en quatre volumes, par les généraux Duffour, Daille, Hellot et Tournès (*2), les notes de Poincaré, montre que Pétain était « exactement un défaitiste », qu’il a fallu, à plusieurs reprises, annuler les ordres de Pétain qui auraient eu des conséquences catastrophiques.
« Le vrai sauveur de Verdun fut Nivelle » (Mémoires de Joffre, Plon, 1932, t. II, p. 269) (*3). « À quatre reprises, en 1918, le général Pétain a failli faire perdre aux Alliés la guerre [par] son incurable pessimisme » (La Vérité sur l’affaire Pétain, p. 25) ; il était, déjà à l’époque, convaincu de l’extrême supériorité des Allemands.
Henri Guillemin remplit, ici, sa tâche de déboulonneur d’idoles, de pourfendeur de mythes et de légendes, on connaît sa virulence, mais il faut croire que, sur ce point, le mythe a été plus fort que la vérité ; il y a fort à parier que, encore de nos jours, il demeure à peu près intact, et que la célébration du centenaire de la fin de la Guerre va être l’occasion de le magnifier à nouveau.
Voilà pourtant qui remet à sa place la légende que Pétain a su construire entre les deux guerres. Pendant cette période, il n’a pas non plus brillé par sa clairvoyance sur l’évolution de la guerre moderne. Son indifférence voire son hostilité à l’utilisation des engins blindés et de l’aviation a eu les conséquences désastreuses que l’on sait sur l’état des armées au moment de la guerre de 40. [pour en savoir plus sur cette ineptie, lire l’intervention de Jean Chérasse en cliquantici]
En pleine déroute de l’armée, à la stupéfaction des autres membres du gouvernement, Pétain recommanda l’emploi des pigeons voyageurs pour rétablir les communications entre les éléments dispersés de l’armée… Et le lecteur découvre l’incompétence militaire du maréchal et surtout sa volonté acharnée de faire la paix avec l’Allemagne et les autres régimes autoritaires qui fait de ses manœuvres pour affaiblir l’armée française une véritable trahison.
Le troisième thème est politique et montre comment Pétain a longuement préparé son affaire en construisant sa légende, c’est vrai, mais aussi en s’entourant d’un réseau de « théoriciens de l’extrême droite » que l’on retrouvera autour de lui à Bordeaux et à Paris.
Un des exemples les plus parlants est celui de Raphaël Alibert qui fut un de ses collaborateurs les plus proches (*4) et que l’on retrouve dans ce Comité Secret d’Action Révolutionnaire (surnommé « la Cagoule ») qui chercha, en 37, à créer une véritable psychose anticommuniste en lançant deux bombes sur les locaux de la Conférence générale du patronat français. Pas vraiment très recommandable, ce Comité, mais formé de gens si importants que le gouvernement renonça à pousser trop loin ses investigations. Coupable lâcheté, c’est évident.
En juin 36, Pétain rêve déjà d’une entente entre la France et l’Allemagne et ce n’est pas, comme Marc Sangnier l’avait initié au sortir de la guerre de 14-18, dans une perspective pacifiste de réconciliation, prémices d’une Europe que Sangnier appelait de ses vœux, mais dans une commune haine du communisme : « On ne voit pas pour quelle raison deux peuples d’une grande culture ne découvriraient pas les chemins d’une entente […] Les mains ne pourraient-elles être tendues par-dessus les ponts verrouillés ? » (allocution de Pétain du 21 juin 1936, citée dans Nationalistes et nationaux, p. 380, et reprise par Boulanger, À bas la Gueuse !, p. 67).
La légende d’un Pétain qui ne fait pas de politique est battue en brèche ; il a bien une vision politique que Guillemin ne cesse de dénoncer : se venger de cette République qui a failli s’imposer en France aux dépens des gens de bien, agiter le chiffon rouge du complot communiste pour rallier à sa cause la bourgeoisie.
Et c’est là que Guillemin trouve ces formules qui résument et la défaite préparée par l’incurie de l’armée ou d’une bonne partie de son état-major, et la demande éperdue d’un armistice – alors que le combat aurait pu être poursuivi à partir des territoires de l’Empire colonial ou même du réduit breton, comme cela avait été envisagé pendant un instant.
Cette solution, évidemment, Pétain n’en veut pas parce que son unique ennemi, c’est le peuple de gauche, parce que le seul combat qu’il entend mener c’est celui qui est contre ceux qui portent les valeurs de la République. « L’armée trouve enfin contre la République la revanche de l’Affaire Dreyfus » ; et ceci : « LE COUP D’ETAT DU 11 JUILLET, C’EST LE 6 FEVRIER ENFIN REUSSI » (La Vérité sur l’affaire Pétain, p. 168, en capitales dans le texte).
Le dernier point que je voudrais souligner, c’est la leçon politique que Henri Guillemin tire de cette période de notre histoire et qu’il ne cessera de répéter dans les années à venir quand il se penchera sur la Révolution de 89, sur celle de 48 et le coup d’État de Napoléon III, sur la Commune de Paris. C’est la politique intérieure qui détermine la politique extérieure. La guerre n’a été que le moyen de régler la question sociale.
Cette idée, il est important de souligner qu’elle naît très tôt dans l’esprit de Guillemin ; cela m’a frappé à la relecture de La Vérité sur l’Affaire Pétain. Et je me suis amusé en retrouvant, dans un article publié dans L’Express, pas celui de « J.-J. S.-S. », mais celui de Neuchâtel, en 1991, ceci :
En ouvrant Les Années souterraines que vient de publier Daniel Lindenberg, professeur à Paris-VIII (Saint-Denis), j’ai éprouvé une joyeuse stupeur en apprenant qu’un temps exista, pour un certain nombre de jeunes chercheurs intéressés par l’histoire de la France contemporaine, où “leur maître à penser s’appelait : Henri Guillemin”. Pourquoi ? À cause de son grand thème sur la politique intérieure déterminant tout, ou presque, dans la politique extérieure. “Grandiose interprétation, écrit Lindenberg, qui garde encore à mes yeux toute sa séduction.” (*5)
Pas peu fier, le Guillemin, et il a toutes les raisons de l’être, de cet hommage qu’il reçoit à la fin de sa vie, alors qu’il n’a cessé d’être vilipendé par tout ce que l’Université comprenait d’historiens raisonnables.
Tout est en place, dès ce moment-là, pour les travaux à venir ; on pourrait faire la même analyse en ce qui touche la question religieuse avec l’article « Par notre faute », publié dans La Vie intellectuelle du 10 septembre 1937, repris en annexe du livre de Patrick Berthier Le Cas Guillemin (Gallimard, 1979, p. 212-236), et dont la réédition est à paraître chez Utovie.
Et l’on comprend que sa rage n’épargne pas ceux qui, dans le monde des lettres, ont été les complices ou les théoriciens de cette dictature des gens de bien – alors qu’on attendrait d’eux qu’ils se retrouvent dans le camp de ceux qui défendent les opprimés, dans le camp de ceux qui se battent pour la vérité.
Et c’est le cas de Henri Guillemin comme celui de Gérard Boulanger.
Notes :
(*1) Ces deux volumes forment les tomes II et III de ce qui a pris ensuite le titre général de La Grande Histoire des Français sous l’Occupation.
(*2) Chacun des auteurs a pris en charge un des volumes dans l’ordre chronologique des événements. C’est le général Hellot qui a rédigé le tome III, Le Commandement des généraux Nivelle et Pétain, 1917.
(*3) Cité par Guillemin dans La Vérité sur l’affaire Pétain, p. 19, repris et complété par Boulanger (« Nivelle, heureusement secondé par le Général Mangin », À bas la Gueuse !, p. 57).
(*4) Raphaël Alibert (1887-1963), catholique et monarchiste, est devenu un proche de Pétain en 1937. Son rôle dans la prise du pouvoir de juin-juillet 1940, puis dans la législation contre les Juifs, a été déterminant. Condamné à mort par contumace en 1945, il a été amnistié en 1959 par le général de Gaulle.
(*5) « Vampires de guerre », L’Express [Neuchâtel], 18 février 1991, repris dans Les Passions d’Henri Guillemin, Neuchâtel, La Baconnière, 1994, p. 343. L’ouvrage de Daniel Lindenberg (1940-2018), Les Années souterraines, 1937-1947, a été publié à La Découverte en 1990.
INTERVENTION de Jean Chérasse
La prise du pouvoir par Pétain serait-elle fortuite ? Un décodage à travers le témoignage du Général J.H. Jauneaud.
L’importance du texte, sa mise en page et la précision des notes et références qui étayent l’ensemble du document ont plaidé pour une diffusion sous format pdf, afin d’en garantir la meilleure lecture.
Nous rappelons, sur ce sujet, notre lettre d’information du 14 juillet 2018, qui présentait le pamphlet du Général Jauneaud dont la préface inédite était signée de Henri Guillemin (c’est ici)
Pour lire le texte de l’intervention de JeanChérasse au colloque, cliquezici
A noter :
Par ces temps d’offensive quasi militaire contre la pensée critique, notamment dans les champs qui sont les nôtres, ceux de la pensée critique guiliminienne en histoire politique, en histoire littéraire, en histoire des institutions (publiques et religieuses) – une offensive d’un niveau inédit – nous continuons, au sein de l’association Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG) d’exister en contre, et à notre façon.
Ainsi ces informations concernant deux de nos intervenants à notre dernier colloque.
Jean Chérasse :
Nous rappellons son ouvrage sur la Commune en deux tomes :
tome 1 : Les 72 immortelles. La fraternité sans rivages : Un éphéméride du grand rêve fracassé des Communeux cliquez ici
tome 2 : Les 72 immortelles ou l’ébauche d’un ordre libertaire : Une nouvelle lecture de la commune de Paris de 1871 cliquezici
Ainsi que son interview pour la revue L’inactuelle – Revue d’un monde qui vient, cliquez ici
Annie Lacroix-Riz :
Nous indiquons son prochain ouvrage en parution fin août 2019 : La non-épuration en France de 1943 aux années 50, dont le propos est :
« Le début du XXIe siècle a réhabilité Vichy et la Collaboration, toujours « subie », minimisé le rôle militaire de la Résistance intérieure, diabolisé son « épuration sauvage » persécutant, avec des résistants de « la 25e heure », « les femmes tondues » et des « notables ». Pourtant, des archives françaises et allemandes, surgit la preuve que la Résistance intérieure se contenta de préparer, depuis 1943, la libération du territoire national, en combattant la Wehrmacht, les SS et leurs auxiliaires français, sur fond de massacres désormais alignés sur ceux perpétrés par le Reich à l’Est depuis 1941.
Et de « l’épuration », quotidiennement promise sur les ondes de Londres et d’Alger contre les collaborationnistes et « assassins de patriotes », qu’advint-il? C’est en fait à Alger que se prépara la non-épuration ou le statu quo total des élites, celui qu’avait exigé Washington en débarquant en Afrique du Nord aux bras du « Quisling » Darlan.
Dès la Libération, avec un appareil policier et judiciaire quasi intact, de Gaulle et ses soutiens politiques, MRP et SFIO en tête, organisèrent sous le regard pressant de « nos alliés » l’enterrement des dossiers en accusant les « épurateurs » rouges de vouloir supplanter le nouvel « État de droit ».
La réaction populaire, persistante mais impuissante, n’entrava guère une réhabilitation générale, criminels de sang compris. L’affaire Hardy, enfin éclairée par des sources judiciaires incontestables, résume tout… »
Patrick Berthier au colloque Guillemin du 17 novembre 2018
Avant-propos
Certains aléas peuvent toujours arriver dans le déroulement d’une action. Passés la surprise et le désapointement, les solutions de rechange se révèlent parfois plus profitables que le schéma initialement prévu. C’est ce qui s’est passé pour la préparation des actes du colloque Guillemin « Pétain, montée du fascisme, débâcle de 40, collaboration » qui s’est déroulé le 17 novembre 2018 à Ecole Normale Supérieure (rue d’Ulm).
Deux des six intervenants, pour des raisons différentes, n’ont pas pu produire le texte de leur intervention. D’une part, Antoine Perraud, qui n’a malheureusement pas souhaité mettre en forme ses notes pour établir et nous fournir un texte publiable. D’autre part, David Gallo qui, du fait d’un travail considérable de recherche et de publication accaparant la totalité de son temps depuis le début d’année, n’est pas en mesure de nous adresser son texte finalisé. Il s’en est excusé et nous a indiqué faire tout son possible pour nous le transmettre cet été.
Pour ces raisons, nous avons choisi de publier les actes du colloque en version numérique, à travers nos « newsletter ».
En commençant par l’intervention de Patrick Berthier, qui ouvrit la journée du 17/11 dernier, suivie par celle d’Annie Lacroix-Riz.
Dans quelques jours, nous publierons les autres interventions, à savoir le texte de Patrick Rödel qui sera suivi de celui de Jean Chérasse.
Enfin, nous publierons l’intervention de David Gallo lorsque nous l’aurons reçue.
S’agissant d’Antoine Perraud, la vidéo de son intervention est néanmoins toujours disponible sur la page d’accueil de notre site.
Intervention de Patrick Berthier
1939-1940 dans la vie et l’œuvre d’Henri Guillemin
Le colloque que nous avons tenu en novembre 2018 sur Guillemin et 1940 présentait avec les précédents (sur la Révolution ou la Commune de Paris) cette différence notable que, cette fois, il s’agissait d’événements dont il a été témoin, qu’il a vécus et dont il a parlé dans ses écrits et ses conférences.
Après l’obtention du titre de docteur ès-lettres grâce à sa thèse sur Lamartine (1936) et deux années d’enseignement à l’Université francophone du Caire (automne 1936-printemps 1938), Guillemin est élu à la Faculté des Lettres de Bordeaux, où il reste en poste de l’automne 1938 jusqu’à son départ en Suisse de la mi-juillet 1942.
C’est donc à Bordeaux qu’il a vécu l’entrée en guerre (septembre 1939), la débâcle (mai 1940), la création et les débuts de l’État français. Il habite à Bordeaux même, puis, tout près, à La Tresne, chez ses beaux-parents, en zone occupée, mais à la limite même de la zone libre. Et Bordeaux est, en 1940, sur le devant de la scène, puisque le gouvernement et le parlement s’y replient au moment de la défaite.
Tout cela ne pouvait que laisser des traces dans l’œuvre ; je voudrais présenter ici l’essentiel.
*
Commençons par la fin, ou presque. Le 2 avril 1990, dans L’Express de Neuchâtel où il tient chronique durant les dernières années de sa vie, Guillemin – 87 ans – publie un billet intitulé « Pétain ? Connais pas… », dont voici le début et la fin :
Né en 1903, je rencontre, de plus en plus fréquemment, non pas seulement des jeunes gens mais des hommes en pleine maturité, nés entre 1930 et 1940, ce qui les fait aujourd’hui quinquagénaires, et je constate, le cœur serré, que le nom du maréchal Pétain ne leur dit pas grand-chose : un vague souvenir historique, le “vainqueur de Verdun”, doté d’une admirable longévité qui lui permit de se mettre encore, à 84 ans, au service de la France vaincue pour la secourir de son prestige et obtenir peut-être ainsi d’Hitler quelques précieuses concessions…
J’avais trente-huit ans en 1940 et, professeur à Bordeaux, j’étais, de plus, assez mêlé à la politique, connaissant bien Marquet, le maire (futur ministre de Pétain), et ayant participé de mon mieux à la vaine tentative électorale de mon beau-père, en 1936, pour barrer la route à Philippe Henriot, le candidat de l’extrême droite, qui finira ministre de l’Information sous Pétain en 1944. Et je puis vous assurer sans mentir que “l’affaire Pétain” fut pour moi une affaire d’actualité terriblement vivante et proche.
[…]
Ce sont là des vérités historiques qui tendent à s’effacer (et d’aucuns n’ont cessé, depuis 1945, de s’y employer). J’estime dangereuse – et tragique – l’ignorance, à ce sujet, des jeunes générations et j’aurai fait, du moins, au cours de ma vie et dans mon étroit espace, tout ce que j’aurai pu pour empêcher que l’on ensevelisse dans l’oubli des réalités qui furent si terriblement authentiques, et si lourdes, encore, de menaces.
Revenons à présent à l’ordre chronologique des choses, et retrouvons Guillemin, à l’approche de la guerre, témoin d’un présent en effet « lourd de menaces ». Le terrain où il est le plus passionnant de le lire aujourd’hui, c’est la chronique hebdomadaire que, de novembre 1937 jusqu’au début de la guerre, il publie en toute liberté dans La Bourse égyptienne, le quotidien francophone du Caire et du Moyen-Orient.
Consacrée d’abord de façon presque exclusive à la production romanesque, cette rubrique hebdomadaire se tourne progressivement vers l’actualité politique. L’anthologie qui va paraître dans les jours à venir chez Utovie montrera tout l’intérêt de ces Chroniques du Caire vues du point de vue de l’avant-guerre qui est aujourd’hui le nôtre, du Journal d’Allemagne de Denis de Rougemont à Nous autres Français de Bernanos (1er janvier et 3 septembre 1939) en passant par L’École des cadavres de Céline (19 février 1939).
Lorsque la guerre éclate, Guillemin, qui n’est pas un pratiquant du journal intime (c’est même plutôt un genre répulsif pour lui, voir ce qu’il dit de celui de Julien Green par exemple), se met à tenir ce qu’il appelle lui-même un « journal intermittent », entre septembre 1939 et septembre 1940. Journal d’actualité politique bordelaise, avant tout, et qui demeure inédit jusqu’en 1989, date à laquelle Guillemin l’inclut dans Parcours, après en avoir utilisé certains éléments dès 1974 dans les derniers chapitres de son livre Nationalistes et “nationaux” (j’y reviens plus loin).
Dans Parcours est également repris un article du Journal de Genève du 30 novembre 1941 intitulé « Automne à Malagar », et consacré à une visite à son ami Mauriac dont la propriété a été réquisitionnée par l’occupant. Il y aura d’autres textes de Guillemin sur son ami, « Le silence de Mauriac » dans Curieux de Neuchâtel (18 mai 1944), et un long article simplement intitulé « Mauriac », dans le Journal de Genève (24 novembre et 22 décembre 1945). Celui-là n’est pas signé « Guillemin », mais des *** qu’impose la réserve diplomatique : depuis peu, en effet, l’auteur est devenu conseiller culturel de France à l’ambassade de Berne.
C’est pour la même raison qu’il ne signe pas non plus de son vrai nom La Vérité sur l’affaire Pétain, bref livre publié aux éditions genevoises du Milieu du Monde à la fin d’octobre 1945 sous le pseudonyme de Cassius.
Il fallut attendre 1996 pour qu’Utovie réédite ce texte sous le nom d’Henri Guillemin, avec une brève introduction de son fils Philippe. Écrit à chaud à l’occasion du procès du maréchal, cet ouvrage remonte aux sources de l’ambition personnelle de Pétain et analyse, par ce biais, tout l’immédiat avant-guerre.
Lors de notre journée du 17 novembre 2018 Annie Lacroix-Riz a analysé en détail ce petit livre passionné, et en a montré les mérites – et les lacunes, en partie explicables en 1945 par l’inaccessibilité des archives : je renvoie le lecteur à la version écrite de son intervention. (Pour lire le texte de l’intervention d’Annie Lacroix-Riz, cliquezici)
De 1945 à sa mort, Guillemin n’a pas cessé de penser à 1940 et aux années voisines – mais tant qu’il est en fonction à Berne (c’est-à-dire jusqu’en 1962) il n’en parle pas ou presque pas : un article, tout de même, dans L’Express du 3 octobre 1957, sur « Le retour de Munich » ; s’il parle des années trente de son siècle, c’est à travers les crises du siècle précédent.
C’est souvent perceptible çà et là dans les trois volumes du cycle Les Origines de la Commune (1956-1960), mais plus facile à voir dans les titres qu’il donne à ses articles de la même époque : « Le premier des 6 février : le 6 février 1871 » (L’Express, 6 février 1958) ou « Une drôle de guerre : 70-71 » (Coopération, 18 avril 1961).
Après 1962, il faut attendre un certain temps pour que Guillemin se mette à parler directement du xxe siècle, et notamment des années qui nous intéressent. Là encore les titres permettent de voir qu’il les a en tête, par exemple celui du cycle d’émissions de la TSR (Télévision suisse romande) sur « L’autre avant-guerre (1871-1914) », diffusé en treize demi-heures du 8 janvier au 24 juin 1972.
C’est aussi à ce moment que, au fil de sa chronique de France-Soir « Journal d’un historien », il évoque (enfin, pourrait-on dire) la défaite de 1940 elle-même : « 1940 à l’heure de l’amnistie » le 25 juin 1971, « 1940 : un désastre souhaité par certains » le 6 janvier 1972, « Pétain adoré et renié par Valéry » le 22 juin 1972.
Hostile dès les origines aux positions de Jacques Isorni, Guillemin ne manque pas non plus d’éreinter son hagiographie de Pétain (« Maréchal me voilà ! », Le Nouvel Observateur, 8 mai 1972).
En 1973 il ne laisse évidemment pas passer La France de Vichy de Paxton, livre imparfait mais pionnier (« Le régime de Vichy a-t-il été un moindre mal ? », La Tribune de Genève, 14 mai 1973), et aborde de front la défaite dans une de ses conférences au « Club 44 » de La Chaux-de-Fonds (« Le désastre de 1940 », 26 novembre 1973 – on peut en écouter la version audio sur le site du club). [pour écouter l’émission, cliquezici et ensuite faites glisser le curseur jusqu’à l’émission]
Cette activité assez intense s’explique largement par le fait que Guillemin prépare alors la sortie de son livre Nationalistes et “nationaux”, dans la collection « Idées » de Gallimard, en octobre 1974 ; tout le dernier tiers de l’ouvrage est consacré à l’approche et à l’éclatement de la guerre, jusqu’à l’avènement de Pétain, et Guillemin, toujours attentif à faire sa “promo”, en parle aussi dans Le Nouvel Observateur (« Des patriotes d’occasion », 28 novembre 1974).
La personnalité de Pétain reste largement sur le devant de la scène dans ce qu’écrit Guillemin à cette époque, depuis sa « Chronique d’un irrégulier » dans le quotidien Le Provençal (passage sur Pétain le 17 mars 1974) jusqu’au début des années 80 : articles encore, notamment l’important « Pétain sans képi » du Nouvel Observateur du 2 juillet 1979 (sur la nécessité de ne pas le réhabiliter), mais aussi beaucoup de conférences : « Vichy » au Cercle d’éducation populaire de Bruxelles (22 octobre 1976), « L’affaire Pétain » au grand théâtre de Spa (août 1979), à nouveau au Cercle de Bruxelles (octobre 1979) et au « Club 44 » (14 décembre 1981).
C’est aussi en 1981 que la TSR diffuse tout un cycle d’émissions sur « Pétain » (treize demi-heures du 3 mai au 10 juin 1981). Bien sûr toutes ces occasions de parler de Pétain n’apportent pas d’inédit, mais sont un signe fort de la conviction ancrée en Guillemin de la nécessité du devoir de mémoire sur un sujet aussi brûlant.
Et nous voici revenus aux dernières années, celles de la chronique à L’Express de Neuchâtel, et aussi de la publication de Parcours, ce gros volume de souvenirs dont la relecture a toujours à nous apprendre. Les deux – la chronique et Parcours – sont en connexion, d’ailleurs ; ainsi « Un été de cauchemar », des notes sur Malagar en 1940 publiées dans L’Express le 27 juin 1988, rejoint dès mai 1989 le chapitre sur Mauriac situé à la fin de Parcours.
Dans L’Express paraissent par ailleurs des comptes rendus de livres qui ont frappé Guillemin, comme Le Sabordage de la IIIe République d’Henri Calef (« La paix qui tue », 3 mai 1988) ou L’Opinion française sous Vichy de Pierre Laborie (« Imposture “modérée” », 15 octobre 1990).
Et en marge de tout cela, il ne faut pas oublier l’intérêt passionné que Guillemin continue de porter à Céline : plus de dix articles entre 70 et 91, parfois avec des retours autocritiques sur son indulgence de jadis à l’égard du pamphlétaire (j’ai tenté de faire le point sur Guillemin et Céline dans ma lettre de mars 2017, sur notre site, et bien sûr j’en reparle dans les Chroniques du Caire). [Pour (re)lire la note de Patrick Berthier, cliquezici]
Pour finir, retour sur le « journal intermittent » qui occupe vingt pages de Parcours. En juillet 1977, lorsque j’avais interviewé Guillemin en Bourgogne, il n’avait guère été question directement de 1940 dans nos conversations, sauf par éclats de souvenirs. Une page marquante, toutefois, sur ce dîner du 2 février 1940, à Genève, chez le consul de France : soirée mémorable pour Guillemin, puisque c’est celle de sa première rencontre avec Claudel, mais aussi à cause de ce qu’il a entendu. Je cite le passage, non dans la version légèrement expurgée par Guillemin après l’enregistrement (Le Cas Guillemin, Gallimard, 1979, p. 60), mais dans le retour à la version originale (Henri Guillemin tel quel, Utovie, 2017, p. 119) :
Et je me retrouve en présence de Claudel à la table de ce consul général, où il se produit quelque chose d’assez affreux, que l’on peut raconter. C’était la drôle de guerre, songez-y. La table était très nombreuse, et il y avait en particulier un M. X. (je préfère ne pas le nommer), décoré, rosette, extrêmement élégant, cheveux argentés, costume splendide, dans les soixante-cinq ans. Il était chargé de mission par le gouvernement français pour des achats en Suisse – en pleine guerre. Et, à la table du consul général, qui était une table officielle, ce monsieur, chargé de mission par le gouvernement français, disait : “J’espère bien qu’on va arrêter cette guerre qui, par bonheur, n’a pas encore éclaté. Se battre avec Hitler ? mais c’est du suicide : il est notre rempart contre le communisme. Il faut au contraire obtenir la paix le plus vite possible. Du reste le maréchal Pétainest tout à fait de cet avis.” Etc. Le consul était très embêté ; j’observais Claudel, qui gardait le nez dans son assiette. Après le repas, on laisse s’éloigner ce moment pénible, ces propos incroyables, horribles, qui suffisaient à faire comprendre que nous allions perdre la guerre. Je m’approche de Claudel [etc.]
On retrouve en 1989, c’est naturel, une première version de ce dîner dans le « journal intermittent », à la date du lendemain (3 février 1940) et enrichie d’une autre rencontre sur l’imminence de la défaite (voir Parcours, rééd. Utovie, 2015, p. 60-62).
Mais il est plus intéressant encore de relire ces pages dans le contexte global de ce journal, tenu par Guillemin à une époque où il ne pensait évidemment pas le publier un jour. Une des toutes premières notations annonce le futur historien de 1870 : « Hitler a réussi contre nous l’opération Bismarck de 1870. Il nous laisse la responsabilité de la guerre. Ce n’est pas lui qui la déclare : c’est nous » (5 septembre 1939, Parcours, p. 54).
Puis viennent des pages sur la drôle de guerre, qu’il juge par deux fois incompréhensible ; sur l’impression de défaitisme rapportée de la ligne Maginot par son ami dominicain le père Maydieu (27 décembre 1939, p. 59) ; sur l’image de mobilisés haineux, croisés en gare de Bordeaux (26 mai 1940, p. 64-65) ; sur Henriot, exultant, place de la Cathédrale (13 juin, p. 66-67) ; et ce mot écrit le 22 juin, mais qui évoque le cours de l’Intendance le 17 après-midi, quelques heures après le discours de Pétain à la radio (« rien, la foule ordinaire et, dans l’ensemble, des visages sereins, délivrés », p. 67).
Le plus souvent les notations sont courtes, et en effet le journal est très « intermittent » ; mais ce sont, comme eût dit Victor Hugo, des « choses vues », et Guillemin en savait bien le prix puisque plusieurs d’entre elles figurent dès 1974 dans Nationalistes et “nationaux”.
Et maintenant relisez le texte de 1990 par lequel j’ai commencé : vous comprendrez encore mieux à quel point, dès 1940 et durant cinquante ans, la nécessité de ne rien oublier n’a jamais quitté l’esprit de Guillemin.
Il le savait quand il parlait de 1789, de 1848 ou de 1871 ; mais là c’est de ce qu’il a vécu lui-même qu’il parle inlassablement, et l’urgence de ne pas se taire s’impose alors comme une évidence.
Intervention d’Annie Lacroix-Riz
Causes, conditions et objectifs du choix de la défaite de 40
L’importance du texte, sa mise en page et la précision des notes et références qui étayent l’ensemble du document ont plaidé pour une diffusion sous format pdf, afin d’en garantir la meilleure lecture.