
Ne pas se laisser monter sur la cervelle
Henri Guillemin
Réédition de « Industriels et banquiers sous l’occupation » de l’historienne Annie Lacroix-Riz
La réédition en format poche, donc visant un grand public, de l’ouvrage Industriels et banquiers français sous l’occupation de l’historienne Annie Lacroix-Riz, peut objectivement, surtout aujourd’hui, être considéré comme un événement éditorial.
Cet ouvrage s’inscrit en droite ligne dans le thème de notre colloque du 17 novembre 2018 : « Pétain, montée du fascisme, débâcle de 1940, collaboration » (pour revoir les différentes interventions, cliquez ici).
Cet ouvrage s’inscrit aussi et dans l’édition inédite du livre de Raymond Brugère (1885 – 1966) « Veni, Vidi, Vichy…et la suite » (pour en savoir plus, cliquez ici).
En effet, il s’agit de la troisième réédition en format poche des œuvres maîtresses de l’historienne Annie Lacroix-Riz, commandée par son éditeur Armand Colin.
Cette commande, comme toujours, a conduit l’historienne à fournir un travail entièrement renouvelé du début à la fin, une refonte complète de son ouvrage d’origine, grâce à un colossal travail de recherche effectué à partir de nouvelles sources inédites, nouvelles preuves et archives.
Et des nouvelles sources archivistiques, il y en eut !
C’est à travers cet impératif de vérité historique visant à favoriser l’émergence d’une conscience politique basée sur les faits, que se développent depuis des années les travaux d’Annie Lacroix-Riz qu’on peut considérer comme la constitution d’une œuvre globale.
Les trois rééditions en format poche
La non-épuration en France : De 1943 aux années 1950.

792 pages ; 12,90 €
Maurice Papon, ancien fonctionnaire de Vichy, faisant un baisemain à Simone Veil, rescapée des camps. Photo prise le 5 avril 1978 devant le palais de l’Elysée, au sortir d’un conseil des ministres, alors qu’il est ministre du budget et elle ministre de la santé. Copyright Patrice Picot/Gamma-Rapho/Getty images
Il s’agit d’un ouvrage qui prouve, sur la base d’archives incontestables, souvent inédites, que l’épuration salvatrice d’après guerre, construite et diffusée à grands moyens de propagande fut davantage un mythe qu’une réalité historique.
Grâce aux travaux d’Annie Lacroix-Riz, on apprend qu’en réalité, cette épuration, concentrée sur des cas particuliers massivement rendus publics, a surtout couvert la vraie réalité politique, celle de la non-épuration des élites.
Sous l’égide des ministères de l’Intérieur et de la Justice, les patriciens des milieux financiers, de la magistrature, de la police, de l’armée, du haut clergé, des organes de presse, de l’appareil politique, bref, de ce qu’on appelle aujourd’hui « Système oligarchique », tout ce personnel fut reconduit aux postes de pouvoir.
Notons, à cette occasion que ce « Système oligarchique » est lui-même la base d’une hyper classe ultra minoritaire mais ultra puissante. (cf. thème notre dernier colloque du 8 novembre dernier : « « Gens de biens/Gens de rien » – Réalités contemporaines du capitalisme ultralibéral », colloque ayant diffusé des contenus et des connaissances, nouvelles, d’aujourd’hui, utiles pour tous, en suite et en résonnance avec la si lumineuse et claivoyante analyse critique développée par Henri Guillemin, tout au long de sa vie. Les vidéos de ce colloque seront dès janvier prochain, mises en ligne. Une façon de revivre l’intensité de ce colloque, tant à travers les différentes interventions, que par le souvenir de cette communauté d’émotion qui embrassa toute l’assemblée).
Le choix de la défaite

Quelles sont les causes de la Défaite de 1940 ? Le grand historien Marc Bloch écrivait en avril 1944 : « Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos alliances et de nos amitiés. »
Cet ouvrage d’Annie Lacroix-Riz est incontestablement un ouvrage clé. Un de ces ouvrages fondateurs pour comprendre le monde d’aujourd’hui.
On pourrait dire de cet ouvrage qu’Une bibliothèque pleurerait à jamais son absence (Cf. La bibliothèque, la nuit de Alberto Manguel).
Car, comme l’a si bien dit Mark Twain, grand écrivain américain si mal compris dans son pays d’origine : « L’histoire ne se répète pas, c’est vrai, mais parfois, il faut bien admettre qu’elle rime« .
Et Annie Lacroix-Riz prouve que l’Histoire contemporaine, innervée par les immuables rapports de forces capitalistiques ne peut produire que des situations semblables.
Le choix de la défaite analyse l’histoire des années 1930 pour éclairer les causes de la défaite de 1940. Selon elle, les Français n’ont pas été simplement vaincus en cinq jours par une Wehrmacht invincible ; le haut patronat les a sacrifiés à son plan de « réforme de l’État » copié sur les voisins fascistes et à son obsession d’accord avec le Reich.
Grâce à cet ouvrage, on apprend que déjà, à cette époque, l’autonomie des politiciens ou des journalistes relevait du mythe. Que dire d’aujourd’hui !
Car c’est bien la France des grands intérêts économiques et financiers qui dicta le choix de l’Allemagne comme partenaire privilégié dès les années 1920 et sabota l’alliance russe de revers qui avait évité la défaite en 1914.
Note de l’éditeur : « La seule chose dont un gouvernement a besoin pour transformer les gens en esclaves, est la peur. » Hermann Göring,
Industriels et banquiers français sous l’occupation

Dans cet ouvrage, Annie Lacroix-Riz examine la collaboration entre les dirigeants de l’économie française et les occupants allemands entre 1940 et 1944 et installe au grand jour le fin mot de cette collaboration : hors de tout principe éthique, patriotique, citoyen, il s’agissait en priorité absolue, de maintenir, voire de continuer à accroître, les profits capitalistes dans une Europe unifiée, même sous domination allemande.
Extrait :
Début septembre 1941, certains des industriels et banquiers les plus influents de la France occupée par l’Allemagne expriment leur position sur les plans du Reich nazi pour la réorganisation du continent européen. Lors d’une réunion avec un haut fonctionnaire allemand de l’économie à Paris, après quelques mots d’introduction de Pierre Pucheu, un homme d’affaires qui venait d’être nommé ministre de l’Intérieur du régime de Vichy, Henri Ardant prit la parole. Le chef de la puissante Société Générale déclara qu’ils soutenaient fermement les idées de l’Allemagne pour l’Europe, notamment celles, sous la direction de Berlin, de supprimer les « frontières douanières et créer une monnaie unique pour l’Europe.
Cette déclaration était remarquable, d’autant plus qu’Ardant était alors considéré comme « le premier et le plus important des banquiers français.
Ainsi va se dérouler le récit historique de l’historienne Annie Lacroix-Riz, prouvant, on ne peut peut plus clairement, l’intime compromission des hauts milieux affairistes français, industriels et financiers, avec leurs homologues allemands.
Qu’ils soient nazis, n’importait aucunement.
Pour comprendre la collaboration volontaire d’une grande partie des industriels et banquiers français avec les forces d’occupation allemandes entre 1940 et 1944, il est nécessaire de connaître leur histoire. Cette collaboration remonte aux années 1920 et 1930.
Comme l’explique en détail Annie Lacroix-Riz, « c’était l’époque où les groupes français intensifiaient leurs accords et leur coopération avec les groupes allemands, acceptant souvent une direction allemande claire, parfois même abandonnant des marchés, comme Schneider-Creuzot lorsque, en 1938/39, Skoda, un joyau de l’empire industriel en Tchécoslovaquie, passa aux mains des Reichswerke Hermann Göring. À cela s’ajoutait le fait qu’une partie des industriels et des banquiers français, inspirés par leur opposition à la gauche dans leur propre pays, se tournaient vers l’Italie dès les années 1920, puis vers le Reich allemand à partir de 1933, à la recherche d’alternatives politiques.»
L’historiographie officielle d’aujourd’hui continue d’enseigner que si le régime de Vichy a facilité l’acceptation du Reich, pour autant, le monde économique, s’y est soumis à contrecœur. Comme le démontre Annie Lacroix-Riz, tout cela est faux et relève de la légende propagandiste qui perdure de nos jours.
Elle dit, preuves archivistiques à l’appui, que parmi les voix influentes, il y avait les industriels et banquiers français, ceux qui, avant 1940, déjà, réclamaient une collaboration étroite avec le Reich.
Elle constate laconiquement : « On ne résiste pas à l’occupant qu’on l’a appelé et installé. »
Pour compléter la connaissance de l’histoire européenne contemporaine, il faudrait aussi lire cet ouvrage synthétique « Aux origines du carcan européen (1900-1960) : La France sous influence allemande et américaine« (si on veut plonger dans cet ouvrage, cliquer ici )
Mais on peut lire avec grand bénéfice son dernier ouvrage qui a fait date : « Les origines du plan Marshall » un ouvrage qui permet de comprendre comment les Etats-Unis ont imposé leur hégémonie à l’aide du plan Marshall – en s’appuyant avant tout sur l’Allemagne.
Ce livre est fondamental pour comprendre la situation politique d’aujourd’hui.
Son premier chapitre s’ouvre de façon si édifiante, qu’on ne peut pas résister à en publier cet extrait.
Extrait :
Chapitre 1 : La quête américaine de l’hégémonie en Europe : le miroir de la guerre.
À la mi-juillet 1941, trois semaines après l’opération Barbarossa, la mort du Blitzkrieg leva tout doute sur l’avenir américain de la France pour la cime des élites politiques, militaires et économiques françaises. Le général Paul-André Doyen, successeur depuis le 6 septembre 1940 d’Huntziger (désormais secrétaire à la Guerre) à la tête de la délégation française à la Commission allemande d’armistice, incarnait, comme son prédécesseur, l’option politico-militaire allemande du haut État-major qui avait débouché sur la Défaite et sur Vichy. II’ fut catégorique sur les conséquences de la défaite militaire du Reich que la résistance acharnée du soldat [et…] de la population soviétiques rendrait inévitable : la carte allemande apparaît [désormais] comme moins sûre [, bien que] nous s[oy]ons contraints, dans les mois à venir, à persévérer dans la voie où nous nous sommes engagés. […] Nous ne devons surtout pas perdre de vue que l’Amérique reste le grand arbitre d’aujourd’hui et de demain et qu’il est pour nous d’un intérêt vital de ne pas nous aliéner ses sympathies. Déjà les États-Unis sont sortis seuls vainqueurs de la guerre de 1918 : ils en sortiront plus encore du conflit actuel. Leur puissance économique, leur haute civilisation, le chiffre de leur popula-tion, leur influence croissante sur tous les continents, l’affaiblissement des États européens qui pouvaient rivaliser avec eux font que, quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis.
Entre 1941 et 1944, ces élites, militaires et civiles, qui avaient, dans leur écrasante majorité, fait le choix de Vichy, rejoignirent, sauf exception, le général de Gaulle. À des dates variables, mais à un rythme que précipita la victoire politique remportée par ce dernier à Alger : la constitution du Comité français de Libération nationale, le 9 juin 1943, marqua de façon décisive la défaite du camp giraudiste, lequel avait réuni la quasi-totalité des élites vichystes définitivement impression-nées par le débarquement américain en Afrique du Nord.
Vichystes maintenus, vichystes récents et gaullistes d’origine (très minoritaires) s’étaient toujours accordés sur les prétentions hégémoniques de ce futur vainqueur. Ils y étaient confrontés depuis l’ère Wilson de la Grande Guerre, où l’ambassadeur de France Jules Jusserand, modèle apparent du diplomate atlantiste (en poste à Washington de 1902 à 1924), avait vainement mis en garde, en août 1917, contre les conséquences délétères des emprunts massifs de la France à la haute banque américaine : plus nous […] demandons [à Wilson] son concours, financier, militaire, naval, etc. (et nous n’y allons pas à demi), plus nous le rendons maître de la situation, maître de l’heure, et faisons de lui l’arbitre du monde. L’après-guerre wilsonien et post-wilsonien avait confirmé ce pronostic, avec la tutelle exercée par les États-Unis sur les règlements financiers internationaux et la liquidation du traité de Versailles, et, plus largement, l’avancement de leurs objectifs européens généraux.
Et pour terminer avec Guillemin.
« Il est incontestable qu’il y a en France (et ailleurs) une résurgence du fascisme…», disait Henri Guillemin dans une conférence diffusée en 1987.
Il étudiait le climat politique et social en France depuis 1875 qui créera le terrain favorable à l’introduction et à la montée du fascisme jusqu’à sa forme gouvernementale (l’Etat français de Pétain) et aux tentatives putschistes de la guerre d’Algérie.
Et pour conclure
Sur ce sujet du fascisme qui rampe insidieusement aujourd’hui, on ne peut que rappeler cette lettre d’Utovie qui nous a généré cette newsletter qu’on vous invite à lire ou relire.
Il faut la relire et c’est facile car il suffit de cliquer ici
Notre offre commerciale, notre cadeau de fin d’année
Coffret Henri Guillemin et l’Affaire Pétain
Coffret DVD/Livre Henri Guillemin et L’affaire Pétain
AU PRIX DE 20 € AU LIEU DE 35 € (frais de port offerts)
OFFRE VALABLE JUSQU’AU 31 JANVIER 2026
Une autre façon de ne pas se laisser monter sur la cervelle (*) est de s’intéresser à l’important travail que Guillemin consacra à l’Affaire Pétain et au régime de Vichy.
Très riche coffret DVD/Livre édité par Les Mutins de Pangée, coproduit avec les éditions Utovie et Les Amis d’Henri Guillemin (LAHG).
(*) Titre d’un article d’Henri Guillemin publié dans La Tribune de Genève le 16 octobre 1968. Article repris De l’Histoire et de la Littérature – sélection d’articles 1964-1974 Dir. Patrick Berthier, Ed. Utovie.
Qui était Philippe Pétain ? De quoi Pétain est-il le nom ? Et si l’Histoire se répétait ?
Contenu du coffret Henri Guillemin et l’affaire Pétain
12 conférences filmées, soit 6 heures passionnantes, en 3 DVD :
DVD 1 : TRAVAIL
1. La montée du Fascisme : L’extrême droite est de plus en plus influente dans les années 1930 (diffusion : 3 mai 1981)
2. Pétain avant 1934 : C’est à Verdun que se crée la « légende » de Philippe Pétain (diffusion : 10 mai 1981)
3. Le politicien : de la politique de 1934 à la victoire du Front populaire (diffusion : 17 mai 1981)
4. La défense nationale : Pétain envisage une Révolution nationale dès la fin des années 30 (diffusion : 24 mai 1981)
DVD 2 : FAMILLE
5. Un étrange Maréchal : pour l’éloigner de Paris, Pétain est nommé ambassadeur à Madrid (diffusion : 31 mai 1981)
6. Le but est atteint : L’armistice signé, les pleins pouvoirs sont accordés à Pétain (diffusion : 7 juin 1981)
7. L’an 1940 : début de la politique de collaboration voulue par Pétain (diffusion : 21 mai 1982)
8. Avec Darlan : entre 1941 et 1942, la Révolution nationale prend une nouvelle envergure
DVD 3 : PATRIE
9. Laval réapparaît : la « zone libre » est occupée et Pétain s’accroche au pouvoir (diffusion : 28 mai 1982)
10. L’asservissement : la Résistance s’organise et Pétain crée la Milice pour la combattre (diffusion : 30 mai 1982)
11. La fin : en 1944, c’est le début de la fin pour Pétain et le régime de Vichy (diffusion : 4 juin 1982)
12. Constats : conclusion et bilan sur le régime de Vichy et le maréchal Pétain (diffusion : 6 juin 1982)
Bonus. Riches, et même très riches, ils sont et demeureront
1/ Débat télévisé sur l’affaire Pétain – 52 mn – RTS (1982)
Avec Jacques ISORNI, avocat du Maréchal Pétain – Henri GUILLEMIN, historien – Jean-Noël JEANNENEY, homme politique – Henri AMOUROUX, écrivain et Jean-Raymond TOURNOUX, journaliste.
2/ Livre : La vérité sur l’affaire Pétain
Edition revue et remaquettée (248 pages).
Préface inédite d’Annie-Lacroix Riz, Professeure émérite d’histoire contemporaine Université Paris7- Denis Diderot
3/ Compléments vidéo en ligne sur www.affairepetain.fr
Il s’agit de 11 heures d’analyses historiques inédites de l’historienne Annie Lacroix-Riz, spécialiste de cette période historique.
Dans cette série, produite par la société Les Films de l’An II, elle revient sur chacune des 12 conférences d’Henri Guillemin, pour les enrichir, les compléter ; confirmant ainsi la puissance d’analyse critique d’Henri Guillemin dans le champ de l’Histoire politique, conduisant ainsi à le rendre toujours prégnant aujourd’hui pour comprendre les problématiques de la société contemporaine.
Comment commander le coffret
Très simple :
1/ Adresser un simple courriel à l’association : administration@henriguillemin.org en indiquant
nom, prénom, quantité et surtout votre adresse postale
2/ Adresser votre règlement de 20 € au siège social de l’association :
- soit par chèque, libellé à l’ordre de « Les amis d’Henri Guillemin » au 14, rue du Général De
Gaulle – Résidence Voltaire 1 – 92290 CHÂTENAY-MALABRY - soit par virement bancaire :
BNP PARIBAS ANTONY
BIC : BNPAFRPPXXX
IBAN : FR76 3000 4001 8300 0102 4583 76 - Dés réception de votre règlement, le coffret vous sera envoyé (frais de port offerts)
Nos voeux
Cette lettre est la dernière de l’année 2025.
Rendez-vous dès la Nouvelle Année avec les diffusions des vidéos des interventions du colloque du 8 novembre dernier.
En attendant, en ces derniers jours de décembre qui nous acheminent doucement vers le solstice d’hiver, ce moment à partir duquel tout redémarre, l’association Les Amis d’Henri Guillemin vous souhaite de belles et joyeuses fêtes de fin d’année et vous remercie de votre fidélité.
LAHG
La conférence vidéo de Annie lacroix-Riz
–


