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Colloque 2025 – Interview exclusive de Alizée Delpierre

Avec Alizée Delpierre nous terminons aujourd’hui notre série d’interviews. Le colloque se tiendra le 8 novembre prochain, dans18 jours exactement. Nous sommes dans la dernière ligne droite.

L’intervention au colloque de Alizée Delpierre aura lieu l’après-midi. Il s’agit de la troisième et avant-dernière analyse critique concernant la classe sociale des hypers riches.
Elle s’intitule : La domesticité au fondement de la reproduction des ultra-riches.

A l’occasion de cette fin de cycle d’interviews, rappelons les précédentes.

La matinée est consacrée aux Gens de rien ou de peu, à travers quatre exposés dont les intervenants ont été précédemment interviewés :

Michel Cabannes le 19 mai. Pour relire l’interview, cliquez ici
Luc Sigalo Santos le 9 juinCliquez ici
Danièle Linhart le 11 juilletCliquez ici
Nicolas Roux le 9 septembreCliquez ici

L’après-midi est centré sur l’étude des Gens de biens, aujourd’hui dénommés classe des hyper riches, dont les intervenants ont été précédemment interviewés :

Monique Pinçon-Charlot. Pour relire son interviewcliquez ici
Caëla Gillespie le 7 octobre. Cliquez ici
Aujourd’hui : Alizée Delpierre.
(NB. Dany-Robert Dufour ouvre l’après-midi consacrée aux hyper riches. La promotion de son dernier ouvrage Sadique époque, sur lequel il s’appuiera au colloque, n’a pas permis de dégager le temps nécessaire pour cet exercice. Pour découvrir son dernier ouvrage, cliquez ici)

Alizée Delpierre est sociologue, chercheuse au CNRS, au laboratoire Printemps (UVSQ/CNRS), spécialiste des domesticités, de l’exploitation au travail et des grandes fortunes.

Parmi ses ouvrages, articles et interventions, citons :

Les domesticités, Paris, La Découverte, 2023

Servir les riches, Paris, La Découverte, 2022

Les femmes de ménage dans l’intimité du domicile, Paris, Téraèdre, 2023 (avec Martine Janner-Raimondi et Gaspard Lion (dir.))

Direction de numéros de revue sur la domesticité :

Les domesticités dans les pays du Sud, numéro spécial de la RIED, 2021. (avec Hélène Malarmey et Lorena Poblete (dir.))

Petites et grandes résistances dans les domesticités, numéro spécial de L’Homme et la Société, 2021(avec Ranime Alsheltawy (dir.))

Articles et chapitres d’ouvrages de cette année :

« « Tout de suite des grands mots ! » Les obstacles à la qualification juridique des faits de traite à des fins d’exploitation par le travail », Droit et société, 2025.

« Dominant elites, dominated subalterns, nothing more? Analyzing the ambivalence of domination », Rassegna Italiana Di Sociologia, 2025.

« « D’une main de maître ». Rapports de pouvoir dans la domesticité », Modes Pratiques, 2025.

« Peut-on renverser la domination ? Du fantasme à la réalité sociologique des rapports de domesticité », chapitre dans l’ouvrage Histoires en Mouvement, SUP, 2025.

Articles dans les revues non académiques de cette année :

« Exploitation par le travail : jamais plus d’esclaves, en France ? », Droits et Libertés, revue de la LDH.

« Souleymane et les visages de l’exploitation », AOC.

En premier lieu, afin de permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter ?

Je suis sociologue, chercheuse au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), rattachée au laboratoire Printemps et à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines où j’enseigne également. Mes recherches portent sur les rapports de domination et d’exploitation, et sont à l’intersection de la sociologie du travail, notamment du travail domestique, de la famille, de la sociologue économique et du droit.
En tant que sociologue, je fais des enquêtes de terrain qui croisent méthodes qualitatives (entretiens, observations, ethnographies) et méthodes quantitatives (questionnaires, traitements de bases de données). Je consacre aussi une partie de mon travail à enseigner et à diffuser la recherche au-delà du monde académique, convaincue que les connaissances ne doivent pas rester entre les murs de l’université et des laboratoires.

Vous avez publié en 2022 aux éditions La Découverte, « Servir les riches : Les domestiques chez les grandes fortunes ». Ce livre a rencontré un vif succès. Il s’inscrit et complète les travaux de Michel et Monique Pinçon-Charlot dans le domaine de l’analyse sociologique de cette classe sociale méconnue, la classe des hyper riches.
Qu’est-ce qui vous a amenée à vous engager et à vous investir dans ce champ particulier ?

Sans doute comme beaucoup de jeunes étudiant·es en sociologie, les travaux de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot sur la grande bourgeoisie m’ont tout de suite interpellée. Il me semblait en effet qu’étudier les mécanismes de domination et de reproduction sociale « par le haut » était primordial si l’on défend une approche relationnelle de la sociologie qui ne peut se contenter du seul point de vue des classes sociales dominées.

À cette appétence pour la sociologie des classes dominantes s’ajoutait ma propre expérience d’ascension sociale où, pendant mes études à Paris, je découvrais des milieux sociaux très favorisés qui m’étaient jusqu’alors étrangers.
J’ai aussi appris l’existence de la domesticité, pas qu’à travers les romans cette fois-ci, mais bien réelle, lorsque j’ai effectué des baby-sitting à droite et à gauche pour gagner un peu d’argent dans les beaux quartiers.

En accumulant des connaissances dans différents domaines de la sociologie, il me semblait que les rapports de domesticité soulevaient deux intrigues.
La première : comment des milieux sociaux que tout oppose, sur le plan de la classe sociale, mais aussi, de la race, comme on dit en sociologie pour désigner l’essentialisation des comportements en fonction des origines perçues, peuvent se côtoyer au quotidien dans un univers aussi intime que le domicile ? La sociologie urbaine et la sociologie des élites montrent en effet à quel point il existe une ségrégation entre les plus riches et les autres, que ce soit au niveau des lieux de vie et de vacances, de la scolarisation des enfants, des cercles de loisirs. Cette promiscuité au sein des maisons des ultra-riches n’a donc rien d’évident.

La seconde : comment se noue un rapport de travail salarié dans la maison, qui est, à l’inverse d’un milieu professionnel, conçu comme le lieu par excellence de l’intime, du secret, de la famille, de l’amour et du désintéressement ? La sociologie économique a en effet montré que la maison, comme le disait Bourdieu, est perçue par les individus comme un « monde inversé » au monde économique fondé sur l’argent, le profit, l’intérêt. Comment le salariat peut-il alors opérer dans la maison, au sein de la famille ?

Ce sont ces deux questionnements sociologiques qui m’ont convaincue de l’intérêt de conduire une recherche sur les rapports de domesticité au sein des univers fortunés, ce qui n’avait en outre pas encore été fait en sociologie.

Comment avez-vous pénétré ces familles ? Quelle méthodologie avez-vous choisie ?

J’ai croisé plusieurs méthodes ethnographiques : une enquête par entretiens biographiques longs et répétés, auprès de personnes ultra-riches d’une part, et auprès de domestiques embauché·es à temps plein chez des familles ultra-riches d’autre part ; une enquête par observation participante, en étant à deux reprises, dans deux familles ayant des domestiques à temps plein, « nounou » et aide-cuisinière à temps partiel. Ces deux types d’enquêtes étaient complémentaires puisque les entretiens me permettaient d’analyser les rapports entre patron·nes et domestiques et de les mettre en perspectives avec des trajectoires de vie, et l’observation participante m’a permis d’accéder de façon plus fine aux relations et hiérarchies professionnelles qui se tissent entre domestiques d’une même maison.

Pour pénétrer dans les entre-soi fortunés, j’ai récolté quelques contacts auprès de l’ancienne directrice du Bottin Mondain, sur les conseils de Monique Pinçon-Charlot, qui, par effet boule de neige, m’ont ouvert les portes de nombreuses familles. Pour les domestiques, j’ai sollicité des femmes de ménage amies de ma famille qui ont travaillé dans les beaux quartiers parisiens, et je me suis rendue dans des lieux stratégiques fréquentés par les domestiques : les églises, les marchés et supermarchés, les parcs, par exemple.

Si ouvrir la porte d’entrée de ces univers requiert du temps, une fois entre-ouverte en revanche, les rencontres se sont accélérées.
Même si cela ne figure pas dans le livre mais dans d’autres articles de recherche que j’ai écrits, j’ai aussi effectué un terrain auprès d’agences de placement de luxe et d’école de majordomes dans plusieurs pays, qui m’ont aussi permis de multiplier les enquêté·es et de déployer une analyse plus large du marché international de la domesticité.

Dessin de Frédéric Deligne, dessinateur caricaturiste français né en 1962

Par rapport aux travaux de l’anthropologue James C. Scott, notamment son ouvrage « La Domination et les arts de la résistance », avez-vous constaté, chez les domestiques, une sorte d’ingénierie de résistance contre leur propre domination ? Si oui, sous quelles formes cette résistance s’est-t-elle manifestée ?

On peut dire qu’il existe des « arts de la résistance » chez les domestiques des ultra-riches, mais ceux-ci ne s’expriment pas de façon collective, alors même qu’on aurait pu s’y attendre : la littérature en sciences sociales sur les domesticités souligne l’isolement comme frein principal à la résistance, et chez les ultra-riches, les domestiques ne sont pas seul·es, elles et ils travaillent en équipe.

Cependant, même s’il existe des solidarités laborieuses, il n’y a pas à proprement dit de soulèvement collectif à l’égard des patron·nes (ou vis-à-vis des domestiques les plus hauts placé·es qui ont un rôle de contremaîtres). La résistance se fait de façon silencieuse : prendre des libertés dans la façon d’organiser son travail, ralentir le rythme, se moquer entre domestiques des patron·nes, se déguiser avec leurs vêtements lorsqu’elles et ils sont absent·es, sourire pour ne rien laisser transparaître de leurs émotions…
Et plus radicalement, la résistance à la domination se traduit par l’exit, c’est-à-dire le départ, parfois impromptu, des domestiques, qui n’en peuvent plus.

Négocier ses conditions de travail, en revanche, se fait peu, et encore moins par la colère ou la violence (non, les domestiques ne tuent pas leurs patron·nes, contrairement à ce que fantasment le cinéma et la littérature !). Généralement, les domestiques n’osent pas contester l’ordre social mis en place par leurs patron·nes, du moins de façon explicite devant eux.

« The servant, miroirs déformants » Photogramme tiré du film « The servant » de J. Losey ayant servi d’illustration introductive à l’analyse cinématographique du film lors de la rétrospective Losey organisée par la cinémathèque française enn 2022.
Dirk Bogarde et James Fox ©Les Acacias

En découle cette question : existe-t-il un discours alternatif propre aux dominés, utilisé par eux, avec leur propres codes, un monde échappant à la doxa, et pour autant monde bien réel ?

Je pense qu’il est délicat d’attester de la spécificité des modes de résistance des domestiques par rapport à tous ceux qui ont été mis en lumière par les travaux portant sur les dominés.
Se moquer, s’autoriser des marges de manœuvre silencieuses, partir, sont des stratégies qui se retrouvent dans d’autres mondes professionnels populaires.

Ce qui est cela dit caractéristique de la domesticité, c’est que la relation professionnelle s’imbrique à la relation familiale : les affects sont omniprésents dans les rapports de domesticité, floutent les frontières du droit, créent de l’attachement qui rend d’autant plus difficile la résistance. Les domestiques ne considèrent pas leurs patron·nes que sous l’angle de la figure patronale : ce sont des personnes dont elles et ils connaissent toute la vie et l’intimité. Dès lors, les domestiques ont tendance à excuser systématiquement les pratiques et discours de leurs patron·nes, comme nous pourrions le faire avec certain·es membres de notre famille en prenant en compte leurs propres difficultés personnelles qui nous font relativiser les nôtres…

Dessin de George Booth, dessinateur humoristique américain (1926-2022)

Sans déflorer le contenu de votre exposé lors du colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment il sera structuré, quelles seront ses lignes de force ? Les singularités découvertes lors de votre enquête ? En quelque sorte, donnez-nous l’envie d’en savoir plus !

En revenant sur la distinction opérée par les féministes matérialistes entre travail productif et reproductif, j’aimerais montrer en quoi les domestiques ne sont pas qu’un « artifice » des classes dominantes comparable à une consommation ostentatoire distinctive.

Je montrerai qu’elles et ils sont à la base de la possibilité qu’ont les classes dominantes de se reproduire en tant que classe sociale.

J’expliquerai ainsi que cette reproduction de classe repose sur des rapports d’« exploitation dorée », un concept que je développe dans mon livre pour caractériser le rapport de domesticité qui se déploie chez les ultra-riches.

Dans mon analyse, je me refuserai aussi d’avoir un regard misérabiliste sur les domestiques en montrant dans quelle mesure elles et ils ont conscience des mécanismes de domination.

Vos recherches s’inscrivent dans ce que Henri Guillemin appelait « mettre en pleine lumière le dessous des cartes », une démarche résolument anti doxa. Compte tenu de la situation générale dans le domaine de la recherche, quelles sont vos conditions de travail ? Est-ce facile d’être chercheur aujourd’hui ?

« Derrière le mythe de la bienveillance » ; 2014 ; Huile sur toile ;
National Portrait Gallery in Washington, DC
Tableau de Titus Khapar, artiste afro américain né en 1976.
Ce tableau détourne de façon caustique le portrait de T. Jefferson réalisé par le peintre américain Rembrandt Peale, (1778-1860).
Copyright Jack Shainman Gallery, © All Rights Reserved

Le projet de la sociologie est de lever le voile sur le dessous des cartes du monde social, effectivement.

C’est à quoi tentent tant bien que mal de s’atteler les sociologues. Je dis tant bien que mal car la situation dans le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur ne fait que se dégrader depuis de nombreuses années.
Pour mener à bien le projet de la sociologie, il faut offrir aux sociologues des postes pérennes, or ces derniers se raréfient. Tant de collègues brillant·es sont sujet·tes à des pressions pour réaliser des recherches trop rapides dans le cadre de contrats courts, de publier à tour de bras pour espérer être recruté·es, et cela crée des effets dramatiques sur la vie des chercheur·es, et sur la recherche elle-même.

La diffusion des travaux au grand public est aussi un enjeu : du fait de l’état dégradé du monde académique, le temps qu’il est possible d’accorder aux médias, aux interventions hors les murs, à l’éducation populaire, à l’écriture pour le grand public, se réduit.
Se faire publier est aussi un parcours du combattant puisque les éditeurs sont frileux à l’idée de publier les sciences sociales.

Il faut absolument rester optimiste et continuer la recherche, résister pour que le regard critique perdure, trouver des alliés, malgré un climat politique qui y est tout à fait défavorable.

Après la publication de votre dernier ouvrage, avez-vous d’autres projets d’écriture ?

Bien sûr, mon métier est la recherche et donc, le terrain et l’écriture. Outre des articles académiques, je travaille à l’écriture d’un prochain ouvrage, issu d’une enquête de terrain que je viens de terminer sur la traite des êtres humains en France, ce qu’on appelle en langage plus courant « l’esclavage moderne », des situations d’exploitation (pas du tout dorées !) que l’on retrouve dans de nombreux secteurs professionnels.
La sortie du livre est prévue pour l’automne 2026 !

Nous sommes entrés dans la dernière ligne droite. Dans 18 jours s’ouvrira le colloque.

Assister au colloque

Les inscriptions par internet, ouvertes le 31 août, seront closes le 6 novembre à 18h00.
Bien sûr, il sera toujours possible de venir le jour même et de s’inscrire sur place. Dans ce cas, prévoyez chèque ou espèces, mais pas de carte bancaire.

Les inscriptions continuent de progresser et tant mieux.
La capacité de la salle Dussane est de 170 places.

Comment s’inscrire au colloque : Une fois arrivé dans le programme, pour assister et s’inscrire au colloque, vous verrez le bouton « Réserver » ci dessous :

Cliquez dessus, puis sur le bouton « Billeterie » et ensuite, suivre les autres étapes jusqu’au règlement de votre inscription.

La date et le lieu

Le 8 novembre 2025 à l’Ecole Nationale Supérieure (ENS) – 45, rue d’Ulm 75005 Paris. Salle Dussane.

Photogramme tiré de la série Downtown abbey © Carnival Films for Masterpiece / PBS / Courtesy Everett Collection
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Colloque 2025 – Interview exclusive de Caëla Gillespie

Nous sommes aujourd’hui entrés dans la dernière ligne droite, à un mois de l’ouverture du colloque et commençons à terminer la présentation des intervenants. Après la matinée consacrée aux Gens de rien ou de peu, organisée autour de quatre exposés dont les intervenants ont été précedemment interviewés,

Michel Cabannes le 19 mai. Pour relire l’interview, cliquez ici
Luc Sigalo Santos le 9 juin. Cliquez ici
Danièle Linhart le 11 juillet. Cliquez ici
Nicolas Roux le 9 septembre. Cliquez ici

l’après-midi sera le moment pour étudier les Gens de biens, aujourd’hui dénommés classe des riches, des hyper riches.

Comme pour la matinée, quatre exposés analyseront cette classe sociale particulière devenue transnationale, qui possède et contrôle l’activité financière, économique, politique et médiatique et détermine ainsi la vie et le destin de la très grande majorité.

Notre newsletter du 23 septembre a déjà présenté Monique Pinçon-Charlot (pour relire son interview, cliquez ici).

Aujourd’hui, notre lettre est consacrée à la philosophe Caëla Gillespie dont l’intervention clôturera le colloque.
En effet, symétriquement à l’exposé introductif de Michel Cabannes qui aura posé en ouverture le cadre général de la problématique sur le plan économique, l’intervention conclusive de Caëla Gillespie relèvera de la philosophie politique pour montrer clairement et de façon globale, la nature et les formes des grands mouvements socio politiques mortifères qui travaillent l’ensemble des sociétés.

Son intervention s’intitule : Face à l’oppression que constitue la fabrication de l’apolitisme, un réveil est-il possible ?

Caëla Gillespie, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, est professeure agrégée de philosophie, docteure en philosophie. Son ouvrage Manufacture de l’homme apolitique qui explicite les origines, la nature et les conséquences de l’idéologie ultralibérale sur les corps politiques et la citoyenneté, a fait date.

Parmi les ouvrages, articles et interventions de Caëla Gillespie, citons :

L’ultra-libéralisme produit un homme qui n’est plus un citoyen, entrevue menée par Dominique Sicot pour L’inspiration politique, automne 2024. Le lire, cliquez ici

Le régime ultra-libéral subvertit l’Etat de droit, entrevue menée par Laurent Ottavi, pour Elucid, 8/08/2024. Le lire, cliquez ici

Emition France culture, 4 juin 2024. L’écouter, cliquez ici

Manufacture de l’homme apolitique, Ed. Au bord de l’eau, 2024 (ISBN  978-2385190262)

Panlibéralisme : Quand le néolibéralisme accède à la toute-puissance, Ed. Au bord de l’eau, 2025 (ISBN  978-2385191672)

Retour au politique. A paraître en 2026
(N.d. l’E. : l’ouvrage s’inscrit dans la continuité de celui de 2024 et peut être considéré comme une suite).

En premier lieu, afin de permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Je suis Caëla Gillespie, professeure de philosophie en classes préparatoires en Ile de France. Je travaille en cherchant à « penser l’événement » comme dit Hannah Arendt. L’histoire de la philosophie offre une richesse infinie pour comprendre le monde actuel. Pas parce que l’histoire se répéterait ; au contraire, elle n’enfante jamais deux fois les mêmes formes.
Par exemple, la violence politique du vingt-et-unième siècle ne ressemble pas à celle que nous avons connue au siècle passé. Mais l’histoire de la philosophie est elle-même faite de vagues sans cesse renouvelées, des vagues critiques qui surgissent de manière intempestive. Elle nous enseigne à avoir une pensée hétérodoxe, jamais dogmatique. Le travail de veille politique s’en trouve éclairé. Parce que pour voir à neuf le réel, il faut accepter que nos schémas d’interprétation habituels soient bouleversés. Il faut accepter d’être décontenancé, d’être en crise.

Vous avez publié en 2024 aux éditions Au bord de l‘eau, « Manufacture de l’homme apolitique ». Dans cet ouvrage, en resituant les origines historiques de ce courant de philosophie politique appelé libéralisme, vous expliquez comment cette idée a été pervertie aujourd’hui par l’oligarchie transnationale ultra libérale, et les raisons conséquentielles du désinvestissement politique du corps social. Ce livre a rencontré un vif succès.
Qu’est-ce qui vous a amenée à vous engager ainsi dans l’espace public et médiatique ?

J’écris depuis toujours. Il n’y a que comme ça que j’arrive à mettre en ordre mes idées. Mais c’est un événement en particulier qui m’a décidée à publier mon travail.
En 2019, lors des premières grandes luttes contre le projet de réforme des retraites, je faisais partie d’une collectivité d’enseignants très engagée. On a beaucoup manifesté, on a jeté nos forces dans le mouvement. Et puis on a eu la surprise de lire une tribune dans le journal Le Monde, qui provenait de nos propres étudiants, et qui disait en substance ceci : « comment se fait-il que vous soyez capables de vous battre ainsi pour vos retraites et pas de vous battre, avec nous, pour défendre l’écologie ? Vous défendez vos intérêts, mais vous n’êtes pas avec nous quand il s’agit de défendre la planète. »

On a donc répondu, dans une contre-tribune, que les deux luttes ne se faisaient pas concurrence, et qu’en réalité, lutter contre la destruction de l’Etat social, et lutter pour la planète, ça se rejoint ; les luttes sont même organiquement liées.
Mais pour comprendre ça, il fallait mettre au jour la cause commune de la destruction de la protection sociale et la destruction de la planète : un régime politique, de type néolibéral, qui dérégule l’espace public pour le livrer à la prédation du marché.

Une image de l’oligarchie : A Lunch at the Belvedere World Economic Forum, Davos, 22 color photograph, 53 1/3 x 114 1/3″ ; Janvier 2004
Photographie de Luc Delahaye, photographe français né en 1962 Courtesy Galerie Nathalie Obadia

La destruction des droits politiques et sociaux des citoyens, la dérégulation de l’extraction et de l’exploitation des ressources, sont deux expressions du même mouvement de fond : le capitalisme néolibéral.

Coal Gleaner (Glaneur de charbon), 2013
Digital C-Print ; 183,5 x 257 cm (72 1/4 x 101 1/8 in.)
© Luc Delahaye
Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Brussels

Alors je me suis aperçue qu’il fallait qu’on se donne des vrais outils pour démontrer cela. Et qu’on ne pouvait pas laisser les étudiants, qui sont très intelligents, mais qui ont été coupés des relais de l’éducation politique, se débrouiller tout seuls.

Il y a dans les médias ce métadiscours, ce narratif complaisant, qui oppose volontiers les « boomers » aux jeunes « générations sacrifiées », l’égoïsme d’une génération à la sobriété contrainte de la génération montante. Si ce sont là les seuls outils conceptuels dont on dispose pour essayer de comprendre l’évolution de ces cinquante dernières années, c’est terrible. Parce qu’une explication psychologisante et apolitique ne saurait en aucun cas viser juste. De plus, elle nourrit le ressentiment, monte une génération contre une autre, et divise des gens qui devraient s’unir.
Je voulais donc publier un petit livre qui aide à identifier l’ultralibéralisme comme superstructure dogmatique du capitalisme extractif. On a affaire à un régime qui a commencé à se mondialiser à la fin des années 70, qui subvertit les corps politiques, les Etats et la loi, pour en faire le levier de la dérégulation qui est utile au marché.

Le grand mouvement de « destruction créatrice » vient de là : le néolibéralisme, ou l’ultralibéralisme -il faudra y revenir- c’est une lame de fond, qui cause la destruction de l’Etat social, la volatilisation de nos droits sociaux les plus fondamentaux, et permet la lucratisation d’un maximum de secteurs d’activités.
Cette même entreprise de lucratisation redéfinit la nature comme un capital. Par exemple, dans un rapport de la Banque mondiale, datant de 2021, on la définit comme un « capital naturel renouvelable », donc comme un fonds, à exploiter indéfiniment, et dont on ne se préoccupe que lorsque le capital commence à être menacé par le changement climatique.

De votre expérience de professeure de philosophie à un public de pré-adultes, comment vos élèves/étudiants, jeunes générations, perçoivent-ils l’apolitisme que vous analysez et dans lequel ils baignent ? Arrivent-ils à percevoir le danger, quasi existentiel, les concernant, que vous analysez et enseignez ?

Je perçois deux types de réactions chez mes étudiants. La première, c’est une tristesse, liée à un sentiment d’inertie contrainte. Une conscience sensible existe, éveillée par la consommation du flux d’images. Mais c’est souvent une conscience sans structuration conceptuelle (où l’on parle d’égoïsme plutôt que de capitalisme par exemple). Le corrélat, c’est un sentiment d’impuissance – comment agir ? – et de déshérence – avec qui ? Très souvent, l’envie de s’engager va être canalisée dans le champ associatif, sans qu’il y ait nécessairement de politisation de la pensée.

Le deuxième type de réaction, c’est un grand déni de réalité. Il faut qu’ils s’insèrent dans le monde du travail. Et ils veulent que tout reste comme avant. Que le monde de l’entreprise soit stable. Qu’il y ait de la croissance. Qu’on puisse continuer à faire des stages, des années de césure aux Etats Unis, qu’on puisse travailler dans des secteurs porteurs, comme l’IA. Donc ils adoptent une attitude mentale résolument apolitique. Certains vont adhérer à « l’esprit corporate », l’esprit du temps présent. Ils ne veulent pas penser que le nouveau monde de l’entreprise a muté, et qu’il est porteur d’un nouveau type de violence politique.

Capitalisme actionnarial ; image générée par IA

Ce qui nous amène à cette question complémentaire : Compte tenu du contexte sociétal actuel, s’agit-il, chez eux, d’une sorte d’inconscience, ou, au contraire, d’une surconscience se résumant ainsi : conscients mais peur de parler. Car parler, s’exprimer, notamment via les réseaux sociaux, ouvre au danger.

Le plus important, je crois, c’est que les deux attitudes que je décris -vulnérabilité sensible sur fond d’impuissance, d’une part, et déni de réalité, de l’autre, ne sont pas propres aux étudiants : on retrouve cette oscillation entre les deux temps affectifs dans la population générale. C’est une oscillation démobilisatrice qui nous affecte tous. Un mouvement de pendule d’horloge qui disperse nos forces.

Bien sûr qu’il faut essayer de cerner les attentes et les représentations propres à chaque génération. Mais je crois qu’on ne peut pas singulariser une génération (même si c’est le grand jeu actuel de classer les générations en X, Y, Z…). Nous sommes tous pris dans le processus de fabrication du consentement volontaire, le « voluntary conformity » dont parle Friedrich Hayek dans La constitution de la liberté, dès 1960.
Nous sommes tous sommés de nous intégrer. Et notre intégration à la pyramide des salaires et des revenus du capital se fait à ce prix : celui de l’orthodoxie. Même si nous en éprouvons une angoisse sans nom.

Plus fondamentalement, il me semble important de comprendre que nous sommes tous atteints par une cécité sélective. Nous laissons faire le démantèlement des corps politiques, des constitutions, de la règle, et puis les grandes destructions de la nature. La cécité s’organise collectivement. Elle est manufacturée. Le résultat de la manufacture, c’est le « syndrome de Pompéi » que je décris dans mes livres : nous vivons sur les flancs du volcan, nous voyons les phénomènes potentiellement destructeurs se multiplier, mais nous restons là, dans une grande atonie collective.

Insouciance et apocalypse : Spores et virus ; tableau de Alex Gross, artiste américain spécialisé dans les peintures à l’huile sur toile sur les thèmes de la mondialisation, le commerce, le sombre chaos et le passage du temps.
Huile sur toile 50.5 » x 73″, 2014 ; Copyright © 2025 Alex Gross.

Quand on est professeure de philosophie et que l’on fait partie du système académique, est-il aisé de publier des ouvrages critiques ?

Il est certain que publier des ouvrages politiques et critiques, nous expose à des risques. La montée en puissance de l’idéologie d’extrême droite est un fait. Et ça va devenir difficile dans les années à venir de faire cours de manière pacifiée, avec de plus en plus d’étudiants qui seront perméables à ce discours.
Parler de philosophie politique suppose de recréer, dans nos cours, un espace analogue à l’agora. Or l’agora se ferme dans toutes les sociétés démocratiques. On se retrouve seuls, nous, les professeurs, à tenter de la maintenir ouverte. Les philosophes, historiens, sociologues sont peut-être particulièrement vulnérables.
Heureusement qu’il y a un corps enseignant soudé, solidaire, encore assez syndiqué pour se défendre collectivement.

Plus l’idéologie dominante se diffuse, en imposant l’idée d’une nécessité économique plus haute que le politique, d’une rationalité gestionnaire neutre, qui ne discute pas la valeur des fins, et plus la philosophie politique apparaît hétérodoxe.
Non seulement parler politique devient transgressif, mais parler du politique le devient : par exemple, quand on définit le peuple souverain, la loi, ou la constitution qui structure les corps politiques, quand on dit avec Aristote que le tout précède la partie. Un tel discours est de plus en plus étranger au dogme selon lequel la liberté est individuelle, naturelle et apolitique.

De manière plus inquiétante encore, une idée confuse de devoir de neutralité, ou de « neutralité axiologique » du professeur, monte en puissance.
C’est présent par exemple dans le texte ambigu de J.M. Blanquer, en 2019, qui rappelle les obligations des professeurs, dans le cadre d’une « école de la confiance ». Or si la loi affirme bien, depuis 1935, l’existence d’un « devoir de réserve » du fonctionnaire, elle ne saurait servir d’arme de censure. Il y a un devoir de réfléchir.

A l’heure où un J.D. Vance use de la liberté d’expression comme d’une arme pour investir et renverser les démocraties, c’est très dangereux de vouloir limiter la liberté d’expression de ceux qui ont un discours rationnel, et qui sont là pour vulgariser la science et la recherche. La philosophie politique, en particulier celle des Lumières, peut nous donner les armes intellectuelles nécessaires contre la propagation du « dark enlightenment », contre la diffusion des Lumières obscures, qui passe massivement par les réseaux sociaux.
On en a vraiment besoin.
Et il nous faut l’appui de l’institution, non sa réprobation.

Sans déflorer le contenu de votre exposé lors du colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment il sera structuré, quelles seront ses lignes de force ? En quelque sorte, donnez-nous l’envie d’en savoir plus !

Je prévois d’abord de récapituler les trois étapes historiques qui me semblent constitutives du nouveau régime actuel. La première phase, c’est la subversion des Etats de droit par le nouveau monde de l’entreprise. C’est le moment où les grands groupes transnationaux se baptisent le « monde », ce « nouveau monde » qui se donne comme vocation de remplacer le « vieux monde » politique. Il exige d’abord d’être consulté sur l’opportunité de légiférer, puis il entend assumer un « pouvoir positif », concevoir la loi.

La deuxième phase, qui est celle dans laquelle nous nous situons, est celle de la dérèglementation, de la dérégulation générale : la règle est attaquée, et des lois, d’une nouvelle teneur, sont utilisées pour démanteler le droit, en particulier le droit du travail. Les peuples se décomposent en individus isolés, dépourvus de tout statut protecteur. L’espace public est débité. Les services publics sont lucratisés. Ce processus discret, mais qui avance comme un rouleau compresseur, se déploie jusqu’au moment où le marché a les mains libres. Il en résulte une forme d’anarchie (un « ordre du marché » sans arkhè, sans commandement). On va vers un anarchisme de droite, qui cultive l’idée que l’homme est libre s’il est propriétaire ; c’est très proche de l’anarcho-capitalisme imaginé par certains auteurs dès les années 1970.

La troisième phase est celle que nous voyons seulement se profiler. C’est un avenir mouvant et incertain. Mais on voit poindre, sur fond d’éclatement des corps politiques et d’anarcho-capitalisme, un grand mouvement de remembrement de l’espace mondial. Dans le nouveau monde de l’entreprise, des grands blocs capitalistes se forgent, structurés par les big Techs. Ce sont des corps transnationaux qui se recomposent et redessinent intégralement la carte de la souveraineté : ce sont des Corporations si on utilise le mot américain, des Entreprises d’un nouveau type, qui se définissent comme souveraines. Ce sont donc des corps post-politiques, que l’on peut décrire comme des Surcorps, dans la mesure où ils englobent des Etats et s’en servent comme relais de leur puissance.

Contre toute apparence, on n’aurait pas affaire, ou pas essentiellement affaire, à un hyper-étatisme (Trump, Poutine, la Chine), mais plutôt à un processus d’autoliquidation de l’Etat, suivi d’un remembrement de l’espace mondial, d’un nouveau partage du monde sous l’égide de surcorps post-politiques.

Dizziness of « Freedom » (Vertige de la « liberté »), 2016 ; oeuvre de Mircea Suciu, artiste roumain né en 1978 ; Photographie : Zeno X Gallery, Anvers

Pour le grand public, il y a une totale confusion entre les termes : libéralisme, économie libérale, néolibéralisme, ultralibéralisme, libertarisme…Cette confusion sémantique ne date pas d’hier. Nous pensons au journal de Viktor Klemperer dénonçant la novlangue nazie ayant permis de rendre normal l’abominable.
Comment, positionnez-vous ces termes ?

Franchement, il n’y a pas que pour le grand public que la chose pose problème. Le champ lexical autour du mot libéralisme est très difficile à maîtriser.
D’une part, comme vous l’avez dit, parce que la confusion est savamment entretenue, chaque courant prétendant réaliser au mieux la liberté, alors qu’il s’agit d’atomiser les peuples et de conformer les individus aux attentes du marché.
D’autre part, parce qu’il y a une différence entre les doctrines d’origine, prises pour ainsi dire à l’état pur, étudiées dans les textes, par exemple de Walter Lippmann ou de Friedrich Hayek, et puis par ailleurs, ces mêmes doctrines lorsqu’elles se déploient sur le terrain, portées par les politiciens au pouvoir, comme Thatcher ou Reagan à partir des années 1980. Car là, dans l’exercice du pouvoir, les doctrines et croyances se fondent dans un creuset, un melting pot. Des alliances hétéroclites se font, les doctrines s’influencent, se mélangent.
C’est ce qui donne un aspect syncrétique aux idéologies actuelles.

Par exemple, le mot néolibéral est tout sauf évident à définir. Historiquement – à l’origine et à l’état pur- c’est une doctrine qui naît dans les années 1930, et plus spécifiquement au colloque Lippmann, en 1938. Il se distingue du libéralisme classique en ce qu’il refuse le simple « laissez faire » et admet que la puissance publique peut être utilisée pour réunir les conditions de l’avènement de cet ordre du marché, les créer juridiquement, voire les imposer.

En revanche, le néolibéralisme tel qu’il se vend dans l’espace public à partir des années 1980, insiste sur la nécessité d’avoir un Etat faible, dont les prérogatives seraient minimisées, afin que le jeu de la libre concurrence des individus ne soit pas faussé. Il utilise l’idée libertarienne de liberté individuelle pour se vendre. Le discours publicitaire, la publicité que ce régime fait de lui-même, omet de parler du fait que les lois, et la force de l’Etat peuvent être mises au service du marché.

Si on va plus loin, on voit qu’au cours de ces dernières décennies, le mot néolibéral s’est progressivement banalisé dans les milieux économiques et les think tanks idéologiques : il serait à présent synonyme de rationalité économique, et le néolibéralisme serait l’expression naturelle de la nécessité économique, qui renvoie à une loi plus haute que le politique.

Le mot signifie à présent une gestion efficace, censée être strictement apolitique.
En réalité cependant, cette gouvernance gestionnaire, qui prétend remplacer l’acte politique de gouverner, n’est pas neutre politiquement. Et elle n’a rien d’émancipateur pour les hommes et les peuples.

Dans la Manufacture de l’homme apolitique, j’ai fait le choix d’utiliser le mot ultralibéralisme, plutôt que néolibéralisme, afin d’insister sur le caractère extrémiste de cette rationalité économique, qui est en réalité une rationalité instrumentale, c’est-à-dire un calcul d’agencement de moyens qui n’interroge jamais la valeur des fins visées.

Mais cette occultation de la question de la valeur ouvre des abysses politiques. Je voulais montrer que cette nécessité économique, cette gouvernance du fait étatique, n’est pas du tout apolitique et qu’il y a là, au centre, une doctrine extrême, ultra-violente, destructrice de la démocratie et de la nature.
Dans la Manufacture, j’utilise donc le mot ultralibéral au sens large, générique, pour sa dimension critique. Bien sûr, un autre usage du mot existe, plus étroit, quand on le réserve pour désigner la doctrine libertarienne : cela renvoie alors à la liberté de l’individu propriétaire de lui-même, à l’Etat minimal, dont les prérogatives se limitent à être « l’agence protectrice dominante » propre à dissuader les attaques et à sécuriser les contrats.

Mon choix de termes est discutable, et totalement ouvert à la discussion ! Dans le Panlibéralisme, ma réflexion a évolué et le mot ultralibéralisme m’a paru insuffisant pour caractériser la violence de ce qui se passe. Se tisse aujourd’hui une alliance objective entre une autocratie issue des urnes, et le nouveau monde de l’entreprise.

On n’est ni dans le néolibéralisme orthodoxe, ni dans l’ultralibéralisme pur. Comme l’indique d’ailleurs la montée en puissance de la doctrine de Curtis Yarvin, qui est hétéroclite et syncrétique. Pour rendre compte de ça, il fallait donc un néologisme. D’où l’invention du mot : panlibéralisme.

On est face à un régime qui utilise toute la puissance de l’Etat pour procéder à la destruction de l’Etat, dans un processus d’autoliquidation. Tout se passe comme si on allait vers un capitalisme débridé et violent, destructeur de toute règle, de toute constitution et ordre politique, mais imposé par l’Etat lui-même, puisque c’est bien l’Etat qui est, aujourd’hui, l’outil de son propre démantèlement.

Exit l’Etat de droit. Exit la démocratie. Finis les aléas des élections qui empêchent les marchés, recomposés en Corporations souveraines, d’avoir une « visibilité » sur l’avenir de leur expansion.

Un cercle oligarchique transnational : »Ambitious New Plans » ; ; tableau de Jules de Balincourt peintre français né en 1972 ; huile sur toile 102 x 152cm : année 2005

Par rapport à votre dernier ouvrage que vous citez « Panlibéralisme: Quand le néolibéralisme accède à la toute-puissance », aux éditions Au Bord de l’Eau, vous indiquiez à la fin de « Manufacture de l’homme apolitique », vouloir étudier de possibles pistes pour « s’en sortir », propices à un nouvel ouvrage.
Pouvez-vous nous en dire plus ? Quels sont vos projets ?

En fait, le Panlibéralisme n’était pas prévu !

Mais je reprends actuellement l’écriture de mon livre Retour au politique. C’est le volume complémentaire de la Manufacture de l’homme apolitique, parce que la critique que j’ai faite débouchait sur des propositions pour reconstruire le champ d’action.

La question que je me suis posée est simple : comment réorienter les luttes, pour qu’on puisse lutter ensemble ? Comment faire pour que les luttes structurées par les partis et les syndicats d’une part, et les luttes d’émancipation, les luttes écologiques, les luttes humanitaires de l’autre, se rejoignent ? Il faut une visée commune. Pas un grand récit, mais un point focal. Comment peut-on faire converger les « générations », c’est-à-dire les hommes qui ont reçu une formation « à l’ancienne », qui savent comment on structure et on encadre un mouvement politique, et puis d’autre part, l’aire dite « mouvementiste », dispersée, inorganique, mais où se déploie à l’heure actuelle une énergie réelle ?

Il y a aujourd’hui des foules entières regroupées sans trop savoir pourquoi, comme on l’a vu le 10 septembre sur les places des villes, des foules qui sont en attente de quelque chose, en attente de prise de parole, d’AG, d’agora, d’organisation : en attente, en fait, d’un événement démocratique.
Mais celui-ci reste pour l’heure sans contours ni définition. En partie, parce que nous n’avons pas d’orient commun.

Il faut un orient pour orienter et rassembler les énergies.

Nous sommes entrés dans la dernière ligne droite. Dans un mois, s’ouvrira le colloque.

Assister au colloque

Comme vous le savez, les inscriptions sont ouvertes depuis le 31 août. Elles seront closes le 6 novembre.
Bien sûr, il sera toujours possible de venir le jour même et de s’inscrire sur place. Dans ce cas, prévoyez chèque ou espèces, mais pas de carte bancaire.

Compte tenu à la fois du thème et des personnalités intervenantes, les inscriptions vont bon train depuis leur ouverture le 31/8 dernier. Et c’est tant mieux !

Comment s’inscrire au colloque : Une fois arrivé dans le programme, pour assister et s’inscrire au colloque, vous verrez le bouton « Réserver » ci dessous :

Cliquez dessus, puis sur le bouton « Billeterie » et ensuite, suivre les autres étapes jusqu’au règlement de votre inscription.

La date et le lieu

Le 8 novembre 2025 à l’Ecole Nationale Supérieure (ENS) – 45, rue d’Ulm 75005 Paris. Salle Dussane.

Vers le 22 octobre, nous terminerons la série de nos entretiens avec les intervenants avec la diffusion de la dernière interview : la sociologue Alizée Delpierre dont l’exposé au colloque s’intitule : La domesticité au fondement de la reproduction des ultra-riches. 


« L’essor des libertariens, apôtres de la liberté individuelle à tout prix » ; dessin de Sergio Aquindo, écrivain, artiste et illustrateur argentin né en 1974, établi à Paris.

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Colloque 2025 – Interview exclusive de Monique Pinçon-Charlot

Photo de Monique Pinçon-Charlot prise lors de la manifestation du 1er mai 2025 par son fils Clément Pinçon, photographe professionnel. Atelier WIP — clement@wip-design.fr 06 15 42 28 39

Après la présentation introductive visant à replacer les travaux d’Henri Guillemin sur les rapports entre dominants et dominés dans leur perspective historique afin de bien expliciter sa vision des « Gens de biens/Gens de rien », le colloque se déroulera de manière à faire le point sur la réalité, aujourd’hui, des Gens de Biens et des Gens de Rien.

La matinée, ouverte par l’exposé de Michel Cabannes dont le titre explicite L’inspiration ultra-libérale des politiques économiques : origines, applications, implications, pose le cadre général de la situation contemporaine (interview diffusée le 19 mai dernier), aura été consacrée aux Gens de rien ou de peu, ceux qui créent la valeur réelle des choses, les travailleurs, le salariat, les conditions de travail, le travail en général.

Rappelons que trois interventions auront porté sur ce sujet.
Lire ou relire les interviews de Luc Sigalo Santos (diffusée le 9 juin dernier) ; celle de Danièle Linhart (diffusée le 11 juillet dernier) et celle de Nicolas Roux (diffusée le 9 septembre).

Après cette matinée, l’après-midi sera le moment pour étudier les Gens de biens, aujourd’hui dénommés classe des riches, des hyper riches.
Une classe sociale très minoritaire, devenue transnationale, qui possède et contrôle l’activité financière, économique, politique et médiatique et détermine ainsi la vie et le destin de la très grande majorité. 

Quatre interventions couvriront ce domaine.
Monique Pinçon-Charlot est pionnière dans l’étude de cette classe sociale particulière. Ses travaux sont aujourd’hui unanimement reconnus. Son exposé Le séparatisme des riches et la violence de classe, donnera le ton en rappelant cette fameuse déclaration de Warren Buffet, milliardaire américain, sur CNN en 2005 : « C’est une guerre de classe, mais c’est nous les riches qui la menons et qui sommes en train de la gagner. »

Parmi les ouvrages de Monique Pinçon-Charlot, citons :

Dans les beaux quartiers, Paris : Éditions du Seuil, coll. « L’Épreuve des faits », 1989 (ISBN 978-2020109369). Réédition en poche le 7 novembre 2025 avec une préface d’Eric Vuillard.

Grandes Fortunes. Dynasties familiales et formes de richesse en France, Paris : Payot, coll. « Documents Payot », 1996 (ISBN 978-2228889858). Réédition augmentée coll. « Petite bibliothèque Payot », 2006 (ISBN 978-2228901338).

Voyage en grande bourgeoisie, Paris : Presses universitaires de France, coll. « Sciences sociales et sociétés », 1997. Réédition coll. « Quadrige » no 380, 2002 (ISBN 978-2130531258). Réédition actualisée 2005 (ISBN 978-2130554202).

Nouveaux patrons, nouvelles dynasties, Paris : Calmann-Lévy, 1999 (ISBN 978-2702130391).

Sociologie de la bourgeoisie, Paris : La Découverte, coll. « Repères » no 294, 2000 (ISBN 978-2707129512). Rééditions actualisées en 2003 (ISBN 978-2707139467), 2007 et 2016 (ISBN 978-2707146823).

Les Ghettos du gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces, Paris : Seuil, 2007 (ISBN 978-2020889209). Réédition Paris : Points, 2010 (ISBN 978-2228909136).

L’Argent sans foi ni loi, Paris : Éditions Textuel, 2012 (ISBN 978-2845974449).

La violence des riches – Chronique d’une immense casse sociale, Paris : Zones, 2013 (ISBN 978-2355220524).

Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, illustré par Etienne Lécroart, Montreuil : La Ville Brûle, 2014 (ISBN 978-2360120475). Réédition 2018 (ISBN 978-2360121014).

Le Président des ultra-riches : Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron, Paris, La Découverte/Zones, janvier 2019, 176 p. (ISBN 978-2-35522-128-6)

Notre vie chez les riches : Mémoires d’un couple de sociologues, Paris, La Découverte/Zones, août 2021, 192 p. (ISBN 9782355221279).

Entre-soi. Le séparatisme des riches, avec Gwenn Dubourthoumieu (photographe), Pyramyd, 2024 (EAN 9782350175980)

Les riches contre la planète. Violence oligarchique et chaos climatique , Textuel, coll. « Idées-Débats », 2025 (EAN 9782386290626)

Comme nous l’avons fait pour nos précédents colloques, afin de permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter ?

Je suis sociologue, ancienne directrice de recherche au CNRS. Née en 1946, j’ai passé les 17 premières années de ma vie à Mende en Lozère, au milieu de la nature, des animaux, des forêts, des lacs et des causses de toute beauté. Mon père est alors procureur de la République et ma mère, femme au foyer avec 4 enfants aux naissances rapprochées. Mais en 1963, nous déménageons à Lille, où je prépare le baccalauréat philosophie puis une licence de sociologie.

Avec Michel Pinçon, vous avez été pionniers dans l’étude sociologique des classes dominantes et êtes devenus des spécialistes de cette classe minoritaire et déterminante qu’on appelle les riches, voire les hyper- riches. Comment cela s’est-il passé ? Quels obstacles avez-vous rencontrés ? Provenaient-ils des milieux que vous avez étudiés, ou du monde institutionnel et académique, ou encore d’ailleurs ?

Je rencontre Michel au début du mois de novembre 1965 à la faculté des Lettres et Sciences humaines de Lille. Le coup de foudre partagé et notre passion pour la sociologie vont être à l’origine des nombreux livres écrits à quatre mains.
Au début des années 1980, notre légitimité de chercheurs au CNRS étant acquise, nous décidons de travailler ensemble sur les dynasties familiales fortunées de la noblesse et de la grande bourgeoisie. Notre premier livre Dans les beaux quartiers paraît aux éditions du Seuil en 1989. La réception est très bonne dans la presse et chez les interviewés, mais réservée dans le monde académique.
C’est pourquoi, nous avons entamé un journal d’enquête qui sera publié aux PUF en 1997 sous le titre Voyage en grande bourgeoisie. Ce travail d’auto-analyse épistémologique repose sur un va-et-vient entre les résultats de nos recherches et les conditions pratiques de leur élaboration.

Dans les beaux quartiers va être réédité en semi-poche le 7 novembre 2025 avec une préface d’Eric Vuillard dans une co-édition, La Rue de l’Echiquier et Les Voix Urbaines.

Sans déflorer le contenu de votre exposé lors du colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment il sera structuré, quelles seront ses lignes de force ? En quelque sorte, donnez-nous l’envie d’en savoir plus en se rendant au colloque ! 

Autour du thème des ultra-riches et de leur violence de classe, mon intervention sera centrée sur leur responsabilité dans le chaos climatique. C’est à partir d’exemples précis, l’A69, la neutralité carbone ou le chlordécone, que je montrerai le rôle des capitalistes dans la catastrophe écologique qui fait déjà partie de notre quotidien. Leur système économique et politique basé sur l’exploitation de toutes les formes du vivant, humains et non humains, est ainsi à l’origine des canicules, des inondations, des incendies, de la montée des océans, de la fonte des glaciers et même de la décongélation du pergélisol.
Un fait social total qui mobilise une pensée mettant en relation toutes ces dérégulations, mais qui sont toujours présentées sur les ondes des millionnaires de façon séparée, corsetées et fragmentées afin de ne pouvoir en comprendre la cause.

Vous venez de publier Les riches contre la planète. Violence oligarchique et chaos climatique (éd. Textuel). Après vos travaux sur les riches, c’est votre premier ouvrage sur la question du dérèglement climatique et c’est aussi un nouveau champ d’étude que vous investiguez.
A quand remontent vos réflexions sur les liens de cause à effet entre chaos climatique et ce que vous nommez violence oligarchique ? Y-a-t-il eu, un jour, un facteur déclenchant particulier ?

Le premier ministre de la protection de la Nature et de l’Environnement, Robert Poujade, gaulliste nommé en 1971 par le président de la République, Georges Pompidou, avait déjà qualifié son poste de « ministère de l’impossible ». Deux catastrophes sont à l’origine de cette nomination : l’incendie d’une raffinerie de pétrole à Feyzin dans la vallée du Rhône le 4 janvier 1966 et la marée noire consécutive au naufrage, le 18 mars 1967, du pétrolier américain Torrey Canyon, voguant sous pavillon de complaisance libérien.
Et très vite après les évènements de Mai 1968, l’écologie s’est inscrite, en tant que telle, dans les institutions politiques et leurs concurrences électorales.

Nous avons perçu cette intrusion dans l’espace politique comme une division de plus, notamment à gauche, dont les dominants ne pouvaient que se réjouir. C’est en tout cas ce que nous avons compris plus tard au cours des nombreuses enquêtes menées dans les lieux de richesses et de pouvoirs.

La solitude imposée par la maladie de Michel puis le confinement lié à la pandémie du Covid-19 m’a alors incité à travailler sur la responsabilité des riches, qu’ils soient liés au monde politique ou aux industries polluantes, dans les bouleversements de la planète. Les sources de ce livre sont donc essentiellement des livres et des articles de presse, mais dont les informations ont été passées au crible de mes connaissances acquises avec Michel sur le fonctionnement de la classe dominante.

Dans votre dernier ouvrage, vous avez mis en épigraphe, cette belle citation de Victor Hugo tirée des Misérables : « Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise. »
Sachant que l’échelle de réflexion est planétaire, par rapport à la situation actuelle, quelles pourraient être les formes et les conditions d’un sursaut salvateur, d’un changement radical pour éviter le pire ?

Sachant que ce sont les 10% les plus riches qui participent à près de la moitié des émissions de gaz à effet (48%) sur la planète, et ce, grâce au système capitaliste, il suffit de penser qu’en supprimant les rémunérations et profits liés aux titres de propriété, on y verra déjà beaucoup plus clair. Ce ne sera évidemment pas une partie de chatouille. L’esclavage et le colonialisme ont bien été abolis et c’est aujourd’hui le tour du capitalisme. C’est indispensable pour l’avenir de l’habitabilité de la planète.
Ce n’est donc pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles, selon le philosophe Sénèque.

Enfin, cette dernière question : votre dernier ouvrage inaugure-t-il une nouvelle série de recherches ? Quels sont vos futurs travaux et projets ?

Je consacre dans ce dernier ouvrage quelques analyses à notre part de responsabilité, aussi bien individuelle que collective, avec le fait que les riches sont en train de gagner la guerre de classe, comme l’a déclaré sans filtre le milliardaire américain, Warren Buffett en 2005 sur CNN.

Nos divisions, nos concurrences, en phase parfaite avec l’idéologie dominante, devraient pouvoir être affrontées, déconstruites et reconstruites dans une perspective post-capitaliste qui serait en même temps recréation immédiate du sens de nos vies. Les tiers lieux et tous les espaces de vie partagés constituent déjà des formes de vivre ensemble aux marges du système capitaliste. Des instances de coordination sont indispensables pour créer une dynamique collective afin de freiner toute tentative de captation ou de détournement au profit d’intérêts particuliers. L’autogestion, la coopération, la psychothérapie institutionnelle devraient permettre d’évider de l’intérieur l’Etat, aujourd’hui au service des capitalistes, et de construire peu à peu un monde fait d’altérité, d’humanité et de partage.

Entrée principale de l’Ecole Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm Paris

Un programme enrichi et augmenté.

Comme indiqué dans notre précédente newsletter, le programme du colloque s’est enrichi avec la participation du philosophe Dany-Robert DUFOUR qui interviendra au début de l’après midi, consacrée au « gens de biens ».

Son intervention s’intitule American psycho now. Elle traitera d’une figure paradigmatique de l’outrance et de la décadence spirituelle du capitalisme ultra libéral qui s’inscrit aujourd’hui comme norme de vie.
Pour en savoir plus, cliquez ici

Assister au colloque

Comme vous le savez, les inscriptions sont ouvertes depuis le 31 août. Elles seront closes le 6 novembre.

Compte tenu à la fois du thème et des personnalités intervenantes, les inscriptions vont bon train depuis leur ouverture le 31/8 dernier. Et c’est tant mieux !

Comment s’inscrire au colloque : Une fois arrivé dans le programme, pour assister et s’inscrire au colloque, vous verrez le bouton « Réserver » ci dessous :

Cliquez dessus, puis sur le bouton « Billeterie » et ensuite, suivre les autres étapes jusqu’au règlement de votre inscription.

La date et le lieu

Le 8 novembre 2025 à l’Ecole Nationale Supérieure (ENS) – 45, rue d’Ulm 75005 Paris. Salle Dussane.

Début octobre, nous diffuserons l’interview de la philosophe Caëla Gillespie, dont l’exposé au colloque qui formera conclusion s’intitule Face à l’oppression que constitue la fabrication de l’apolitisme, un réveil est-il possible ?

Un jet privé familial

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Colloque 2025 – Interview exclusive de Nicolas Roux

Après la présentation introductive visant à replacer les travaux d’Henri Guillemin sur les rapports entre dominants et dominés dans leur perspective historique afin de bien expliciter sa vision des « Gens de biens/Gens de rien », le colloque se déroulera de manière à faire le point sur la réalité, aujourd’hui, des Gens de Biens et des Gens de Rien.

Suite à la première intervention de Michel Cabannes qui posera le cadre général de la problématique dans lequel vont se déployer les différents exposés, la matinée sera consacrée aux « gens de rien ou de peu », ceux qui créent la valeur réelle des choses, les travailleurs, le salariat, les conditions de travail, le travail en général.

Trois interventions sont consacrées à ce sujet : celle de Luc Sigalo Santos (se reporter à son interview diffusée le 9 juin dernier) ; celle de Danièle Linhart qui s’intitule (se reporter à son interview diffusée le 11 juillet dernier) et celle de Nicolas Roux aujourd’hui.

Son intervention s’intitule La précarité durable. S’adapter à un fait social n’est pas « choisir ».

Parmi les ouvrages de Nicolas Roux, citons :

La précarité durable. Vivre en emploi discontinu, Paris, Presses universitaires de France, 2022 ;

Sur le travail insoutenable : ouvrières d’un groupement d’employeurs agricole, Économie rurale, n°385, 2023/3 ;

Faire de nécessité soutenabilité. Tenir et vieillir comme saisonnier/ère agricole, Revue française de sociologie, vol. 61, 2020/2.

Comme nous l’avons fait pour nos précédents colloques, pour permettre à nos adhérents et abonnés de mieux vous connaître, cette première question : pouvez-vous vous présenter ?

Après des études de sociologie à Perpignan jusqu’au Master 1 et en Master 2 au Cnam, j’ai effectué ma thèse au Cnam dans le cadre d’un contrat doctoral puis d’un contrat d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche (les fameux contrats d’« ATER » bien connus à l’université). Comme beaucoup d’autres doctorantes et doctorants, j’ai terminé ma thèse, qui a été soutenue en 2017, au chômage. J’ai ensuite obtenu un contrat postdoctoral d’un an au Centre d’études de l’emploi et du travail (où je suis toujours affilié) avant ma prise de poste comme maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne en 2019.

Vous êtes enseignant chercheur. Compte tenu de la situation générale dans l’enseignement supérieur, de la crise au sein de l’université, notamment concernant la recherche, sujet jamais correctement traité par les media, ces questions que nous avons aussi posées à votre collègue Luc Sigalo Santos : quelles sont vos conditions de travail ? Est ce facile d’être enseignant chercheur ?

Il faut d’abord dire que, faisant partie des cadres et professions intellectuelles supérieures et étant fonctionnaire, je suis loin d’être des plus à plaindre par rapport à d’autres catégories socioprofessionnelles, tant du point de vue de mon emploi, garanti a priori, que du travail. Nous avons en effet la possibilité de faire des activités intéressantes et potentiellement épanouissantes et de découvrir continûment de nouvelles choses du monde social, mais aussi de transmettre nos savoirs, que ce soit au travers de nos enseignements ou d’interventions en-dehors de l’université et des établissements de formation.

Ceci dit, le fait que beaucoup d’enseignant·es-chercheur·es aient un rapport passionnel si ce n’est vocationnel au travail ne doit pas masquer les difficultés de celui-ci et ses possibles souffrances, qui sont nombreuses dans l’enseignement supérieur et la recherche.
Le constat de la dégradation de l’université, à l’image de nombreux autres services publics, et des conditions d’emploi et de travail, est renseigné depuis de nombreuses années maintenant. Cela vaut particulièrement pour les non-titulaires de l’université, pour qui il est de plus en plus difficile d’obtenir des postes stables et qui demeurent dans des situations de « précarité durable » telles que j’ai pu les étudier auprès d’autres populations.
Mais cela vaut aussi pour les titulaires, d’une autre façon. Si elles et ils ont un emploi, le travail devient objectivement de plus en plus difficile dans un contexte de pénurie de postes et de moyens, alors même que le nombre d’étudiant·es augmente.

Personnellement, je suis depuis 2024 responsable d’un département « Carrières sociales » à l’IUT de Reims-Châlons-Charleville, sur le site de Châlons-en-Champagne.

Je peux constater à mon échelle à quel point il est difficile de continuer à réaliser nos missions d’enseignement et de recherche (qui sont censées représenter le cœur de notre métier) quand une grande partie de notre travail consiste à assumer des fonctions administratives, gestionnaires et je dirais aussi « diplomatiques » très chronophages pour pouvoir faire vivre nos formations.
La suppression des postes stables (d’enseignant·e-chercheur·e et de personnel « support » – administration, communication, gestion…), les injonctions à participer toujours plus à la « visibilité » et à la communication de notre offre de formation, le surtravail occasionné par la plateforme de recrutement (de sélection) Parcoursup, les coupes budgétaires d’austérité des gouvernements et des universités, ou encore des évaluations des formations et des laboratoires pour le moins contestables de la part de l’HCERES (Haut conseil pour l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, instance qui a été supprimée par l’Assemblée nationale), menacent nos formations et créent un climat délétère, affectant le travail et les relations de travail.

Une des conséquences de ce contexte est de voir certains parcours de formation supprimés plus « facilement » et rapidement pour faire des économies budgétaires, ce qui impacte bien sûr les étudiant·es et leur famille mais aussi les personnels de l’université.

À cet égard, ce qui fait tenir bon nombre d’universitaires réside dans l’attachement à leurs libertés académiques. Or ces libertés aussi sont menacées, les mesures d’austérité s’accompagnant souvent de mesures liberticides, notamment en direction de l’université (comme service public) et des sciences sociales (empêcheuses de tourner en rond), en particulier de la sociologie. Les chasses aux sorcières et les procès en « islamo-gauchisme », « wokisme », etc., y compris de la part de responsables politiques, sont très inquiétants.

En résumé, pour toutes ces raisons et pour répondre à votre question, mon travail me plaît, est relativement privilégié, mais n’est pas toujours facile à vivre.

Comment gère-t-on les recherches en sociologie qui démontrent la réalité sociale, qui sont à l’encontre du discours dominant, qui dévoilent le dessous des cartes ?

Il y a tout d’abord les difficultés d’accès à certains terrains d’enquête. Dans certains cas, il faut parvenir à se faire accepter comme enquêteur ou enquêtrice dans des institutions qui ont partie liée avec les politiques publiques, comme dans le service public de l’emploi (par exemple Pôle Emploi auparavant, France Travail aujourd’hui).
Dans d’autres cas, il faut arriver à ouvrir les portes d’univers pas toujours enclins à accueillir des chercheurs et chercheuses qui peuvent être assimilées à des pratiques journalistiques d’investigation douteuses ou à des contrôles.
Il y a tout de même beaucoup de personnes qui sont désireuses de répondre à nos demandes et de faire avancer nos recherches.

Il y a une autre difficulté qui est de savoir comment on s’adresse à l’extérieur du champ académique. Nos analyses peuvent en effet ne pas être vues positivement et heurter des croyances profondes. Il y a donc une réflexion à avoir sur notre manière de transmettre nos savoirs en-dehors de nos enseignements et de l’université en général. Il faut notamment accepter de devoir répéter les mêmes choses et de déconstruire les mêmes idées reçues (par exemple celle de la « pénurie de main d’œuvre » en ce qui concerne mes recherches sur la précarité de l’emploi) et ce, d’année en année.

Ce travail-là, j’ai plaisir à le faire avec les citoyens et citoyennes ordinaires. En revanche, il est plus difficilement supportable de faire face à des dominant·es, des « responsables » (notamment médiatiques et politiques, qui sont censé·es avoir un minimum de connaissance du monde social), dont les discours font fi des savoirs issus des sciences sociales quand ils et elles ne les nient pas, ou ne les disqualifient pas. Il est cependant nécessaire de lutter sur ce terrain-là aussi, même s’il faut réfléchir aux conditions dans lesquelles nous intervenons, pas souvent propices au raisonnement scientifique et au réel débat contradictoire.

Sans déflorer le contenu de votre exposé au colloque, pouvez-vous, en quelques mots, nous indiquer comment sera structurée votre intervention, ses lignes de force ? En quelque sorte, mettez-nous l’eau à la bouche ! 

Mon intervention sera un peu liée à ce que je viens de dire. Il est pour le moins saisissant d’observer le contraste entre d’un côté les idées reçues sur les salarié·es, tout spécialement sur les jeunes et les précaires, et de l’autre côté la réalité de leur condition, de leurs attentes et de leurs pratiques. Les pseudo débats sur la désaffection supposée du travail, sur la perte de la « valeur travail » ou sur les difficultés à recruter (« on ne trouve plus personne ») ne correspondent pas à la réalité.

Dessin humoristique de Emmanuel Chaunu, né le 7 décembre 1966, caricaturiste et dessinateur de presse, spécialisé dans l’illustration des faits sociopolitique contemporains.

Les précaires passent une grande partie de leur temps à travailler, et ce au-delà du temps de l’emploi (on a tendance dans notre société à résumer le travail à l’emploi) : pour chercher un emploi, entretenir sa réputation, se former, accéder à ses droits sociaux, soigner son corps, etc.

De plus, mes recherches, comme de nombreuses autres avant moi, attachent une importance à la pluralité des rapports au travail et à l’ambivalence des rapports à la précarité. Si les précaires s’adaptent à la précarité et parviennent dans certaines conditions à en retirer des satisfactions, cela ne veut aucunement dire a priori qu’ils et elles l’ont « choisi » et refuseraient par principe un CDI et le travail à temps plein.

C’est le raccourci facile qui est souvent établi dans le sens commun et notamment parmi les « responsables » dont je parlais. µ
L’idéologie dominante néolibérale du « choix » conduit à individualiser les problèmes sociaux, ce que les sciences sociales s’attachent à déconstruire.

Si les individus font des « choix », c’est dans un espace des possibles et dans des systèmes (d’emploi, de protection sociale, etc.) très contraints.

Depuis la crise du covid, on dit qu’est apparue une nette désaffection vis-à-vis du travail salarié, générant un déficit de main d’œuvre dans certains secteurs comme la restauration, l’hôtellerie, secteurs où les conditions de travail et les rémunérations rendent l’emploi peu incitatif. Cette nouvelle disposition par rapport au travail salarié touche tout le monde mais surtout les jeunes. Est-ce sectoriel ou plus général ? Conjoncturel ou structurel ?

Cette désaffection n’est pas objectivée. Elle repose principalement sur les récits patronaux, épaulés par certains discours médiatiques et politiques. Les recherches menées dans plusieurs pays européens montrent que l’attachement au travail ne faiblit pas.
De même, les études sur les emplois dits « vacants » concluent au nombre infime d’offres d’emploi qui ne trouvent pas preneur·e ou ne font l’objet d’aucune candidature.

De manière plus générale, les représentations sur les « nouvelles générations » qui auraient moins le goût de l’effort, ne voudrait pas ou moins travailler, est une « histoire vielle comme le capitalisme industriel » pour citer le titre d’un article d’Alain Cotterau en 1979. Si l’après-crise la Covid s’est traduite par des mouvements de main d’œuvre, c’est un phénomène banal car cyclique que l’on observe lors des périodes de reprise économique.

Dessin humoristique de Emmanuel Chaunu. Voir plus haut.

En tant que spécialiste de ce qu’on appelle le précariat, que pensez-vous de cette situation ? Comment voyez-vous les changements profonds qui affectent les rapports des jeunes au travail et comment, d’après vous, cela peut-il évoluer dans un contexte économique plus qu’incertain ?

Le précariat pose de sérieuses questions d’intégration sociale.

Certaines catégories de précaires sont maintenues sur le temps long dans des situations proches de la pauvreté. Il est difficile dans ces conditions de se projeter et de se mobiliser sur les terrains politique, syndical, associatif… Le risque global est que ce contexte contribue à toujours plus limiter les possibilités de résistances collectives.
Je ne veux pas dire par-là qu’il n’y a pas de luttes et de solidarités. Bien au contraire. Mais l’actualité récente ne me pousse gère à l’optimisme. Pensons au mouvement des « Gilets Jaunes » et au mouvement de contestation de la réforme des retraites.

Bien que différents, ces deux mouvements, massifs et durables, trouvaient plus ou moins directement leur source dans l’existence de ce « précariat » (puisque le système de retraite actuel vient reproduire si ce n’est accentuer les inégalités liées à la vie dite « active », composée pour certain.es de périodes d’inactivité, de chômage, d’emplois discontinu et à temps partiel).
Le premier a mobilisé des populations des classes moyennes (un peu) et des classes populaires (surtout) en-dehors des organisations représentatives et associatives.
Le second mouvement à l’inverse a mobilisé en particulier les forces syndicales salariées, qui se sont à l’occasion unies sous la bannière d’un même objet de lutte.

Pourtant, dans les deux cas, le gouvernement n’a pas cédé.
Tout cela pour dire que nous vivons dans des systèmes politiques souvent hermétiques aux revendications et luttes des précaires et des classes populaires.

Photo 2017 : jeunes diplômés en droit en pleine activité professionnelle dans leur premier emploi. Réf Deliveroo. Taylor Herring/Visual Hunt.

Par ailleurs, certain.es analystes comme par exemple l’économiste Guy Standing voient dans ce contexte une possible émergence d’un « précariat » mondial qui réunirait les « précaires » de tous horizons et de toutes conditions (des migrant.es, des ouvriers et ouvrières ou encore des travailleuses et travailleurs intellectuels précaires).
Ils et elles auraient un même sentiment de vulnérabilité qui les orienteraient vers les forces politiques extrémistes ou « populistes ».

Je ne partage pas cette lecture prospective que je trouve également trop englobante.
Il suffit par exemple de comparer deux populations contrastées de précaires, les artistes intermittent.es du spectacle et les saisonnières et saisonniers agricoles comme j’ai pu le faire, pour mesurer à quel point elles peuvent être éloignées (socialement, géographiquement, politiquement) les unes des autres.

C’est pourquoi je crois peu en l’éventualité d’un « précariat » qui serait une « classe sociale en devenir » comme le pense Standing.
Encore une fois, il ne s’agit pas de nier l’existence de mobilisations et de luttes parmi les précaires, mais de prendre acte des clivages qui divisent le « précariat », comme la société de manière générale. Toute réflexion souhaitant ou anticipant la mobilisation générale des précaires devrait prendre en compte cet élément au risque de ne représenter qu’une partie du « précariat », souvent les plus visibles et les plus armées.

Continuons sur le précariat. Concernant la discontinuité de l’emploi salarié, vous vous êtes penché sur deux milieux très emblématiques : le monde agricole et le milieu artistique. Pensez-vous, comme certains le défendent, par exemple Bernard Friot, que le modèle qui régit le travail des intermittents du spectacle, pourrait devenir le modèle de référence pour le salariat et donc une réponse au chômage de masse ?

Pourquoi pas. Les intermittent.es du spectacle sont parvenu.es à défendre des modalités d’affiliation à l’assurance chômage plus favorables – et non pas « privilégiées » comme l’affirment certains détracteurs et détractrices.
Les organisations d’intermittent.es et de précaires les plus mobilisées militent d’ailleurs pour que ce soit étendu à l’ensemble des salarié.es à l’emploi discontinu. Par comparaison avec la situation des saisonnières et saisonniers, encore plus dégradée par les dernières réformes de l’assurance chômage, ce me semblerait aller dans le bon sens.

Par contre, je ne suis pas sûr que Bernard Friot milite pour l’extension de l’intermittence à toutes et tous les salarié.es à l’emploi discontinu, en tous cas pas dans son idéal. Ses réflexions sur le « salaire socialisé » sont quelques peu différentes.

Enfin, cette dernière question : sur quels autres travaux ou projets, travaillez-vous en ce moment ?

Je continue de travailler sur les salarié.es à l’emploi discontinu dans une diversité de secteurs d’activité. Nous avons par exemple rendu un rapport à la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, qui relève du ministère du Travail) qui étudiait entre autres les rapports à l’emploi, au chômage et à la protection sociale de précaires de l’hôtellerie-restauration, de la logistique, de la culture, du journalisme et de l’université1.
Il analyse notamment le travail quasi-permanent de ces précaires, les possibilités inégales de vivre durablement dans ces situations d’emploi et leurs difficultés, par exemple pour accéder aux droits sociaux.

J’approfondis également mes travaux sur les mondes agricoles. J’ai par exemple contribué à une recherche sur les effets de la « transition agroécologique » sur la soutenabilité du travail dans le cas de la vitiviniculture2.

Nous avons enquêté notamment auprès d’exploitant.es et de salarié.es ayant entamé une transition vers diverses formes d’agriculture biologique ou présentées comme plus respectueuses de l’environnement.
Nous montrons notamment que ces transitions ont un coût (économique, humain et social) parfois difficilement supportable et inégalement réparti.
Nous expliquons que les politiques publiques en la matière devraient davantage prendre en compte ce coût et ces inégalités pour rendre plus soutenables (socialement et politiquement) les injonctions à la « transition écologique ».

1Gardes C., Pillon J.-M. (coor.), Roux N., Tranchant L. et Vivès C. (coor.), « Emploi discontinu et assurance chômage : les effets sur les employeurs et les salariés de la réforme de l’assurance chômage. Analyse qualitative comparée de trois secteurs d’activité », rapport pour la DARES, n°13, 3 avril 2025. Pour aller plus loin et en savoir plus, cliquez ici

2Carneiro O., Diallo I., Doga M., Inda D., Jung T., Julhe S., Leroux B., Roux N., Salaméro D. et Thivet D. (coor.), « Du travail soutenable en agriculture durable. Quelles transformations des conditions de travail dans les exploitations entamant une transition agroécologique ? Études de cas en vitiviniculture et comparaison entre trois régions », rapport pour la Mutualité sociale agricole, 3 juillet 2024. Pour en savoir plus et aller plus loin sur ce sujet, cliquez ici

Nous avons le plaisir d’accueillir le philosophe Dany-Robert DUFOUR qui interviendra au début de l’après midi consacrée au « gens de biens », aujourd’hui les riches et hyper riches.

Nous avions contacté Dany-Robert Dufour en 2024, au tout début du montage du colloque, lorsque nous définissions les différents thèmes à aborder et recherchions les intervenants spécialistes du sujet. Mais à cette époque, il ne pouvait pas garantir sa présence compte tenu de son agenda.

Le temps a passé et, vers la fin août, son intervention au colloque est devenue possible.

Son intervention s’intitule American psycho now. Elle traitera d’une figure paradigmatique de l’outrance et de la décadence spirituelle du capitalisme ultra libéral qui s’inscrit aujourd’hui comme norme de vie.
Pour en savoir plus, cliquez ici

En conséquence, le programme est modifié. Pour découvrir la nouvelle mouture, cliquez ici

Comme vous le savez, les inscriptions sont ouvertes depuis le 31 août. Elles seront closes le 6 novembre.

Compte tenu à la fois du thème et des personnalités intervenantes, les inscriptions vont bon train depuis leur ouverture le 31/8 dernier. Et c’est tant mieux !

Comment s’inscrire au colloque : Une fois arrivé dans le programme, pour assister et s’inscrire au colloque, vous verrez le bouton « Réserver » ci dessous :

Cliquez dessus, puis sur le bouton « Billeterie » et ensuite, suivre les autres étapes jusqu’au règlement de votre inscription.

La date du colloque est le 8 novembre 2025.

Le lieu : Ecole Nationale Supérieure (ENS) – 45, rue d’Ulm 75005 Paris.
Salle Dussane.

Dans une quinzaine de jours, après les interview de Michel Cabannes, Luc Sigalo Santos, Danièle Linhart, Nicolas Roux, nous diffuserons celle de Monique PINÇON-CHARLOT dont l’exposé au colloque s’intitule Le séparatisme des riches et la violence de classe.

Un centre de travail discontinu, précaire et déshumanisant. Un des ateliers Amazon, une des firmes transnationales libertariennes aux mains des « gens de biens ». Ici, un entrepôt à Dortmund en Allemagne. ©Ina Fassbender/AFP