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Colloque 2025 – Interview exclusive de Nicolas Roux

Après la présentation introductive visant à replacer les travaux d’Henri Guillemin sur les rapports entre dominants et dominés dans leur perspective historique afin de bien expliciter sa vision des « Gens de biens/Gens de rien », le colloque se déroulera de manière à faire le point sur la réalité, aujourd’hui, des Gens de Biens et des Gens de Rien.

Suite à la première intervention de Michel Cabannes qui posera le cadre général de la problématique dans lequel vont se déployer les différents exposés, la matinée sera consacrée aux « gens de rien ou de peu », ceux qui créent la valeur réelle des choses, les travailleurs, le salariat, les conditions de travail, le travail en général.

Trois interventions sont consacrées à ce sujet : celle de Luc Sigalo Santos (se reporter à son interview diffusée le 9 juin dernier) ; celle de Danièle Linhart qui s’intitule (se reporter à son interview diffusée le 11 juillet dernier) et celle de Nicolas Roux aujourd’hui.

Son intervention s’intitule La précarité durable. S’adapter à un fait social n’est pas « choisir ».

Parmi les ouvrages de Nicolas Roux, citons :

La précarité durable. Vivre en emploi discontinu, Paris, Presses universitaires de France, 2022 ;

Sur le travail insoutenable : ouvrières d’un groupement d’employeurs agricole, Économie rurale, n°385, 2023/3 ;

Faire de nécessité soutenabilité. Tenir et vieillir comme saisonnier/ère agricole, Revue française de sociologie, vol. 61, 2020/2.

Comme nous l’avons fait pour nos précédents colloques, pour permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter ?

Après des études de sociologie à Perpignan jusqu’au Master 1 et en Master 2 au Cnam, j’ai effectué ma thèse au Cnam dans le cadre d’un contrat doctoral puis d’un contrat d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche (les fameux contrats d’« ATER » bien connus à l’université). Comme beaucoup d’autres doctorantes et doctorants, j’ai terminé ma thèse, qui a été soutenue en 2017, au chômage. J’ai ensuite obtenu un contrat postdoctoral d’un an au Centre d’études de l’emploi et du travail (où je suis toujours affilié) avant ma prise de poste comme maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne en 2019.

Vous êtes enseignant chercheur. Compte tenu de la situation générale dans l’enseignement supérieur, de la crise au sein de l’université, notamment concernant la recherche, sujet jamais correctement traité par les media, ces questions que nous avons aussi posées à votre collègue Luc Sigalo Santos : quelles sont vos conditions de travail ? Est ce facile d’être enseignant chercheur ?

Il faut d’abord dire que, faisant partie des cadres et professions intellectuelles supérieures et étant fonctionnaire, je suis loin d’être des plus à plaindre par rapport à d’autres catégories socioprofessionnelles, tant du point de vue de mon emploi, garanti a priori, que du travail. Nous avons en effet la possibilité de faire des activités intéressantes et potentiellement épanouissantes et de découvrir continûment de nouvelles choses du monde social, mais aussi de transmettre nos savoirs, que ce soit au travers de nos enseignements ou d’interventions en-dehors de l’université et des établissements de formation.

Ceci dit, le fait que beaucoup d’enseignant·es-chercheur·es aient un rapport passionnel si ce n’est vocationnel au travail ne doit pas masquer les difficultés de celui-ci et ses possibles souffrances, qui sont nombreuses dans l’enseignement supérieur et la recherche.
Le constat de la dégradation de l’université, à l’image de nombreux autres services publics, et des conditions d’emploi et de travail, est renseigné depuis de nombreuses années maintenant. Cela vaut particulièrement pour les non-titulaires de l’université, pour qui il est de plus en plus difficile d’obtenir des postes stables et qui demeurent dans des situations de « précarité durable » telles que j’ai pu les étudier auprès d’autres populations.
Mais cela vaut aussi pour les titulaires, d’une autre façon. Si elles et ils ont un emploi, le travail devient objectivement de plus en plus difficile dans un contexte de pénurie de postes et de moyens, alors même que le nombre d’étudiant·es augmente.

Personnellement, je suis depuis 2024 responsable d’un département « Carrières sociales » à l’IUT de Reims-Châlons-Charleville, sur le site de Châlons-en-Champagne.

Je peux constater à mon échelle à quel point il est difficile de continuer à réaliser nos missions d’enseignement et de recherche (qui sont censées représenter le cœur de notre métier) quand une grande partie de notre travail consiste à assumer des fonctions administratives, gestionnaires et je dirais aussi « diplomatiques » très chronophages pour pouvoir faire vivre nos formations.
La suppression des postes stables (d’enseignant·e-chercheur·e et de personnel « support » – administration, communication, gestion…), les injonctions à participer toujours plus à la « visibilité » et à la communication de notre offre de formation, le surtravail occasionné par la plateforme de recrutement (de sélection) Parcoursup, les coupes budgétaires d’austérité des gouvernements et des universités, ou encore des évaluations des formations et des laboratoires pour le moins contestables de la part de l’HCERES (Haut conseil pour l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, instance qui a été supprimée par l’Assemblée nationale), menacent nos formations et créent un climat délétère, affectant le travail et les relations de travail.

Une des conséquences de ce contexte est de voir certains parcours de formation supprimés plus « facilement » et rapidement pour faire des économies budgétaires, ce qui impacte bien sûr les étudiant·es et leur famille mais aussi les personnels de l’université.

À cet égard, ce qui fait tenir bon nombre d’universitaires réside dans l’attachement à leurs libertés académiques. Or ces libertés aussi sont menacées, les mesures d’austérité s’accompagnant souvent de mesures liberticides, notamment en direction de l’université (comme service public) et des sciences sociales (empêcheuses de tourner en rond), en particulier de la sociologie. Les chasses aux sorcières et les procès en « islamo-gauchisme », « wokisme », etc., y compris de la part de responsables politiques, sont très inquiétants.

En résumé, pour toutes ces raisons et pour répondre à votre question, mon travail me plaît, est relativement privilégié, mais n’est pas toujours facile à vivre.

Comment gère-t-on les recherches en sociologie qui démontrent la réalité sociale, qui sont à l’encontre du discours dominant, qui dévoilent le dessous des cartes ?

Il y a tout d’abord les difficultés d’accès à certains terrains d’enquête. Dans certains cas, il faut parvenir à se faire accepter comme enquêteur ou enquêtrice dans des institutions qui ont partie liée avec les politiques publiques, comme dans le service public de l’emploi (par exemple Pôle Emploi auparavant, France Travail aujourd’hui).
Dans d’autres cas, il faut arriver à ouvrir les portes d’univers pas toujours enclins à accueillir des chercheurs et chercheuses qui peuvent être assimilées à des pratiques journalistiques d’investigation douteuses ou à des contrôles.
Il y a tout de même beaucoup de personnes qui sont désireuses de répondre à nos demandes et de faire avancer nos recherches.

Il y a une autre difficulté qui est de savoir comment on s’adresse à l’extérieur du champ académique. Nos analyses peuvent en effet ne pas être vues positivement et heurter des croyances profondes. Il y a donc une réflexion à avoir sur notre manière de transmettre nos savoirs en-dehors de nos enseignements et de l’université en général. Il faut notamment accepter de devoir répéter les mêmes choses et de déconstruire les mêmes idées reçues (par exemple celle de la « pénurie de main d’œuvre » en ce qui concerne mes recherches sur la précarité de l’emploi) et ce, d’année en année.

Ce travail-là, j’ai plaisir à le faire avec les citoyens et citoyennes ordinaires. En revanche, il est plus difficilement supportable de faire face à des dominant·es, des « responsables » (notamment médiatiques et politiques, qui sont censé·es avoir un minimum de connaissance du monde social), dont les discours font fi des savoirs issus des sciences sociales quand ils et elles ne les nient pas, ou ne les disqualifient pas. Il est cependant nécessaire de lutter sur ce terrain-là aussi, même s’il faut réfléchir aux conditions dans lesquelles nous intervenons, pas souvent propices au raisonnement scientifique et au réel débat contradictoire.

Sans déflorer le contenu de votre exposé au colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment sera structurée votre intervention, ses lignes de force ? En quelque sorte, mettez-nous l’eau à la bouche ! 

Mon intervention sera un peu liée à ce que je viens de dire. Il est pour le moins saisissant d’observer le contraste entre d’un côté les idées reçues sur les salarié·es, tout spécialement sur les jeunes et les précaires, et de l’autre côté la réalité de leur condition, de leurs attentes et de leurs pratiques. Les pseudo débats sur la désaffection supposée du travail, sur la perte de la « valeur travail » ou sur les difficultés à recruter (« on ne trouve plus personne ») ne correspondent pas à la réalité.

Dessin humoristique de Emmanuel Chaunu, né le 7 décembre 1966, caricaturiste et dessinateur de presse, spécialisé dans l’illustration des faits sociopolitique contemporains.

Les précaires passent une grande partie de leur temps à travailler, et ce au-delà du temps de l’emploi (on a tendance dans notre société à résumer le travail à l’emploi) : pour chercher un emploi, entretenir sa réputation, se former, accéder à ses droits sociaux, soigner son corps, etc.

De plus, mes recherches, comme de nombreuses autres avant moi, attachent une importance à la pluralité des rapports au travail et à l’ambivalence des rapports à la précarité. Si les précaires s’adaptent à la précarité et parviennent dans certaines conditions à en retirer des satisfactions, cela ne veut aucunement dire a priori qu’ils et elles l’ont « choisi » et refuseraient par principe un CDI et le travail à temps plein.

C’est le raccourci facile qui est souvent établi dans le sens commun et notamment parmi les « responsables » dont je parlais. µ
L’idéologie dominante néolibérale du « choix » conduit à individualiser les problèmes sociaux, ce que les sciences sociales s’attachent à déconstruire.

Si les individus font des « choix », c’est dans un espace des possibles et dans des systèmes (d’emploi, de protection sociale, etc.) très contraints.

Depuis la crise du covid, on dit qu’est apparue une nette désaffection vis-à-vis du travail salarié, générant un déficit de main d’œuvre dans certains secteurs comme la restauration, l’hôtellerie, secteurs où les conditions de travail et les rémunérations rendent l’emploi peu incitatif. Cette nouvelle disposition par rapport au travail salarié touche tout le monde mais surtout les jeunes. Est-ce sectoriel ou plus général ? Conjoncturel ou structurel ?

Cette désaffection n’est pas objectivée. Elle repose principalement sur les récits patronaux, épaulés par certains discours médiatiques et politiques. Les recherches menées dans plusieurs pays européens montrent que l’attachement au travail ne faiblit pas.
De même, les études sur les emplois dits « vacants » concluent au nombre infime d’offres d’emploi qui ne trouvent pas preneur·e ou ne font l’objet d’aucune candidature.

De manière plus générale, les représentations sur les « nouvelles générations » qui auraient moins le goût de l’effort, ne voudrait pas ou moins travailler, est une « histoire vielle comme le capitalisme industriel » pour citer le titre d’un article d’Alain Cotterau en 1979. Si l’après-crise la Covid s’est traduite par des mouvements de main d’œuvre, c’est un phénomène banal car cyclique que l’on observe lors des périodes de reprise économique.

Dessin humoristique de Emmanuel Chaunu. Voir plus haut.

En tant que spécialiste de ce qu’on appelle le précariat, que pensez-vous de cette situation ? Comment voyez-vous les changements profonds qui affectent les rapports des jeunes au travail et comment, d’après vous, cela peut-il évoluer dans un contexte économique plus qu’incertain ?

Le précariat pose de sérieuses questions d’intégration sociale.

Certaines catégories de précaires sont maintenues sur le temps long dans des situations proches de la pauvreté. Il est difficile dans ces conditions de se projeter et de se mobiliser sur les terrains politique, syndical, associatif… Le risque global est que ce contexte contribue à toujours plus limiter les possibilités de résistances collectives.
Je ne veux pas dire par-là qu’il n’y a pas de luttes et de solidarités. Bien au contraire. Mais l’actualité récente ne me pousse gère à l’optimisme. Pensons au mouvement des « Gilets Jaunes » et au mouvement de contestation de la réforme des retraites.

Bien que différents, ces deux mouvements, massifs et durables, trouvaient plus ou moins directement leur source dans l’existence de ce « précariat » (puisque le système de retraite actuel vient reproduire si ce n’est accentuer les inégalités liées à la vie dite « active », composée pour certain.es de périodes d’inactivité, de chômage, d’emplois discontinu et à temps partiel).
Le premier a mobilisé des populations des classes moyennes (un peu) et des classes populaires (surtout) en-dehors des organisations représentatives et associatives.
Le second mouvement à l’inverse a mobilisé en particulier les forces syndicales salariées, qui se sont à l’occasion unies sous la bannière d’un même objet de lutte.

Pourtant, dans les deux cas, le gouvernement n’a pas cédé.
Tout cela pour dire que nous vivons dans des systèmes politiques souvent hermétiques aux revendications et luttes des précaires et des classes populaires.

Photo 2017 : jeunes diplômés en droit en pleine activité professionnelle dans leur premier emploi. Réf Deliveroo. Taylor Herring/Visual Hunt.

Par ailleurs, certain.es analystes comme par exemple l’économiste Guy Standing voient dans ce contexte une possible émergence d’un « précariat » mondial qui réunirait les « précaires » de tous horizons et de toutes conditions (des migrant.es, des ouvriers et ouvrières ou encore des travailleuses et travailleurs intellectuels précaires).
Ils et elles auraient un même sentiment de vulnérabilité qui les orienteraient vers les forces politiques extrémistes ou « populistes ».

Je ne partage pas cette lecture prospective que je trouve également trop englobante.
Il suffit par exemple de comparer deux populations contrastées de précaires, les artistes intermittent.es du spectacle et les saisonnières et saisonniers agricoles comme j’ai pu le faire, pour mesurer à quel point elles peuvent être éloignées (socialement, géographiquement, politiquement) les unes des autres.

C’est pourquoi je crois peu en l’éventualité d’un « précariat » qui serait une « classe sociale en devenir » comme le pense Standing.
Encore une fois, il ne s’agit pas de nier l’existence de mobilisations et de luttes parmi les précaires, mais de prendre acte des clivages qui divisent le « précariat », comme la société de manière générale. Toute réflexion souhaitant ou anticipant la mobilisation générale des précaires devrait prendre en compte cet élément au risque de ne représenter qu’une partie du « précariat », souvent les plus visibles et les plus armées.

Continuons sur le précariat. Concernant la discontinuité de l’emploi salarié, vous vous êtes penché sur deux milieux très emblématiques : le monde agricole et le milieu artistique. Pensez-vous, comme certains le défendent, par exemple Bernard Friot, que le modèle qui régit le travail des intermittents du spectacle, pourrait devenir le modèle de référence pour le salariat et donc une réponse au chômage de masse ?

Pourquoi pas. Les intermittent.es du spectacle sont parvenu.es à défendre des modalités d’affiliation à l’assurance chômage plus favorables – et non pas « privilégiées » comme l’affirment certains détracteurs et détractrices.
Les organisations d’intermittent.es et de précaires les plus mobilisées militent d’ailleurs pour que ce soit étendu à l’ensemble des salarié.es à l’emploi discontinu. Par comparaison avec la situation des saisonnières et saisonniers, encore plus dégradée par les dernières réformes de l’assurance chômage, ce me semblerait aller dans le bon sens.

Par contre, je ne suis pas sûr que Bernard Friot milite pour l’extension de l’intermittence à toutes et tous les salarié.es à l’emploi discontinu, en tous cas pas dans son idéal. Ses réflexions sur le « salaire socialisé » sont quelques peu différentes.

Enfin, cette dernière question : sur quels autres travaux ou projets, travaillez-vous en ce moment ?

Je continue de travailler sur les salarié.es à l’emploi discontinu dans une diversité de secteurs d’activité. Nous avons par exemple rendu un rapport à la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, qui relève du ministère du Travail) qui étudiait entre autres les rapports à l’emploi, au chômage et à la protection sociale de précaires de l’hôtellerie-restauration, de la logistique, de la culture, du journalisme et de l’université1.
Il analyse notamment le travail quasi-permanent de ces précaires, les possibilités inégales de vivre durablement dans ces situations d’emploi et leurs difficultés, par exemple pour accéder aux droits sociaux.

J’approfondis également mes travaux sur les mondes agricoles. J’ai par exemple contribué à une recherche sur les effets de la « transition agroécologique » sur la soutenabilité du travail dans le cas de la vitiviniculture2.

Nous avons enquêté notamment auprès d’exploitant.es et de salarié.es ayant entamé une transition vers diverses formes d’agriculture biologique ou présentées comme plus respectueuses de l’environnement.
Nous montrons notamment que ces transitions ont un coût (économique, humain et social) parfois difficilement supportable et inégalement réparti.
Nous expliquons que les politiques publiques en la matière devraient davantage prendre en compte ce coût et ces inégalités pour rendre plus soutenables (socialement et politiquement) les injonctions à la « transition écologique ».

1Gardes C., Pillon J.-M. (coor.), Roux N., Tranchant L. et Vivès C. (coor.), « Emploi discontinu et assurance chômage : les effets sur les employeurs et les salariés de la réforme de l’assurance chômage. Analyse qualitative comparée de trois secteurs d’activité », rapport pour la DARES, n°13, 3 avril 2025. Pour aller plus loin et en savoir plus, cliquez ici

2Carneiro O., Diallo I., Doga M., Inda D., Jung T., Julhe S., Leroux B., Roux N., Salaméro D. et Thivet D. (coor.), « Du travail soutenable en agriculture durable. Quelles transformations des conditions de travail dans les exploitations entamant une transition agroécologique ? Études de cas en vitiviniculture et comparaison entre trois régions », rapport pour la Mutualité sociale agricole, 3 juillet 2024. Pour en savoir plus et aller plus loin sur ce sujet, cliquez ici

Nous avons le plaisir d’accueillir le philosophe Dany-Robert DUFOUR qui interviendra au début de l’après midi consacrée au « gens de biens », aujourd’hui les riches et hyper riches.

Nous avions contacté Dany-Robert Dufour en 2024, au tout début du montage du colloque, lorsque nous définissions les différents thèmes à aborder et recherchions les intervenants spécialistes du sujet. Mais à cette époque, il ne pouvait pas garantir sa présence compte tenu de son agenda.

Le temps a passé et, vers la fin août, son intervention au colloque est devenue possible.

Son intervention s’intitule American psycho now. Elle traitera d’une figure paradigmatique de l’outrance et de la décadence spirituelle du capitalisme ultra libéral qui s’inscrit aujourd’hui comme norme de vie.
Pour en savoir plus, cliquez ici

En conséquence, le programme est modifié. Pour découvrir la nouvelle mouture, cliquez ici

Comme vous le savez, les inscriptions sont ouvertes depuis le 31 août. Elles seront closes le 6 novembre.

Compte tenu à la fois du thème et des personnalités intervenantes, les inscriptions vont bon train depuis leur ouverture le 31/8 dernier. Et c’est tant mieux !

Comment s’inscrire au colloque : Une fois arrivé dans le programme, pour assister et s’inscrire au colloque, vous verrez le bouton « Réserver » ci dessous :

Cliquez dessus, puis sur le bouton « Billeterie » et ensuite, suivre les autres étapes jusqu’au règlement de votre inscription.

La date du colloque est le 8 novembre 2025.

Le lieu : Ecole Nationale Supérieure (ENS) – 45, rue d’Ulm 75005 Paris.
Salle Dussane.

Dans une quinzaine de jours, après les interview de Michel Cabannes, Luc Sigalo Santos, Danièle Linhart, Nicolas Roux, nous diffuserons celle de Monique PINÇON-CHARLOT dont l’exposé au colloque s’intitule Le séparatisme des riches et la violence de classe.

Un centre de travail discontinu, précaire et déshumanisant. Un des ateliers Amazon, une des firmes transnationales libertariennes aux mains des « gens de biens ». Ici, un entrepôt à Dortmund en Allemagne. ©Ina Fassbender/AFP

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Colloque 2025. Les inscriptions sont ouvertes

Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.

Avec cette expression employée dans son pamphlet Silence aux pauvres, Henri Guillemin indiquait que la société moderne, issue de la Révolution française, est structurée par des rapports de classes, des rapports inégalitaires donc injustes ; rapports entre les possédants, ceux qui possèdent les moyens de production, une classe minoritaire mais déterminante, et ceux qui, ne les possédant pas, sont dépendants : la grande majorité qui subit.

Il dénonçait également l’acharnement déployé par les classes possédantes pour sauvegarder et accroître leurs richesses, utilisant pour cela un arsenal de stratagèmes, mensonges et compromissions bafouant toute éthique ; manœuvres dirigées contre le peuple pour le déposséder des moyens d’actions nécessaires pour établir une justice sociale et politique légitime. (cf ses analyses historiques de la Commune, le fascisme de Pétain, etc.).

Aujourd’hui, en 2025, on constate qu’une toute petite classe, devenue transnationale, uniquement parce qu’elle possède et contrôle l’activité financière, économique, politique et médiatique, détermine la vie et le destin de la très grande majorité.

Qui sont les « Gens de biens », les hyper riches ? D’où sortent-ils, comment agissent–ils ? 
Quelle est la réalité des « Gens de rien ou de peu » ? Quelles sont leurs conditions de travail et de vie, au-delà des différentes strates sociales qui les distinguent ?

Le colloque visera à présenter en détail la réalité contemporaine de cette dualité.

Le programme est prêt. Pour le découvrir, cliquez ici

S’inscrire au colloque : Une fois arrivé dans le programme, pour assister et s’inscrire au colloque, vous verrez le bouton « Réserver » ci dessous :

Cliquez dessus, puis sur le bouton « Billeterie » et ensuite, suivre les autres étapes jusqu’au règlement de votre inscription.

La date du colloque est fixée : 8 novembre 2025.

Le lieu : Ecole Nationale Supérieure (ENS) – 45, rue d’Ulm 75005 Paris.
Salle Dussane.

Les inscriptions sont ouvertes : noter que la capacité d’accueil de la salle Dussane est de 175 places.

Très prochainement, nous reprendrons la diffusion d’interviews exclusives des intervenants. Après celles de Michel Cabannes, Luc Sigalo Santos, Danièle Linhart, ce sera le tour de Nicolas Roux qui sera le deuxième intervenant avec un exposé intitulé La précarité durable. S’adapter à un fait social n’est pas « choisir »

La salle Dussane de l’ENS


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La date du colloque 2025 est fixée

Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.

Comme prévu, comme promis, comme annoncé, grâce à l’indéfectible détermination de nos équipes, nous avons pu obtenir aujourd’hui des services logistiques et administratifs de l’Ecole Normale Supérieure (ENS, rue d’Ulm), soit un mois avant leurs usages, la date exacte et définitive de notre prochain colloque.

Il se tiendra le samedi 8 novembre 2025 à l’Ecole Normale Supérieure (ENS), en salle Dussane, au 45 rue d’Ulm 75005 Paris.

D’abord le programme.

Petit changement sans importance : Camille Peugny, deuxième intervenant a été appelé pour conduire une enquête sociologique sur la jeunesse au Danemark, ce qui l’ a obligé à se décommander de notre colloque.
Un de ses collègues, Nicolas Roux, sociologue, maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, responsable du département « Carrières sociales » de l’IUT de Reims-Châlons-Charleville, chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Emplois et les Professionnalisations (Cérep) et au Centre d’études de l’emploi et du travail.(CEET), le remplace.
Son intervention poursuit et même intensifie considérablement le propos initial.

Pour prendre connaissance du programme du colloque, il faut cliquer ici.

Modalités d’inscription :

Comme nos précédents événements, vous pourrez vous inscrire au colloque via le site Internet dédié à cet effet.

Les inscriptions seront ouvertes dès début septembre prochain.

Une newsletter spécifique sera diffusée à cette occasion.

A noter : Malgré la période estivale, le thème du colloque suscite une plus grande curiosité que d’habitude. Un flux grandissant de messages nous arrivent régulièrement. Un signe d’encouragement que nous intégrons avec plaisir, mais surtout un signal de la pertinence du thème choisi cette année.
En effet, qui peut rester indifférent face à l’évolution incertaine des conditions futures de la vie de l’Humanité ?

Encore un peu de patience pour s’inscrire, assister et en savoir plus.
Rendez-vous tout début septembre.

D’ici-là, toute l’équipe de LAHG vous souhaite une très bonne, joyeuse, réconfortante, stimulante, enrichissante, période de repos estival, propice à la réflexion sur la marche du monde, à la redécouverte de l’essentiel : la vie, sa poésie, l’Humanité ; le peuple, sa force.

Avec vous,
L’équipe de LAHG

Le quart-Etat ; tableau de Guiseppe Pellizza (1868 – 1907); tableau, huile sur toile 293 × 545 cm ; 1901 ; Collection Civiche Raccolte d’Arte, Milan.

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Colloque 2025 – Interview exclusive de Danièle Linhart

Après la présentation introductive visant à replacer les travaux d’Henri Guillemin sur les rapports entre dominants et dominés dans leur perspective historique afin de bien expliciter sa vision des « Gens de biens/Gens de rien », le colloque se déroulera de manière à faire le point sur la réalité, aujourd’hui, des Gens de Biens et des Gens de Rien.

Suite à la première intervention de Michel Cabannes qui posera le cadre général de la problématique dans lequel vont se déployer les différents exposés (son thème : Les politiques économiques : origines, applications, implications.), la matinée sera consacrée aux « gens de rien ou de peu », ceux qui créent la valeur réelle des choses, les travailleurs, le salariat, les conditions de travail, le travail en général.

Trois interventions sont consacrées à ce sujet : celle de Luc Sigalo Santos (se reporter à son interview diffusée le 9 juin dernier) ; celle de Nicolas Roux (interview en cours de préparation).
Et celle de Danièle Linhart qui s’intitule : Modernisation managériale et atomisation des salariés.

En présentant comment les techniques de management du régime ultralibéral mises en oeuvre par les dominants détruisent le collectif au profit d’une atomisation des travailleurs de plus en plus mis en concurrence entre eux et avec eux-mêmes, l’exposé de Danièle Linhart, qui clôturera la matinée, sera en quelque sorte le pont pour aborder les thèmes de l’après midi consacrés aux « Gens de biens », aux dominants, aux riches.

Parmi les nombreux ouvrages et articles de Danièle Linhart, citons :

● Danièle LINHART, avec Barbara RIST et Estelle DURAND, 2009, « Perte d’emploi, perte de soi », Erès Poche, 214 pages.

● Danièle LINHART « Travailler sans les autres ? » Février 2009, Le Seuil, Coll Hors Normes, 213 pages.

● Danièle LINHART, « La comédie humaine du travail ; de la déshumanisation taylorienne à la sur humanisation managériale », Erès, coll sociologie clinique ; 2015, 158 pages. Lauréat du Prix 2015 de l’Ecrit Social et du Prix EGOS BOOK AWARD 2018.

● Danièle LINHART, Zoé TOURON, « Burn out ; Travailler à perdre la raison« , La Petite Bédhétèque des Savoirs, Le Lombard, 2020, 66 pages.

● Danièle LINHART, « L’insoutenable subordination des salariés », coll Sociologie clinique, Erès, 2021, 281 pages.

Comme nous l’avons fait pour nos précédents colloques, afin permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter ?

Je suis sociologue du travail. J’ai fait des études d’histoire (licence) et de sociologie (licence, M1 M2, Doctorat, Habilitation à diriger des recherches). Je suis directrice de recherche émérite au CNRS, dans le laboratoire CRESPPA-GTM (associé à Paris 8 et Nanterre Université). Je travaille essentiellement par enquêtes de terrain, c’est-à-dire par interviews qualitatifs et observations.

Vos travaux dans le champ de la sociologie du travail sont aujourd’hui largement reconnus. Qu’est-ce qui vous a amené à vous spécialiser dans l’étude des techniques managériales ultralibérales et leurs effets sur les travailleurs ?

Mes travaux au début ont porté sur le vécu du travail ouvrier, sur l’organisation de leur travail, puis progressivement alors que celui-ci changeait, je me suis intéressée aux stratégies patronales, pourquoi tous ces changements, quelles stratégies se dégageaient, quels effets sur les salariés, quelle idéologie patronale pour justifier ces évolutions ?

Sans déflorer le contenu de votre exposé lors du colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment il sera structuré, quelles seront ses lignes de force ? En quelque sorte, donnez-nous l’envie d’en savoir plus en se rendant au colloque ! 

Je souhaite analyser les contradictions internes au nouveau modèle managérial, qui crée des problèmes d’efficacité du travail mais aussi de grande souffrance pour les salariés : mobilisation à tout crin de la dimension personnelle, émotionnelle, affective des salariés, de leur besoin d’engagement et d’autonomie dans le cadre d’une organisation du travail largement inspirée encore de la logique taylorienne, et donc très prescriptive, dans le cadre également d’un changement permanent qui les met en situation de précarité subjective.


« Le Vif », collage de Nadia Diz Grana (née en 1977), artiste française, graphiste, illustratrice et iconographe, spécialisée dans les collages et les compositions d’images.
« Le Vif » symbolise pour elle « la course égoïste pour la réussite de l’homme autoconstruit dans le monde des affaires ».

Une pièce de théâtre récente de Jean-Philippe Daguerre, « Du charbon dans les veines », fait l’éloge du travail, de la fierté d’être mineur dans les années 50. Vous semblez dire que cette fierté, aujourd’hui, est non seulement bafouée mais a disparu. D’après vous, peut-on redonner aujourd’hui un sens au travail, s’émanciper par le travail ? Et si oui, à quelles conditions ?

Ce qui pourrait redonner un sens au travail, ce serait la fin de la mise en concurrence des salariés les uns avec les autres (à travers les objectifs, évaluations et primes personnalisées), qui permettrait de reconstituer des collectifs informels de travail où s’échangeraient à nouveau de la transmission de savoirs, de la coopération, de la mise en commun des difficultés et de leurs résolutions ; la fin également du lien de subordination qui paralyse toute parole critique, toute initiative visant à modifier la définition des missions et de l’organisation du travail ; le ralentissement du changement qui est devenu incontrôlable et délétère.

Si le régime ultralibéral vise à instaurer la croyance en une société sans conflit de classes où le collectif disparaît au profit de l’individu, les rapports de force dans le travail, eux, existent toujours bel et bien. Quelles sont alors les nouvelles formes prises par les luttes sociales, comment s’organisent-elles ? Comment voyez-vous les choses ?

Les choses ont bien du mal à se mettre en place. Dans un monde du travail atomisé, où le lien de subordination est comme une laisse installée au cou de chacun, où la compétition crée un isolement et un sentiment de solitude, on voit mal comment une action collective d’ampleur pourrait se mettre en place et faire évoluer les situations. Les organisations syndicales sont nombreuses et divisées, elles ne se focalisent pas réellement sur le contenu et l’organisation du travail.
Ce qui manque c’est une lutte idéologique pour dévoiler l’inconsistance de la rationalité économique ultra libérale face aux enjeux fondamentaux : mettre fin à la maltraitance des salariés, respecter les consommateurs et usagers, stopper la prédation des ressources de notre planète.

Ces changements affectent aussi la sémantique. Si dans les années 60/70, on disait ouvertement « exploitation capitaliste » pour dénoncer les conditions de travail, on parle aujourd’hui de stress, de mal être, de mieux être, etc. Si on disait « lutte des classes », on parle aujourd’hui de rapport de confiance, de relation de collaboration, voire d’affects positifs. Quelles conséquences chez les travailleurs ? Restent-ils malgré cela conscients de leur réalité sociale ? Et dans ce cas, comment réagissent-ils ?

La révolution des mots a largement contribué à effacer la réalité dans les représentations du travail. Il n’y a plus d’ouvriers mais des opérateurs, des qualifications mais des compétences, des savoir-faire mais des savoir-être, il y a l’importation de mots anglo-saxons qui brouillent les cartes. Les mots sont pourtant des vecteurs importants des représentations de la réalité, et ce n’est pas un hasard si le monde du travail en entreprise est l’objet du déversement d’un vocabulaire qui a pour vocation à dissimuler les enjeux fondamentaux.

Je pouvais clairement voir qu’il n’avait rien à dire
Dessin de Glen Baxter, dessinateur britannique né en 1944 à Leeds, connu pour ses dessins ironiques.
Encre et crayon sur papier 52 x 38 cm

L’historien Johann Chapoutot a publié récemment « Libres d’obéir : Le management, du nazisme à aujourd’hui », qui explique que les techniques managériales nazies (conçues par Reinhart Höln) ont perduré après l’effondrement du IIIe Reich. Il montre qu’elles servent aujourd’hui de modèle pour un management qui fait croire qu’on obéit librement à une injonction obligatoire. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas historienne mais je pense que l’on peut retrouver des indices sérieux du fait que Hitler s’est inspiré des méthodes d’organisation du travail de Henri Ford.

Enfin, cette dernière question : sur quels travaux ou projets travaillez-vous en ce moment ?

En ce moment avec deux collègues nous travaillons sur une analyse de notre société des egos.

Précisions utiles concernant la date :

Les choses se précisent. Des quatre dates initialement demandées à l’ENS (nous les rappelons ici : samedi 11 octobre ; 8 novembre ; 15 novembre et 29 novembre), deux dates sont éliminées.

Restent donc en lice les deux dates du 8 et du 15 novembre avec une priorité souhaitée pour le 8/11.

La bonne nouvelle : ce n’est pas fin août que l’ENS pourra nous confirmer la date défitive mais le 21 juillet prochain.
Dès réception de cette confirmation, nous vous infomerons aussitôt à travers une newsletter.

Le programme du colloque :

Il est prêt. Pour le découvrir, cliquez ici.

Modalités d’inscription :

Aucun changement par rapport aux colloques précédents. S’inscrire au colloque se fait toujours par Internet, sur un site dédié, entièrement sécurisé. Ce site sera ouvert dès début septembre.

Photo montage LAHG. Caricature des trois ordres imprimée en 1789 / Couverture du livre éducatif en 2024 de Equipo Plantel et Joan Negrescolor, Ed. Rue de l’échiquer.