Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.
Diffusion par épisodes des vidéos du colloque
Comme prévu, après la diffusion du premier épisode, le 6 janvier dernier, nous poursuivons la mise en ligne de cette dense journée du 8 novembre 2025.
Nous avons le plaisir aujourd’hui de diffuser deux vidéos : l’introduction de nature économique par Michel Cabannes et la conclusion de nature philosophique par Caëla Gillespie.
Ainsi le cadre général du colloque est posé ; l’ouverture sur l’origine, le fonctionnement et les développements du régime ultralibéral et la conclusion sur le monde aujourd’hui, ses futurs en cours de développement et comment s’y opposer.
Michel Cabannes est Maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux. Son intervention s’intitule L’inspiration ultra-libérale des politiques économiques : origines, applications, implications.
Caëla Gillespie est professeure agrégée de philosophie, docteure en philosophie. Son intervention a pour titre Face à l’oppression que constitue la fabrication de l’apolitisme, un réveil est-il possible ?
Intervention de Michel Cabannes
Intervention de Caëla Gillespie
Colloque : les prochaines vidéos
Vers le 5 février, seront mises en ligne deux vidéos :
La situation chez les « Gens de rien » ; les conditions de travail, la réalité du marché du travail avec Nicolas ROUX, Sociologue, Maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, Responsable du département « Carrières sociales » de l’IUT de Reims-Châlons-Charleville, chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Emplois et les Professionnalisations (Cérep) et au Centre d’études de l’emploi et du travail.(CEET). Son intervention a pour titre : La précarité durable. S’adapter à un fait social n’est pas « choisir »
La situation chez les « Gens de rien » au niveau du marché du travail et du non travail avec Luc SIGALO SANTOS, Maître de conférences en science politique, Aix-Marseille Université, LEST (Laboratoire d’Economie et de Sociologie du travail), associé au laboratoire Triangle. Son intervention s’intitule : Contrôler les chômeurs pour atteindre le plein-emploi ? Genèse, usages et effets d’un mot d’ordre coercitif .
Le refus de se laisser monter sur la cervelle Henri Guillemin
Chers abonnés, chers adhérents, chers amis,
L’Association « Les Amis d’Henri Guillemin (LAHG) » vous présente ses meilleurs vœux pour cette Nouvelle Année 2026.
Recevez nos chaleureux remerciements pour votre soutien, votre fidélité, ainsi que pour vos encouragements et suggestions d’actions à mener. Car en effet, pour employer l’expression fétiche de nos amis Les Mutins de Pangée, il ne faut pas mollir.
Les nombreuses réponses à notre questionnaire d’évaluation du dernier colloque, le 8 novembre dernier à l’ENS (dont nous avions fait part dans la newsletter du 19/11), nous stimulent pour continuer d’aller de l’avant. Et si l’on prend en compte les messages qui ont continué de nous arriver encore au mois de décembre, cela nous encourage plus que tout.
Le dernier, daté du 12/12, est un long mel d’une participante au colloque, exprimant la joie d’avoir découvert Henri Guillemin, qui se termine ainsi : Donc, pour terminer ce qui ne devait être que quelques lignes… les éléments partagés par Mr Guillemin me semblent tellement essentiels pour comprendre notre actualité ! Elle qui ressemble à s’y méprendre à la continuité de ces grandes trahisons si terriblement choquantes de la classe dirigeante française !
Parmi les enseignements de ce colloque, deux se détachent et font consensus : avoir renforcé sa conscience des mécanismes de fabrication des inégalités, aujourd’hui, entre les « gens de biens » et les « gens de rien », grâce à la qualité des intervenants et de leur exposés ; avoir constaté et ressenti une heureuse communion de pensée brisant chez chacun le sentiment d’isolement.
La grande majorité du public ce jour-là avait comme point commun d’avoir connu, jeune, les années soixante-dix, celles d’où parlait Henri Guillemin, celles d’avant le tsunami ultralibéral ; un atout essentiel pour mesurer l’ampleur du bouleversement du monde cinquante ans plus tard.
La grande majorité du public ce jour-là aurait pu reprendre à son compte les paroles de Chateaubriand qui, dans ses mémoires d’outre-tombe, disait : « Je me suis rencontré entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves : j’ai plongé dans les eaux troubles, m’éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue ». (Mémoires d’outre-tombe ; livre 42, chapitre 17).
En 2026, cette espérance impose de continuer de décrypter et de comprendre le monde pour continuer à résister et avancer.
Au cours de cette nouvelle année nous allons présenter les suites de cet événement. Tout d’abord la mise en ligne, à intervalles de deux semaines, des neuf interventions, en commençant dès aujourd’hui par la diffusion de la première vidéo : l’exposé introductif composé de trois mouvements.
Ensuite, l’élaboration des actes du colloque dont la parution est envisagée avant l’été prochain.
Enfin, la préparation du prochain colloque dont l’étude est déjà en cours.
L’épigraphe en tête de cette lettre, « Le refus de se laisser monter sur la cervelle » est le titre d’un article d’Henri Guillemin publié le 16 octobre 1968 dans la Tribune de Genève. Lire cet article essentiel permet de comprendre toute la démarche critique d’Henri Guillemin qu’il ne modifiera pas d’un iota jusqu’à la fin de sa vie.
Henri Guillemin le 17 avril 1971. Photogramme de la conférence vidéo consacrée au premier épisode de sa série sur la Commune. Source : RTS
L’article d’Henri Guillemin.
Il ne m’appartient pas de prendre ici parti sur la fameuse « contestation » dont est l’objet, en France, l’enseignement traditionnel. Je ne parlerai donc pas du problème dans son ampleur. J’apporterai un témoignage seulement, personnel, et tiré de mon expérience personnelle, sur l’enseignement de l’histoire tel qu’il m’a été dispensé dans mes classes.
Précisant toutefois qu’il ne s’agit pas d’hier, mais d’avant-hier; que je suis mal informé des changements qui ont pu survenir; que je parle de ces années, déjà lointaines, 1917-1923, où élève du Lycée de Mâcon, puis du Lycée du Parc, à Lyon, je me préparais, d’abord au baccalauréat, puis au concours d’entrée à l’École normale supérieure. L’enseignement laïc. Donc l’enseignement d’État. J’ignore ce qui se passait dans les écoles dites « libres », celles de l’enseignement confessionnel que je n’ai jamais fréquentées.
Un témoignage restreint, je le reconnais; mais qui peut avoir sa valeur documentaire. Et s’il m’a paru intéressant, peut-être, de le faire connaître, c’est que ce qui m’est arrivé a dû arriver à bien d’autres: le mal que j’ai eu, la peine que j’ai eue à me déprendre, lentement, des idées et des images que l’on avait jetées dans mon esprit, imposées à mon esprit en matière d’Histoire, les secousses qu’il m’a fallu donner (comme un homme pris dans des broussailles ou pataugeant dans la glu) pour substituer en moi aux légendes reçues et à l’Histoire menteuse les réalités passionnantes de l’Histoire telle quelle, de l’Histoire vraie.
Tout a commencé, je l’ai dit, avec ma thèse de doctorat, consacrée à Lamartine, et entreprise au cours de ma vingt-sixième année. Quand je l’eus terminée, et « soutenue en Sorbonne », à trente-trois ans, j’avais fait un première découverte, dont les conséquences me furent salutaires, sur l’inexactitude des images officielles. Et j’avais observé que les trois pontifes de la Critique dont nous devions répéter les sentences, MM. Ferdinand Brunetière, Émile Faguet et Jules Lemaître, avaient ceci de commun: qu’ils étaient tous trois « bien-pensants » et vigoureusement dévoués à l’ordre établi l’ordre économique et social.
D’où l’idée, proliférante, qu’on m’en avait conté, lycéen, sur bien des choses, probablement beaucoup de choses, en histoire littéraire comme en Histoire tout court, et que toutes sortes d’investigations étaient nécessaires si je voulais cesser d’être, ou du moins tenter de ne plus être, dans le domaine de la connaissance historique, « conditionné » comme un robot.
Vinrent ensuite mes tâtonnements autour de l' »affaire Jean-Jacques », et je comprenais peu à peu que le « Citoyen » avait l’appui des Rues-Basses, à Genève : il disait des horreurs sur le sort de la République de Genève, tombée aux mains des banquiers et dont les autorités n’étaient plus qu’un Conseil d’administration au service des affairistes. D’où les pieuses véhémences contre lui de ces magistrats qui s’accommodaient si bien de Voltaire, un peu léger, certes, dans ses opinions religieuses mais richissime et par conséquent fréquentable, tout dévoué à l’ordre établi. Tandis que ce Rousseau! Un subversif; un trouble-fête. D’où le saint alibi des condamnations doctrinales. Le révolutionnaire était dénoncé comme impie.
Et c’est ainsi qu’entraîné par Lamartine du côté des événements de 1848, par Hugo du côté du 2 décembre, par Zola du côté de l’affaire Dreyfus, j’en suis venu à me passionner pour l’Histoire tout court, ouvrant les yeux avec stupeur sur les arrangements concertés, et sans rapports avec le réel, dont mon esprit, jadis, avait été pourvu et que je voyais que je vois toujours s’épandre avec ampleur dans ces multiples périodiques, consacrés, paraît-il, à l’Histoire et dont l’intention évidente est de maintenir le grand public dans une vue du Passé décente, correcte et bénigne, qui fera des lecteurs autant d‘électeurs rassurants.
Et c’est ainsi que j’ai compris :
– ce que fut, au vrai, ce « mouvement de 1789 » qui faisait balbutier d’ivresse le bon Michelet; lequel s’écriait que « la Révolution fut désintéressée, oui, désintéressée; c’est là son côté sublime ». Tu parles ! Une bande qui veut la place d’une autre; la richesse mobilière (grands commerçants, manufacturiers, banquiers) qui veut se substituer, à la tête de l’État, à la richesse immobilière (aristocratie et clergé, principaux possesseurs du sol); mais, bien entendu, sur le dos du peuple au travail, chargé d’entretenir les uns et les autres;
– ce qui se passa, pour de bon, dans la fameuse « nuit du 4 août”, où la noblesse aurait, à ce qu’on raconte, sacrificiellement renoncé à ses « droits féodaux »; mais non, elle n’y renonçait pas du tout; elle se déclarait simplement disposée à les vendre, si l’on voulait bien les lui racheter à prix d’or;
– en quoi consista la « Fédération » du 14 juillet 1790, dont on m’avait dit qu’elle était la première et grandiose manifestation de l’unité nationale; soyons sérieux; ce fut le grand congrès parisien de la bourgeoisie française armée, qui faisait savoir aux prolétaires des villes et des campagnes: « Bougez pas ! Nous sommes les maîtres; les fusils, c’est nous qui les tenons ».
– pourquoi la guerre d’agression, voulue et déclarée, par la Cour et les Girondins réunis, en 1792? Parce que la Cour était persuadée du prompt écrasement de la France, par une Autriche qui rétablirait l’Autrichienne, épouse de Louis XVI, dans tous ses « droits » de 1788; et parce que les meneurs bourgeois du « jeu » révolutionnaire voyaient de nouveau devant eux la banqueroute, et qu’il leur fallait de l’argent, l’argent des autres, en Rhénanie et en Belgique;
– la vérité sur Thermidor, qui mettait fin, par l’assassinat, à l’inacceptable parenthèse ouverte le 10 août, et aux menaces qu’un Robespierre faisait peser (avec ses propos sur les « limites » du droit de Propriété) sur le vieux système à faire des riches par l’exploitation des pauvres. A bas le « monstre » clamait Mme de Staël, la financière, et, les « bandits » liquidés, les « honnêtes gens » respirèrent; Boissy d’Anglas prononça alors les paroles libéra-rices: « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre naturel ». Ce qui était bien l’avis de Diderot. Voir son article « Représentants », dans l’Encyclopédie.
Et cætera… Et cætera… Comme tout s’éclairait quand on ne se laissait plus, selon le conseil de Victor Hugo, « monter sur la cervelle », quand on regardait soi-même (écartant les verres colorés ou les bandeaux – qu’on vous avait mis sur les yeux) les faits, les textes, les documents! Comme les choses deviennent différentes de ce qu’on nous a raconté, sur le 18 Brumaire par exemple, et les « trois glorieuses » de 1830, et le coup du 2 décembre et la guerre de 1870-71 et bien d’autres événements. Les légendes qui se dissolvent. La vérité qui les remplace ».
Ce texte fait partie du recueil De l’Histoire et de la Littérature – sélection d’articles 1964-1974, édition établie par Patrick Berthier, aux éditions Utovie. Nous ne pouvons que vous recommander de lire cet ouvrage. Il rassemble 68 articles richement annotés par P. Berthier. 68 moments de plaisir pour savourer la plume de Guillemin, en histoire politique comme en littérature et aussi apprendre, grâce à l’appareil critique haut de gamme, une somme d’informations en histoire littéraire. Pour le commander, cliquez ici.
(On voudra bien nous pardonner de n’avoir pas pu, pour des raisons techniques, intégrer les notes de bas de pages dans ce texte. Il faut les lire. Et pour cela, c’est très simple, vous pouvez lire l’article tel qu’il figure dans l’ouvrage cité, en cliquant ici).
Colloque : la 1ère vidéo. L’introduction en 3 mouvements
Tous nos colloques sans exception, depuis la création de l’association il y a dix ans, se sont ouverts par une intervention introductive visant à présenter Henri Guillemin et à situer ses travaux dans le thème du colloque choisi.
Le 8 novembre, on n’y dérogea pas, d’autant qu’elle était cette fois-ci, davantage que d’habitude, aussi nécessaire que pédagogique.
En effet, le thème du colloque, au centre de la démarche critique de Guillemin, l’imposait. Et puis, le 8 novembre, à quelques jours prés, l’association LAHG fêtait ses dix ans d’existence.
D’où cette introduction innovante en trois mouvements :
– Introduction générale par Edouard Mangin
– Montage vidéo d’extraits des conférences filmées de Henri Guillemin sur le thème du colloque
– Henri Guillemin, un humaniste de gauche, fidèle à ses convictions, exposé de Jean-Marc Carité, directeur des éditions Utovie, ayant connu Guillemin de son vivant.
NB. C’était la première fois que nous projetions Henri Guillemin en salle Dussane. Le succès rencontré par le film nous a conduit à renouveler l’expérience pour les colloques suivants. Chose rare, le film fut applaudi. On entendit « ce film a donné le ton à la journée ». Dont acte.
Colloque : les prochaines vidéos
Après cette introduction, nous allons mettre en ligne les vidéos des interventions à raison d’une newsletter tous les quinze jours présentant une ou deux vidéos à chaque fois.
Ainsi, vers le 20 janvier prochain, seront mises en ligne deux vidéos :
la présentation du régime ultralibéral sur le plan économique avec l’exposé de Michel Cabannes, Maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux : L’inspiration ultra-libérale des politiques économiques : origines, applications, implications
la présentation de la vraie réalité du régime ultralibéral sur le plan philosophique avec l’exposé de Caëla Gillespie, Professeure agrégée de philosophie, docteure en philosophie Face à l’oppression que constitue la fabrication de l’apolitisme, un réveil est-il possible ?
Gens heureux en foule malgré la pluie ; @gettyimages.
Colloque du 8/11/25 : les lendemains, les jours d’après, les jours heureux
Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux Étienne de La Boétie
Ils ont les millions, nous sommes des millions Paroles des manifestations contemporaines
Je meurs de soif auprès de la fontaine, Rien ne m’est sûr que la chose incertaine. François Villon
Ne pas se laisser monter sur la cervelle Henri Guillemin
La réalité n’est pas un obstacle Laszlo Krasznahorkai, prix Nobel de littérature 2025
Il y a des jours comme çà, Oui, il y a des jours comme çà dans la vie. Il y a des jours où tout s’ordonne bien, bien comme il faut, où tout s’arrange pour créer une harmonie. Le travail, la conviction, les intelligences. Bref, le bonheur qui devrait toujours être.
Oui il y a des jours comme çà, des jours heureux. Ces jours sont rares mais ils ont lieu. Il faut les retenir, s’en souvenir, et les reproduire pour des avenirs.
C’est ce genre de jour qui illumina la journée du 8 novembre, cette journée où se déroula le colloque au titre emblématique : « Gens de biens/Gens de rien » ; Réalités contemporaines du capitalisme ultralibéral.
Cette journée fut un moment historique plein à ras bord d’une immense émotion collective, d’un bonheur partagé, si intense et si rare, que l’émotion reste encore la Reine en ces lendemains, ces surlendemains, ces jours d’après. Car, il faut bien le constater, cette Reine va rester encore et encore dans les coeurs et les esprits, tellement ce qui se passa lors de colloque fut intense.
Cette émotion collective, quelle est elle ? D’où vient elle ? Tout simplement de la réunion joyeuse de participants d’origine éparse ayant constaté, in situ, que leurs interrogations, réflexions, leurs visions, leurs ressentis et surtout leurs critiques du monde ultralibéral, étaient pleinement partagés par tous les autres participants présents. Le colloque fut une sorte de communion de pensées, d’affects, et d’enrichissement intellectuel. Une énergie, une force pour continuer à lutter.
Cette émotion a rempli la salle Dussane à travers les interrogations communes sur la marche du monde, ces questions qui laissent chacun intranquille dans son coin avec, pour y voir clair, les moyens comme on peut, toutes ces questions qu’on se pose tous, toutes ces interrogations qui nous taraudent : « Pourquoi subissons-nous ce monde que nous n’avons pas choisi ? ». Ces interrogations ont trouvé des réponses utiles à travers les différents exposés des intervenants et intervenantes, grâce à leurs lumières, leurs connaissances et pour certaines, grâce au récit de leur émouvant parcours professionnel, totalement engagé sur une vie entière, dans cette guerre de classes, aussi guerre des idées.
Une journée très dense, réunissant 9 intervenantes et intervenants, totalement investis dans leur travaux, que nous remercions une nouvelle fois pour avoir accepté de venir transmettre leurs connaissances, d’avoir soutenu l’engagement de LAHG qui, ce jour-là fêtait ses dix ans d’existence.
C’est tout cela qui explique le plaisir collectif, la joie partagée par l’ensemble du public, participants et intervenants confondus : avoir été rassuré de n’être pas isolé, de vivre et de constater que d’autres personnnes pensaient les mêmes choses. Et qu’il fallait absolument se doter d’un kit d’autodéfense intellectuelle, pour ne pas se laisser monter sur la cervelle pour reprendre cette si lumineuse expression d’Henri Guillemin.
Le refus de se laisser monter sur la cervelle.
Nous garderons comme beau souvenir l’émotion du public regardant notre montage vidéo des extraits des conférences d’Henri Guillemin parlant des Gens de biens, dénonçant leur permanente forfaiture ; Henri Guillemin parlant des Gens de rien, de la lumière des petites gens, du peuple, à savoir nous-mêmes, avec cette intensité si forte qu’elle fit venir les larmes aux yeux chez certaines personnes qui le découvrait à cette occasion. Les applaudissements à la fin du film se passent de commentaires.
Evaluation du colloque
Le colloque a rassemblé 92 personnes toutes catégories confondues : public, intervenants, organisateurs. 9 intervenants, 6 organisateurs, 77 participants ventilés entre 70 places vendues par internet en amont du colloque et 7 personnes arrivées le jour J. Le soir même nous avons adressé un petit questionnaire d’évaluation à tous les participants dont nous disposions des adresses mel. Il a été diffusé à 54 personnes (et non pas 70 : en effet, certains achats ont été effectués en groupe : famille, camarades, amis ; plusieurs places achetées via le même nom d’inscription).
A ces 54 demandes, nous avons reçu 22 réponses.
Le questionaire posait quatre questions : 1/ Qu’avez vous ressenti à ce colloque ? Emotions, sentiments, affects 2/ Qu’en avez vous pensé ? Idées, utilité, découvertes, intellect 3/ Qu’est ce que ce colloque vous a donné envie de faire ? 4/ Vos suggestions pour les thèmes de nos futurs colloques
Chacun comprendra que nous ne pouvons pas présenter les 22 réponses dans leur intégralité. Ce sont toujours de longs messages, pleins de joie, d’enthousiasme et de remerciements. Petit échantillon.
Les réponses à la première question sont unanimes : une immense satisfaction.
Plaisir de se retrouver entre amis de Henri Guillemin, au sein de la prestigieuse ENS (Pierre P.).
Guillemin, toujours d’actualité en 2025, voilà qui lui aurait fait grand plaisir ! Pour moi qui l’ai rencontré à plusieurs reprise à Valenciennes dans les années 70/80, c’est plus qu’une reconnaissance qui ne me surprend pas. C’est cela d’abord mon émotion ce 8 novembre. (Claude L.).
Se retrouver pour résister (Emmanuel P.).
C’est, tout d’abord, une joie que de ne pas se savoir seul.e à penser ce que, « nous autres », nous pensons. (Pierre G.).
J’assiste depuis quelques années aux colloques de l’association car j’ai travaillé et connaissais bien Philippe Guillemin fils d’Henri et parce que j’ai toujours été sensible aux idées de ce dernier. Le colloque du 8 novembre a été pour moi d’une très grande richesse avec la participation de chercheurs plus jeunes dont l’apport est précieux, très branché sur l’actualité. (Pierre U.)
Les réponses à la deuxième question sont riches et convergentes : une même satisfaction.
Personnellement, je trouve indispensable de s’alimenter de connaissances, dans des lieux, des moments de réflexion et de partages autres que la voie médiatique officielle …/… Ceci dit, j’ai beaucoup apprécié l’entrée en matière à l’occasion des dix ans de l’association. C’était un excellent résumé. (Jocelyne et Pierre M.).
Un tel colloque est indispensable et doit être diffusé le plus largement possible, partagé, faire l’objet de publications. Contribuer au réveil des consciences. (Cathy M.).
Depuis mon quotidien des Hauts de France, d’enseignante en lycée et engagée associative, que du bien ! Ce genre de nourriture intellectuelle, morale et affective me semble vitale pour des personnes de même profil que moi, éloignées géographiquement et sociologiquement de ces sources de savoir (Anne J.).
Les réponses à la troisième question se concentrent sur ces mots : résister, continuer à s’enrichir, transmettre aux jeunes générations, appréhender les problématiques d’aujourd’hui, travailler les questions contemporaines.
Ce colloque m’a donné envie de continuer à penser qu’une méthodologie des sciences humaines et sociales plus inclusive et plus collective reste possible. Il m’a aussi donné envie de lire certains ouvrages des intervenant.es qui paraissent fort intéressants. J’ai eu envie de vivre à la campagne avant que cette dernière devienne inhabitable ou privatisée et aussi de devenir majordome d’une famille aristocratique pendant quelque temps pour coffrer de la moula. Plus sérieusement, il m’a donné envie de m’engager dans une lutte plus concrète contre le libéralisme et ses dérives autoritaires. (Lucas M.).
L’historique rappelé par le professeur de Bordeaux m’a permis de prendre conscience de la construction et la réflexion très ancienne qui ont présidé à la naissance et au déploiement de ce système. Je ne vois pas aujourd’hui quelle pourrait être l’organisation capable de penser et mettre en oeuvre un système susceptible de le remplacer voire même de s’y opposer. J’ai 86 ans. Militer dans un parti comme je le fis naguère me semble vain. J’ai l’intention de faire connaître ces idées, ces travaux à mes enfants et petits-enfants. (Jacques S.)
Quant aux suggestions pour des thèmes de colloques futurs, les réponses peuvent se résumer à : continuer et même approfondir ce qui est entrepris par LAHG depuis 10 ans. Ci-dessous , un choix parmi les réponses les plus évidentes et les plus stimulantes.
Henri Guillemin a largement contribué à bouleverser l’histoire officielle et à relever les ‘idées fausses’ du ‘roman national’. Bien qu’il ait peu écrit sur la colonisation, je pense qu’il serait intéressant d’organiser un colloque autour de ce thème (Yves D.).
Continuer à s’appuyer sur la clairvoyance des écrits et conférences d’Henri Guillemin pour éclairer les faits de l’histoire contemporaine afin « de ne pas se laisser monter sur la cervelle » par toutes sortes de diversions et mirages, au point de ne défendre que leurs intérêts actuels au détriment de leurs intérêts futurs, naturellement liés à ceux du grand nombre. Donc choisir une autre œuvre de Henri Guillemin dont les thèmes sont extrapolables vers notre actualité. (Pierre P.).
Tout ce qui relève de l’évolution de notre société. En quoi est-elle la continuation de l’Histoire analysée par Henri Guillemin. (Claude L.).
« Les résistances collectives contemporaines ». Il serait intéressant de se pencher sur des actions collectives concrètes menées pour résister au capitalisme, notamment les marginaux. (Emmanuel P.).
Il serait super intéressant de proposer une colloque autour des victoires et des résistances face aux inégalités sociales. De découvrir des modèles qui fonctionnent ou qui au moins, essaient de s’extirper de la domination ultralibérale. (Lucas M.).
Je pense qu’il faut développer des idées en pratique pour lutter contre ce néo libéralisme et la lutte des classes. Je pense à » comment reconstruire du collectif » ? Comment faire revenir dans la citoyenneté ? Comment dépasser les peurs et les clivages pour lutter ensemble ? Il y a aussi un sujet qui me tient à cœur c’est la propagande des médias qui sont détenus par les milliardaires et des radios et chaînes de télé publiques qui fait son œuvre dans la société(et dans mon entourage). Comment se réapproprier l’information et lutter intellectuellement contre ce déversement nauséeux ? Vous êtes une belle découverte et je vous remercie de bien vouloir me tenir informée de vos projets. (Nathalie G.).
Pour les prochains colloques j’apprécierai de rester dans le concret et le présent toujours en résonance avec la pensée d’Henri Guillemin bien sûr. (Nadine D.).
Je me pencherai sur les débuts de l’UE comme projet du néolibéralisme. Les influences de W. Lippmann sur Jean Monnet. (Rita M. H.).
Pour terminer, voici l’intégralité de la 22ème réponse reçue hier signée de Sylvie M. A elle toute seule, elle résume tout.
J’ai énormément apprécié votre colloque. J’en ai été informée par un groupe plutôt à gauche que je suis sur le réseau social facebook. J’y suis venue pour le thème et alléchée par la présence de Mme Pinçon Charlot que je suis ravie d’avoir vue en personne. Cette rencontre a été évidemment à la hauteur de mes espérances. Je ne connaissais pas les autres intervenants et ai été impressionnée par leur haute qualité intellectuelle, d’ailleurs reconnue par leur titre universitaire. Je dois vous avouer que je ne connaissais pas non plus Henri Guillemin. Je dois dire que ma formation en histoire s’arrête à l’enseignement qui m’a été dispensé jusqu’en fin de lycée général et, comme je suis vieille, aux conséquences de la conférence de Yalta. Ma connaissance de la suite n’est liée qu’a des recherches personnelles sur magazines, articles ou wikipédia et j’ai donc été très instruite par l’intervention de Mr Michel Cabannes. C’est terrible de constater que ce mouvement de fond du néo ou anarcho-libéralisme soit si ancien et organisé et que nous nous y enfoncions de plus en plus inéluctablement. Ca plombe un peu l’ambiance dès le début. J’ai été très intéressée par les interventions de Mrs Nicolas Roux et Sigalo Santos et de Mme Alizée Delpierre comme implications et illustrations. J’ai appris beaucoup de l’intervention de Mme Linhart. J’ai grandement apprécié la conférence de Mme Caëla Gillespie qui, en conclusion, nous a donné un peu d’espoir en ouvrant une ombre de perspective. J’ai d’ailleurs lu dernièrement un article qui misait, comme elle, sur l’universel des besoins physiologiques universels de l’humain liés à un environnement approprié. Il semble que cette piste soit partagée.
Au niveau du ressenti, si ce n’est la satisfaction d’apprendre et de voir les choses prendre sens, il a plutôt été dysphorique. Mais la réalité économique et sociale actuelle est dysphorique; chaque fois que je la regarde, lis des articles ou assiste à des conférences je ressens un affect dépressif ou une colère mais je me refuse à ignorer la réalité.
Je pense, à ma retraite prochaine, continuer à m’intéresser à la socio-politique, assister à des conférences, me former à ces questions et essayer de trouver une expression plus active et positive à ces affects.
Comme autre thème, j’ai eu idée de « l’histoire : ce qu’elle nous enseigne et ce qu’il faudrait enseigner à nos enfants », avec une idée de former les futurs citoyens à une démocratie éclairée selon les niveaux de classe.
Merci encore pour ce colloque vraiment passionnant et de l’occasion d’entrer dans l’ENS de surcroît. Je m’étonne encore qu’il n’y ait pas eu plus de monde à y assister; je m’attendais à un grand amphi plein à craquer voire même à ne pas avoir encore la possibilité de réserver quand j’ai tenté ma chance.
Revoir, revivre le colloque
Comme tous nos colloques précédents, celui ci a été filmé. Nous diffuserons, via nos newsletters habituelles, les vidéos de chacune des interventions, dans l’ordre chronologique du déroulement du colloque. La première vidéo, composée de trois parties : introduction du président de LAHG, montage vidéo des extraits des conférences d’Henri Guillemin sur le thème du colloque et exposé de Jean-Marc Carité, directeur des éditions Utovie, sera mise en ligne le 15 janvier 2026.
Pour terminer…..
…. cette lettre des jours d’après, lendemains et surlendemains, voici des images qui, nous l’espérons, procureront l’énergie pour continuer d’aller de l’avant, malgré toutes les inquiétudes. Les gens de peu, ces terriens, les peuples, ce qui doit toujours les caractériser en premier, n’est ce pas leur nombre ; leur emphatie – amour -amitié – fraternité ; leurs créations – grâce et beauté ; la jeunesse ? Et l’espoir.
Gaïa vue de Séléné
Ils ont les millions, nous sommes des millions. Manifestation d’appui aux étudiants parisiens, en marge des événements de mai 68, en France. PHOTO: Getty Images / Agence France Presse
Empathie ; amour, amitié, fraternité ; Bal patriotique – Une journée de musique et de danse sur la Canebière