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Colloque 2025 – Interview exclusive de Danièle Linhart

Après la présentation introductive visant à replacer les travaux d’Henri Guillemin sur les rapports entre dominants et dominés dans leur perspective historique afin de bien expliciter sa vision des « Gens de biens/Gens de rien », le colloque se déroulera de manière à faire le point sur la réalité, aujourd’hui, des Gens de Biens et des Gens de Rien.

Suite à la première intervention de Michel Cabannes qui posera le cadre général de la problématique dans lequel vont se déployer les différents exposés (son thème : Les politiques économiques : origines, applications, implications.), la matinée sera consacrée aux « gens de rien ou de peu », ceux qui créent la valeur réelle des choses, les travailleurs, le salariat, les conditions de travail, le travail en général.

Trois interventions sont consacrées à ce sujet : celle de Luc Sigalo Santos (se reporter à son interview diffusée le 9 juin dernier) ; celle de Nicolas Roux (interview en cours de préparation).
Et celle de Danièle Linhart qui s’intitule : Modernisation managériale et atomisation des salariés.

En présentant comment les techniques de management du régime ultralibéral mises en oeuvre par les dominants détruisent le collectif au profit d’une atomisation des travailleurs de plus en plus mis en concurrence entre eux et avec eux-mêmes, l’exposé de Danièle Linhart, qui clôturera la matinée, sera en quelque sorte le pont pour aborder les thèmes de l’après midi consacrés aux « Gens de biens », aux dominants, aux riches.

Parmi les nombreux ouvrages et articles de Danièle Linhart, citons :

● Danièle LINHART, avec Barbara RIST et Estelle DURAND, 2009, « Perte d’emploi, perte de soi », Erès Poche, 214 pages.

● Danièle LINHART « Travailler sans les autres ? » Février 2009, Le Seuil, Coll Hors Normes, 213 pages.

● Danièle LINHART, « La comédie humaine du travail ; de la déshumanisation taylorienne à la sur humanisation managériale », Erès, coll sociologie clinique ; 2015, 158 pages. Lauréat du Prix 2015 de l’Ecrit Social et du Prix EGOS BOOK AWARD 2018.

● Danièle LINHART, Zoé TOURON, « Burn out ; Travailler à perdre la raison« , La Petite Bédhétèque des Savoirs, Le Lombard, 2020, 66 pages.

● Danièle LINHART, « L’insoutenable subordination des salariés », coll Sociologie clinique, Erès, 2021, 281 pages.

Comme nous l’avons fait pour nos précédents colloques, afin permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter ?

Je suis sociologue du travail. J’ai fait des études d’histoire (licence) et de sociologie (licence, M1 M2, Doctorat, Habilitation à diriger des recherches). Je suis directrice de recherche émérite au CNRS, dans le laboratoire CRESPPA-GTM (associé à Paris 8 et Nanterre Université). Je travaille essentiellement par enquêtes de terrain, c’est-à-dire par interviews qualitatifs et observations.

Vos travaux dans le champ de la sociologie du travail sont aujourd’hui largement reconnus. Qu’est-ce qui vous a amené à vous spécialiser dans l’étude des techniques managériales ultralibérales et leurs effets sur les travailleurs ?

Mes travaux au début ont porté sur le vécu du travail ouvrier, sur l’organisation de leur travail, puis progressivement alors que celui-ci changeait, je me suis intéressée aux stratégies patronales, pourquoi tous ces changements, quelles stratégies se dégageaient, quels effets sur les salariés, quelle idéologie patronale pour justifier ces évolutions ?

Sans déflorer le contenu de votre exposé lors du colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment il sera structuré, quelles seront ses lignes de force ? En quelque sorte, donnez-nous l’envie d’en savoir plus en se rendant au colloque ! 

Je souhaite analyser les contradictions internes au nouveau modèle managérial, qui crée des problèmes d’efficacité du travail mais aussi de grande souffrance pour les salariés : mobilisation à tout crin de la dimension personnelle, émotionnelle, affective des salariés, de leur besoin d’engagement et d’autonomie dans le cadre d’une organisation du travail largement inspirée encore de la logique taylorienne, et donc très prescriptive, dans le cadre également d’un changement permanent qui les met en situation de précarité subjective.


« Le Vif », collage de Nadia Diz Grana (née en 1977), artiste française, graphiste, illustratrice et iconographe, spécialisée dans les collages et les compositions d’images.
« Le Vif » symbolise pour elle « la course égoïste pour la réussite de l’homme autoconstruit dans le monde des affaires ».

Une pièce de théâtre récente de Jean-Philippe Daguerre, « Du charbon dans les veines », fait l’éloge du travail, de la fierté d’être mineur dans les années 50. Vous semblez dire que cette fierté, aujourd’hui, est non seulement bafouée mais a disparu. D’après vous, peut-on redonner aujourd’hui un sens au travail, s’émanciper par le travail ? Et si oui, à quelles conditions ?

Ce qui pourrait redonner un sens au travail, ce serait la fin de la mise en concurrence des salariés les uns avec les autres (à travers les objectifs, évaluations et primes personnalisées), qui permettrait de reconstituer des collectifs informels de travail où s’échangeraient à nouveau de la transmission de savoirs, de la coopération, de la mise en commun des difficultés et de leurs résolutions ; la fin également du lien de subordination qui paralyse toute parole critique, toute initiative visant à modifier la définition des missions et de l’organisation du travail ; le ralentissement du changement qui est devenu incontrôlable et délétère.

Si le régime ultralibéral vise à instaurer la croyance en une société sans conflit de classes où le collectif disparaît au profit de l’individu, les rapports de force dans le travail, eux, existent toujours bel et bien. Quelles sont alors les nouvelles formes prises par les luttes sociales, comment s’organisent-elles ? Comment voyez-vous les choses ?

Les choses ont bien du mal à se mettre en place. Dans un monde du travail atomisé, où le lien de subordination est comme une laisse installée au cou de chacun, où la compétition crée un isolement et un sentiment de solitude, on voit mal comment une action collective d’ampleur pourrait se mettre en place et faire évoluer les situations. Les organisations syndicales sont nombreuses et divisées, elles ne se focalisent pas réellement sur le contenu et l’organisation du travail.
Ce qui manque c’est une lutte idéologique pour dévoiler l’inconsistance de la rationalité économique ultra libérale face aux enjeux fondamentaux : mettre fin à la maltraitance des salariés, respecter les consommateurs et usagers, stopper la prédation des ressources de notre planète.

Ces changements affectent aussi la sémantique. Si dans les années 60/70, on disait ouvertement « exploitation capitaliste » pour dénoncer les conditions de travail, on parle aujourd’hui de stress, de mal être, de mieux être, etc. Si on disait « lutte des classes », on parle aujourd’hui de rapport de confiance, de relation de collaboration, voire d’affects positifs. Quelles conséquences chez les travailleurs ? Restent-ils malgré cela conscients de leur réalité sociale ? Et dans ce cas, comment réagissent-ils ?

La révolution des mots a largement contribué à effacer la réalité dans les représentations du travail. Il n’y a plus d’ouvriers mais des opérateurs, des qualifications mais des compétences, des savoir-faire mais des savoir-être, il y a l’importation de mots anglo-saxons qui brouillent les cartes. Les mots sont pourtant des vecteurs importants des représentations de la réalité, et ce n’est pas un hasard si le monde du travail en entreprise est l’objet du déversement d’un vocabulaire qui a pour vocation à dissimuler les enjeux fondamentaux.

Je pouvais clairement voir qu’il n’avait rien à dire
Dessin de Glen Baxter, dessinateur britannique né en 1944 à Leeds, connu pour ses dessins ironiques.
Encre et crayon sur papier 52 x 38 cm

L’historien Johann Chapoutot a publié récemment « Libres d’obéir : Le management, du nazisme à aujourd’hui », qui explique que les techniques managériales nazies (conçues par Reinhart Höln) ont perduré après l’effondrement du IIIe Reich. Il montre qu’elles servent aujourd’hui de modèle pour un management qui fait croire qu’on obéit librement à une injonction obligatoire. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas historienne mais je pense que l’on peut retrouver des indices sérieux du fait que Hitler s’est inspiré des méthodes d’organisation du travail de Henri Ford.

Enfin, cette dernière question : sur quels travaux ou projets travaillez-vous en ce moment ?

En ce moment avec deux collègues nous travaillons sur une analyse de notre société des egos.

Précisions utiles concernant la date :

Les choses se précisent. Des quatre dates initialement demandées à l’ENS (nous les rappelons ici : samedi 11 octobre ; 8 novembre ; 15 novembre et 29 novembre), deux dates sont éliminées.

Restent donc en lice les deux dates du 8 et du 15 novembre avec une priorité souhaitée pour le 8/11.

La bonne nouvelle : ce n’est pas fin août que l’ENS pourra nous confirmer la date défitive mais le 21 juillet prochain.
Dès réception de cette confirmation, nous vous infomerons aussitôt à travers une newsletter.

Le programme du colloque :

Il est prêt. Pour le découvrir, cliquez ici.

Modalités d’inscription :

Aucun changement par rapport aux colloques précédents. S’inscrire au colloque se fait toujours par Internet, sur un site dédié, entièrement sécurisé. Ce site sera ouvert dès début septembre.

Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.

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Colloque 2025 – Interview exclusive de Luc Sigalo Santos

Comme c’est l’usage depuis la création de LAHG, le colloque s’ouvrira, comme il se doit, par une présentation introductive visant à replacer les travaux d’Henri Guillemin sur les rapports entre dominants et dominés dans leur perspective historique, afin d’expliciter sa vision des « Gens de biens/Gens de rien », son expression fétiche.
Cette présentation est en cours de finalisation.

Puis le colloque se déroulera de manière à faire le point sur la réalité, aujourd’hui, des « Gens de Biens et des Gens de Rien ».

Après la première intervention visant à poser le cadre général de la problématique dans lequel vont se déployer les différents exposés (Intervention de Michel Cabannes : L’inspiration ultra-libérale des politiques économiques : origines, applications, implications. Relire son interview ici), la matinée sera consacrée aux « gens de rien » ou de peu, ceux qui créent la valeur réelle des choses, les travailleurs, le salariat, les conditions de travail, le travail en général.

L’intervention de Luc Sigalo Santos est l’une des trois interventions sur ce sujet programmées le matin. Elle s’intitule : Contrôler les chômeurs pour atteindre le plein-emploi ? Genèse, usages et effets d’un mot d’ordre coercitif .

Parmi les nombreux ouvrages et articles qu’il a publiés, citons :

Pillon J.-M., Sigalo Santos L., Vivès C. (2024), « Contrôler les chômeur·ses pour atteindre le plein emploi ? ». Connaissance de l’emploi, n°196, juin 2024.

Vivès C., Sigalo Santos L., Pillon J.-M., Dubois V., Clouet H. (2023), « Chômeurs, vos papiers ! Contrôler les chômeurs pour réduire le chômage ?« . Éditions Raisons d’Agir.

Barraud de Lagerie P., Gros J., Sigalo Santos L. (2023), « Qui veut gagner des centimes ? Les micro-travailleurs : derrière une foule de passage, une première ligne de précaires », dans B. Palier (coord.), Que sait-on du travail ?, Presses de Sciences Po/Le Monde.

Sigalo Santos, L. (2022), « L’intermittence du spectacle, un financement paradoxal de la culture ? ». Regards croisés sur l’économie, n° 30-31.

Barraud de Lagerie P., Sigalo Santos L. (2019), « Les plateformes de micro-travail : le tâcheronnat à l’ère numérique ? » dans S. Abdelnour et D. Méda (dir.) Les nouveaux travailleurs des applis, PUF, « La vie des idées ».

Sigalo Santos L. (2018), « L’administration des vocations. Enquête sur le traitement public du chômage artistique en France« , Paris, Dalloz.

Comme nous l’avons fait pour nos précédents colloques, pour permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter et nous dire les raisons qui vous ont conduit à choisir cette voie professionnelle ?

J’ai fait une partie de mes études à l’ENS de Paris (« Ulm ») au sein du département de sciences sociales. Nous avons très tôt, dès l’année de licence, été plongé dans le bain de la recherche, à travers des séminaires, des stages d’enquête de terrain, une proximité aux enseignants-chercheurs, etc. Tout cela a été extrêmement formateur et m’a rapidement donné le goût de la recherche.
J’ai ensuite eu la possibilité d’obtenir un financement doctoral, cette fois à l’Université de Paris 8, située à Saint-Denis, un autre lieu formidable, qui a été très formateur.
J’ai enfin eu la chance d’avoir deux excellents directeurs de thèse, qui m’ont toujours soutenu et encouragé, ce qui un facteur essentiel dans la poursuite vers la carrière académique.

Vous êtes enseignant chercheur. Compte tenu de la situation générale dans l’enseignement supérieur, de la crise au sein de l’université, quelles sont vos conditions de travail ? Est-ce facile d’être enseignant chercheur aujourd’hui ?

La situation générale de l’Université se dégrade. Il serait trop long de faire un tableau exhaustif, mais on peut citer le manque chronique d’investissement qui a fait chuter le budget alloué par étudiant, les libertés académiques qui sont de plus en plus menacées (en France, mais pas seulement si l’on regarde ce que fait D. Trump aux USA par exemple).
Par ailleurs, la réalité de l’Université, et notamment de l’Université de masse, est assez largement méconnue des réformateurs, notamment parmi les hauts fonctionnaires qui sont beaucoup plus familiers du monde des grandes écoles. Cela n’aide pas.
L’INSP (ex-ENA) fait un travail intéressant de ce point de vue, en essayant de faire infuser la culture académique parmi les futurs hauts fonctionnaires.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur ces ministres de l’ESR qui, comme Frédérique Vida, n’hésitent pas à jeter l’opprobre sur les enseignants-chercheurs en les taxant publiquement d’« islamo-gauchistes ».

Le Liseur – The Reader – Photo anonyme – 2008 Hulton-Deutsch Collection/Corbis

Existe-t-il d’autres facteurs explicatifs de cette situation ?

On observe par ailleurs une forte dérive managériale, qui consiste à produire des rapports sur à peu près tout et n’importe quoi (les maquettes de cours, les laboratoires, etc.) sans qu’on sache à quoi cela sert précisément.
Cela passe aussi par le recours de plus en plus systématique au financement sur projet qui transforme un certain nombre d’entre nous en chercheurs de financements. Tout cela est très chronophage et ne produit pas nécessairement de la meilleure recherche. Le tableau est donc assez sombre.

Mais il n’en demeure pas moins que le cœur de l’activité (enseigner, faire de la recherche) reste passionnant.

Comment gère-t-on les recherches qui démontrent des réalités qui sont à l’encontre du discours dominant, notamment dans le champs des sciences sociales et encore plus précisément sur le sujet du chômage ?

Pour ce qui concerne les recherches sur le chômage, il n’est pas toujours facile d’avoir accès aux données de France Travail, qui est en France l’opérateur quasi exclusif en la matière.
Ou, plus précisément, si les données sur les demandeurs d’emploi et les entreprises sont globalement accessibles, en revanche, l’institution n’aime pas qu’on la prenne pour objet, ce qui nous oblige à passer par d’autres voies pour accéder à des données.

Vous travaillez au sein de deux laboratoires de recherche, LEST et TRIANGLE. Pouvez-vous nous en parler : ses financements, vos axes de recherches, vos équipes ?

Ce sont deux laboratoires pluridisciplinaires qui sont tous les deux associés au CNRS. Le LEST est basé à Aix-en-Provence et accueille des sociologues, des gestionnaires, des économistes et quelques politistes dont je fais partie.
La question du travail au sens large (activité, emploi, organisation) y occupe une place importante, même si les choses évoluent au gré des recrutements.
Triangle est un laboratoire basé à Lyon. Il accueille une majorité de politistes, ainsi que des sociologues, des historiens, des philosophes et des économistes. L’un des axes communs consiste à interroger les rapports de pouvoir, qui est un thème suffisamment large pour que tout le monde puisse un tant soit peu s’y retrouver.

Quelles sont les raisons qui vous ont amené à accepter d’intervenir à notre colloque ?

Je trouve que le thème retenu cette année est intéressant pour penser les inégalités socio-économiques et les rapports de pouvoir dans l’époque contemporaine.

Sans déflorer le contenu de votre exposé au colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment sera structurée votre intervention, ses lignes de force ? En quelque sorte, donnez-nous envie de venir vous écouter au colloque ! 

À partir d’une enquête inédite sur le contrôle de la recherche d’emploi en France, qui est devenue une composante importante des politiques de lutte contre le chômage, je montrerai que le contrôle repose sur un double « mythe », c’est-à-dire d’une croyance à laquelle les gens adhèrent sans qu’elle ait été démontrée :
1) sur son bien-fondé (les chômeurs doivent être contrôlés car certains ne cherchent pas d’emploi)
2) sur son efficacité (le contrôle permet de remettre les chômeurs à l’emploi).

La notion de chômeur évolue, tout comme la relation au travail salarié. Vous avez travaillé sur cette nouvelle forme de travail salarié appelée « crowdsourcing » littéralement « approvisionnement par la foule ». Ce type d’activité est présentée comme une forme de liberté. Est- vraiment le cas ? Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Le crowdworking, qui est la version marchande du crowdsoursing, s’incarne notamment dans des plateformes comme Amazon Mechanical Turk aux USA ou Foule Factory/Yappers en France. Ces plateformes mettent en relation des entreprises qui veulent externaliser des tâches massives de traitement de données (typiquement du référencement de produits sur leur site internet) et des internautes qui cherchent un petit complément de revenu.
L’objectif affiché par les plateformes est de faire gagner du temps et de l’argent à tout le monde. Et le travail, qui n’est d’ailleurs pas présenté comme tel (mais comme une « contribution », le but étant notamment d’éviter une requalification juridique pour salariat déguisé), est effectivement présenté par la plateforme sous la forme de la liberté, de choisir ses tâches, ses horaires, etc.

Le bureau du futur © Dpa

Les micro-travailleurs adhèrent pour partie à ce discours. Mais beaucoup critiquent aussi le pouvoir trop grand dont bénéficient les entreprises donneuses d’ordre, qui sous-paient très souvent les tâches, peuvent ne pas les rémunérer si elles ne sont pas satisfaites du résultat, etc.

Bref, il y a une grande asymétrie de pouvoir de part et d’autre, ce qui a conduit certains micro-travailleurs à s’organiser sous des formes diverses. Et les tribunaux commencent par ailleurs de plus en plus à s’y intéresser.


Des nomades numériques à six bras, utilisant le cloud computing volent sur des nuages ​​symboliques d’un lieu de travail à l’autre, utilisant tous les appareils mobiles disponibles pour rester connectés en permanence à leurs collègues, où qu’ils soient dans le monde. Série d’illustrations conceptuelles.

Depuis la crise du covid, est apparue une nette désaffection vis à vis du travail salarié, générant un déficit de main d’œuvre dans certains secteurs comme la restauration, l’hôtellerie. Cette nouvelle disposition par rapport au travail salarié touche tout le monde notamment les jeunes. Que pensez-vous de cette situation. Comment voyez-vous les rapports des jeunes au travail et comment, d’après vous, cela peut-il évoluer ?

La façon dont est posée dans le débat public la question des « pénuries de main d’œuvre » est problématique à plusieurs titres.

On fait comme s’il y avait pléthore d’emplois disponibles, qu’il suffisait, comme le disait E. Macron, de « traverser la rue » pour en trouver. Mais cette idée de sens commun est en réalité assez largement fausse.
Les chiffres permettent sont éloquents. La DARES, qui est le service statistique du ministère du Travail, explique qu’au 3e trimestre 2023, il y avait 350 000 emplois « vacants », mais, dans le même temps, il y avait 5 millions d’inscrits à Pôle emploi en catégories A-B-C.
Dit autrement, il y a à peu près 14 fois plus de chômeurs que d’emplois disponibles ! Sachant qu’il y a dans ces chômeurs beaucoup de gens qui travaillent déjà, même quelques heures par mois : sur ce même 3e trimestre 2023, c’est le cas d’un chômeur indemnisé sur deux, selon les chiffres l’Unédic (l’organisme paritaire qui gère l’assurance-chômage).

Autre élément problématique du débat : quand on parle de « pénuries de main d’œuvre », on ne parle jamais des mauvaises conditions de travail des secteurs et/ou métiers concernés : faibles rémunérations, horaires décalés, pénibilité physique, difficulté à faire carrière, etc.

Il faut absolument penser le chômage, l’emploi et les conditions de travail ensemble, sinon on passe à côté de beaucoup d’éléments de compréhension.

Il y a eu des moments où j’ai commencé à penser que je n’étais peut-être pas dans la bonne profession.
Dessin de Glen Baxter, dessinateur britannique né en 1944 à Leeds, connu pour ses dessins ironiques.
Encre et crayon sur papier 79 x 53 cm

Vous avez aussi travaillé sur le rapport travail/chômage dans le milieu artistique. Pensez-vous, comme certains le défendent, que le modèle qui régit le travail des intermittents du spectacle, pourrait devenir le modèle de référence pour le salariat et ainsi une réponse au chômage de masse ?

C’est ce que défendent une partie (mais pas toutes) des coordinations locales d’intermittents qui se sont constituées, à côté des syndicats, au moment de la grande crise de l’intermittence de 2003 générée par la réforme restrictive des conditions d’accès au régime.

Il y avait à l’époque ce slogan dans certaines actions militantes : « ce que nous défendons, nous le défendons pour tous », c’est-à-dire pour l’ensemble des intermittents de l’emploi et autres précaires, au-delà de la culture.
Toutefois, c’est un positionnement qui fait débat, au sein des coordinations elles-mêmes, entre ces dernières et les syndicats sectoriels qui sont plus enclins à défendre les intermittents ou la culture au sens strict.

En outre, dans les faits, la convergence des luttes les précaires de la culture et les autres ne s’est que très peu réalisée.
Par ailleurs, plusieurs observateurs avisés disent que c’est si le Medef était à une époque si agressif contre les annexes 8 et 10 qui définissent l’intermittence, ce n’est pas parce qu’il avait un problème avec la culture en soi (Laurent Parisot est par exemple une grande amatrice de peinture), mais parce qu’il souhaitait à tout prix éviter que ce modèle d’hyperflexibilité de l’emploi sous garantie assurancielle ne se développe au-delà du secteur culturel.

Une stratégie d’endiguement en quelque sorte.

Il y a un peu plus d’un an, le 1er janvier 2024, Pôle Emploi changeait de nom pour devenir France Travail. Il ne s’agit d’une simple évolution terminologique. Qu’en pensez-vous ? Quels sont les vrais enjeux de cette réforme ?

L’idée principale est de réaffirmer la place centrale de France Travail au sein du réseau du service public de l’emploi, aux côtés des missions locales, des conseils départementaux.
Cela passe en l’occurrence par le fait d’inscrire beaucoup plus systématiquement les gens suivis par ces autres opérateurs sur les listes de France Travail. Les allocataires du RSA y sont même automatiquement inscrits.

Cela ne veut pas dire que tous ces nouveaux inscrits seront suivis par France Travail, dans les faits, beaucoup le restent par leurs institutions originelles, mais cela envoie le signal suivant : le retour à l’emploi, si possible rapide, comme unique horizon des politiques d’insertion.

Il y a derrière cela, la quête d’E. Macron pour le « plein emploi ». Dans les faits, il y a une pression de plus en plus forte qui est mise sur les inscrits pour reprendre un emploi, même si celui-ci ne leur convient pas, sous peine de sanctions (suite à un contrôle), ou alors éventuellement à se désinscrire des listes de France Travail (notamment pour ceux qui ne touchent pas d’indemnités).

Enfin, cette dernière question : sur quels travaux ou projets, travaillez-vous en ce moment ?

Je poursuis mes travaux sur le contrôle de la recherche d’emploi avec plusieurs collègues sociologues et juristes.

Et je conduis par ailleurs avec un collègue politiste de Besançon une enquête sur les enjeux de l’encadrement doctoral en général, et de la direction de thèse en particulier, notamment en droit. C’est en enjeu central pour la fabrique de la science et la reproduction de la profession académique qui est curieusement très peu étudié en France.

À partir d’une approche qui croise sociologie des professions et sociologie des institutions, nous nous intéressons à la façon dont s’entremêlent, dans la relation d’encadrement, des enjeux de patronage intellectuel, des rapports hiérarchiques et des projections professionnelles.

Le programme : cliquez ici

Le programme détaillé est prêt. Pour découvrir les intervenants qui, à travers leurs exposés, actualiseront le clivage « Gens de biens/Gens de rien ; Silence aux pauvres ».

Lieu et date :

Comme les précédents, le prochain colloque se déroulera dans la salle Dussane de l’Ecole Normale Supérieure (ENS – Ulm). Concernant la date, nous sommes toujours tributaires des règles administratives de l’ENS qui ne peut confirmer les demandes extérieures qu’à la fin du mois d’août. Nous avons demandé quatre dates avec ordre de priorité suivant :

Priorité 1 : Samedi 15 novembre 2025
Priorité 2 : Samedi 29 novembre 2025
Priorité 3 : Samedi 8 novembre 2025
Priorité 4 : Samedi 11 octobre 2025

Dès fin août/début septembre, quand la date définitive aura été fixée, nous diffuserons une newsletter présentant tous les détails pour assister.

Modalités d’inscription :

Aucun changement par rapport aux colloques précédents. S’inscrire au colloque se fait toujours par Internet, sur un site dédié, entièrement sécurisé. Ce site sera ouvert dès début septembre.

Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.
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Colloque 2025 – Interview exclusive de Michel Cabannes

Comme c’est l’usage depuis la création de LAHG, le colloque s’ouvrira, comme il se doit, par une présentation introductive visant à replacer les travaux d’Henri Guillemin sur les rapports entre dominants et dominés dans leur perspective historique, afin d’expliciter sa vision des « Gens de biens/Gens de rien », son expression fétiche.

Puis le colloque se déroulera de manière à faire le point sur la situation, aujourd’hui, des « Gens de Biens et des Gens de Rien ».

Pour cela il est nécessaire de poser au préalable le cadre général de la problématique dans lequel vont se déployer les différents exposés.
A commencer par définir les termes de « néolibéralisme », de « ultralibéralisme », voire de « ultralibéralisme libertarien ».

C’est le sens de l’intervention de Michel Cabannes qui s’intitule L’inspiration ultra-libérale des politiques économiques : origines, applications, implications.
Elle présentera les origines historiques de ce régime politique et économique, ses raisons d’être, ses effets et ses conséquences sur l’ensemble des populations.

Michel Cabannes a publié :

« La gauche à l’épreuve du néolibéralisme », Le Bord de l’eau, Lormont, 256 p, 2015.

« La trajectoire néolibérale. Histoire d’un dérèglement sans fin », Le Bord de l’eau, 186 p. 2013.

« Les finances locales sur la paille ? Des vaches grasses aux vaches maigres ». Le Bord de l’eau, 152 p, 2011.

« Les politiques conjoncturelles », Armand Colin, collection Synthèse, 96 p., 1998.

« Introduction à la macroéconomie », Armand Colin, collection Cursus, 182 p., 1995.

« La politique macroéconomique », Armand Colin, collection Cursus, 182 p., 1994.

Comme nous l’avons fait pour nos précédents colloques, afin de permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter ?

Je suis universitaire à la retraite. J’étais maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux (ex université Bordeaux Montesquieu). J’étais membre du Groupe de recherches en économie théorique et appliquée (GRETHA). J’ai travaillé principalement dans les domaines de la macroéconomie, des politiques économiques comparées, des finances publiques et des finances locales. Cela a donné lieu à la publication de six ouvrages.

En marge de la vie professionnelle, j’ai été élu local (1989-2014), comme adjoint au maire de Pessac (Gironde), chargé du budget et des finances. J’ai été également membre du Conseil économique social et environnemental régional d’Aquitaine (2001-2007), pour lequel j’ai fait des rapports sur des indicateurs de l’économie régionale.

Je participe actuellement à plusieurs associations, notamment sous la forme de conférences sur des thèmes économiques et sociaux. Je suis un des animateurs du Café économique de Pessac qui existe depuis 2003.

Vous faites partie du groupe de recherche appelé « Les économistes atterrés ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce groupe : ses axes de recherches, sa raison d’être, son histoire.

L’association « Les économistes atterrés » a pour but d’impulser la réflexion collective en économie pour animer le débat citoyen. Elle regroupe des économistes hétérodoxes d’orientations diverses mais qui ont en commun de s’opposer au libéralisme économique et de considérer que d’autres politiques sont possibles (autres que celles qui prévalent depuis plusieurs décennies).
Elle a été crée en 2010 sur la base d’un Manifeste en réaction aux politiques économiques européennes qui, peu après la crise de 2008, choisissaient l’austérité au risque de faire replonger les économies dans la récession et le chômage massif.

L’association publie régulièrement des analyses sur de nombreux sujets et des livres proposant des politiques alternatives (ex. sur la dette publique ou sur les besoins à satisfaire) ; elle organise aussi périodiquement des conférences et anime des blogs sur les sites d’Alternatives économiques et de Mediapart.

Qu’est-ce qui vous a amené à consacrer votre travail dans le domaine de l’économie critique ?

Il m’est apparu que l’économie orthodoxe ne permet pas de comprendre le fonctionnement de l’économie et de la société (absence des rapports sociaux, caractère réducteur des comportements formalisés, etc.).
Cette approche occulte les phénomènes de domination et d’exploitation, ce qui sert les intérêts des catégories sociales privilégiées.

Elle est également très insuffisante pour traiter les enjeux écologiques. L’économie dominante sert à justifier des politiques à l’efficacité économique discutable et aux effets sociaux et écologiques délétères.

Ayant été chargé de plusieurs cours sur les politiques économiques à partir des années 1980, j’ai suivi leur évolution à l’inverse d’une satisfaction équilibrée des besoins de la population dans les pays développés et à l’échelle mondiale. Elles ont contribué ainsi à retarder la résolution des problèmes économiques, sociaux et écologiques qui s’accumulent.

L’enseignement et la recherche en économie sont depuis de nombreuses années, régis par une doxa intangible qui conduit à l’envisager et à l’enseigner sous l’angle quasi unique des mathématiques. Comment avez-vous réussi à vous imposer en tant qu’enseignant en économie hétérodoxe à l’université ?

La montée de l’économie mathématique est utile pour faire progresser la connaissance en permettant de tester des régularités statistiques, d’écarter certaines hypothèses et d’en valoriser de nouvelles. Mais son utilisation actuelle est discutable : elle sert de principal critère de sélection des travaux de recherche au détriment d’autres travaux utiles ; elle permet souvent d’occulter des aspects théoriques ; elle fait reculer le pluralisme des approches en économie.

Dans mon université, dans les domaines qui m’ont été confiés, j’ai bénéficié d’échanges productifs avec d’autres collègues partageant les mêmes préoccupations et je n’ai jamais eu à subir des interférences de la part des autorités qui auraient restreint ma liberté.

Connaissez-vous les travaux d’Henri Guillemin ?

Henri Guillemin était un intellectuel très actif sur plusieurs fronts. Formé à l’Ecole normale supérieure et agrégé de lettres, il est devenu professeur d’université. Il a écrit une œuvre considérable dans les domaines de l’histoire et de la littérature. En outre, il était également conférencier, homme de radio et de télévision en France et en Suisse où il a eu beaucoup d’influence.

Chrétien de gauche, il était proche de Marc Sangnier, créateur et animateur du mouvement Le Sillon, ainsi que de François Mauriac. Il était sensible aux injustices et au fossé entre les catégories sociales.

Ses travaux sur des personnages historiques (tels que Jaurès, Robespierre ou Voltaire) mettaient l’accent sur leur positionnement moral par rapport aux problèmes sociaux. Cela donnait lieu de sa part à des avis tranchés, ce qui a pu susciter parfois des controverses avec d’autres historiens.
Son approche et son style lui ont valu durablement une large audience auprès du public.

Sans déflorer le contenu de votre exposé au colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment sera structurée votre intervention, ses lignes de force ?
En quelque sorte, mettez-nous l’eau à la bouche ! 

Le néolibéralisme (qualificatif souvent retenu) est né durant l’entre-deux guerres en Europe pour rénover le libéralisme économique en difficulté ; après la IIème guerre mondiale, sa diversité initiale a fait place à l’ultralibéralisme hégémonique inspiré notamment par Hayek et Friedman. Cette approche l’a emporté auprès des « élites » sur le keynésianisme lors de la crise du compromis social dans les années 1970.

La « néo-libéralisation » des politiques économiques depuis le début des années 1980 (libération des forces du marché, « constitutionnalisme économique », pressions sur les budgets publics et sociaux) a conduit à l’émergence d’un capitalisme néolibéral, financiarisé et mondialisé avec un Etat social persistant mais contesté.

Les implications de cette mutation ont été favorables au capital et aux plus riches, mais néfastes au plan économique (absence de « ruissellement »), destructrices au plan social (inégalités et précarité accrues), néfastes pour la société (lien social) et pour la vie politique (défiance, populisme).

Les difficultés des 20 dernières années conduisent à des transformations des politiques.
D’une part, la néo-libéralisation interne persiste avec des interventions de l’Etat pour sauver le système économique, et même s’accentue avec parfois l’émergence de libertariens au pouvoir.
D’autre part, la néo-libéralisation internationale régresse avec le coup d’arrêt donné à la mondialisation y compris par ceux qui l’avaient promue.

Tsunami ultralibéral.
Illustration sardonique du principe du ruissellement des riches vers les pauvres, fondement de la théorie économique néolibérale.

Cette création numérique porte aussi le titre de
Tsunami ou L’Hybris ultralibéral
Illustration également sardonique en référence au mythe des Grecs antiques de l’Hybris, cet énorme orgueil humain à vouloir dominer la Nature et l’Ordre de l’Univers, une prétention forcément impossible et inéluctablement frappée de catastrophes.

Image de synthèse, auteur inconnu, publiée dans le média numérique indépendant Cointribune, media spécialiste dans l’actualité financière des blockchain.

Sur quels travaux, projets, travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille principalement sur la domination de l’idéologie néolibérale sur l’économie et sur la société et les possibilités de son dépassement.

Alors que la victoire du capitalisme est incontestée à l’échelle du monde après l’échec des économies planifiées, j’aborde les rapports complexes entre ce système et la démocratie au vu des tendances récentes et j’explore les possibilités de dépassement du capitalisme.

Le programme :

Le programme détaillé est prêt. Pour découvrir les intervenants qui, à travers leurs exposés, actualiseront le clivage « Gens de biens/Gens de rien ; Silence aux pauvres », cliquez ici.

Lieu et date :

Comme les précédents, le prochain colloque se déroulera dans la salle Dussane de l’Ecole Normale Supérieure (ENS – Ulm). Concernant la date, nous sommes toujours tributaires des règles administratives de l’ENS qui ne peut confirmer les demandes extérieures qu’à la fin du mois d’août. Nous avons demandé quatre dates avec ordre de priorité suivant :

Priorité 1 : Samedi 15 novembre 2025
Priorité 2 : Samedi 29 novembre 2025
Priorité 3 : Samedi 8 novembre 2025
Priorité 4 : Samedi 11 octobre 2025

Dès fin août/début septembre, quand la date définitive aura été fixée, nous diffuserons une newsletter présentant tous les détails pour assister.

Modalités d’inscription :

Aucun changement par rapport aux colloques précédents. S’inscrire au colloque se fait toujours par Internet, sur un site dédié, entièrement sécurisé. Ce site sera ouvert dès début septembre.

Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.
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En amont du prochain colloque

Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.

Comme vous le savez, notre prochain colloque est entièrement finalisé. Le programme détaillé est disponible en cliquant ici. Il ne reste que la date définitive à obtenir que nous connaîtrons seulement fin août puisque nous sommes tributaires des procédures administratives de l’Ecole Normale Supérieure. Par sécurité, nous avons demandé un faisceau de quatre dates qui sont les suivantes :

Priorité 1 : Samedi 15 novembre 2025
Priorité 2 : Samedi 29 novembre 2025
Priorité 3 : Samedi 8 novembre 2025
Priorité 4 : Samedi 11 octobre 2025

« Gens de biens, gens de rien – Silence aux pauvres » est le thème général du colloque qui sera développé à partir de cette expression célèbre d’Henri Guillemin, utilisée et analysée en détail dans son ouvrage Silence aux pauvres, qu’il rédigea avec fougue pour la célébration du bicentenaire de la Révolution française en juillet 1989.

Le sous-titre du colloque « Réalités contemporaines du capitalisme ultra libéral » indique clairement les sujets des sept interventions : le silence aux pauvres, en 2025, c’est quoi ?

La composition du colloque s’est tout naturellement inscrite dans ce clivage Gens de biens/Gens de rien. Ainsi, la matinée sera consacrée aux Gens de rien pour présenter la réalité de ce qu’ils endurent aujourd’hui dans le monde du travail, ce champ essentiel que nous avons choisi en priorité puisque c’est là que se crée la valeur des marchandises, base du système  ; l’aprèsmidi portera sur les Gens de biens, les dominants, les hyper riches ; qui sontils, d’où viennentils, que fontils.

En ce début du mois de mai, à l’approche du colloque, vient le moment d’aller plus avant dans la présentation des contenus et des intervenants. Avant de diffuser les futures interviews exclusives de chacun d’entre eux, actuellement en cours d’élaboration – trois ou quatre seront mises en ligne avant les vacances d’été, les autres à la rentrée – , voici un résumé de leur parcours et de leurs travaux, présenté selon l’ordre du programme.

Nous renvoyons au programme pour ce qui concerne les titres et résumés des interventions.

Michel Cabannes, Maître de conférences en Economie à l’université de Bordeaux.

Le thème du colloque rend nécessaire de poser au préalable, le cadre général de la problématique dans lequel vont se déployer les différents exposés. A commencer par définir les termes de « néolibéralisme » et de « ultralibéralisme » et tout ce que ces mots recouvrent comme réalité concrète, au-delà du mot « liberté » qui les compose. C’est le sens de l’intervention de Michel Cabannes qui présentera les origines historiques de ce régime politique et économique, ses raisons d’être, ses effets et ses conséquences sur l’ensemble des populations.

Parmi ses ouvrages, citons deux livres essentiels :
La trajectoire néolibérale: Histoire d’une dérèglement sans fin. Ed. Au bord de l’eau (pour en savoir plus, cliquez ici)

La Gauche à L’épreuve du néolibéralisme, qui en est le complément.
Ed. Au bord de l’eau (pour en savoir plus, cliquez ici)

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Camille PEUGNY, Sociologue, professeur à l’UVSQ (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).

Le déclassement, la reproduction sociale des inégalités, la permanence de la stratification sociale, constituent le cadre général des travaux de Camille Peugny. Un des effets pervers de l’ultralibéralisme est de promouvoir, au nom de la liberté individuelle, le système de l’auto entreprenariat, comme accès facile et prestigieux à la réussite sociale pleine et entière. Bien sûr, il s’agit d’une illusion pour les gens de rien ou de peu.

Les recherches de Camille Peugny portent justement sur cette réalité : rendre compte de l’attrait qu’exerce le modèle de l’indépendance auprès de salariées précaires, qui les éloigne de toute possibilité d’action collective pour une justice sociale légitime.

Parmi ses ouvrages, citons :

Le déclassement. Ed. Grasset (pour en savoir plus, cliquez ici)

Le Destin au berceau: Inégalités et reproduction sociale. Ed. Seuil (pour en savoir plus, cliquez ici)

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Luc SIGALO SANTOS, Sociologue, diplômé de l’ENS, Maître de conférences en science politique, Aix-Marseille Université, LEST (Laboratoire d’Economie et de Sociologie du travail).

En régime ultralibéral, étudier la réalité du monde du travail impose de parler des conditions de travail quand on en a, de la précarité, et du non travail, c’est à dire le chômage.

Luc SIGALO SANTOS travaille sur les politiques d’emploi, la précarité au travail. Ses recherches actuelles portent sur le rôle de l’action publique, saisie à travers ses règles, ses institutions et ses acteurs, dans la régulation des aspirations et choix professionnels. Elles se déploient sur deux terrains : le contrôle des chômeurs et l’encadrement doctoral dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Il étudie également les nouvelles formes de précarité, par exemple le crowdsourcing (ce qui signifie littéralement « approvisionnement par la foule ». Cela consiste à mobiliser une multitude d’individus volontaires pour l’accomplissement d’une mission. Le processus, qui s’avère être en réalité une forme d’externalisation, s’apparente à un concours dont le résultat profite directement à l’entreprise.). Ces nouvelles formes qui promeuvent l’émiettement du travail et sa délocalisation sur Internet, présentant le travail comme un jeu, et le temps libre comme une source de revenus.

Parmi ses ouvrages, citons :

Chômeurs, vos papiers ! : Contrôler les chômeurs pour réduire le chômage ? Ed. Liber/Raisons d’agir (pour en savoir plus, cliquez ici)

L’administration des vocations – Enquête sur le traitement public du chômage artistique (pour en savoir plus, cliquez ici)

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Danièle LINHART, Sociologue du travail, directrice émérite de recherche au CNRS, membre du laboratoire GTM-CRESPPA (Genre, Travail, Mobilités / Centre de Recherches sociologiques et politiques de Paris).

Avec Danièle LINHART, nous terminons la matinée centrée sur la réalité des gens de rien ou de peu. Ses travaux sont célèbres, qui portent sur les stratégies managériales, notamment celles à l’oeuvre au sein des grandes firmes transnationales, sur l’évolution du travail qui en découlent, et les nouvelles formes de mobilisation des salariés et la place du travail dans la société ultralibérale.

Nous avons souhaité placer son intervention en fin de matinée comme une clé de voûte entre les exposés du matin consacrés à la réalité du monde du travail et ceux de l’après midi concernant les dominants, donc les managers et leurs règles imposées.

Le sujet de son intervention s’inscrit directement dans le sous-titre du colloque et se raccorde également au thème de la philosophe Caëla Gillespie qui conclura la journée.

Parmi ses nombreux ouvrages, citons :

L’insoutenable subordination des salariés. Ed. Erès (pour en savoir plus, cliquez ici)

La comédie humaine du travail: De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale. Ed. Erès (pour en savoir plus, cliquez ici)

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Monique PINÇON-CHARLOT, Sociologue, ancienne Directrice de recherche au CNRS.

Ses travaux pionniers, menés avec son mari Michel Pinçon (1942-2022) sur la sociologie des classes dominantes, sont devenus célèbres et incontournables. Placer son intervention en ouverture de l’aprèsmidi, consacré au Gens de Biens, aux classes dominantes, petite minorité qui détermine la vie de la grande majorité, s’impose naturellement.

Le travail de toute une vie consacré à étudier pourquoi et comment les classes hyper fortunées de l’aristocratie et de la bourgeoisie sont un vrai problème social, permettra d’apporter des éléments pour répondre à une question centrale du colloque : les gens de Biens, en 2025, c’est qui, c’est quoi.

Parmi ses nombreux ouvrages, citons :

La violence des riches: Chronique d’une immense casse sociale. Ed. La découverte (pour en savoir plus, cliquez ici)

Les Riches contre la planète: Violence oligarchique et chaos climatique. Ed. Textuel (pour en savoir plus, cliquez ici)

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Alizée DELPIERRE, Sociologue, Docteure en sociologie, chargée de recherche au CNRS rattachée au laboratoire Printemps à l’UVSQ (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).

Un édifiant exemple d’application pour connaître l’univers économique et culturel des classes hyper riches est celui du personnel domestique travaillant à leur service. Mais le rapport de classe et de domination qui régit la relation entre les deux classes sociales n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser. Il est même assez complexe et dévoile, à la suite des exposés de la matinée, les effets pervers du système ultralibéral. En effet, la domesticité recouvre des réalités diverses : la nature des tâches effectuées, le type d’emploi, les conditions de vie et de travail, ou encore les luttes sociales, sont loin d’être homogènes.

Parmi ses ouvrages, citons :

Les domesticités. Ed. La Découverte (pour en savoir plus, cliquez ici)

et son dernier livre : Servir les riches: Les domestiques chez les grandes fortunes. Ed. La Découverte (pour en savoir plus, cliquez ici)

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Caëla GILLESPIE, Professeure agrégée de philosophie, docteure en philosophie

A l’instar de la première intervention de Michel Cabannes, instaurant le cadre général des échanges, il est apparu nécessaire de poser, en conclusion du colloque, un second cadre, non pas économique, mais philosophique, permettant de saisir l’importance, la nature et l’origine des théories, idées et pensées qui ont servi à bâtir l’idéologie de l’ultra libéralisme. La situation d’aujourd’hui pourrait conduire à admettre la fin de l’Histoire : le mode de production capitaliste version ultralibérale régnera à jamais. Mais tout système idéologique peut mourir de ses contradictions face à la réalité.

L’espoir est donc encore vivant et nous souhaitons terminer le colloque sur un ouverture heureuse.

C’est l’ouvrage de Caëla Gillespie Manufacture de l’homme apolitique (un titre qui fait penser à l’ouvrage de Noam Chomsky, La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie) qui répond magnifiquement à cette problématique philosophique.

Parmi ses travaux citons :

Manufacture de l’homme apolitique. Une analyse des causes de l’impuissance collective pour mieux retrouver les chemins de l’action et s’en sortir. Ed. Au bord de l’eau (pour en savoir plus, cliquez ici)

Panlibéralisme. Quand le néolibéralisme accède à la toute-puissance. Ed. Au bord de l’eau (pour en savoir plus, cliquez ici)

Une « suite » à Manufacture de l’homme apolitique est prévue très prochainement.

Le programme :

Le programme détaillé est prêt. Pour découvrir les intervenants qui, à travers leurs exposés, actualiseront le clivage « Gens de biens/Gens de rien ; Silence aux pauvres », cliquez ici.

Lieu et date :

Comme les précédents, le prochain colloque se déroulera dans la salle Dussane de l’Ecole Normale Supérieure (ENS – Ulm). Concernant la date, nous sommes toujours tributaires des règles administratives de l’ENS qui ne peut confirmer les demandes extérieures qu’à la fin du mois d’août. Nous avons demandé quatre dates avec ordre de priorité suivant :

Priorité 1 : Samedi 15 novembre 2025
Priorité 2 : Samedi 29 novembre 2025
Priorité 3 : Samedi 8 novembre 2025
Priorité 4 : Samedi 11 octobre 2025

Dès fin août/début septembre, quand la date définitive aura été fixée, nous diffuserons une newsletter présentant tous les détails pour assister.

Modalités d’inscription :

Aucun changement par rapport aux colloques précédents. S’inscrire au colloque se fait toujours par Internet, sur un site dédié, entièrement sécurisé. Ce site sera ouvert dès début septembre.

Nous avons la très grande tristesse de vous annoncer le décès de Jean Chérasse, mort à son domicile, à l’âge de 92 ans dans la nuit du 17 au 18 avril dernier.

Nous avions connu Jean, au début de l’année 2016, à travers un échange épistolaire pour l’inviter à intervenir au colloque Henri Guillemin consacré à la Commune qui eut lieu le 19 novembre 2016 à la Sorbonne Nouvelle Censier. Jean était en effet non seulement un admirateur d’Henri Guillemin dont il était devenu l’ami depuis qu’ils avaient travaillé ensemble sur ses deux documentaires politiques Dreyfus ou l’Intolérable Vérité (1975) et La Prise du pouvoir par Philippe Pétain (1980).

C’était aussi un descendant de Communeux, comme il disait. A partir d’une colossale documentation et archives familiales, il publia son histoire de la Commune en deux volumes (édition du Croquant. Pour en savoir plus, cliquez ici) au beau titre générique Les 72 immortelles. Tome 1 La fraternité sans rivages : Un éphéméride du grand rêve fracassé des Communeux. Tome 2 l’ébauche d’un ordre libertaire : Une nouvelle lecture de la commune de Paris de 1871.

C’était surtout un combattant de la vie, farouche opposant à la « démocratie bourgeoise » dont il dénonçait, en amitié fidèle à Guillemin, les simulacres de son spectacle sociétal.

A travers plus de mille billets de blog publié sur Médiapart sous le pseudonyme Vingtras, il lutta pour donner aux gens la matière nécessaire pour comprendre la réalité du monde et ce, jusqu’à son dernier souffle.

Epris d’une solide philosophie anarchiste autant qu’un puissant hédonisme vitaliste, Jean Chérasse fut un homme au coeur d’or, plein d’amour pour les gens du peuple.

Il repose maintenant en paix.

Dessin de Jean-Jacques Sempé