Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.
… Sur le thème : « Gens de biens / Gens de rien » – Réalités contemporaines du capitalisme ultralibéral
Parmi les illustres travaux d’Henri Guillemin, ceux qui portent sur l’Histoire politique continuent de susciter l’intérêt du grand public. Pour preuve, les chiffes de notre chaîne Youtubesur la période 01/01/22 à 31/12/24 : + 32% visites de notre site. + 27% visionnages de nos colloques
« Gens de biens/Gens de rien ».
Avec cette expression emblématique, Guillemin dévoilait avec une grande énergie, dans son ouvrage Silence aux pauvres, la structure des rapports de classes que les classes dominantes cherchent à masquer. Il exposait les stratagèmes utilisés au cours de la Révolution contre les masses populaires (pour en savoir plus sur son ouvrage, cliquez ici)
On se le sait, avec Silence aux pauvres, Henri Guillemin mit un salutaire coup de pied dans le consensus mou qui présidait alors aux festivités du bicentenaire de la Révolution française. Cette célébration, totalement inspirée par l’idéologie dite post moderne, édulcorait sans vergogne le récit historique. Elle s’appuyait sur les écrits de l’historien alors en vogue, François Furet, dont la thèse cherchait à montrer que la Révolution française n’était que la matrice des totalitarismes modernes et que la Première République sous Robespierre n’avait fait que retarder la mise en place d’une société « libérale, démocratique, ouverte au Monde et utile à tous ».
On sait maintenant ce qu’il en est.
« Gens de biens/Gens de rien ». Avec cette expression, Henri Guillemin, lance une lumière crue, aussi directe que salutaire, sur cet état de fait historique : oui, la société moderne, issue de la Révolution française, est structurée par des rapports de classes, des rapports inégalitaires, donc injustes, injustifiés, et donc injustifiables.
Ces rapports sont connus, ils s’établissent entre les possédants, ceux qui ont des biens, une classe minoritaire mais déterminante, et ceux qui n’en ont pas ou très peu, la grande majorité, qui subit.
Par construction logique et en termes actualisés, on constate aujourd’hui qu’une toute petite classe, uniquement parce qu’elle possède et contrôle l’activité financière, économique et politique, détermine la vie et le destin de la très grande majorité.
Henri Guillemindénonçait également l’acharnement déployé par les classes possédantes pour sauvegarder et accroître leurs richesses, utilisant pour cela un arsenal de stratagèmes, mensonges et compromissions bafouant toute éthique, voire toute logique quand on considère la question écologique aujourd’hui ; manœuvres dirigées contre le peuple pour l’enfumer (*), le déposséder des moyens nécessaires pour agir par et pour lui-même,afin d’établir une justice sociale et politique légitime.
Il l’a brillammant démontré à travers l’analyse de différentes périodes historiques, notamment la Commune, le fascisme de Pétain, etc.
Aujourd’hui, en 2025, après Henri Guillemin, qu’en est-il de ce clivage ? Qui sont aujourd’hui les « Gens de biens » ? Quel est leur vrai visage ? D’où sortent-ils, comment agissent–ils ?
Parallèlement, quelle est la réalité des « Gens de rien ou de peu » ? Quelles sont leurs conditions de travail et de vie au-delà des différentes strates sociales qui les distinguent ?
(*) Expression favorite employée par Jean Chérasse, fidèle adhérent, ami d’Henri Guillemin, avec qui il travailla sur deux documentaires, Dreyfus ou l’Intolérable Vérité (1975) et La Prise du pouvoir par Philippe Pétain (1980).
Le colloque : programme, date, lieu et autres modalités
Le programme :
Le programme détaillé est prêt. Pour découvrir les intervenants qui, à travers leurs exposés, actualiseront le clivage « Gens de biens/Gens de rien », cliquez ici.
Lieu et date :
Comme les précédents, le prochain colloque se déroulera dans la salle Dussane de l’Ecole Normale Supérieure (ENS – Ulm). Concernant la date, nous sommes toujours tributaires des règles administratives de l’ENS qui ne peut confirmer les demandes extérieures qu’à la fin du mois d’août. Nous avons demandé quatre dates avec ordre de priorité suivant :
Priorité 1 : Samedi 15 novembre 2025 Priorité 2 : Samedi 29 novembre 2025 Priorité 3 : Samedi 8 novembre 2025 Priorité 4 : Samedi 11 octobre 2025
Dès fin août/début septembre, quand la date définitive aura été fixée, nous diffuserons une newsletter présentant tous les détails pour assister.
Modalités d’inscription :
Aucun changement par rapport aux colloques précédents. S’inscrire au colloque se fait toujours par Internet, sur un site dédié, entièrement sécurisé. Ce site sera ouvert dès début septembre.
Le 22 janvier dernier, les éditions Utovie nous apprenaientla parution du dernier ouvrage d’Henri Guillemin restant à publier. L’ouvrage Réalité et signification de l’Histoire clôturait une aventure éditoriale démarrée trente ans auparavant. Ainsi, avec cet ultime ouvrage de Guillemin, Utovie venait de terminer la réédition de la totalité des œuvres de Guillemin, à savoir près de quatre-vingts ouvrages, livres et livres CD d’Henri Guillemin qui sont aujourd’hui disponibles.
Pour relire la newsletter que nous avions alors diffusée à cette occasion, cliquez ici.
Jean-Marc Carité, directeur des éditions Utovie, accompagnait cette information d’un petit message que nous reproduisons ici :
C’est en 1997 que je signais avec Philippe Guillemin (fils aîné et représentant les héritiers d’Henri Guillemin) le contrat pour la réédition des œuvres complètes de notre historien préféré. Même si nous avions déjà réédité quelques ouvrages, du vivant d’Henri Guillemin, son œuvre restait « exploitée » par ses éditeurs successifs : Gallimard, Le Seuil, Arléa. A son décès en1992, force fut de constater que ces éditeurs s’en désintéressaient complètement.
Titres épuisés non réédités. Disparition des catalogues. La flamme Guillemin n’étant plus là, il ne fallait pas compter sur eux pour entretenir ce foyer incandescent qui avait enthousiasmé Jean Lacouture : « Apprivoise-t-on une flamme ? Questionne-t-on le feu ? Interroge-t-on un brasier ?»… affirmait-il dans Une certaine espérance.
Je me suis fait de ce travail un devoir quasi filial. En souvenir de mon père, bien sûr, « camarade d’Henri Guillemin » pendant de longues années, depuis Marc Sangnier et le Front Populaire. En fidélité pour Guillemin lui-même dont j’avais découvert, jeune, dans le bureau paternel, les travaux iconoclastes qui m’enthousiasmèrent.
Presque trente années plus tard, je mets un point final à cet immense travail dont je mesure la portée et l’honneur et qui constitue une de mes plus grandes fiertés d’éditeur.
Même si je ne doute pas de la capacité de notre ami Patrick Berthier à dénicher encore quelques pépites, même si nous aurons l’occasion de révéler des écrits de jeunesse laissés dans l’ombre, l’essentiel est là, en tout cas la totalité de ce qui fut publié de son vivant. Il y aura aussi, bien sûr, les actes des futurs colloques organisés par nos amis des associations Présence d’Henri Guillemin et Les Ami(e)s d’Henri Guillemin.
Je vous remercie de l’attention que vous portez à ce travail et de l’écho que vous lui donnerez.
Mais cet immense travail éditorial méritait beaucoup plus qu’une annonce rapide autant que modeste. Il était nécessaire qu’on en connût tous les détails. Et puisqu’il s’agit d’une sorte d’aventure, il nous fallait le récit détaillé de ce long voyage, plein de passion et d’opiniâtre labeur.
Jean-Marc a donc pris la plume pour nous donner à lire aujourd’hui le récit de cette aventure haute en couleurs : un ouvrage de 24 pages, intitulé Editeur d’Henri Guillemin par passion et fidélité. Un récit illustré de photos, de documents et surtout de manuscrits inédits de Henri Guillemin.
Extraits
Pourquoi êtrel’éditeur d’Henri Guillemin :par passion et fidélité
Avant 18 ans, déjà, j’ai découvert Henri Guillemin par ses livres que Gallimard adressait en service depresse à mon père, Maurice, qui fut toute sa vie également critique littéraire.Tous deux s’étaient rencontrés chez Marc Sangnier dans les années 30, au moment de JeuneRépublique(qui succéda au Sillon) et du Front Populaire. Il y eut une grande fidélité réciproque. Mon père chroniquant régulièrement les livres d’HG dans ses collaborations diverses avec un échangeépistolaire suivi. Deux dédicaces en témoignent : l’une pour la première édition du Flaubert devant la vie et devant Dieu, l’autre pour la première version deson livre sur la Révolution de 1848.
Dire que je suis tombé dans la marmite enfant serait exagéré sans doute.Mais, enfin, avant de devenir éditeur, un de mes premiers « vrais » articles fut consacré à sa Jeanne d’Arc. Le virus dès lors était à l’œuvre.
Succédant à mon père, mais dans d’autres publications, je recensais lesnouveaux livres d’Henri Guillemin.Jusque dans une revue que j’avais fondée : « Tripot » (revue « mal famée ») et que j’éditais depuis 1974 avec Marie Fougère.
En 1977 nous lui rendons visite à Neufchâtel en Suisse pour préparerun numéro spécial de cette revue, le numéro 20 « Avec Henri Guillemin ». Plusieurs heures d’entretien. Un repas simplement partagé. Un petit clopet pour lui. Reprise. Puis visiblement (Jacques Bertin eut la même impression une décennie plus tard), il en avait déjà assez dit, le travaill’attendait… Et, justement, nous avions un train à telle heure, ce serait dommage de le rater. De toute manière le charme et la force de conviction avaient opéré.
Nous ramenions cet enregistrement comme un trésor que nous avons publié, très largement revu et corrigé (voire expurgé) par HG lui-même, dans cet hommage « AvecHenri Guillemin ». Nous y reprenions aussi son texte « Rappelle-toi, petit » qui raconte le coup d’Etat deNapoléon III vécu dans un petit village du mâconnais. Que nous avons édité l’année suivante dans notre collection « Jeunesse ».
Modestedébut, certes, mais début tout de même de l’édition de son œuvre. Et nous lui avions demandé : « si l’occasion se présente de rééditer certains de vos livres épuisés… ? » Sans hésiter il nous répondit : « Allez-y, tout ce que vous voulez ! Allez-y ». Un peu plustard il m’écrivit : « Pour Utovie, liberté absolue ! ».
Dès lors, nous nous sommes enhardis et lui avons proposé chaque fois que cela nous semblait possible derééditer ses ouvrages parus hors « grandes » maisons et épuisés sans reprise envisagée.
Et c’est parti ! Comme dans un vaisseau sortant du port tranquille, nous sommes embarqués pour une traversée relatant trente années d’opiniâtre labeur et d’indéfectible amitié, affrontant vents et marées, bonnes et mauvaises nouvelles, émotion et déception, et toujours à bord, la passion d’entreprendre et la volonté de réussir.
La réédition de l’ouvrage Veni, Vidi Vichy…et la suite, aux éditions de la librairie Tropiques, livre totalement tombé dans l’oubli, est un événement et une source d’information exceptionnelle pour connaître l’histoire du fascisme en France et celle du régime de Vichy en particulier.
Il fait directement suite à notre colloque Guillemin, donné à l’Ecole Normale Supérieure le 17 novembre 2018 sur le thème « Pétain, montée du fascisme, débâcle de 1940, collaboration », au cours duquel Annie Lacroix-Riz fit un exposé intitulé « Causes, conditions et objectifs du choix de la défaite de 40 ». (Pour en savoir plus et lire son intervention, cliquez ici).
Aujourd’hui, sur base de recherches historiographiques nouvelles, l’historienne Annie Lacroix-Riz, spécialiste de cette période historique, complète l’ouvrage d’une très riche postface inédite de cent pages, agrémentée de photos rares et explicites.
Dans sa postface, comme dans sa conférence filmée mise en ligne ci-dessous, elle confirme l’importance de l’ouvrage et y apporte d’incontournables nouvelles informations : celles concernant les non-dits de Raymond Brugère dus à son appartenance de classe, et celles, d’une implacable vérité historique issue des archives, relatives à la collaboration financière, économique et politique de l’oligarchie française avec le Reich nazi.
Ainsi nous découvrons non seulement, de façon très détaillée, les rouages du régime de Vichy, la compromission des élites, mais aussi les rapports de force géopolitiques de la période.
Annie Lacroix-Riz à la librairie Tropiques le 15 janvier 2025 lors de sa conférence.
L’écho de nos colloques aujourd’hui
La réédition de cet ouvrage totalement oublié fait directement suite à notre colloque Guillemin, donné à l’Ecole Normale Supérieure le 17 novembre 2018 sur le thème « Pétain, montée du fascisme, débâcle de 1940, collaboration »
A ce colloque, parmi les interventions portant centralement sur le choix de la défaite mis en œuvre par le régime de Vichy, retenons celle de Jean Chérasse : « La prise du pouvoir par Pétain serait-elle fortuite ? Un décodage à travers le témoignage du Général J.H. Jauneaud ». (Pour en savoir plus sur ce livre intitulé « J’accuse le maréchal Pétain », préfacé par Henri Guillemin,cliqueziciet pour lire l’intervention de J. Chérasse, cliquez là).
Et retenons l’exposé d’Annie Lacroix-Riz « Causes, conditions et objectifs du choix de la défaite de 40 ». (Pour en savoir plus et lire son intervention, cliquez ici).
Cette réédition est un événement et une source d’information exceptionnelle pour connaître l’histoire du fascisme en France et celle du régime de Vichy en particulier, sujet politique ouvert par Henri Guillemin à travers son ouvrage précurseurl’Affaire Pétain.
Aujourd’hui, sur base de recherches historiographiques nouvelles, l’historienne Annie Lacroix-Riz, spécialiste de cette période historique,complète l’ouvrage d’une très riche postface inédite de cent pages, agrémentée de photos rares et explicites. Dans sa postface, comme dans sa conférence filmée mise en ligne ci-dessous, elle confirme l’importance de l’ouvrage et y apporte d’incontournables nouvelles informations : celles concernant les non-dits de Raymond Brugère dus à son appartenance de classe, et celles, d’une implacable vérité historique issue des archives, relatives à la collaboration financière, économique et politique de l’oligarchie française avec le Reich nazi.
Ainsi nous découvrons non seulement, de façon très détaillée, les rouages du régime de Vichy, la compromission des élites, mais aussi les rapports de force géopolitiques de la période.
« Il est incontestable qu’il y a en France (et ailleurs) une résurgence du fascisme…», disait Henri Guillemin dans une conférence diffusée en 1987. Il étudiait le climat politique et social en France depuis 1875 qui créera le terrain favorable à l’introduction et à la montée du fascisme jusqu’à sa forme gouvernementale (l’Etat français de Pétain) et aux tentatives putschistes de la guerre d’Algérie. Et l’on peut dire également après, jusqu’à nos jours, chaque fois qu’une crise systémique menace les « gens de biens ».
Raymond Brugère (1885– 1966)
La carrière diplomatique de Raymond Brugère débute en 1911 en tant qu’attaché d’ambassade au cabinet du ministre des Affaires étrangères. Il est nommé à Pékin l’année suivante. Mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, blessé au combat, il est successivement nommé à Madrid en 1916, à Copenhague en 1918 et à Ankara en 1924. Concernant la politique française d’entre-deux guerre, il soutient celle de la fermeté menée par Raymond Poincaré. En 1934 il est nommé ministre plénipotentiaire à Ottawa et en 1937, il est nommé à Belgrade pour maintenir l’alliance franco-yougoslave.
Lorsqu’il constate la cynique stratégie française de collaborer avec le Reich, il rend avec courage et fracas sa démission le 17 juin 1940.
Il écrit : “Ma résolution est prise, je refuse de servir un gouvernement, fut-il présidé par le vainqueur de Verdun, qui signerait la capitulation de la France”.
Une situation politique que confirmera plus tard Annie Lacroix– Riz avec une implacable démonstration sur base d’incontestables sources archivistiques, dans son ouvrage Le choix de la défaite, au titre explicite.
Après ce coup d’éclat, Raymond Brugère entre en Résistance mais est arrêté en 1942 et interné jusqu’au 8 juin 1944. A son retour à Paris, de Gaulle le nomme secrétaire général du Quai d’Orsay. Puis de 1944 à 1947, il est ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en Belgique. A la fin de sa carrière il se consacre entièrement à la création du nouveau parti politique gaulliste Rassemblement du Peuple Français (RPF).
Deux extraits de Veni, Vidi Vichy…et la suite
Le chapitre III porte sur l’installation brutale du nouvel « Etat français » voulu par Pétain. Brugère relativise la passivité de l’opinion française. Si l’on peut ne pas partager son avis, on peut par contre méditer la finesse de son propos en le comparant à la lumière de la situation actuelle.
« J’aime mieux continuer à combattre avec un général de Gaulle que capituler avec un Maréchal de France. Cette pensée émise à Belgrade sous cette forme « slogan », dès la fin de juin 40, par notre ami Rosambert, reflétait, j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer, l’état d’esprit de la quasi totalité des Français de Yougoslavie. En dehors de son côté circonstanciel, elle exprime cette vérité permanente que si le prestige personnel peut, auprès d’un public mal informé, avoir pour un temps la valeur d’un préjugé favorable, il ne saurait couvrir indéfiniment les abus, fautes, crimes que l’on voudrait commettre sous son égide.
Cela aura été l’erreur de Vichy, comme celle des Allemands, de croire que l’on pouvait tromper tout le monde tout le temps. Le peuple de France, avec ses antennes de bon sens dix fois séculaires, a vite fait de déceler où l’on veut contre son gré le pousser. Toute l’histoire de la dictature-faillite Pétain se résume en celle de ce divorce entre l’opinion publique et celui dont, pour des fins inavouables, on avait voulu en partant d’un glorieux passé faire son idole.
Les auteurs de ce battage auquel Pétain se prêtait si niaisement, ne paraissaient pas se douter que plus on hissait haut leur ersatz de grand homme, plus on en gratterait le vernis et plus sa chute serait verticale. Leurs services de propagande, je devrais dire de propagation de la Foi, eussent été bien inspirés de méditer le livre de Gustave Lebon sur la psychologie des foules. »
Le chapitre V porte sur les groupes de pression et en particulier sur la synarchie. Qu’un haut fonctionnaire de ce niveau utilise ce terme montre que, loin d’être le mythe toujours véhiculé par l’historiographie académique, la synarchie existe bel et bien ; et aujourd’hui toujours, sous une forme différente, mondialisée ou transnationale.
Postface ; illustration page 247 ; photo prise par LAHG
« Si dans le combat que je menais contre Vichy auprès de mes collègues étrangers, il m’était relativement aisé de décortiquer à leurs yeux l’action individuelle et les tenants et aboutissants des gens comme Pétain, Laval, Brinon, etc, par contre je me heurtai – surtout en fin 40 et 41 – au travail mystérieux et souterrain d’une équipe à ramifications financières internationales dont on ne savait trop au juste qui tenait les fils et quelles en étaient les appartenances et aspirations politiques.
Il s’agit de la fameuse « synarchie », sorte de société secrète groupant un petit nombre d’industriels – polytechniciens, hommes de banque, investisseurs des Finances – qui, les uns et les autres, aspiraient sur des bases antiparlementaires, sinon à la reprise du pouvoir, du moins à la prise des leviers de commande économiques du pays. L’un des promoteurs de cette société aurait été un certain Jean Coutrot : son chef, en 1940, paraissait être Gabriel Leroy-Ladurie, inspecteur des finances.
Le mot « synarchie », et aussi les idées dont cette sorte de franc-maçonnerie se recommandait, ont été empruntées à Saint-Yves d’Alveydre, curieux esprit solitaire farouchement déchaîné contre le « matérialisme gouvernemental », contre les « demi-lettrés dépourvus de toute science sociale », contre tous ces « demi-bacheliers paresseux se glissant dans les poches des traites sur les fonds publics »…«
La postface d’Annie Lacroix-Riz( extraits )
Veni, Vidi Vichy parut d’abord début septembre 1944, chez un grand éditeur parisien, victime de l’aryanisation sous l’Occupation, Calmann-Lévy, mais dans un quasi-secret à « cinq cents exemplaires hors commerce » et ne fut donc que très faiblement diffusé.
Dans la minorité privilégiée des lecteurs de 1944 figurait – Brugère le signala dans son introduction de la deuxième l’édition – l’historien américain professeur à Harvard et, simultanément, espion de premier plan de l’Office of Strategic Services (OSS) puis de la Central Intelligence Agency (CIA), William Langer.
Langer, préposé, à ce titre, aux préparatifs du combat à mort des États-Unis contre l’URSS, était aussi, par fonction, on le verra, un observateur avisé de la France, pays constituant la base de départ obligée de la future invasion américaine du continent européen, et de ses classes dirigeantes. […]
Postface ; illustration page 255 ; photo prise par LAHG
L’édition du nouveau Veni, Vidi Vichy, publiée huit ans et demi après la première, était à nouveau destinée, de principe, à un public limité. Sa prise en charge par un obscur éditeur, Deux–Rives, interdisait d’emblée une diffusion de masse. L’ouvrage, si on le rapporte aux faits établis par les archives originales entre les années 1930 et l’après-guerre, fournit pourtant un complément d’information ou une confirmation.
[…/…]
Veni, Vidi Vichy, deuxième mouture, allait d’ailleurs beaucoup plus loin dans la critique qu’à l’orée de l’automne 1944. La répugnance du diplomate envers la tutelle des États-Unis, violemment anti gaullistes, était déjà marquée alors qu’il inaugurait ses fonctions de secrétaire général des Affaires étrangères. Elle fut exprimée plus nettement pendant la Guerre froide et en pleine bagarre sur la Communauté européenne de Défense – presque au terme des quatre ans de gestion des Affaires étrangères par le ministre le plus ouvertement soumis aux États-Unis depuis la Libération, le « Père de l’Europe » Robert Schuman.
C’est dire l’importance du témoignage de cet ambassadeur exceptionnel, seul démissionnaire du corps diplomatique de l’époque, et que de Gaulle nomma à son retour à Paris secrétaire général du Quai d’Orsay, c’est-à-dire second personnage officiel, derrière le ministre, du ministère des Affaires étrangères : c’était rendre hommage aux mérites patriotiques exceptionnels que s’était acquis, dès le 17 juin 1940, le secrétaire général-éclair quasi inconnu de tous.
Pour aller plus loin
Pour approfondir ce sujet, le mieux est de rappeler notre newsletter du 24 juin 2024 dans laquelle nous présentions nos conseils de lecture.
Nous mentionnions : ● La conférence audio Le fascisme en France par Henri Guillemin. Editions Utovie. ● Le coffret DVD/Livre L’affaire Pétain par H. Guillemin. ● Le choix de la défaite de A. Lacroix-Riz. Edition Dunod poche. ● Industriels et banquiers français sous l’occupation de A. Lacroix-Riz. Précisons que cet ouvrage sortira en version poche en juin prochain.
Tout est détaillé dans cette newsletter. Pour la relire, cliquez ici
La conférence vidéo d’Annie Lacroix-Riz
Nous reprenons ici la vidéo réalisée le 15 janvier 2025 par les équipes de la librairie Tropiques.