Colloque du 8/11/25 : les lendemains, les jours d’après, les jours heureux
Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux
Étienne de La Boétie
Ils ont les millions, nous sommes des millions
Paroles des manifestations contemporaines
Je meurs de soif auprès de la fontaine,
Rien ne m’est sûr que la chose incertaine.
François Villon
Ne pas se laisser monter sur la cervelle
Henri Guillemin
La réalité n’est pas un obstacle
Laszlo Krasznahorkai, prix Nobel de littérature 2025
Il y a des jours comme çà,
Oui, il y a des jours comme çà dans la vie.
Il y a des jours où tout s’ordonne bien, bien comme il faut, où tout s’arrange pour créer une harmonie.
Le travail, la conviction, les intelligences. Bref, le bonheur qui devrait toujours être.
Oui il y a des jours comme çà, des jours heureux.
Ces jours sont rares mais ils ont lieu.
Il faut les retenir, s’en souvenir, et les reproduire pour des avenirs.
C’est ce genre de jour qui illumina la journée du 8 novembre, cette journée où se déroula le colloque au titre emblématique : « Gens de biens/Gens de rien » ; Réalités contemporaines du capitalisme ultralibéral.
Cette journée fut un moment historique plein à ras bord d’une immense émotion collective, d’un bonheur partagé, si intense et si rare, que l’émotion reste encore la Reine en ces lendemains, ces surlendemains, ces jours d’après.
Car, il faut bien le constater, cette Reine va rester encore et encore dans les coeurs et les esprits, tellement ce qui se passa lors de colloque fut intense.
Cette émotion collective, quelle est elle ? D’où vient elle ?
Tout simplement de la réunion joyeuse de participants d’origine éparse ayant constaté, in situ, que leurs interrogations, réflexions, leurs visions, leurs ressentis et surtout leurs critiques du monde ultralibéral, étaient pleinement partagés par tous les autres participants présents.
Le colloque fut une sorte de communion de pensées, d’affects, et d’enrichissement intellectuel. Une énergie, une force pour continuer à lutter.
Cette émotion a rempli la salle Dussane à travers les interrogations communes sur la marche du monde, ces questions qui laissent chacun intranquille dans son coin avec, pour y voir clair, les moyens comme on peut, toutes ces questions qu’on se pose tous, toutes ces interrogations qui nous taraudent : « Pourquoi subissons-nous ce monde que nous n’avons pas choisi ? ».
Ces interrogations ont trouvé des réponses utiles à travers les différents exposés des intervenants et intervenantes, grâce à leurs lumières, leurs connaissances et pour certaines, grâce au récit de leur émouvant parcours professionnel, totalement engagé sur une vie entière, dans cette guerre de classes, aussi guerre des idées.
Une journée très dense, réunissant 9 intervenantes et intervenants, totalement investis dans leur travaux, que nous remercions une nouvelle fois pour avoir accepté de venir transmettre leurs connaissances, d’avoir soutenu l’engagement de LAHG qui, ce jour-là fêtait ses dix ans d’existence.
C’est tout cela qui explique le plaisir collectif, la joie partagée par l’ensemble du public, participants et intervenants confondus : avoir été rassuré de n’être pas isolé, de vivre et de constater que d’autres personnnes pensaient les mêmes choses.
Et qu’il fallait absolument se doter d’un kit d’autodéfense intellectuelle, pour ne pas se laisser monter sur la cervelle pour reprendre cette si lumineuse expression d’Henri Guillemin.
Le refus de se laisser monter sur la cervelle.
Nous garderons comme beau souvenir l’émotion du public regardant notre montage vidéo des extraits des conférences d’Henri Guillemin parlant des Gens de biens, dénonçant leur permanente forfaiture ; Henri Guillemin parlant des Gens de rien, de la lumière des petites gens, du peuple, à savoir nous-mêmes, avec cette intensité si forte qu’elle fit venir les larmes aux yeux chez certaines personnes qui le découvrait à cette occasion.
Les applaudissements à la fin du film se passent de commentaires.
Evaluation du colloque
Le colloque a rassemblé 92 personnes toutes catégories confondues : public, intervenants, organisateurs.
9 intervenants, 6 organisateurs, 77 participants ventilés entre 70 places vendues par internet en amont du colloque et 7 personnes arrivées le jour J.
Le soir même nous avons adressé un petit questionnaire d’évaluation à tous les participants dont nous disposions des adresses mel. Il a été diffusé à 54 personnes (et non pas 70 : en effet, certains achats ont été effectués en groupe : famille, camarades, amis ; plusieurs places achetées via le même nom d’inscription).
A ces 54 demandes, nous avons reçu 22 réponses.
Le questionaire posait quatre questions :
1/ Qu’avez vous ressenti à ce colloque ? Emotions, sentiments, affects
2/ Qu’en avez vous pensé ? Idées, utilité, découvertes, intellect
3/ Qu’est ce que ce colloque vous a donné envie de faire ?
4/ Vos suggestions pour les thèmes de nos futurs colloques
Chacun comprendra que nous ne pouvons pas présenter les 22 réponses dans leur intégralité. Ce sont toujours de longs messages, pleins de joie, d’enthousiasme et de remerciements.
Petit échantillon.
Les réponses à la première question sont unanimes : une immense satisfaction.
Plaisir de se retrouver entre amis de Henri Guillemin, au sein de la prestigieuse ENS (Pierre P.).
Guillemin, toujours d’actualité en 2025, voilà qui lui aurait fait grand plaisir ! Pour moi qui l’ai rencontré à plusieurs reprise à Valenciennes dans les années 70/80, c’est plus qu’une reconnaissance qui ne me surprend pas. C’est cela d’abord mon émotion ce 8 novembre. (Claude L.).
Se retrouver pour résister (Emmanuel P.).
C’est, tout d’abord, une joie que de ne pas se savoir seul.e à penser ce que, « nous autres », nous pensons. (Pierre G.).
J’assiste depuis quelques années aux colloques de l’association car j’ai travaillé et connaissais bien Philippe Guillemin fils d’Henri et parce que j’ai toujours été sensible aux idées de ce dernier. Le colloque du 8 novembre a été pour moi d’une très grande richesse avec la participation de chercheurs plus jeunes dont l’apport est précieux, très branché sur l’actualité. (Pierre U.)
Les réponses à la deuxième question sont riches et convergentes : une même satisfaction.
Personnellement, je trouve indispensable de s’alimenter de connaissances, dans des lieux, des moments de réflexion et de partages autres que la voie médiatique officielle …/… Ceci dit, j’ai beaucoup apprécié l’entrée en matière à l’occasion des dix ans de l’association. C’était un excellent résumé. (Jocelyne et Pierre M.).
Un tel colloque est indispensable et doit être diffusé le plus largement possible, partagé, faire l’objet de publications. Contribuer au réveil des consciences. (Cathy M.).
Depuis mon quotidien des Hauts de France, d’enseignante en lycée et engagée associative, que du bien ! Ce genre de nourriture intellectuelle, morale et affective me semble vitale pour des personnes de même profil que moi, éloignées géographiquement et sociologiquement de ces sources de savoir (Anne J.).
Les réponses à la troisième question se concentrent sur ces mots : résister, continuer à s’enrichir, transmettre aux jeunes générations, appréhender les problématiques d’aujourd’hui, travailler les questions contemporaines.
Ce colloque m’a donné envie de continuer à penser qu’une méthodologie des sciences humaines et sociales plus inclusive et plus collective reste possible. Il m’a aussi donné envie de lire certains ouvrages des intervenant.es qui paraissent fort intéressants. J’ai eu envie de vivre à la campagne avant que cette dernière devienne inhabitable ou privatisée et aussi de devenir majordome d’une famille aristocratique pendant quelque temps pour coffrer de la moula.
Plus sérieusement, il m’a donné envie de m’engager dans une lutte plus concrète contre le libéralisme et ses dérives autoritaires. (Lucas M.).
L’historique rappelé par le professeur de Bordeaux m’a permis de prendre conscience de la construction et la réflexion très ancienne qui ont présidé à la naissance et au déploiement de ce système. Je ne vois pas aujourd’hui quelle pourrait être l’organisation capable de penser et mettre en oeuvre un système susceptible de le remplacer voire même de s’y opposer. J’ai 86 ans. Militer dans un parti comme je le fis naguère me semble vain. J’ai l’intention de faire connaître ces idées, ces travaux à mes enfants et petits-enfants. (Jacques S.)
Quant aux suggestions pour des thèmes de colloques futurs, les réponses peuvent se résumer à : continuer et même approfondir ce qui est entrepris par LAHG depuis 10 ans.
Ci-dessous , un choix parmi les réponses les plus évidentes et les plus stimulantes.
Henri Guillemin a largement contribué à bouleverser l’histoire officielle et à relever les ‘idées fausses’ du ‘roman national’. Bien qu’il ait peu écrit sur la colonisation, je pense qu’il serait intéressant d’organiser un colloque autour de ce thème (Yves D.).
Continuer à s’appuyer sur la clairvoyance des écrits et conférences d’Henri Guillemin pour éclairer les faits de l’histoire contemporaine afin « de ne pas se laisser monter sur la cervelle » par toutes sortes de diversions et mirages, au point de ne défendre que leurs intérêts actuels au détriment de leurs intérêts futurs, naturellement liés à ceux du grand nombre. Donc choisir une autre œuvre de Henri Guillemin dont les thèmes sont extrapolables vers notre actualité. (Pierre P.).
Tout ce qui relève de l’évolution de notre société. En quoi est-elle la continuation de l’Histoire analysée par Henri Guillemin. (Claude L.).
« Les résistances collectives contemporaines ». Il serait intéressant de se pencher sur des actions collectives concrètes menées pour résister au capitalisme, notamment les marginaux. (Emmanuel P.).
Il serait super intéressant de proposer une colloque autour des victoires et des résistances face aux inégalités sociales. De découvrir des modèles qui fonctionnent ou qui au moins, essaient de s’extirper de la domination ultralibérale. (Lucas M.).
Je pense qu’il faut développer des idées en pratique pour lutter contre ce néo libéralisme et la lutte des classes. Je pense à » comment reconstruire du collectif » ? Comment faire revenir dans la citoyenneté ? Comment dépasser les peurs et les clivages pour lutter ensemble ?
Il y a aussi un sujet qui me tient à cœur c’est la propagande des médias qui sont détenus par les milliardaires et des radios et chaînes de télé publiques qui fait son œuvre dans la société(et dans mon entourage). Comment se réapproprier l’information et lutter intellectuellement contre ce déversement nauséeux ? Vous êtes une belle découverte et je vous remercie de bien vouloir me tenir informée de vos projets. (Nathalie G.).
Pour les prochains colloques j’apprécierai de rester dans le concret et le présent toujours en résonance avec la pensée d’Henri Guillemin bien sûr. (Nadine D.).
Je me pencherai sur les débuts de l’UE comme projet du néolibéralisme. Les influences de W. Lippmann sur Jean Monnet. (Rita M. H.).
Pour terminer, voici l’intégralité de la 22ème réponse reçue hier signée de Sylvie M.
A elle toute seule, elle résume tout.
J’ai énormément apprécié votre colloque. J’en ai été informée par un groupe plutôt à gauche que je suis sur le réseau social facebook.
J’y suis venue pour le thème et alléchée par la présence de Mme Pinçon Charlot que je suis ravie d’avoir vue en personne. Cette rencontre a été évidemment à la hauteur de mes espérances.
Je ne connaissais pas les autres intervenants et ai été impressionnée par leur haute qualité intellectuelle, d’ailleurs reconnue par leur titre universitaire.
Je dois vous avouer que je ne connaissais pas non plus Henri Guillemin. Je dois dire que ma formation en histoire s’arrête à l’enseignement qui m’a été dispensé jusqu’en fin de lycée général et, comme je suis vieille, aux conséquences de la conférence de Yalta. Ma connaissance de la suite n’est liée qu’a des recherches personnelles sur magazines, articles ou wikipédia et j’ai donc été très instruite par l’intervention de Mr Michel Cabannes.
C’est terrible de constater que ce mouvement de fond du néo ou anarcho-libéralisme soit si ancien et organisé et que nous nous y enfoncions de plus en plus inéluctablement. Ca plombe un peu l’ambiance dès le début.
J’ai été très intéressée par les interventions de Mrs Nicolas Roux et Sigalo Santos et de Mme Alizée Delpierre comme implications et illustrations.
J’ai appris beaucoup de l’intervention de Mme Linhart.
J’ai grandement apprécié la conférence de Mme Caëla Gillespie qui, en conclusion, nous a donné un peu d’espoir en ouvrant une ombre de perspective. J’ai d’ailleurs lu dernièrement un article qui misait, comme elle, sur l’universel des besoins physiologiques universels de l’humain liés à un environnement approprié. Il semble que cette piste soit partagée.
Au niveau du ressenti, si ce n’est la satisfaction d’apprendre et de voir les choses prendre sens, il a plutôt été dysphorique. Mais la réalité économique et sociale actuelle est dysphorique; chaque fois que je la regarde, lis des articles ou assiste à des conférences je ressens un affect dépressif ou une colère mais je me refuse à ignorer la réalité.
Je pense, à ma retraite prochaine, continuer à m’intéresser à la socio-politique, assister à des conférences, me former à ces questions et essayer de trouver une expression plus active et positive à ces affects.
Comme autre thème, j’ai eu idée de « l’histoire : ce qu’elle nous enseigne et ce qu’il faudrait enseigner à nos enfants », avec une idée de former les futurs citoyens à une démocratie éclairée selon les niveaux de classe.
Merci encore pour ce colloque vraiment passionnant et de l’occasion d’entrer dans l’ENS de surcroît. Je m’étonne encore qu’il n’y ait pas eu plus de monde à y assister; je m’attendais à un grand amphi plein à craquer voire même à ne pas avoir encore la possibilité de réserver quand j’ai tenté ma chance.
Revoir, revivre le colloque
Comme tous nos colloques précédents, celui ci a été filmé. Nous diffuserons, via nos newsletters habituelles, les vidéos de chacune des interventions, dans l’ordre chronologique du déroulement du colloque.
La première vidéo, composée de trois parties : introduction du président de LAHG, montage vidéo des extraits des conférences d’Henri Guillemin sur le thème du colloque et exposé de Jean-Marc Carité, directeur des éditions Utovie, sera mise en ligne le 15 janvier 2026.
Pour terminer…..
…. cette lettre des jours d’après, lendemains et surlendemains, voici des images qui, nous l’espérons, procureront l’énergie pour continuer d’aller de l’avant, malgré toutes les inquiétudes.
Les gens de peu, ces terriens, les peuples, ce qui doit toujours les caractériser en premier, n’est ce pas leur nombre ; leur emphatie – amour -amitié – fraternité ; leurs créations – grâce et beauté ; la jeunesse ?
Et l’espoir.

PHOTO: Getty Images / Agence France Presse

Empathie ; amour, amitié, fraternité ; Bal patriotique – Une journée de musique et de danse sur la Canebière


A bientôt.



